Bénévolat étudiant : de la nécessité d’éduquer à la solidarité

Éditos Publié le 21 janvier 2006

La reconnaissance et la valorisation de l’engagement étudiant sont au cœur des préoccupations de nombreuses associations, d’universités, de grandes écoles. Le bénévolat étudiant apparaît tout à la fois comme un formidable laboratoire de la solidarité participative et comme l’occasion d’un rendez-vous citoyen.

La reconnaissance et la valorisation de l’engagement étudiant sont au cœur des préoccupations de nombreuses associations, d’universités, de grandes écoles. Le bénévolat étudiant apparaît tout à la fois comme un formidable laboratoire de la solidarité participative et comme l’occasion d’un rendez-vous citoyen.

L’engagement social structure incontestablement la personne humaine, elle façonne le citoyen en même temps qu’elle offre l’occasion de faire valoir des compétences, des qualités, une motivation. Par delà leur engagement, les étudiants acquièrent de l’expérience, qu’ils peuvent faire valoir sur le marché du travail.

Pour apporter une contribution au débat actuel, je propose, à l’instar de l’expérience canadienne, que dans chaque université, soit mis en place, par convention avec les associations caritatives, un module d’action sociale de deux heures hebdomadaires au niveau de la licence. Ce module, inclus dans le cursus universitaire, compterait au titre du contrôle continu dans l’obtention du diplôme. L’assiduité et l’engagement des étudiants seraient alors évalués et seuls les points au dessus de la moyenne pourraient être retenus.

Imaginez ces 150.000 jeunes mobilisés chaque année dans l’action et dans la bataille pour la justice sociale et l’égalité des chances. Dans les quartiers faisant de l’accompagnement scolaire ou de l’aide à la parentalité, dans les foyers de travailleurs étrangers aidant à l’alphabétisation, dans les hôpitaux auprès des enfants malades ou venant en aide aux handicapés, visitant les personnes incarcérées, tendant la main aux sans logis, aidant à l’insertion sociale ou servant la soupe populaire.

Ce module d’action sociale, ce rendez-vous civique et solidaire, serait un vecteur puissant de renforcement du lien social, de vivification de la démocratie. Ce rendez vous une fois dans sa vie de ceux que leur niveau d’étude (atteint par moins de 10% de la population française) qualifie pour l’avenir doit faire parti de notre contrat social. Nous devons, à travers ce module d’action sociale rendre la citoyenneté solidaire.

Ainsi que l’écrivait Benjamin Franklin : « Vous me dites quelque chose, je l’oublie ; vous m’enseignez quelque chose, je le retiens ; vous me faites participer, j’apprends quelque chose ». Telle doit être l’ambition de ce module d’action sociale : éduquer à la solidarité.

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6 commentaires sur Bénévolat étudiant : de la nécessité d’éduquer à la solidarité

  1. rafaëlle

    Ne peut-on pas aller plus loin encore? (27.05.2007)

    1. D’abord, c’est probablement le même type d’étudiants, déjà engagés socialement, déjà sensibles à ce type d’action qui choisieraient cette option universitaire. Il faut arrêter de donner une tonalité trop sociale, trop « bénévolat-pour-ceux-qui-veulent-changer-le-monde ». Ce module serait bien plus attractif si on le vendait aux étudiants, non pas seulement comme un moyen de s’engager comme on irait s’engager pour sauver les baleines et les petits somaliens, mais comme un moyen d’acquérir une vraie compétence concrète, quelque chose que l’étudiant pourrait vendre à l’entreprise quand viendra l’heure pour lui de chercher du travail. Un étudiant qui a su aider un collégien en difficulté, c’est un manager en puissance, il connaît les ressorts de la motivation, il sait enthousiasmer, c’est déjà un coach. Il saura aussi être utile dans l’entreprise dans un rôle de formateur, il a déjà une expérience pédagogique, il sait expliquer, il parle clairement. Le présenter ainsi, ce serait un excellent moyen pour permettre d’élargir le corps des étudiants tuteurs à ces étudiants d’école de commerce ou d’autres filières élitistes, qui auraient beaucoup à apprendre aux élèves défavorisés en terme d’information sur l’orientation, en termes de méthodes de travail, d’ambition. Cela contribuera aussi à attirer les étudiants de filières plus professionnelles, en informatique par exemple. Il ne faut pas que l’étudiant tuteur, ce soit toujours ce même sympathique étudiant de lettres ou de sciences humaines qu’on rencontre multiplié par 100 à l’AFEV (je suis ironique mais je ne suis pas méprisante, j’ai été moi-même une sympathique étudiante en sciences humaines à l’AFEV).

    2. Il ne faut pas envisager un tutorat monolithique, de type « aide au devoirs ». Il faudra un tutorat général (aide aux devoirs, apprentissage des méthodes de travail etc), mais il faut aussi développer le tutorat spécialisé, qui serait très rentable. Ne pourrait-on pas par exemple utiliser un peu cette masse d’étudiants étrangers de nos universités, qui sont naturellement particulièrement qualifiés pour enseigner leur langue maternelle? Les langues étrangères sont un atout décisif dans le CV, il faut aider les élèves des zones défavorisées à se concentrer sur les matières qui sont facilement rentables sur le marché du travail. L’informatique devrait aussi être une priorité.

    3. Enfin, ce n’est pas seulement les élèves issus des zones défavorisées qui ont besoin de tutorat. La majorité des élèves en auraient besoin. Les masses immenses de bacheliers qui s’en vont grossir les rangs en psycho, en histoire ou en lettres, et qui ne seront jamais ni psychologues, ni professeurs, ni journalistes, mais qui devront se rabattre sans conviction sur des concours de fonctionnaire après des années de petits boulots et d’aides parentales, ces masses-là, même si elles viennent des classes moyennes et que papa/maman n’était pas ouvrier, auraient elles aussi eu besoin d’un tuteur, d’un « grand frère »/d’une « grande soeur » pour leur dire comment ça marche après le bac, pour leur dire qu’on ne vit pas d’amour et d’eau fraîche toute sa vie, pour leur parler de filières moins sexy que les beaux-arts, pour leur parler d’entreprise, pour les initier au concept de « plan de carrière », etc.

    C’est un système public de tutorat généralisé qu’il faudrait instaurer, et qui pourrait à terme devenir un des fondements de tout le système éducatif. Le tuteur, c’est un trait d’union entre le monde adulte et les élèves, c’est une passerelle entre classes d’âge, c’est plus sérieux qu’un copain, c’est moins lointain qu’un professeur; c’est celui à qui vous pouvez vous identifier, parce qu’il n’est pas bien plus vieux que vous, à qui vous « accrochez » plus psychologiquement.

    Le tutorat est aussi un système rentable: j’ai été moi-même sidérée par la facilité déconcertante avec laquelle j’obtenais des résultats concrets avec les deux collégiennes dont je m’occupais à l’AFEV, alors que je n’étais ni formée pour cela, ni particulièrement douée (mes explications en grammaire n’étaient jamais très claires, je me suis embrouillée plusieurs fois avec leurs devoirs de mathématiques…): mais j’aimais les langues étrangères et la lecture, et j’ai réussi à leur montrer que ce n’était pas quelque chose relevant du domaine du scolaire (i.e. ennuyeux, obligatoire) mais du domaine de l’intérêt personnel. La relation entre élève jeune-élève plus âgé est à privilégier autant, sinon plus, que le rapport professeurs-parents dont on nous parle à longueur de journée.

  2. Etienne Grass

    bravo pour le site !!!

    Je trouve aussi l’idée très porteuse.Il est souvent plus important de faire des choses de ce type que de lancer des grandes messes ou des projets de loi. En particulier, le projet de loi en cours de discussion sur le volontariat associatif est bien pâle à côté… Avant de faire de la validation des acquis de l’expérience sur les activités associatives, autant mettre les jeunes dans le coup dès la fac !

    Bon courage, en espérant que tu viendras travailler avec notre association.

    Etienne

  3. May Limérat

    Quelle perspective enthousiasmante!!

    Je pense également que vous trouverez échos auprès des syndicats étudiants et des associations, tant ce projet permettrait aux étudiants de se sentir plus impliqués dans la société dans laquelle ils évoluent et à laquelle ils doivent participer. Plus particulièrement, c’est ce genre de projet qui pourrait permettre à l’Université, en tant qu’institution, de trouver enfin ce second souffle qu’elle peine à imaginer depuis des années. Bonne chance pour ce projet et votre carrière politique qui s’annonce dores et dejà brillante!!!

  4. Sophie Lefranc

    Bonjour, je suis chargée de cours à l’université et je veux vous dire bravo pour cette initiative que je trouve tout à fait intéressante. Ca rejoint, en effet, les propositions relatives au service civique obligatoire. La différence (que je trouve pertinante) c’est que l’approche ici est moins dans une recherche d’intégration de jeunes en difficulté que dans ce que vous appelez « l’éducation à la solidarité », c’est à dire dans l’obligation faite à ceux qui ont plus de donner de leur temps et de leurs compétences à ceux qui ont moins. C’est une forme de promotion de l’égalité participative. Je suis certaine que vous trouverez écho à votre proposition auprès des syndicats étudiants et des associations. Bon courage et bonne réussite !

  5. Olivier F.

    Bravo pour ton site, Najat. Il est très réussi.

    J’aime beaucoup cette idée de module d’action sociale en fac. Je crois qu’elle pourrait s’intégrer utilement dans la proposition plus globale de « service civique obligatoire », portée par dsk.

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