Bonjour à toutes et à tous, l’actualité a été riche, j’ai suivi avec beaucoup d’intérêt le débat sur la réforme des institutions en espérant que sur ce sujet important, le gouvernement consentirait à avancer sur le terrain des socialistes: nous avons donné depuis plusieurs semaines, sur ce sujet, l’image d’une opposition constructive qui aurait pu servir le parlementarisme républicain. Je crois que c’est désormais peine perdue. C’est sans aucun doute un rendez vous démocratique important qui risque ainsi d’être manqué… comme de coutume, je me livre ici à quelques libres réflexions sur des sujets d’actualité, mais auparavant un grand merci pour vos échanges riches et argumentés. Je suis vraiment heureuse de votre fidélité et je voulais simplement vous le dire.
Dur Marleix, sed lex
Vous avez sans doute lu les attaques récurrentes de la droite et du gouvernement, en la personne de M. Marleix, Secrétaire d’Etat aux collectivités locales, contre les collectivités locales détenues en majorité par la gauche dont je considère, pour ma part, qu’elles sont le fer de lance d’un contre gouvernement sur lequel il faudra compter pour gagner les élections de 2012. C’est d’abord et naturellement contre les 20 régions détenues par la gauche que les coups se sont portés ces derniers jours, accusées d’inflation injustifiée de leurs dépenses, de leurs effectifs et d’accroissements fiscaux illégitimes et exorbitants. Il y aurait, selon l’UMP de quoi nourrir un « livre noir des Régions socialistes », de quoi signifier surtout que la campagne pour les régionales a commencé et que la droite ne reculera devant aucun mensonge, ni aucun coup bas pour regagner le terrain perdu, dûsse t-elle pour cela décider d’un mode de scrutin plus favorable à ses intérêts, perspective de plus en plus vraisemblable.
Ce que la droite oublie de dire, c’est le poids du désengagement de l’Etat qui a longtemps désinvesti dans des secteurs ensuite transférés obligeant alors les collectivités à des efforts supplémentaires. Ce qu’elle oublie de souligner, c’est la raréfaction des fonds publics nationaux et européens, le repli des recettes fiscales, l’accroissement exponentiel des dépenses de solidarités et l’explosion des coûts de la construction. Ce qu’elle oublie de dire c’est que depuis des années et plus encore aujourd’hui, l’Etat engage des politiques publiques avec l’argent des autres (cf. le plan banlieues, mais au fait, ça existe encore ? ). Ce qu’oublie encore de dire la droite, c’est que les collectivités ont, à la différence de l’Etat l’obligation de voter leurs budgets en équilibre et qu’à ma connaissance aucune région n’est aujourd’hui, selon les ratios de la Direction de la comptabilité publique et du ministère de l’Intérieur, dans les seuils d’alerte. La vérité c’est que le gouvernement décentralise de la rigueur !
Le pragmatisme est une idéologie dangereuse…
Ainsi que j’ai déjà eu l’occasion d’en parler sur ce blog, Nicolas Sarkozy a installé, le 15 avril, le comité de réflexion sur le préambule de la Constitution présidé par Simone Veil. Le rapport doit être remis avant le 30 juin 2008 pour servir à un projet de loi. Je vous avais dit, malgré la personnalité de sa présidente, républicaine et humaniste, la prévention et l’inquiétude même que m’inspirait cette initiative. D’abord parce que l’on sait déjà ce que Nicolas Sarkozy pense de chacun des sujets qu’il a souvent mis en débat: on se souvient de ses propos sur les origines génétiques de la pédophilie, on connait sa propension à faire des représentants religieux des interlocuteurs politiques au risque du communautarisme et au mépris de notre laïcité, on a bien compris sa lecture ethniciste des problèmes sociaux… On sait enfin que cette révision est inspirée par le souhait de contourner le Conseil constitutionnel qui a refusé les statistiques ethniques, comme d’ailleurs les avis du Comité national d’éthique dont la réforme actuelle pourrait, dans l’indifférence la plus absolue, signifier la neutralisation.
Je me demande parfois si le pragmatisme, dont le président se réclame sans cesse, n’est pas devenu une dangereuse idéologie en même temps que le signe d’une profonde inculture politique.
La question importante, pour moi, est moins celle de la constitution, qui n’a pas à se lancer dans une course de vitesse avec les changements de la société, que celle de la société elle-même, qui doit protéger les citoyens en fonctions de tous les dangers nouveaux et faire respecter tous leurs droits.
Ainsi la prise en compte des populations issues de l’immigration (la fameuse « diversité ») doit se faire par des politiques adaptées, et non pas en faisant d’elle une catégorie à part de Français, dans le préambule même de la Constitution.
Que le Préambule continue de ne faire aucune distinction entre les citoyens français me paraîtrait une excellente chose. La réflexion est différente lorsqu’il s’agit de faire des lois et ou des règles de fonctionnement dans les administrations ou les entreprises. C’est là, sur ce terrain, qu’il faudrait intervenir.
Pour donner un contre-exemple dans la méthode, regardez ce qu’a fait Zapatero en Espagne:
D’un côté il prête serment au Roi dans un protocole qui ne bouge pas, et de l’autre, il a constitué un gouvernement comprenant davantage de femmes que d’hommes, avec une femme enceinte au ministère de la Défense : Carme Chacon, 37 ans.
Il a également créé un ministère de l’Egalité, attribué à une autre femme : Bibiana Aido, 31 ans au moment où le gouvernement français fait lui le choix scandaleux de supprimer les délégations régionales aux droits des femmes !
Au lieu de se démener inutilement avec de faux problèmes de forme ou de symbole pour simuler la rupture, il l’a fait, en donnant des droits nouveaux aux citoyens discriminés, comme les homosexuels, par exemple.
C’est comme ça qu’il faut faire de la politique aujourd’hui, pas en nommant commission sur commission, et en rêvant de changer la réalité de la vie des gens en bousculant artificiellement le meilleur de l’héritage républicain.
Chez Sarkozy, le volontarisme n’est que de façade, renforçant au final, en cas d’échec, l’idée que c’est la République qui est impuissante. Ce que je ne crois pas.
Gøsta Esping-Andersen
On m’a conseillé récemment la lecture des Trois leçons sur l’Etat providence de Gøsta Esping-Andersen parues au Seuil dans la collection de la République des idées qui est une vraie mine d’or. L’ouvrage revisite le concept d’Etat providence à l’aune de notre société post industrielle et propose de faire de nos politiques sociales un investissement pour l’avenir en passant d’une logique strictement réparatrice consistant à compenser à un instant T un handicap, une perte de revenu, une difficulté passagère, à une logique dynamique d’investissement social favorable à la croissance et à la transition vers l’économie de la connaissance, c’est-à-dire de l’innovation. Les dépenses sociales ne sont plus seulement conçues comme des coûts, mais comme des facteurs de croissance et de développement futur.
Esping-Andersen suggère en particulier d’investir dans la petite enfance (je vous renvoie à mes post sur ce blog…) et dans l’emploi des femmes. Je me retrouve bien dans cette analyse percutante très bien introduite par Bruno Palier. Je vous en suggère la lecture.
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