Je n’ai pas pu être parmi vous hier soir au Zénith, mais les échos nombreux que vous m’avez fait parvenir me laissent imaginer combien ce moment de convivialité et de fraternité a été exceptionnel. J’ai évidemment entendu aussi l’antienne sur la politique spectacle, mais à dire vrai, entre le spectacle de la désunion et des petites phrases et ce moment simple de retrouvaille, j’ai fait mon choix !
Je profite de ce week-end pour revenir sur quelques moments forts de cette semaine. Je ne parlerai donc pas de la claque de Jean-Pierre Raffarin dans sa course à la présidence du Sénat, l’élection avait beau être quasiment concommitante avec les journées du patrimoine, le motif n’était pas suffisant pour porter l’ancien Premier ministre à ces fonctions éminentes. L’UMP aura finalement préféré Gérard Larcher… Les socialistes qui ont pourtant largement remporté les sénatoriales, ne peuvent qu’en prendre acte…
Il y a aussi eu le dépôt des motions en vue du Congrès du parti socialiste, largement commenté ; certains alliages risquent de donner des métaux mous, d’autres offrent en revanche la perspective et l’espoir d’une dynamique porteuse d’avenir. Ces derniers jours, la ligne claire emmenée par Gérard Collomb et Jean-Noël Guerini et Ségolène Royal ont été rejoints par la fédération de l’Hérault, ou par des élus de talent, fier(e)s d’être socialistes et animés par le désir de rénover ce parti. Je pense en particulier à Gaëtan Gorce qui s’est magistralement expliqué sur ce sujet. Je vous en recommande vivement la lecture.
La semaine a également été marquée par le vote sur la présence militaire française en Afghanistan, vote qui laisse un goût amer car il n’a pas permis de préciser sérieusement les objectifs de la France dans ce pays. Le parti socialiste a choisi de voter contre la présence militaire, manière de dénoncer ce qui fait plus figure d’exercice de style que de débat démocratique ; certains députés ont préféré s’abstenir, je me sens pour ma part assez proche de la position de Manuel Valls sur ce sujet.

Il y a surtout cette crise financière internationale sans précédent depuis 1929. Le capitalisme financier dans tous ses excès, un « capitalisme fanatique » dit Joseph Stiglitz, qui récolte aujourd’hui les fruits amers de la déréglementation et de la libéralisation des marchés, de la déconnexion toujours plus grande avec l’économie réelle ; les fruits amers de la titrisation des crédits, du capitalisme actionnarial, des hedge funds, des credits swaps, de la spéculation et de l’enrichissement sans cause d’une fraction toujours plus fortunée de la population : 2% des ménages cumulant 50% de la richesse mondiale quand 50% de la population ne s’en partage que 2%.
Et dire que les dirigeants de quelques unes de ces entreprises, comme le PDG de Lehman Brothers, dont la faillite retentissante éclabousse les unes des médias internationaux ont été récompensés à coups de millions de dollars l’an dernier pour leur « bonne gestion » de la crise des subprimes. Dans ces conditions, il faut féliciter immédiatement Jérôme Kerviel pour son excellent travail et lui présenter des excuses publiques !
La menace d’une récession mondiale n’est désormais plus une fiction et la France ne pourra pas prétendre longtemps échapper à la crise. J’ai de plus en plus de mal à entendre les discours lénifiants, d’un inaltérable optimisme, de notre Ministre de l’Economie, alors que la croissance française a été révisée à la baisse, que le déficit budgétaire est de 59 milliards dans le projet de loi de finances (38,4 milliards l’an dernier), que la dette publique ne respecte plus les critères de Maastricht, que nos marges de manœuvres budgétaires, érodées encore par le « paquet fiscal », sont désormais inexistantes ou que le chômage augmente de près de 40.000 demandeurs d’emplois en août. Comment croire à la baisse du chômage lorsqu’un modèle économique promeut les travailleurs pauvres dont les rangs se sont grossis de près de 300.000 personnes depuis l’élection présidentielle, qu’en dix ans le nombre des contrats d’intérim a cru de 130%, celui des CDD de 60% et celui des CDI de 2% seulement…
Quoi qu’en dise le Président de la République, qui a désormais promis de dire la vérité aux Français, notre pays est aujourd’hui bien incapable de mener une politique de relance ou de jouer son rôle d’assureur en dernier ressort comme les Etats-Unis sont sur le point de le faire en injectant 700 milliards de dollars dans l’économie et en reprenant à leur compte les titres les plus « pourris », de faire ce que les économistes appellent de la « défaisance ». Nationalisation des pertes, privatisation des profits…
Face à la crise quel doit être le programme économique du gouvernement ? ni relance, ni rigueur répond le Président de la République se contentant d’un vibrant plaidoyer en faveur de la moralisation du capitalisme mondial, comme s’il ne s’agissait que de morale… il s’agit à mon sens de toute autre chose, de la condamnation sans appel du néolibéralisme en même temps que du retour salutaire de l’Etat. Une ruse de la raison en quelque sorte, une revanche sur les marchés d’une démocratie délégitimée depuis des décennies par les tenants de la vulgate néo-libérale, par Reagan, Thatcher et autre Alan Greespan,par des économistes ultra comme Kenneth Arrow ou Rober Baro, par ces adeptes du laisser-faire, laisser-passer abandonnant aux marchés des pans entiers de souveraineté et qui, telle une prophétie autoréalisatrice, se complaisent dans une impuissance qui sert d‘argument à tous les renoncements et à toutes les lâchetés politiques.
Oui,ainsi que Jean-Paul Fitoussi dans son ouvrage La démocratie et le Marché en fait la démonstration, il faut défendre la démocratie et l’Etat de droit partout et y compris sur les marchés pour plus de justice et d’efficacité économique et sociale.
Opinions