Bonsoir à toutes et à tous,
Il est des victoires trompeuses, dont il est difficile de se réjouir tout à fait. La décision annoncée par Eric Besson (confortée par Nicolas Sarkozy qui voudrait nous faire croire à une conversion humaniste) de ne pas signer un décret d’application d’une loi adoptée au Parlement en est une, même si le Parti Socialiste s’est opposé de toutes ses forces au projet de loi de Brice Hortefeux, et continuera de le faire, notamment sur la question des tests ADN.
Le renoncement aux tests ADN ne signe pas, en effet, la fin d’une politique migratoire « racialiste » selon les termes de Patrick Weil et productiviste, dont les reconduites annoncées des clandestins de la « Jungle » de Calais apporteront un nouveau témoignage. Après Sangatte, le gouvernement continue de déplacer le problème au lieu de le résoudre.
Dans l’affaire des tests ADN, opportunément venue chasser des médias les propos déplacés du ministre de l’Intérieur, les « délais », la « logistique » et la « technique » ont bon dos : Eric Besson, en vérité, signe un nouvel épisode de la « mal gouvernance » instaurée par Nicolas Sarkozy à tous les étages de sa Présidence.
Bien loin de faire preuve du moindre courage, le nouveau Ministre de l’Immigration ne fait qu’abdiquer, pour des raisons de fond, devant l’absurdité d’une politique essentiellement populiste, marquée par sa désinvolture à l’égard des droits des personnes, sa brutalité envers les principes moraux et sa déconnexion totale avec la réalité.
Nous assistons, en fait, à une nouvelle illustration de la tragique déconfiture d’un pouvoir qui gouverne à coups de slogans idéologiques, de promesses contradictoires, et de mesures inapplicables quitte à jouer les attrapes mouches à voix de l’extrême droite.
Rappelons que l’expérimentation sur les tests ADN, loin de constituer une avancée pour le droit des migrants, n’avait pas d’autre but que de faire diversion, en essayant de faire croire à l’opinion que la fraude au regroupement familial constituait un tel danger pour notre pays qu’il méritait un traitement par identification génétique des individus. Il permettait aussi d’oublier au fond des tiroirs des préfectures les demandes de regroupement familial dont les délais d’instruction sont d’une longueur intolérable pour les familles, atteintes dans leur droit à mener une vie normale. Ce n’était qu’une grossière manipulation dont le mécanisme est aujourd’hui mis à nu dans toute sa bêtise, révélant l’impuissance du gouvernement à traiter efficacement et durablement les problèmes.
Cette conduite démagogique des affaires du pays est autant de temps perdu sur des sujets aussi graves que ceux des flux migratoires et des règles de la bioéthique qui méritent autre chose que des projets lois avortés et des arguments fallacieux visant à tromper les Français.
Les tests ADN et l’identification génétique des individus n’ont rien à faire dans une loi sur l’immigration : c’est non seulement inutile, mais très dangereux pour l’avenir des libertés publiques, le droits des individus, le principe d’égalité entre les citoyens, le respect de la personne humaine.
La nationalité, l’identité ou la définition juridique, sociale et affective de ce qu’est, ou non, une famille sont des questions de société trop graves pour que leur sort dépende d’une quelconque « logistique ».
J’en terminerais par vous suggérer la lecture d’une courte, mais percutante, étude sociologique sur les services des étrangers des préfectures :
« Accueillir ou reconduire : Enquête sur les guichets de l’immigration »
Alexis Spire, collection Raisons d’agir.
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