Meetings PS/Europe Ecologie : l’avis de la presse.

Lyon Publié le 12 mars 2010

Je vous invite à lire cet article paru aujourd’hui dans Libération Lyon (libélyon).

REGIONALES – Quelques jours avant le 1er tour des élections régionales et à deux soirées d’intervalle, la liste du socialiste Jean-Jack Queyranne et celle de Philippe Meirieu (Europe Ecologie) tenaient meeting à Villeurbanne. Queyranne avait choisi le Transbordeur et le 8 mars, journée des droits des femmes. Meirieu le Double mixte et le 10 mars, soir de match pour l’OL. Ambiance, animation, interventions, discours, programmation musicale… Les deux staffs de campagne ont fait des choix très différents. Libelyon était présent aux deux et rejoue le match des meetings entre les deux listes que les sondages donnent au coude à coude dimanche prochain…

Femmes ou foot : Ce n’était pas fait exprès, mais le meeting du PS tombait un 8 mars, jour des droits des femmes. Il a donc beaucoup été question des femmes dans les discours et Jean-Jack Queyranne (JJQ) a appelé ses co-listières à le rejoindre sur la scène du Transbordeur, salle de musiques actuelles. Ce n’était pas fait exprès non plus, mais le soir du meeting d’EE, l’OL se qualifiait pour les quarts de finale de la Champions league à Madrid. Pas gênant pour Europe Ecologie qui dénonce le foot business, même si certains spectateurs ont déserté le hall d’expo du Double-Mixte avant le coup d’envoi.

Affluence : 1 500 personnes pour Une région d’avance, un millier pour Europe Ecologie. Mais l’ambiance était plus tendue et guindée du côté des soutiens de JJQ, manifestement préoccupés par le sondage peu favorable qui allait sortir le lendemain dans le Progrès.

Animation : Souriante et enthousiaste, aimant visiblement ce rôle de maître de cérémonie,  Najat Vallaud-Belkacem, co-directrice de la campagne, a animé avec tact le meeting de JJQ. Pour Europe Ecologie, l’élu lyonnais Vert Pierre Hémon, nettement moins à l’aise dans le rôle, s’y est collé avec un duo de jeunes militants survoltés pour chauffer la salle.

Soutiens : Les deux meetings ont été précédés d’un temps de rencontre avec des membres des comités de soutien des listes. Ceux de JJQ (5200 signataires) ont fait acte de présence, sans prise de parole. On a notamment  aperçu Philippe Faure, directeur du théâtre de la Croix-Rousse, Jean-Claude Berutti, directeur de la Comédie de Saint-Etienne ou Daniel Pérez, directeur de Radio Scoop. Plus modeste, le comité de soutien d’EE a été invité à s’exprimer, par la voix de Jean-Paul Jaud, réalisateur de Nos enfants nous accuseront, d’un syndicaliste de Siemens ou de Jean-Baptiste Richardier, co-fondateur d’Handicap International.

Interventions politiques : Le maire de Lyon Gérard Collomb qui avait passé plus de temps en campagne aux côtés de Georges Frêche que du président sortant de Rhône-Alpes est monté à la tribune. Son message principal : « il faut une dynamique extrêmement forte autour de Jean-Jack Queyranne dès le 1er tour et le rassemblement au 2nd tour sera plus aisé ». Le maire de Lyon sait de quoi il parle : « nos alliés, je les pratique » rappelle celui qui réalisa la gauche plurielle dès 1995. « Il faut une majorité stable (…) pour développer une certaine vision en matière économique et faire de grands projets culturels et sportifs : Opéra, Euronews, demain les JO ». De son côté, Europe Ecologie avait dépêché sa députée européenne Michèle Rivasi qui a insisté sur les notions d’inter-régionalité et d’Euro-régions. Elle a apporté un soutien très chaleureux à Philippe Meirieu : « J’aime ton humanité (…) T’es un mec génial, Philippe ! ». Dany Cohn Bendit, Eva Joly et José Bové ont complété le fan club en duplex depuis leur meeting parisien.

Invités : En guest-stars du meeting de Queyranne, deux grandes figures nationales : l’ancien garde des sceaux PS Robert Badinter, artisan de l’abolition de la peine de mort en 1981, et la metteure en scène Ariane Mnouchkine. Au duo parisien, Europe Ecologie a préféré une brochette d’acteurs régionaux représentatifs de « la diversité et la cohérence de (leur) projet autour de la valeur de solidarité ». Un élu rural, un humanitaire, un syndicaliste, une avocate engagée ont tenus des propos assez forts, articulant le local au global. Mais Robert Badinter a surclassé les autres en prononçant un discours remarquable sur les valeurs de la République : liberté, égalité, fraternité et laïcité. « Badinter incarne à mes yeux la noblesse de la gauche » soulignait JJQ.

Programmation musicale : Côté musique, Une région d’avance était plutôt hype et Europe Ecologie plus roots. Les écolos avaient opté pour des chanteurs à textes (Louisy Joseph, Romain Lateltin et Pep’s) mais ressorti l’inénarrable Steve Warring qui a entonné son tube de 1972 : « la baleine bleue cherche de l’eau oh oh oh… » . Une Région d’avance a réuni un chouette plateau d’artistes rhônalpins reconnus nationalement : Carmen Maria Vega, le quatuor Debussy et Les Gourmets.

Programme : Beaucoup d’engagements précis et chiffrés du côté du président sortant JJQ : 5% du budget alloué à la recherche, la création d’une école de la 2nde chance dans chaque département, d’une agence régionale contre les discriminations ou d’un pass’ orientation emploi, l’acquisition de 20 000 ultra portables pour les lycées, la prise en charge des frais d’inscription au permis de conduire par la carte M’ra, un coût de trajet domicile / travail limité à 2€ aller retour. Du côté de Philippe Meirieu, les propositions sont plus générales mais les refus assez radicaux. Europe Ecologie s’engage pour l’agriculture bio et les circuits courts, un plan énergie-climat, un parcours sécurisé des jeunes entre le dernier diplôme et le 1er CDI, des lycées ouverts sur leur environnement, une gouvernance régionale plus claire et plus transparente. Mais aussi le triplement du logement social, l’arrêt définitif de toute subvention à la route et l’autoroute et la conditionnalité des aides aux entreprises : aucune pour celles qui versent des dividendes à leurs actionnaires, qui accueillent mal les stagiaires ou qui ne sont pas écologiquement et socialement responsables.

Ecologie : « L’heure de l’écologie politique est venue (…) qui donnera à la gauche une capacité d’innovation », a martelé Philippe Meirieu. Jean-Jack Queyranne a tenu à se démarquer de son adversaire en ces termes : « J’ai toujours défendu une vision sociale de l’écologie (…) une écologie positive et responsable, pas celle de la peur, des punitions ou des retours en arrière ». Le président sortant a salué de façon appuyée la présence à ses côtés « dès le 1er tour d’Hélène Blanchard », vice-présidente (verte) sortante en charge de l’environnement.

Mots clés : Pour JJQ : « formation » et « emploi durable » (il appelle à « un Grenelle de l’emploi avec les régions »), « humanisme » et « responsabilité ». Pour Philippe Meirieu  « changement » (« il faut changer de logiciel politique et de modèle social et économique »), « solidarité » et « humanisme ».

La phrase assassine : Pour JJQ : « Les citoyens nous ont dit qu’ils en avaient marre de voir la République abîmée au sommet de l’Etat (…), cet étalage indécent de luxe, de vulgarité et d’inculture ». Pour Philippe Meirieu : « Nous arriverons à changer le climat dans cette région, (…) à passer d’une bureaucratie sclérosée à une participation enthousiaste ».

Vote utile : JJQ a rappelé qu’il avait proposé un arc-en-ciel politique dès le 1er tour. Philippe Meirieu a redit avoir « fait le pari de donner aux électeurs, pas aux appareils politiques, le centre de gravité de la future majorité. » Tous deux ont milité pour que ce soit leur projet qui constitue l’ossature de l’éventuelle future majorité de gauche. « Le vote utile, c’est le changement » lançait Cohn-Bendit depuis Paris. Tandis que Jean-Jack Queyranne terminait son discours par « Le vote utile, c’est nous ! ».

Anne-Caroline JAMBAUD

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