Billet edito

Une societé toujours aussi inégalitaire

13 commentaires 22 juillet 2010

Le huis clos en politique permet de faire beaucoup de choses à ceux qui n’ont pas la conscience tranquille. La réforme des retraites est la preuve on ne peut plus symptomatique de cette volonté de passer en force et en silence un ensemble de mesures injustes, bien souvent absentes du discours habituel et médiatique des tribuns du 20 heures.

Ainsi l’UMP vient de refuser à nouveau l’extension de la pension de réversion aux couples pacsés. Peu importe donc que le candidat Sarkozy de 2007 affirmait le contraire, le temps des promesses de campagne est bien loin à présent. C’est scandaleux et empreint de préjugés comme la droite en a bien souvent le secret. Mais ce n’est pas seulement scandaleux, c’est aussi tout à fait ridicule. Ridicule quand au même moment la Présidente de l’Argentine Cristina Kirchner signe et promulgue une loi votée au parlement ouvrant le mariage aux couples du même sexe. Nous avons un train de retard dans la construction d’une société égalitaire et ils luttent contre des moulins à vent par pur dogmatisme et électoralisme.

Nous perdons du temps face à une société qui ne ressemble plus aux vieux modèles et 2012 sera aussi un rendez-vous essentiel pour cet enjeu. Les socialistes sont au clair sur cette question.

« En réalité nous n’avons pas seulement promulgué une loi : nous avons promulgué une construction sociale. Et comme toute bonne construction sociale, elle est transversale, elle est diverse, elle est plurielle, elle est vaste et elle n’appartient à personne, sinon à celle qui l’a construite  […] Nous sommes aujourd’hui une société plus égalitaire que la semaine dernière. »

La droite française serait bien inspirée d’écouter ces mots de Cristina Kirchner.

En attendant aujourd’hui la France est une société tout aussi inégalitaire que la semaine dernière.

Ma ville, mon canton

Tombée de rideau pour Philippe Faure

2 commentaires 19 juillet 2010

Philippe-Faure

Ce n’est pas seulement le Théâtre de la Croix Rousse qui a perdu son fondateur, mais toute une ville, une profession, une famille et une immense communauté d’amis et compagnons de route qui ont perdu l’un des leurs : Philippe Faure nous a quittés alors que la ferveur de son combat battait son plein.

Ce grand artiste, auteur, metteur en scène et comédien œuvrait depuis 1994 pour créer l’une des plus belles maisons de théâtre de notre ville.

Nous admirions tous l’énergie qu’il déployait pour défendre une culture populaire et exigeante à la fois. J’ai pu apprécier, lorsque j’étais Conseillère Régionale déléguée à la Culture auprès de Jean-Jack Queyranne, sa capacité hors du commun à mettre sa passion au service du public.

C’est avec tristesse, mais aussi avec le désir que son œuvre lui survive longtemps, que je vous invite à lire ces mots qu’il avait écrits sur son blog il y a quelques semaines :

« Un seul mot s’impose : Merci. Merci à tous et à chacun de croire que tout reste possible. Pour peu que l’on abandonne préjugés et malignité, narcissisme et prétention. Pour peu que l’on ouvre les bras pour une étreinte encore inconnue : l’autre. […] Je voudrais profiter de cette première intervention dans mon blog pour dire combien je suis touché par la confiance, l’attention et l’affection de milliers de gens qui ont fait du Théâtre de la Croix-Rousse « leur maison » et qui savent qu’ici on préfère donner que prendre, aimer que mépriser, inventer que radoter, comprendre qu’avoir raison, se réjouir que de se morfondre.

Chers amis, l’utopie est en marche. »

On ne renonce pas au 14 juillet !

Billet edito

On ne renonce pas au 14 juillet !

13 commentaires 14 juillet 2010


Quelques réflexions sur la Fête Nationale.

« Elles ont passé trop vite, ces heures où tous les coeurs français ont battu d’un seul élan ; mais les terribles années qui ont suivi n’ont pu effacer cet immortel souvenir, cette prophétie d’un avenir qu’il appartient à nous et à nos fils de réaliser. » C’est avec ces mots que, le 29 juin 1880, le sénateur Henri Martin donnait un sens au projet de loi établissant la fête nationale française, le 14 juillet. « La révolution a donné à la France la conscience d’elle-même », ajoutait-il, avant de rappeler que le 14 juilllet célébrait un double événement d’égale valeur pour la nation, et que chacun pouvait se choisir comme référence selon sa sensibilité : la prise de la Bastille en 1789, et l’unité du pays, l’année d’après, le 14 juillet 1790.

Mais aujourd’hui, qu’avons-nous fait de cette mémoire de la Révolution que nos aînés avaient ainsi choisi de mettre au cœur de notre identité nationale ; qu’avons-nous fait de cette promesse de nous unir pour réaliser ensemble cet idéal maginifique de liberté, d’égalité et de fraternité ?

Lorsque je repense aux mois qui viennent de s’écouler, et que je constate à quel point l’image que nous nous faisons de notre pays et de nos valeurs républicaines s’est profondément dégradée, je ressens beaucoup de tristesse et d’amertume. Rien n’est irrémédiable, bien sûr, mais que de temps perdu, que d’espoirs déçus, et que d’efforts pour réparer les dégâts !

Je repense, par exemple, à la violence et l’hypocrisie du débat sur l’identité nationale qui s’est soldé, en tout et pour tout, par un long défoulement collectif exprimant la peur et le rejet de l’autre, ainsi que par une loi d’interdiction générale du voile intégral, et par le plus sombre des 14 juillet que nous ayons connu depuis des décennies.

Je repense à toutes ces enquêtes d’opinion qui, semaine après semaine, nous disent que les Français n’ont plus confiance en rien : il n’y a plus aucune institution de la République, plus aucun responsable politique qui semble pouvoir échapper au désastre annoncé, si rien ne venait à changer.

Je repense à l’incroyable enchaînement des révélations de ces derniers jours qui, bien que démenties avec une brutalité inouïe par celles et ceux qu’elles concernent, viennent de provoquer la démission en chaîne de deux Ministres pour mauvais usage de l’argent public, de l’épouse d’un troisième pour conflit majeur d’intérêt, ce dernier venant lui aussi de démissionner à son tour de l’un de ses postes pour les mêmes raisons… et encore, sur les « conseils » du Président de la République lui-même.

Je repense à toutes ces mesures prises en trois années de mandat qui, les unes après les autres, ont tant aggravé les injustices sociales, brisé la cohésion nationale, exacerbé les rancoeurs, empéché espoir de la jeunesse et tout élan vers l’avenir.

Je repense, aussi, à cette vision du monde, de l’histoire et des valeurs nationales que les hommes actuellement au pouvoir s’échinent à promouvoir pêle-mêle, et qui finissent par dessiner une forme d’éthique et de morale: la haine de mai 68, le caractère « positif » de la colonisation, la France qu’on aime ou qu’on quitte, la jeunesse racaille des banlieues, les insultes lancées aux gêneurs, le goût décomplexé, affiché, assumé de l’argent et des apparences, le mépris et le dénigrement systématique des gouvernements socialistes du passé, les privilèges accordés aux amis, les lois qui ne servent à rien et qui décridibilisent les intitutions démocratiques, l’exercice solitaire et autoritaire du pouvoir, les réformes électorales pensées pour le seul avantage de son camp, etc.

En repensant à tout cela, je me dis que le Président de la République, en effet, ne doit pas se sentir très à l’aise avec cette date du 14 juillet, ce qu’elle dit de la France, de la République, du peuple, de ses aspirations et de ses rêves.

Je repense donc à l’intervention de Nicolas Sarkozy lundi soir à la télévision, qui a tenu lieu de traditionnelle allocution présidentielle du 14 juillet, et je me dis qu’il n’y a rien de plus triste et de plus inquiétant pour notre avenir que d’entendre des propos aussi fatalistes et résignés devant les exigences et les ambitions républicaines qu’il est censé incarner.

Le Président de la République peut sans doute renoncer à tout pour lui-même, mais pas aux promesses du 14 juillet qui n’auront décidément jamais été les siennes, mais qui resteront bel et bien celles du peuple français !

Tout l’espoir est là, et c’est pour cela que je tiens tant à la célébration de cette journée de Fête Nationale. J’en reviens aux mots historiques d’Henri Martin sur cette date du 14 juillet dans son rapport devant le Sénat : « Un peuple trouve toujours moyen d’exprimer ce qu’il a dans le cœur et dans la pensée ! Oui, cette journée a été la plus belle de notre histoire. C’est alors qu’a été consacrée cette unité nationale qui ne consiste pas dans les rapports matériels des hommes, qui est bien loin d’être uniquement une question de territoire, de langue et d’habitudes, comme on l’a trop souvent prétendu. Cette question de nationalité, qui a soulevé tant de débats, elle est plus simple qu’on ne l’a faite. Elle se résume dans la libre volonté humaine, dans le droit des peuples à disposer de leur propre sort, quelles que soient leur origine, leur langue ou leurs moeurs. Si des hommes associés de sentiments et d’idées veulent être frères, ils sont frères. Contre cette volonté, la violence ne peut rien, la fatalité ne peut rien, la volonté humaine y peut tout. Ce qu’une force fatale a fait, la libre volonté le défait. Je crois être plus religieux que personne en proclamant cette puissance et ce droit de la volonté humaine contre la prétendue force des choses qui n’est que la faiblesse des hommes. »

Dans le fond, c’est ça que j’attendais d’un Président de la République : qu’il ne renonce pas à placer la volonté humaine au-dessus de la force des choses, et qu’il ne renonce pas à ce que les cœurs des Français battent à nouveau d’un seul élan.

Malgré la tristesse, l’inquiétude et l’amertume du temps présent, c’est donc l’espoir qui doit l’emporter en ce 14 juillet : sa célébration par tous a précisément été voulue pour rappeller à chacun que le peuple français, lui, ne renoncera jamais.

Bon été à toutes et à tous.

Presse

Adoption et droit à la famille pour les couples homosexuels

2 commentaires 13 juillet 2010

Communiqué de presse de

Najat Vallaud-Belkacem

Secrétaire nationale aux Questions de société (PS)

Adoption par les couples homosexuels : le droit de la famille à nouveau remis en question.


La Cour de cassation a validé hier, une décision de justice américaine accordant l’adoption à un couple de même sexe. C’est un pas important vers la reconnaissance du droit des couples homosexuels à fonder une famille,  dont il faut se réjouir.

Le Parti socialiste déplore cependant l’iniquité ainsi introduite entre les citoyens français selon qu’ils auront adopté en France ou non. Les retards pris par la législation française ainsi que ses nombreuses incohérences ne sont tout simplement plus acceptables. Faut-il rappeler, dans la même veine,  que le droit français interdit aujourd’hui encore l’adoption pour les couples de même sexe, tout en l’autorisant aux personnes célibataires (hétérosexuelles ou homosexuelles) ? Un double paradoxe qui force les couples à contourner sans cesse des règles absurdes.

Ce qui était hier une question de société opposant la gauche et la droite devient aujourd’hui une question républicaine de justice et d’égalité de traitement des parents adoptants. C’est tout le système juridique français, hypocrite et dépassé, qui implose sous le poids de ses contradictions. Il est urgent de repenser le droit de la famille, de toutes les familles.

Je vous joins un article paru dans Le Figaro du 9 Juillet concernant la position du Parti Socialiste, qui est aussi la mienne.

Adoption homo parentale : le PS réagit

« Le PS a jugé aujourd’hui que la décision de la Cour de cassation de valider une décision de justice américaine accordant l’adoption à un couple de même sexe, était un « pas important », mais déplore « l’iniquité » entre les citoyens français selon qu’ils auront adopté en France ou non ».

Dans un communiqué, Najat Vallaud-Belkacem, secrétaire nationale du PS aux Questions de société écrit : « C’est un pas important vers la reconnaissance du droit des couples homosexuels à fonder une famille, dont il faut se réjouir ».

Cependant, le PS déplore « l’iniquité ainsi introduite entre les citoyens français selon qu’ils auront adopté en France ou non ».

Pour le PS, « les retards pris par la législation française ainsi que ses nombreuses incohérences ne sont tout simplement plus acceptables ».

Le droit français « interdit aujourd’hui encore l’adoption pour les couples de même sexe, tout en l’autorisant aux personnes célibataires (hétérosexuelles ou homosexuelles) », rappelle le PS. Il épingle « un double paradoxe qui force les couples à contourner sans cesse des règles absurdes ».

« C’est une question républicaine de justice et d’égalité de traitement des parents adoptants et un question de société opposant la gauche et la droite. Il est urgent de réviser le droit de la famille », affirme encore le PS. »

Presse

« Tout l’monde dehors » par Lyon Capitale

Pas de commentaire 05 juillet 2010

Je vous invite à lire l’entretien sur « Tout l’monde dehors » paru dans Lyon Capitale.

Juillet Août 2010 - Lyon Capitale (2)Juillet Août 2010 - Lyon Capitale

Rue Saint-Guillaume : entretien.

Presse

Rue Saint-Guillaume : entretien.

5 commentaires 05 juillet 2010

Il y a quelques mois, la revue de l’association des Sciences-Po m’a invité à répondre à quelques questions. Un portrait qui me donne l’occasion de revenir sur mes débuts en politique et sur la source de mon engagement.

«Tailleur pantalon noir, chemise blanche, cheveux très courts, sourire éclatant, Najat Vallaud Belkacem est extrêmement jolie, raffinée,  et affable. Elle nous reçoit au premier étage d’un café du quartier latin où elle vient de donner une conférence de presse. A 32 ans, elle semble l’exemple même d’un parcours républicain réussi. Née à Beni-Chicker dans le Rif marocain, élevée à Amiens avec 6 frères et sœurs par un père ouvrier du bâtiment et une mère très attentive, elle a parcouru toutes les étapes de la méritocratie,– droit, sciences po, cabinet d’avocat au  conseil d’Etat et à la Cour de Cassation, -avant d’entrer en politique, – un peu par hasard, dit-elle- aux côtés de Gérard Collomb, maire PS de Lyon dont elle aujourd’hui l’adjointe, puis d’être élue conseillère générale, enfin d’être nommée en 2007 porte-parole de Ségolène Royal, puis  Secrétaire nationale  du PS en charge des questions de société. Elle assure depuis le mois de mars, un enseignement d’ouverture à Sciences Po, consacré à la prospective politique. Rencontre avec une jeune femme qui  croit encore aux combats politiques, mais aussi aux hasards de la vie.

Vous êtes  née au Maroc, vous avez passé votre enfance à Amiens où votre père était ouvrier du bâtiment. En quoi votre enfance a-t-elle influencé votre parcours et guidé votre choix d’entrer en politique ?

Avoir vécu dans des conditions assez spartiates quand j’étais jeune m’a sans doute façonnée. Mais je vivais dans un quartier où tout le monde vivait de la même façon. Je n’avais pas forcément conscience à ce moment là de vivre une injustice particulière. Dans un de ses sketchs, Jamel Debbouze, a cette phrase dans laquelle je me retrouve parfaitement : «  je ne savais pas ce qu’était  la pauvreté avant d’habiter dans le 16ème arrondissement ! » Il a tout à fait raison : c’est une fois que l’on accède à un niveau de vie supérieur que l’on réalise ce que vivent ceux qui n’ont pas cette chance. Très jeune j’ai vibré pour des combats anti-racistes. J’ai des souvenirs assez crus des années 1980 – j’étais alors à l’école primaire – notamment de tracts xénophobes. J’ai été de gauche très instinctivement, en pensant qu’un monde idéal est un monde où la justice sociale prime. De mon point de vue, seul le parti socialiste  pouvait résoudre cette énigme là, et je crois toujours que c’est le cas.

Vous êtes-vous dit très  jeune que vous voudriez faire de la politique ?

Pas du tout. Comme beaucoup de vies, la mienne est une succession de hasards. Quand j’étais jeune et que j’hésitais entre plusieurs voies à suivre, ma mère me disait : « de toute façon, la vie a toujours plus d’imagination que toi ! » J’aime bien cette phrase. Ca met un peu de sel dans la vie. C’est exactement ce qui m’est arrivé…

Premier hasard : Sciences Po. La façon dont j’y suis arrivée est assez cocasse. J’ai fait une licence de droit public, mais je voulais me distinguer de ma sœur ainée avec laquelle une sympathique « compétition scolaire » s’était engagée, et que je voyais engagée dans une future carrière brillante d’avocate. J’ai donc commencé à réfléchir à ce que je pourrais faire d’autre. J’ai alors poussé la porte d’un CIO (centre d’information et d’orientation). J’ai découvert dans une plaquette qui traînait l’existence de Sciences Po, que je ne connaissais pas même de nom.  Cela en dit beaucoup d’ailleurs sur le manque d’informations cruel dont souffrent certains quartiers de notre pays. J’ai tout de suite eu un coup de cœur : une école polyvalente, où on vous laisse le temps de vous épanouir intellectuellement avant de vous demander de choisir etc… J’ai passé le concours sans savoir que c’était un concours difficile. J’ai été vraiment heureuse d’être admise car ça a été, dans le fond, le véritable début d’une aventure formidable. : je montais de la Picardie à Paris et  j’arrivais dans un monde qui m’était jusqu’alors inconnu, un monde dans lequel régnait une belle forme d’insouciance faite de confiance en l’avenir, de confort  et de confiance en soi…

Tout en poursuivant mes études à Sciences Po, section service public, j’étais l’assistante parlementaire  d’une députée à l’Assemblée Nationale. A son contact, j’ai découvert les plaisirs mais aussi les affres de la politique : J’en ai alors conclu qu’il s’agissait d’abord d’un sacerdoce auquel j’avais peu envie de m’adonner moi-même. En quittant Science Po, j’ai commencé une activité de juriste dans un cabinet d’avocats au Conseil d’Etat et à la Cour de Cassation. En 2003, 3 ans après ma sortie de Sciences Po, j’ai rencontré, un peu par hasard, le futur maire socialiste de Lyon, Gérard Colomb. Le contact est très bien passé entre nous. Il m’a proposé de rejoindre son équipe de cabinet et j’ai été sa conseillère sur les politiques de proximité et de démocratie participative pendant plusieurs années. Cette expérience m’a ouvert les yeux… J’ai  pris conscience qu’avoir des élus volontaires, motivés et courageux est une clé indispensable pour changer la société. Le discours et les choix politiques ont un impact que très peu d’autres manifestations peuvent se targuer d’avoir.  Et je l’avoue, je me suis sentie alors une certaine responsabilité : avec les années j’avais acquis un certain nombre de « codes » d’entrée dans la politique, et je me suis alors convaincue qu’avoir ainsi les clés pour s’impliquer en politique et ne pas le faire, c’était en quelque sorte laisser la place à d’autres qui ne défendent pas toujours les idées qu’on estime les plus justes … C’est ce qui m’a incitée à accepter en 2004 la proposition de Jean-Jack Queyranne, alors candidat PS à la présidence du conseil régional Rhône Alpes, de figurer sur sa liste, dans une position normalement inéligible. Mais, coup de chance, nous avons si bien gagné ces élections, que même moi, j’ai été élue. Je suis donc devenue conseillère régionale en 2004. Etre, comme je l’étais, une femme, jeune, issue de l’immigration, soit un animal assez rare dans le paysage politique, vous donne envie de prouver beaucoup plus.  J’ai commencé à m’intéresser aux politiques culturelles, et Jean-Jack Queyranne m’a proposé de reprendre la vice-présidence du Conseil Régional en charge de la culture lorsqu’elle s’est libérée quelques années plus tard.  Avec ce mandat, j’avais mis un pied dans l’aventure politique, J’ai acquis le goût des batailles, y compris celles que l’on dit perdues d’avance. C’est ainsi qu’en 2007, je me suis présentée aux élections législatives contre celui qui était alors ministre des transports, Dominique Perben, dans une circonscription ingagnable pour la gauche. Après une campagne intense, j’y ai obtenu 43% des voix. C’était un beau score et une belle bataille, qui n’a pas servi à rien puisqu’en 2008, une partie de ce territoire, fortement ancré à droite, a accepté de m’élire conseillère générale, à la surprise générale et avec un très beau score de prés de 60% des voix. Les gens réclamaient clairement un renouvellement politique et ont adhéré je crois à la campagne très  active que j’y avais mené. J’ai sans doute bénéficié aussi d’une certaine notoriété grâce à ma participation à la campagne présidentielle l’année précédente aux cotés de Ségolène Royal.

Vous avez été l’un des trois porte-paroles de Ségolène Royal lors de la campagne présidentielle ? Pourquoi, comment les choses se sont-elles passées ?

J’ai d’abord soutenu Ségolène Royal instinctivement, sans la connaître personnellement. Notamment parce que c’était une femme, et parce qu’elle amenait une réelle fraîcheur dans le monde politique. Elle n’utilisait pas les mêmes mots, elle avait un rapport différent aux gens, fait de simplicité, de pédagogie et de respect. Avec elle, on était loin de l’animal politique traditionnel, parfois très éloigné des réalités et des préoccupations du quotidien. Après sa désignation, Ségolène Royal est venue en visite à Lyon pour remercier ses soutiens. Le courant est très bien passé entre nous. De nos discussions et de nos échanges devenus réguliers, est née l’idée de m’associer à son équipe de campagne. Par la suite, elle a voulu donner un signe fort en s’entourant de trois portes parole assez « inattendus », Arnaud Montebourg, Vincent Peillon et moi-même. La campagne a été difficile. On était plombés en permanence, inutile d’y revenir. Le travail de commentaire des sondages et des petites phrases s’est substitué à celui, pourtant indispensable,  de promotion et de  comparaison des projets de société en concurrence. Je trouve cela très problématique pour notre démocratie. A trop vivre dans une république du sondage, on finit par abaisser son propre niveau d’exigence et par ne plus travailler sur l’essentiel..

Dans la foulée vous avez été nommée membre du Bureau du PS et secrétaire nationale en charge des questions de société. Vous occupez-vous également de problèmes d’intégration ?

C’est moi qui ai choisi de me consacrer aux questions de société. Elles sont nombreuses et interrogent vraiment nos valeurs, sans d’ailleurs toujours suivre la frontière du clivage gauche-droite. Elles demandent souvent du courage politique pour prendre à bras le corps des interrogations difficiles mais fondamentales. En ce moment par exemple, je travaille sur la bioéthique : très prochainement, le parlement devra réviser nos lois bioéthique. Cela nécessitera d’apporter des réponses à des sujets aussi complexes que la gestation pour autrui, les recherches sur l’embryon, l’homoparentalité etc… Ce travail m’a fait prendre conscience d’un certain conservatisme qui reste aujourd’hui encore à l’œuvre (la remise en cause du doit à l’avortement par exemple est plus fréquente qu’on ne le croit…) et d’une véritable forme d’angoisse face aux progrès de la science, et aux inconnues de l’avenir tout simplement.

Je ne m’occupe pas particulièrement de problèmes d’intégration, même s’il m’arrive régulièrement de réagir vivement sur des sujets qui me heurtent profondément. J’ai été scandalisée par exemple, par l’expulsion de la jeune Najlae Lhimer, en février après s’être rendue à la gendarmerie pour porter plainte pour maltraitance. Cette affaire m’a obsédée des jours durant. La question de la violence faite aux femmes et aux enfants est un sujet qui me tient particulièrement à cœur.

Pensez-vous avoir un rôle particulier à jouer dans le monde politique ?

Il est difficile de faire de la politique aujourd’hui. Il y a une forme de dévoiement de la démocratie représentative. Sans vouloir systématiquement accuser les mass-medias, j’ai quand même le sentiment que nous vivons dans une  démocratie au rabais, où l’on prend un peu les gens pour des imbéciles, dans une course à l’échalote, au scoop et au spectaculaire, qui me met mal à l’aise. Par ailleurs, je m’interroge aussi sur le rôle d’internet dans la vie politique aujourd’hui. Un rôle immense. Celui d’un champ de liberté infini, et c’est salutaire. Mais aussi celui de  dépotoir anonyme, populiste et malsain, ce qui l’est beaucoup moins. Les hommes et les femmes politiques de ma génération qui vivent un ordinateur greffé à la main y sont sans doute plus sensibles que d’autres. Un jour peut-être le net saura s’autoréguler suffisamment (un peu sur le modèle de wikipedia) pour que les contres vérités, les diffamations et autres insultes n’y trouvent plus leur place. Je le souhaite en tout cas. Mais si on excepte ces aspects, ce qui, en politique, continue à me motiver,  ce sont simplement les hommes et les femmes, rencontrés ou lus en si grand nombre qui mettent leurs espoirs en moi et qui me trouvent visiblement une belle utilité « sociale » dans la défense de valeurs auxquels ils adhérent.

Que pensez-vous de Rachida Dati, ou de Rama Yade?

J’étais, à Sciences Po, dans la même promotion que Rama, cette fameuse promotion de l’année 2000. Je la connaissais un peu, comme tout le monde, mais nous n’étions pas très liées. Quand Nicolas Sarkozy a annoncé dans son gouvernement l’arrivée de 3 femmes issues de l’immigration, j’ai trouvé ça formidable. J’ai regretté que la gauche n’ait pas fait le premier pas en la matière. Cependant, la suite des evènements aura confirmé les inquiétudes que j’ai ressenti  à l’époque : ces nominations restaient  le fait du prince. Ce que le prince fait, le prince peut le défaire.  En politique, ce qui compte sans doute le plus, et qui pour des filles de notre profil, s’obtient le plus diffcilement, c’est la légitimité. Quand on ne l’a pas, qu’on est là uniquement grâce au bon vouloir du souverain,  on vous rend la vie impossible. Et on vous plante un couteau dans le dos à la moindre faiblesse.

Vous projetez-vous dans l’avenir ? Comment vous-voyez vous dans 10 ans

Je ne sais pas. La première image qui me vient à l’esprit, c’est que mes petits jumeaux qui ont aujourd’hui 16 mois auront 10 ans. Je me projette plus dans une posture de vie personnelle et affective que dans un plan de carrière quelconque, qui ne me fait pas particulièrement rêver. Pour être franche, je ne sais pas si je ferai encore de la politique dans 10 ans.

Quel est pour vous l’évènement le plus important depuis ces 10 dernières années ?

Le 11 septembre peut-être. Même s’il s’est passé tant d’autres choses en 10 ans…

Quel regard portez-vous sur votre génération ?

Tout reste à faire. Sans nous faire insulte, je trouve que nous sommes une génération qui n’a pas encore trouvé sa marque.

Concrètement, que vous a apporté Sciences Po ?

Sciences Po m’a beaucoup apporté. Une confiance en moi que je n’avais pas. De merveilleux souvenirs. Des rencontres inoubliables.  Parfois on caricature un peu cette école, comme celle où l’on fait des fiches sur des livres que l’on n’a pas lus (sourire). Pour moi Sciences Po est l’école de l’honnête homme, au sens voltairien, un être ouvert, curieux, cultivé et touche à tout.

Que pensez-vous de la procédure ZEP ?

Au début j’étais plutôt réticente parce que je craignais que cela ne stigmatise une partie des diplômés de Sciences Po.   Typiquement, après avoir obtenu mon diplôme en 2000, lorsque dans une conversation ou une autre, j’évoquais mon passage à Sciences po, on me demandait souvent si j’étais issue d’une procédure ZEP. Eh bien je trouvais cela extrêmement vexant. Pas seulement parce qu’on m’enlevait le mérite du concours que j’avais réussi. Mais aussi parce que le seul indice qui avait pu conduire à formuler cette question était ma couleur de peau… Comme sur beaucoup de choses, avec le temps j’ai muri et revu mes positions. Aujourd’hui je trouve cela extrêmement courageux de la part de Richard Descoings d’avoir lancé cette procédure. En quelques années, je vois bien que les gens ont fini par s’habituer , bon gré mal gré, à ne pas voir que de chères têtes blondes sortir de la rue st guillaume. Et rien que pour ça, bravo. »

Ma ville, mon canton, Montchat

Une grande figure de Montchat nous a quitté

Pas de commentaire 02 juillet 2010

Jean Charvaz, figure incontournable de la vie associative depuis des décennies pour avoir créé les Fêtes de Montchat, s’en est allé.

Le 12 juin dernier, date à laquelle il avait souhaité transmettre le flambeau à une jeune équipe afin que l’aventure perdure, je célébrai encore ce pilier du quartier qui, pendant plus d’un demi-siècle, s’est distingué par son investissement, son originalité et sa passion toujours fidèle à Montchat. J’aimerais partager avec vous une pensée pour toute sa famille, ses nombreux amis, ses proches et les habitants qui l’ont bien connu. Comme le titre cet article du Progrès qui rend de ses funérailles, aujourd’hui « Montchat est orphelin ».

Article Jean Charvaz

J'aime !

Le prix Lumière 2010 à Milos Forman!

Pas de commentaire 01 juillet 2010

La nouvelle est tombée ce matin, des lèvres de Thierry Frémeaux qui présentait à la presse et aux partenaires la deuxième édition du très beau festival international de cinéma de Lyon: Lumière sur Milos Forman!

Le Prix Lumière, créé par l’Institut Lumière dans les années 1990 et lancé pour la première fois en 2009, récompense un cinéaste pour l’ensemble de son œuvre et pour le lien qu’il entretient avec l’histoire du cinéma.

Parce qu’il faut prendre le temps de dire notre gratitude aux cinéastes, à ceux qui habitent nos vies, il fallait, à Lyon, ville natale du Cinématographe, créer cette distinction. Une distinction qui s’appuie sur le temps, la reconnaissance et l’admiration. Le principe d’admiration circule, dans l’histoire du cinéma, parce que les metteurs en scène, loin ou proches, se parlent, s’inspirent, s’encouragent.

Le Prix Lumière sera remis à l’Amphithéâtre du Centre de Congrès le samedi 9 octobre 2010.

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D’une fausse bonne idée à une vraie mauvaise loi

Billet edito

D’une fausse bonne idée à une vraie mauvaise loi

3 commentaires 01 juillet 2010

Les députés de la majorité ont validé cette semaine la proposition de loi du député UMP Éric Ciotti visant à suspendre les allocations familiales en cas d’absentéisme scolaire.

La fausse bonne idée par excellence, comme la droite en a souvent le secret.

Retour aux fondamentaux pour une formation politique qui essaie depuis plus de 30 ans, et par tous les moyens, de se désengager sur le plan politique, financier, mais aussi philosophique, de sa place dans la société.  Même la crise sans précédent que nous connaissons aujourd’hui, qui appellerait au contraire à renforcer son rôle, n’y changera rien.

Mais qu’en pensent les institutions et organismes concernés ? « Un triste retour en arrière » pour l’Union nationale des associations familiales et une mesure « socialement injuste » pour la Fédération de parents d’élèves pour n’en citer que quelques-uns. Peu importe donc que l’ensemble des organismes officiels, les associations ou les syndicats concernés, de gauche comme de droite, aient clairement et publiquement tous désavoués cette idée, Xavier Bertrand a été clair : la majorité a décidé de sanctionner les parents qui oublient que « leur première responsabilité, c’est l’éducation de leurs enfants ». Les parents qui travaillent tous les jours, y compris le dimanche, et pourquoi pas bientôt jusqu’à 63 ans pour nourrir leur famille apprécieront sûrement.

Cette idée est non seulement mauvaise, elle est aussi vieille. Les politiques de responsabilisation parentale sont nées à la fin des années 1980. Elles sont fondées sur l’idée, simpliste, que la famille étant le premier lieu de socialisation, ses défaillances doivent être corrigées y compris sous la contrainte pour éviter les désordres de la société. États-Unis, Angleterre, Canada ou Belgique : tous les pays qui ont expérimenté cette politique en sont revenus après des bilans catastrophiques.

Malgré ces « antécédents », le principe de responsabilité parentale a été introduit en droit français en 2006 par le Ministre de l’Intérieur de l’époque, un certain… Nicolas Sarkozy. Depuis cette date, les conseils généraux peuvent déjà suspendre les allocations familiales des familles dites « démissionnaires ». En quatre ans, aucune suspension n’a été appliquée. Même les 43 conseils généraux de droite ont estimé cette mesure injuste et inutile.

Si la droite (une certaine droite) et la gauche se sont mis d’accord dans les conseils généraux pour ne pas appliquer cette mesure, c’est d’abord parce qu’elle rajoute de la misère à la misère. Suspendre les allocations familiales pénalisera brutalement les familles déjà fragilisées par la crise, dont beaucoup sont  dépassées elles-mêmes par le comportement de leur enfant.

C’est aussi parce qu’une telle  mesure est dans la droite ligne d’une stigmatisation permanente à laquelle beaucoup refusent de prêter main forte. Se servir des allocations pour lutter contre l’absentéisme revient clairement à suggérer que seules les familles bénéficiaires de prestations sociales ont des enfants qui ne vont pas en cours. C’est non seulement écœurant mais aussi absolument faux : le rapport Machard remis en 2003 au gouvernement constatait certes un absentéisme élevé chez les jeunes dont les parents connaissent une situation sociale précaire mais montrait également que « les jeunes des classes moyennes et aisées sont eux aussi absents, même si leurs absences ne donnent pas lieu aux mêmes repérages et au même traitement ».

Au delà, le plus inquiétant dans cette affaire, ce sont sans doute les petites avancées idéologiques sur fond de faits divers que fait ainsi passer l’UMP. Lesquelles ? D’abord que les parents des absents ont toujours tort. Non, la plupart des parents ne sont pas complices de l’absentéisme scolaire de leurs enfants. Ensuite, que les allocations familiales sont réservées aux « bons parents ». Non, les allocations familiales qui ont été instaurés en 1938, ne sont pas un gadget de rééducation mais une vraie mesure de politique familiale : elles ne sont pas destinées à récompenser les parents que les autorités jugent bons mais à alléger les charges financières liées aux enfants. Cette suppression d’allocation ne touche ainsi, par définition,  que les familles d’au moins deux enfants, fondant une sévère  punition collective comme si frères et sœurs pouvaient être sanctionnés des comportements d’un seul des enfants.

M. Ciotti aurait bien été inspiré de s’interroger sur les causes de l’absentéisme : faibles liens des parents avec l’institution scolaire, difficultés personnelles des enfants, conflits avec les enseignants, ratés de l’orientation plus ou moins choisie, temps de transports plus élevé, souffrance médicale, ruptures familiales… Autant de pistes de réflexions plus complexes à apprehender que de démagogiques sondages.

École publique, associations de terrain, sécurité au sein de la famille : c’est tout cela que la droite est en train de casser et qu’il nous faudra réparer et reconstruire.

Confluence : une fête populaire

Ma ville, mon canton

Confluence : une fête populaire

Pas de commentaire 01 juillet 2010


Je vous l’avais annoncé à plusieurs reprises sur ces mêmes pages de mon blog : « A la Confluence, on y danse! » a eu lieu ce week-end : ce fut un vrai beau succès populaire avec des dizaines de milliers de Lyonnais venus sur place ! Cet événement me tenait vraiment à cœur, et je me réjouis d’avoir vu autant d’enthousiasme, de spectacle et de plaisir partagé dès le vendredi soir lors de la soirée d’inauguration.

IMG_1286Animations, danses, bals populaires, spectacle pyrotechnique inoubliable et moments simples de convivialité comme la soirée traditionnelle des Feux de la Saint-Jean… tout y était.

Malgré la chaleur de ce week-end,  les Lyonnais ont été très nombreux à profiter de ce nouveau cadre urbain sur les quais de Saône.

Je remercie une nouvelle fois l’ensemble des associations, des bénévoles et des professionnels qui se sont mobilisés à nos côtés pour faire de cette manifestation d’inauguration un moment vraiment historique, porteur d’espoir dans la construction d’une ville toujours plus belle, et toujours plus humaine.

Je vous souhaite à tous un bel été et vous joins quelques photos souvenirs de la Confluence ainsi qu’un article de presse paru suite à l’événement.

COnfluence, nouvelle promenande des lyonnais


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