Je veux redynamiser les colonies de vacances – Entretien à Metronews

Jeunesse Sports Ville Publié le 7 juillet 2014

Colonies de vacances, grande conférence sociale, parcours des Bleus... Mes réponses au journal Metronews paru ce lundi 7 juillet 2014.

Cet été, 3 millions de jeunes de 5 à 19 ans ne partiront pas en vacances. Quelles actions comptez-vous mettre en place pour y remédier ?
Ce chiffre est terrible. La CNAF (Caisse nationale des allocations familiales) a récemment rappelé qu’elle avait distribué cette année quelques 95 millions d’euros d’aide au départ en vacances pour les familles. C’est important. Et en même temps, nous pouvons sans doute faire mieux encore pour répondre aux besoins. Je veux en particulier redynamiser l’offre collective de vacances, autrement dit les colonies de vacances, qui permettent aux jeunes, à des prix accessibles, tout a la fois de s’évader, de s’ouvrir aux autres et d’acquérir de l’autonomie. Leur fréquentation a été divisée par deux en quinze ans (NDLR : 7,5% des 5-19 ans y ont participé en 2011). Nous travaillons pour les aider à se moderniser et en faciliter l’accès pour toutes les familles. Cela passe par des trajets plus simples et moins chers : la SNCF va ainsi doubler dés cet été ses capacités de réservation pour les groupes. Cela passera surtout par la charte « colonies nouvelle génération » que nous venons de finaliser. Les colonies pourront l’adopter dans les prochaines semaines.

De quoi s’agira-t-il concrètement ?
Ce sera une sorte de label permettant de protéger la singularité des colonies de vacances qui ne sont pas n’importe quelle entreprise de vacances à but lucratif mais une véritable ambition d’éducation populaire, avec un projet éducatif de qualité, la recherche de mixité sociale, l’accueil de tous les enfants, y compris ceux porteurs de handicap. L’idée à terme est de réorienter vers ces « colonies nouvelle génération » l’aide apportée par les employeurs publics aux vacances de leurs agents (cela représente près d’1 milliard d’euros) et d’inciter les employeurs privés a en faire autant.

La baisse de fréquentation vient surtout du coût « trop élevé » des colonies, qu’un rapport parlementaire pointait l’an dernier…
Il est vrai qu’une semaine de vacances coûte entre 400 et 600 euros, ce qui fait que beaucoup de Français, même aidés, y renoncent. Le séjour coûte de plus en plus cher notamment parce qu’il existe une réglementation très lourde pour les activités, les transports, l’encadrement. Ces contraintes ont ainsi fragilisé le parc immobilier des colonies de vacances, devenu pour partie obsolète à défaut d’investissements importants qui n’ont pas été faits. Nous sommes en train de travailler  à alléger un certain nombre de contraintes, sans bien sûr porter atteinte à la sécurité, avec des mesures de simplification qui seront prises par décret à l’automne. Nous allons surtout aider les structures à la remise aux normes de leurs  équipements, notamment par la mobilisation des crédits du fonds « tourisme social investissement » qui est doté de 75 millions d’euros. Enfin, le financement de ces nouveaux modèles de colonies de vacances sera éligible aux crédits du programme d’investissement d’avenir pour la Jeunesse.

Et pour les jeunes qui ne partent pas malgré tout ?
Nous veillons à développer l’offre de loisirs dans les quartiers ou ils vivent. L’idée c’est que même pour ceux qui n’ont pas la chance de partir l’été ne soit pas synonyme d’ennui et de repli mais de dépaysement et d’ouverture. Cet été, mon ministère soutiendra  près de 4000 opérations dans différents  territoires un peu partout en France, du type « mini-plage » ou écran de cinéma en plein air. Avec les fédérations sportives, nous nous organisons pour proposer aux jeunes de découvrir la pratique d’un sport (natation, athlétisme, handball…)… Nous rendrons publique sur notre site d’ici la semaine prochaine une cartographie recensant l’ensemble de ces opérations, car ce qui pêche c’est toujours l’accès a l’information.

Vous participerez lundi et mardi à la grande conférence sociale que la CGT et FO, après le Medef, menacent de boycotter. Avec ces fortes tensions, ce sommet peut-il être utile ?
Bien sûr qu’il va l’être. Les deux précédents avaient aussi été annoncés comme des moments potentiellement risqués, compliqués, et de fait ça c’est très bien passé. Le gouvernement a engagé depuis deux ans une démarche inédite de recours régulier au dialogue social s’agissant du sujet de préoccupation numéro 1 des  français, l’emploi. Et la culture du travail en commun s’est désormais installée. Le sujet de cette année, ce sera en particulier l’emploi des jeunes, avec l’idée que les partenaires sociaux puissent ensuite ouvrir une négociation, comme ce qui a été fait sur la formation professionnelle. Maintenant, il faut que chacun prenne ses responsabilités.

L’apprentissage, en chute libre ces derniers mois, sera au cœur des discussions. Le gouvernement pourrait-il instaurer le dispositif « zéro charge » réclamé par le patronat ?

Qu’il soit utile de donner plus de marges de manœuvre financières aux PME pour les inciter a recourir aux apprentis, c’est une piste sur laquelle on travaillera pendant la grande conférence sociale. Mais l’apprentissage, ce n’est pas simplement une question de moyens, c’est aussi celle de sa valorisation dans le parcours scolaire pour qu’il soit choisi et pas subi. C’est celle des  contraintes règlementaires qui l’entourent et doivent être simplifiées. Pour prendre un exemple qui relève de mon ministère, il y a aujourd’hui seulement 3000 apprentis dans les métiers de l’animation et du sport. On pourrait aisément doubler ce chiffre en faisant en sorte que les bénévoles puissent devenir maîtres d’apprentissage. Je souhaite que la conférence sociale nous permette d’avancer sur ce sujet.

Vous rentrez de Rio où vous avez assisté au quart de finale des Bleus. Quel regard portez-vous sur leur Coupe du monde ?
Vendredi, c’était un peu de déception mais beaucoup d’émotion et de fierté. Il faut se souvenir d’où partait cette équipe, de son miraculeux barrage retour contre l’Ukraine pour savourer à sa juste mesure sa présence en quarts de finale. La voir gravir les échelons comme elle l’a fait, c’était du pur bonheur. Les Bleus ont été vaillants, soudés, on a véritablement vibré avec eux. Didier Deschamps a relevé le défi de reconstruire une équipe performante sur le plan sportif et enthousiasmante pour les Français.

Ces Bleus peuvent-ils désormais remporter l’Euro 2016 ?
C’est une équipe très jeune et désormais, grâce à ce mondial, expérimentée. Oui, en 2016, ils devraient faire des étincelles. En plus, ce sera chez nous. Je compte bien en faire une grande fête populaire, qui commence bien avant le mois de juin et dure bien après le mois de juillet.

François Hollande gagne deux points de popularité dans notre baromètre politique du mois. Un effet Coupe du monde ? 
Je n’ai jamais pensé que la popularité des responsables politiques pouvait être  indexée sur les résultats sportifs. Ce qui est vrai en revanche, c’est que l’enthousiasme sportif vous plonge dans un état d’esprit positif, conquérant, et vous sort de cette tentation « décliniste » qui guette notre pays en permanence.

Vous apparaissez aussi, selon notre sondage OpinionWay, comme la personnalité politique avec qui les Français souhaiteraient le plus passer leurs vacances

S’ils savaient que je compte consacrer mes vacances quasi exclusivement à rattraper le temps avec mes enfants, ils seraient sans doute moins enthousiastes !


Propos recueillis par Gilles Daniel pour Metronews.

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