Améliorer l’envie d’apprendre chez les élèves – Entretien à la Dépêche

Presse Éducation nationale Publié le 14 novembre 2014

En visite dans le Gers au collège de Vic-Fezensac, Najat Valkaud-Belkacem a accordé un entretien à «La Dépêche du Midi». Elle dit sa volonté de lutter contre le décrochage scolaire.

Retrouvez ici l’entretien :

Madame la Ministre, dans le collège Gabriel-Séailles que vous allez visiter ce vendredi, plus aucun élève ne reçoit de notes. Pensez-vous que cette expérience puisse être appliquée à l’ensemble des collèges de France ?

L’expérience “Envie d’apprendre” est extrêmement intéressante. Il s’agit d’une innovation du terrain, née de la volonté des équipes éducatives de mieux faire réussir les élèves, qui se traduit par de très bons résultats en termes de niveau des élèves.

Je soutiens avec force les innovations pédagogiques qui viennent du terrain. Et je suis convaincue qu’il faut faire évoluer les modalités d’évaluation des élèves.

Mais il ne s’agit pas pour moi d’imposer la suppression des notes dans tous les collèges de France. Ce qui marche à Vic-Fezensac peut ne pas être aussi efficace dans d’autres établissements.

Je crois qu’il faut bien comprendre que le problème aujourd’hui ne vient pas des notes, mais de ce que l’on en fait. Les notes sont d’abord des repères qui doivent aider les professeurs, les élèves et leurs parents à se situer dans leurs apprentissages. L’expérience du collège de Vic-Fezensac introduit ainsi d’autres modalités d’évaluation et surtout, associe l’élève à la mesure de ses résultats et des moyens qu’il a engagés pour les obtenir.

Le projet d’établissement du collège de Vic-Fezensac s’attache à redonner du sens à l’acquisition des savoirs. Quelles autres pistes selon vous faut-il explorer pour réveiller cette envie d’apprendre chez les élèves ?

Le grand projet numérique pour l’éducation, pour lequel une consultation nationale sera lancée dans les prochains jours, participera à l’amélioration de l’envie d’apprendre chez les élèves. Le numérique favorise en effet les pédagogies différenciées, mieux adaptées au rythme et aux possibilités de chacun, y compris les élèves en situation de handicap, et remotive des élèves en situation de décrochage. Il facilite de plus l’implication des parents dans l’école.

Par ailleurs, pour atteindre l’objectif fixé par le Président de la République de diviser par deux le nombre de décrocheurs d’ici à 2017, des mesures ambitieuses seront annoncées la semaine prochaine. C’est au collège que se manifestent de façon visible, chez les élèves les plus fragiles, les premiers signes évidents de démobilisation. Jusqu’à présent, la lutte contre le décrochage a consisté à intervenir une fois le jeune sorti de l’école, et à tenter de lui redonner les bases qui lui manquent pour s’insérer dans la vie professionnelle, en l’accompagnant dans son parcours de requalification. Prévenir ce décrochage est désormais notre ambition.

N’est-il pas plus facile de travailler sur l’égalité des chances dans un collège rural plutôt que dans un gros collège urbain ?

Travailler sur l’égalité des chances demande autant d’énergie dans les petits collèges ruraux que dans les collèges urbains de taille plus importante.

Les collèges urbains doivent relever le défi de la gestion d’un public nombreux, qui peut poser des difficultés en termes de vie scolaire. Si les petits collèges peuvent parfois donner une impression plus paisible et semblent plus adapter pour assurer un meilleur suivi des élèves, la taille réduite des équipes peut soulever des problèmes spécifiques. Il n’y a pas de modèle type de collège qui réussit.

Une question concernant le 1er degré : dans le Gers, la réflexion est lancée pour établir une carte scolaire pluriannuelle. Se donner une lisibilité à 3 ans, serait-ce la solution pour mieux répartir les postes d’enseignants dans un département rural à l’habitat dispersé ? Et pensez-vous qu’en se dotant d’une carte scolaire pluriannuelle, le Gers assurera une réelle équité des conditions de réussite à tous les élèves de ce département ?

Les départements ruraux, dont la démographie est souvent en recul et qui comptent une grande proportion de petites écoles, sont plus soumis que les autres aux effets des variations démographiques. Fermer une classe, parce que les effectifs baissent, n’a pas le même impact dans une ville.

Pour ce qui concerne l’éducation des enfants, les habitants, les parents d’élèves, les élus locaux ont besoin de visibilité.

Je souhaite, à l’instar de ce qui s’est fait dans le Cantal ou dans les Hautes Pyrénées, que la carte scolaire du Gers se construise dans la durée.

Concrètement, la rectrice de l’académie de Toulouse, l’association des maires, le conseil général sont en train de signer une convention sur 3 ans pour renforcer le tissu des écoles, créer des RPI, regrouper des très petites écoles, développer l’accueil des moins de trois ans dans les zones à environnement social défavorisé, mettre en place le dispositif ‘’plus de maîtres que de classes » là où la difficulté scolaire est la plus grande. Pour accompagner ce travail, l’éducation nationale ne prendra pas en compte les effets des éventuelles baisses d’effectifs.


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