Jean Zay, l’un des pères de la démocratisation de l’École – Préface de l’ouvrage d’Antoine Prost et Pascal Ory

Éducation nationale Publié le 26 mai 2015

Retrouvez ici la préface de l'ouvrage d'Antoine Prost et Pascal Ory consacré à Jean Zay, préface signée Najat Vallaud-Belkacem. L'ouvrage est co-édité par Tallandier et Canopé.

Certains individus accomplissent très jeunes ce que d’autres mettent une vie à construire : Jean Zay fut de ceux-là.
Engagé politiquement dès ses études secondaires, député à 27 ans, ministre à 32 ans, responsable d’un large périmètre engloblant à la fois l’éducation nationale, la recherche, les beaux arts, le sport et les loisirs, Jean Zay a fait bouger les lignes en faisant ce qu’aucun autre n’avait fait avant lui, et à un âge où personne ne l’avait fait.

Car au fond, Jean Zay est, après Jules Ferry, le deuxième à avoir jeter les bases de l’école républicaine telle qu’on la connaît aujourd’hui. Il n’était pas un expert, mais un homme politique charismatique porteur d’un esprit réformateur et capable de convaincre, autour de lui, de la nécessité de faire évoluer l’École de la République.

Dans l’esprit collectif, Jean Zay reste aujourd’hui le jeune ministre brillant, foudroyé en pleine ascension ; un symbole du Front Populaire, conscient très tôt des dangers liés à la montée du fascisme et de l’antisémitisme dont il fera personnellement les frais, d’abord victime d’une campagne de haine et de dénigrement, avant de payer de sa vie, dans des conditions tragiques en 1944, tout ce qu’il représentait.

Mais tous ne le savent pas, Jean Zay fut aussi l’un des pères de la démocratisation de l’École. Celui qui, avant beaucoup d’autres, a compris que la France ne pouvait se satisfaire d’un système scolaire à deux vitesses déterminé socialement, avec un lycée réservé à une élite, et a fait évoluer l’Ecole vers un système unique, fondé sur les degrés. Celui qui aura fait passer la durée de la scolarité obligatoire de 13 à 14 ans, le 9 août 1936. Celui, également, qui aura su imposer sa méthode pour assurer une transformation rapide de la société : c’est par une politique minutieuse et volontariste de décrets, d’arrêtés et de circulaires que Jean Zay a contribué à bâtir, pas à pas, un système scolaire plus égalitaire.

Précurseur, Jean Zay n’a pas hésité non plus à réformer l’éducation en passant d’abord par des expérimentations, là aussi pour convaincre, pour tester des pédagogies nouvelles, pour avancer.

Il aura de plus créé un évènement aujourd’hui constitutif du patrimoine culturel français, le Festival de Cannes. Homme de culture et visionnaire, désireux de permettre à chaque enfant d’accéder à la culture, il crée le musée d’art moderne et celui des Arts et des Traditions populaires, en même temps qu’il développe les loisirs dirigés, parce qu’il a à cœur, déjà, « [d’]ouvrir la maison de la jeunesse à la vie ».

Un grand ministre réformateur, ouvert sur le monde et féru de déplacements internationaux, un soldat courageux de la Seconde guerre mondiale, un prisonnier stoïque victime d’un procès politique ; un homme aussi avec sa part d’intimité et sa famille : c’est l’ensemble de ces aspects de la vie de Jean Zay que retrace cet ouvrage, au moment où nous nous apprêtons à célébrer son entrée au Panthéon en même temps que trois autres grandes figures qui incarnent l’esprit de résistance comme autant de modèles pour les élèves d’aujourd’hui : Pierre Brossolette, Geneviève De Gaulle Anthonioz et Germaine Tillion.

Cette cérémonie sera l’occasion, j’en forme le voeu, d’un grand moment de commémoration nationale autour des valeurs de Jean Zay, qui restent actuelles dans l’Ecole que je tâche de construire. Une Ecole dans laquelle, comme l’écrivait Jean Zay, « on élève un enfant pour qu’il vive et achève pleinement sa destinée, pour qu’il tire le meilleur parti de ses aptitudes ».

Najat Vallaud-Belkacem

Jean-Zay-Prost-Ory


Photo Sipa.

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12 commentaires sur Jean Zay, l’un des pères de la démocratisation de l’École – Préface de l’ouvrage d’Antoine Prost et Pascal Ory

  1. Citoyen exaspéré

    On honore ceux qui avaient de l’ambition pour la France pour mieux enterrer leurs valeurs. Une honte ! Mais l’esprit de résistance n’est pas mort, le programme du CNR ne sera pas piétiné impunément, ce en quoi vous ne faites que poursuivre l’oeuvre de l’UMP, mais qui va vous revenir dans la figure par les urnes.

  2. PF

    Manifestation des profs d’allemand, hier mercredi, à Nantes…Audience au rectorat hier à Nantes où nous a dit « qu’on avait raison d’être inquiets » !!!!!

    Pour finir « mais ne vous inquiétez pas, rassurez tout le monde: vous continuerez d’être payés »!!!

    Alors, madame la Ministre, c’est de l’intox ? On propage des mensonges ? des rumeurs ?!!!

  3. Odile Chaumeton

    Le problème . M. Mamadou Lamine Diarra, c’est que la ministre ne semble pas de bonne foi. Son acharnement à répéter des chiffres éronnés, des affirmations mensongères montre bien que sa réforme est à revoir. Supprimer à des élèves travailleurs la possibilité d’atteindre un certain niveau n’est pas une bonne idée.

  4. Nixe

    Madame la Ministre,

    Vous resterez dans les annales comme la ministre qui aura cassée l’Education Nationale au profit de l’enseignement privé et privé de nombreux enfants de chances de réussite. Votre réforme vue depuis la Belle Province. Pas besoin de traducteur, c’est en français.
    http://m.ledevoir.com/#article-440762

  5. Frédéric AURIA

    Une chose est sûre, il aurait fait un autre collège que celui que vous prétendez nous imposer ! Les LV2 seront enseignées seulement 2h par semaine si elles sont prises dans un EPI, nullité des élèves assurée. Petite démonstration en vidéo pour l’allemand https://www.youtube.com/watch?v=iyUMDDI_FFM&feature=youtu.be
    Pas vraiment en phase avec votre propagande…

  6. T'es bien coiffée, tu sais !

    « Je n’ai jamais entendu dans la bouche d’un ministre autant de mensonges en aussi peu de temps — et depuis quarante ans que je fais ce métier, au collège, au lycée, en fac, en prépas, j’ai vu pas mal de politiciens inconsistants et de demi-pointures installés rue de Grenelle. Je n’ai jamais vu non plus de ministre aussi unanimement détesté par ses propres fonctionnaires. Sa performance devant Ruquier il y a deux mois, son éclat de rire en soulignant qu’on ne se fait pas prof pour l’amour de l’argent, ont fait comprendre à tous les enseignants qui se dissimulait derrière cette coiffure soigneusement entretenue — la fable du ministère est qu’elle passe plus de temps chez le coiffeur que dans son bureau. »

    LIRE ABSOLUMENT LE RESTE DE L’ARTICLE SUR causeur.fr

  7. CS

    Démocratiser = rendre accessible au plus grand nombre.
    En quoi supprimer les options bilangues, européennes, DP3 et DP6 démocratise l’école???
    On nous prend vraiment pour des imbéciles!

  8. Mamadou Lamine DIARRA

    Merci « Ma NAVABEL » pour ce portrait qui inspire et, pour tout ce que vous faites pour tenir le cap en en ce moment. La majorité des gens n’acceptent pas facilement les changements or les reformes sont des changements. Bon courage donc à ceux ou celles qui les portent avec détermination comme leurs prédécesseurs (Jean ZAY, Jules FERRY etc.). En politique comme dans toutes autres choses de la vie, si on est de bonne foi, on s trompe rarement!
    Bye!

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