Qu’est ce qu’être populiste?

Discours aux lauréats de l’Institut de l’Engagement

Retrouvez ici le discours prononcé par Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche lors de sa rencontre avec les lauréats de l’Institut de l’Engagement, samedi 31 octobre 2015. Najat Vallaud-Belkacem intervenait en ouverture d’une journée de débats et d’échanges sur la question du populisme et les réponses à y apporter.

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Monsieur le directeur de l’institut de l’Engagement, cher Martin Hirsch,
Mesdames, mesdemoiselles et messieurs, lauréats de l’institut de l’engagement,
Chers amis,

Il y a bien longtemps, à la fin du XIXème siècle, le gourou d’une secte avait annoncé la fin du monde pour une date précise. Disons, le 23 novembre 1887.

Nous sommes aux États-Unis, sur une de ces vastes plaines du Midwest. Tous les adeptes se sont réunis. Ils attendent.

Le 23 novembre passe. Rien.

Le gourou réunit ses adeptes et leur dit, très calmement : « L’ardeur de nos convictions a évité la catastrophe pour aujourd’hui, mais nous ne pouvons éviter l’inévitable ». Et il fixe une nouvelle date.

La date arrive. La date passe. Rien.

Le gourou se tourne vers ses adeptes et leur dit, toujours très calmement : « L’ardeur de nos convictions a évité la catastrophe pour aujourd’hui, mais nous ne pouvons éviter l’inévitable. » Et il fixe une nouvelle date.

Et cela dura jusqu’à la mort du gourou, mort qui fut immédiatement interprétée comme le signe que la fin du monde avait été reportée grâce à lui.

En racontant cette histoire, je tiens à vous rassurer, je n’oublie pas le thème qui nous réunit aujourd’hui, celui du populisme. Il y a, entre le discours de ce gourou, et celui des populistes, bien des similitudes. Et ce sont celles-ci qui rendent le populisme si dangereux.

L’alliance des réponses simplistes aux prédictions catastrophistes s’avère particulièrement redoutable, parce que dans les temps difficiles qui sont les nôtres, il est profondément humain d’avoir envie d’y croire.

On pourrait se rassurer, se dire que les adeptes étaient idiots. Ce n’est pas le cas. Tout comme ne sont pas idiotes les personnes qui se laissent prendre par les discours populistes.

Si ces discours portent, c’est qu’ils jouent sur un ressort puissant de l’esprit humain : l’envie de croire que l’on peut changer les choses sans effort. Qu’il suffit de. Qu’il n’y a qu’à.

Oui, dans les situations difficiles que nous traversons, la tentation est grande de se tourner vers ceux qui vous promettent tout, sans s’engager à rien.

Alors on y croit. Très fort. Seulement rien n’advient. Les frustrations et les colères grandissent. Les divisions aussi. Et ce qui se trouve en danger, c’est un sentiment du bien commun, qui est au cœur de notre République, au cœur de notre démocratie.

Oui, si le populisme nous touche si profondément, c’est qu’il constitue, à bien des égards, ce qu’à la suite de Tzvetan Todorov, j’appellerai : un ennemi intime de la République.

Intime, parce qu’il y a, dans la notion de populisme, quelque chose qui a bien des affinités avec la démocratie : le peuple.

Si vous définissez politiquement le populisme comme un mouvement défendant les intérêts du peuple et revendiquant un recours à celui-ci, vous voyez que nous sommes très proches de la définition de la démocratie, gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple, comme il est rappelé dans notre constitution.

Le populisme, en ce sens, est inhérent à toute démocratie. A tel point que bien des figures de l’histoire de notre République, Gambetta, Jaurès ou Victor Hugo pourraient être déclarées populistes !

Il y a, dans leur populisme, une volonté d’agir au service des plus pauvres, des plus défavorisés, et cela, je crois qu’il est important de le revendiquer.

Et si je tiens tant à vaincre les inégalités, si j’ai mis en place une réforme l’attribution des moyens aux écoles qui tienne compte des difficultés propres à certains territoires, c’est avec ce souci, avec cette conscience que la République doit, par définition, être notre bien à toutes et à tous, et qu’elle ne saurait tolérer que l’on renonce à la promesse de l’égalité, pas plus qu’à la liberté ou à la fraternité !

Aussi, en considérant le populisme comme la défense et la prise en compte des inégalités dont souffrent nos concitoyens, en le considérant comme la volonté, jusqu’au sommet de l’état, de ne jamais oublier d’où nous vient le pouvoir que nous exerçons, je pourrais, en tant que ministre, me déclarer populiste.

Et pourtant. Pourtant, en prononçant cette phrase, je suis consciente des accents étranges que prend ce mot. Oui, il résonne singulièrement, parce que le populisme ne désigne pas une réalité uniforme.

Sous un même mot, se déploient des réalités diverses. Surtout, le sens de ce mot n’est pas le même, lorsqu’on le prononce dans un régime autoritaire, dans une monarchie ou dans une République.

Qu’un mouvement populiste apparaisse à la fin du XIXème siècle dans la Russie Tsariste, cela fait sens, précisément parce qu’il n’y a pas de démocratie. Mais dans un Etat comme le nôtre, que signifie populisme ? Et pourquoi l’employer, plutôt que démocratie ?

C’est qu’il désigne alors un phénomène qui n’est plus la démocratie, mais son ennemi.

Le populisme tel que nous le connaissons aujourd’hui n’a aucune des vertus du « bon » populisme que j’évoquais.

Les formes qu’il revêt dans notre société, mais aussi dans l’Europe et dans le monde, ne convoquent le peuple que pour semer la discorde. Ces populismes n’appellent pas à l’union, mais à l’exclusion.

Ils exploitent une détresse réelle pour servir leurs propres intérêts. La logique du populisme est une logique du pire, face à laquelle notre réaction et notre mobilisation doivent être sans failles.

Le populisme dont je vais parler est donc, sans ambiguïté aucune, un populisme qui se caractérise par la prétention de défendre le peuple, mais qui repose en réalité sur des manipulations rhétoriques.

Il s’appuie aussi sur une valorisation indue du court terme, un critère que j’emprunte à Guy Hermet[2] et qui me semble essentiel pour comprendre ce à quoi nous faisons face.

Le populisme promeut un temps rapide, une immédiateté qui s’oppose au temps long que suppose toute action politique concrète et ambitieuse. Démagogique, il désigne des boucs émissaires et simplifie à outrance.

Face à ce danger, l’école doit, au contraire, enseigner une pensée complexe. Elle doit même donner à nos élèves le goût de la complexité.

Ils en font l’expérience à travers toutes les disciplines, et dans les EPI, mais j’évoquerai avec vous deux enseignements qui sont plus directement construits comme autant de réponses, voire de ripostes, aux nouvelles formes du populisme, notamment celles des extrémismes politiques.

Ces deux enseignements, ce sont l’enseignement moral et civique (EMC) et l’éducation aux médias et à l’information (EMI).

L’EMC est une réponse, parce qu’il promeut une citoyenneté active. Face aux mots, aux allégations et aux provocations, c’est par l’action que nous devons répondre.

Cet enseignement repose sur un constat : on ne forme pas des citoyens uniquement par des connaissances, mais aussi par des pratiques.

Bien sûr, nous avons besoin de mieux comprendre nos valeurs républicaines, parce que bien souvent les populismes se plaisent à les travestir, à les déformer.

Oui, nos élèves ont besoin de comprendre que la laïcité n’est pas l’interdiction des religions, mais bien au contraire la liberté offerte à chacun de croire ou de ne pas croire, en établissant une distinction fondamentale entre la sphère publique, celle de l’état, celle de l’école et la sphère privée.

C’est pour cette raison que j’ai tenu à ce qu’un livret laïcité soit mis à la disposition des équipes éducatives. Laisser s’installer l’idée d’une laïcité élaborée contre les religions, c’est aller à l’encontre de la logique même de l’école républicaine, qui est profondément inclusive.

Nos élèves ont aussi besoin de comprendre que l’égalité est une condition essentielle pour élaborer une société qui soit juste, et que ce n’est pas l’uniformité, mais bien la volonté affirmée de vaincre les inégalités économiques et sociales.

Et il leur faut savoir quelles sont les luttes et les motivations qui ont abouti à l’élaboration de notre République, et quels sont leurs droits et leurs devoirs en tant que citoyens.

Et tous ces aspects, loin de se développer indépendamment des autres disciplines, leur sont profondément liées. Ainsi, la réforme des programmes insiste sur les fondamentaux, et la maîtrise de la langue.

C’est un enjeu essentiel : lorsque les mots font défaut, la discussion, le débat argumenté, qui font la vie d’une république et qui l’ont façonnée au fil des siècles, s’amenuisent, s’affaiblissent, et la violence resurgit.

Athènes sans l’agora, Rome sans le forum, la France sans l’assemblée, sans ces éclats de voix et ces échanges francs et vigoureux, ne seraient pas des démocraties.

La maîtrise des subtilités, des nuances de la langue, la richesse du vocabulaire, ne sont pas du luxe : mais des moyens précieux pour appréhender la complexité du monde, développer une argumentation qui se nourrisse de la variété des points de vue, et pour façonner avec autrui une relation respectueuse et enrichissante.

Nous avons bien vu, dans les mois qui ont suivi les attentats de janvier derniers, à quel point il s’avère essentiel, pour ne pas succomber aux divisions et à l’incompréhension, d’échanger. Et cela aussi s’apprend et s’enseigne.

Parce que c’est en formant des citoyens instruits et éduqués, dotés d’une véritable connaissance, que l’on oppose aux populismes une résistance efficace, et que l’on finit par les vaincre.

Mais cette connaissance doit s’accompagner d’un savoir-faire qui est aussi un savoir-être.

Cette action se déploie aussi bien dans les débats ou les entreprises de clarification des valeurs que dans des projets concrets, comme ceux dont chacune et chacun d’entre vous sont porteurs.

L’EMC ne cesse de confronter nos valeurs à la complexité de la réalité. Il ne cesse de s’ancrer dans des situations, parce que c’est dans ces situations que la citoyenneté se révèle.

L’EMC exige de nouvelles formes d’enseignement, de nouvelles postures moins magistrales, et s’appuie notamment sur des pédagogies de projet, parce que chaque élève doit forger, avec les valeurs républicaines, une relation intellectuelle, sensible et concrète.

Pour cette raison, une de nos priorités est aussi de développer les espaces de démocratie à l’école. J’ai ainsi décidé la création de 5000 missions de service civique, pour développer la démocratie lycéenne.

Plus largement, le développement d’une culture de l’engagement au sein de l’éducation nationale passera d’ici 2017 par la création de 37 000 missions de service civique à l’école. C’est une chance pour ouvrir les pratiques pédagogiques, développer les partenariats, mettre en pratique le choix que j’ai fait de ne laisser aucune bonne volonté à la porte de l’école.

La parole doit s’accompagner de l’action, car l’action s’oppose au populisme. Ceux qui prétendent défendre le peuple n’agissent pas vraiment. Ils vocifèrent.

Pourquoi ? Parce que la moindre de leurs actions dévoile l’inanité de leurs solutions.

Pour agir, il faut penser, évaluer, et, le moment venu, envisager les conséquences et les possibilités d’action qui sont les nôtres, sans jamais refuser la complexité de la réalité, mais en s’y confrontant sans cesse.

C’est ainsi que nous renouons avec cette pensée complexe, chère à Edgar Morin, qu’il me semble si important de défendre au sein de l’école.

Parce que le problème d’une réponse simple, comme les populistes se plaisent tant à les brandir, c’est qu’elle ne tarde pas à se briser sur les écueils d’une réalité complexe.

Et que lorsque cela se produit, inévitablement, on voit alors surgir une autre facette du populisme, qui lui est inhérente : le complotisme et toutes les formes de désinformation.

Les formes nouvelles du populisme doivent beaucoup aux évolutions technologiques. Les rumeurs sont relayées à une vitesse phénoménale.

Les contre-vérités s’accumulent, s’entrelacent, et lorsque vous parvenez péniblement à démontrer la fausseté d’un article, des centaines sont déjà en train de prendre le relais.

Ces nouvelles formes ne se contentent pas de la sphère médiatique traditionnelle. Elles ne se réduisent ni aux écrans de télévision, ni aux pages des journaux. Elles s’insèrent chez chacun d’entre nous. Alors brillent, dans l’obscurité et le silence d’une chambre d’adolescent, à la surface de l’écran, des vidéos de propagande et des pamphlets.

Bien sûr, internet ne se réduit pas à cela. Mais le populisme s’y répand par ces biais-là. Face à ces phénomènes que peut l’école ?

Agir sur la diffusion ? C’est illusoire. Par contre, nous pouvons faire en sorte que chaque élève ait une réception raisonnée de ce qu’il lit et de ce qu’il voit.

La citoyenneté s’exerce aussi dans cette relation aux médias et à l’information. Ne pas éduquer nos élèves dans ce domaine, c’est refuser d’affronter ce qui fonde la puissance de ces nouveaux populismes.

Et si j’évoque internet, ce n’est pas par défiance envers cette invention fabuleuse dont je suis, comme beaucoup, une utilisatrice régulière.

Mais parce qu’on a défendu, à propos d’internet et du numérique ou des nouvelles technologies, l’idée qu’aucune éducation n’était nécessaire à ce sujet. Et pour affirmer une chose aussi étrange, on s’est appuyé sur un concept bien particulier : celui de digital natives.

Digital natives, vous connaissez sans doute le terme. Il désigne les générations nées dans un environnement où le numérique et les nouvelles technologies font partie intégrante de notre vie quotidienne.

Mais naître à une époque où ces technologies sont répandues n’implique aucunement une maîtrise et une connaissance innées.

Par exemple, je suis née à une époque où il y a des frigidaires. Bon. Je sais même me servir d’un frigidaire. Mais je ne crois pas que j’ai pour autant une connaissance innée du mode de fonctionnement du frigidaire.

De la même façon, ce n’est pas parce que vous êtes nés dans une maison avec une porte, que vous savez tout de l’élaboration des portes. Vous savez vous en servir, c’est vrai, c’est utile. Mais cela n’a rien à voir avec une connaissance véritable.

Eh bien, la situation de nos élèves face au numérique est un peu équivalente.

Nombreux sont les élèves qui savent ouvrir une page web. Rares sont ceux qui savent comment elle est codée. Rares sont ceux qui comprennent le fonctionnement de ce réseau.

Et en définitive, cela les empêche d’acquérir une véritable maîtrise de ces outils que nous utilisons quotidiennement pour nous informer, et qui façonnent dès lors notre rapport au monde.

Quel rapport avec le populisme ? Je vais prendre un exemple que nous connaissons bien : Google.

Si je fais une recherche Google sur mon ordinateur, et si vous faites la même sur votre ordinateur, aurons-nous les mêmes résultats ?

On pourrait le penser. Bien des élèves envisagent Google comme un dictionnaire.

Seulement Google est un dictionnaire un peu spécial. C’est un dictionnaire où les définitions proposées dépendent de la personne qui ouvre le livre.

Parce que pour une recherche sur un même mot, je vous assure que nous n’aurons pas des résultats équivalents.

Et pour une raison directement liée aux algorithmes de Google. Ils intègrent non seulement vos précédentes recherches, mais prennent en compte les sites sur lesquels vous avez cliqué, la fréquence de vos visites, et bien d’autres paramètres.

Alors, évidemment, c’est très pratique. Mais très dangereux aussi.

Un élève qui clique les premières fois sur des sites complotistes, sera de plus en plus systématiquement renvoyé sur ces sites.

A chaque recherche, il appréhendera sa question par ce filtre.

S’il tape mon nom après avoir consulté des sites populistes, il trouvera de nombreuses vidéos lui montrant que mon unique but est, bien entendu, la destruction totale de l’école. Inversement, un autre élève, aura, avec une même recherche, des résultats opposés.

Cela vaut pour tous les sujets. Ne pas connaître le fonctionnement de ce moteur de recherche, c’est donc ne pas avoir conscience d’un phénomène très grave.

Lorsque vous circulez sur internet par le biais de Google, vous n’élargissez pas votre horizon. Vous ne vous ouvrez pas à d’autres points de vue. Vous êtes enfermés dans une bulle qui correspond à vos opinions et à vos préjugés initiaux. Le seul monde que vous découvrez est celui que vous connaissez déjà. Et vous ne le savez pas.

C’est ainsi que naît parfois une véritable spirale, dont les effets peuvent être dévastateurs, et qui nourrit l’intolérance, la division, et les populismes.

Ici intervient l’éducation aux médias et à l’information.

Ce n’est naturellement pas son seul contenu. Elle s’appuie aussi sur la création par les élèves de leurs propres médias, nourrit leur réflexion sur l’information, et il y a encore bien d’autres enjeux que je serai heureuse d’aborder avec vous lors des échanges avec la salle.

Mais si j’ai choisi cet exemple, c’est qu’avec internet nous abordons un domaine qui occupe une grande place dans nos vies, et dans lequel nous nous laissons trop souvent enfermer dans une relation passive.

Or il est temps de rendre à ces technologies le statut qui est le leur : celui d’outil. Cela implique une maîtrise, et l’école doit prendre en charge l’acquisition de cette maîtrise.

C’est aussi pour cela que le plan numérique, l’apprentissage du code, ne sont pas, comme l’ont prétendu certains, anecdotiques. Si nous voulons former les citoyens de demain, nous devons leur donner les moyens d’acquérir une véritable autonomie.

Et cela passe par l’apprentissage de la complexité. C’est un apprentissage exigeant, difficile. Mais qui est essentiel, tant le populisme puise sa force dans une simplicité mensongère et trompeuse.

Oui, face au populisme, nous avons besoin que l’école nous rappelle régulièrement cette vérité fondamentale : rien n’est simple !

Et ce n’est pas une mauvaise nouvelle. Ce n’est pas une phrase à dire sur un ton triste et désabusé.

Rien n’est simple, parce que la complexité fonde l’extraordinaire richesse de nos existences. C’est cette complexité qui nous nourrit, et qui fait de nous ce que nous sommes : des êtres humains.

C’est parce que nos mains sont des outils extraordinairement complexes que nous pouvons agir. Et au fond, la meilleure réponse au populisme, c’est une réponse que vous connaissez bien, et que vous incarnez.

  1. Car s’engager comme vous le faites, et comme nous le faisons, est l’inverse du populisme. C’est embrasser par l’action la complexité des défis du monde d’aujourd’hui.

C’est une valeur fondamentale. Et à une époque où nous défendons les fondamentaux de l’école, je crois qu’il faut donner à l’engagement la reconnaissance qu’il mérite.

L’engagement n’est pas anecdotique. Ce n’est pas un « petit «plus ». C’est une qualité humaine qui doit être recherchée et valorisée, parce que l’école de la République est aussi une école de l’engagement.

Cette reconnaissance, passe à la fois par sa valorisation dans la nouvelle évaluation du Brevet des collèges, mais elle intervient aussi dans l’enseignement supérieur, avec par exemple l’attribution de crédits ECTS, même si de telles pratiques ont encore à être encouragées.

Cela nécessite aussi que l’on offre du temps aux étudiants pour s’engager. C’est le sens de l’année de césure que j’ai mise en place, qui permet à un étudiant d’interrompre temporairement ses études sans que cela soit vu comme une rupture.

Parce que l’engagement, vous le savez bien, implique du temps. L’engagement ne tolère pas la demi-mesure.

C’est un impératif, une injonction profondément noble à laquelle vous avez répondu, et à laquelle vous continuerez j’en suis sûre de répondre tout au long de votre vie.

Et parce que votre détermination est précieuse, essentielle, je ne peux pas évoquer les réponses de l’école aux nouvelles formes de populisme sans parler de vous.

Vous êtes partie intégrante de la solution !

Entre une école de l’engagement et un institut du même nom, il est évident qu’une alliance doit s’établir.

Pour cette raison, nous sommes en train, avec mes services, de trouver une solution pour que les lauréats de cet institut puissent, dans leur parcours, avoir des conventions de stage avec des entreprises.

Et en retour, l’engagement doit être encouragé chez tous nos élèves, parce que c’est par l’engagement que l’on donne du sens à ce qui nous entoure, du sens à ce que l’on est, et du sens à ce que l’on fait.

Pour ce faire, nous nous efforçons de développer les possibilités pour nos élèves de s’engager, mais nous avons aussi besoin d’ouvrir l’école à ceux qui, par leur exemple, par leurs témoignages, peuvent transmettre ce savoir et ce goût de l’engagement.

Montrer, aussi, que l’engagement est un chemin dont les débouchés sont nombreux. Vous êtes d’ailleurs en train d’en faire l’expérience.

Nous sommes dans un institut qui valorise de façon exemplaire cet engagement, et qui vous offre des voies dans lesquelles votre expérience est valorisée. Ces voies mènent aussi bien vers l’emploi que vers des formations sélectives et qualifiantes.

Votre engagement mène à tout, et ce goût, cet investissement que vous vivez au jour le jour, il est essentiel que vous puissiez le transmettre.

Vos parcours constituent en effet une formidable source d’inspiration, et je serais donc profondément heureuse de vous voir prolonger votre engagement en rejoignant la réserve citoyenne de l’éducation nationale, dont votre institut va devenir un des ambassadeurs.

Cette réserve citoyenne permet à tout volontaire de venir témoigner auprès des élèves, à la demande des enseignants, de leur engagement.

Et sur ce point, vous avez beaucoup à nous apporter. Car si les enseignements, aussi bien théoriques et pratiques sont importants, ils ont aussi besoin de s’appuyer sur la puissance d’une rencontre.

Oui, rencontrer quelqu’un, voir s’incarner dans le parcours d’une personne les valeurs qui sont les nôtres, est une expérience, à bien des égards, irremplaçables.

Face aux populismes qui opposent et qui divisent, nous avons besoin de liens, de bien commun, nous avons besoin de nous rencontrer, d’échanger et d’agir ensemble.

Pour cette raison, cher Martin, je te remercie pour tout ce que tu as fait, depuis le service civique jusqu’à cet institut de l’engagement. Ton implication dans la réserve citoyenne constitue, à cet égard, la continuation logique de tes engagements passés, de cet engagement qui est le fil conducteur de ton parcours.

Je te remercie aussi pour ton invitation. Vous savez, dans l’agenda d’une ministre, il est des moments qui sont l’occasion de se ressourcer. De revenir à ce qui constitue le socle de notre République. Je suis précisément en train de vivre un de ces moments.

Quand je vous regarde, je vois, ici, dans cette salle, des femmes et des hommes qui sont ce qui fonde, au quotidien, la grandeur de notre République, et sa richesse.

Oui, vous êtes une force prodigieuse, et je vous assure que c’est, pour une ministre de l’éducation nationale, un très grand plaisir, et une profonde fierté, que d’être ici, parmi vous, avec vous, pour, justement, vous rencontrer.

Je vous remercie.

Najat Vallaud-Belkacem,
ministre de l’Éducation nationale,
de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

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15 commentaires sur Qu’est ce qu’être populiste?

  1. David WALERA

    Mais que sont mes commentaires devenus ?
    La censure a encore sévit !
    Il est vrai que si l’on ne pense pas comme le Parti…
    C’est ça, « l’esprit Charlie » ? ? ?

  2. Prof d'allemand en colère

    Vallaud-Belkacem, une ministre qui n’a de la fonction que le nom, se distinguant avant tout par un CULIOT MONSTRE et une arrogance sans borne…
    « Monsieur Lett, passés les débats éruptifs et, pour le moins, confus du printemps dernier, j’aurais pu imaginer que vous prendriez les cinq derniers mois pour vous pencher sur ce que dit réellement la réforme du collège et éviter ce genre de questions.
    ous ne l’avez pas fait et je veux donc bien, avec toute la pédagogie qui me caractérise, vous redire à nouveau que, s’il est bien un reproche qu’on ne peut pas adresser à cette réforme du collège, c’est de diminuer l’apprentissage des langues vivantes.
    Elle prévoit en effet, par définition, d’augmenter cet apprentissage : les élèves apprendront leur langue vivante 2 en classe de cinquième, et non plus en classe de quatrième, ce qui se traduit, sur une scolarité au collège, par 54 heures de plus d’enseignement des langues vivantes 2, et donc de l’allemand en particulier.
    Pour ce qui est de la langue vivante 1, qui s’apprend à l’école primaire, je vous rappelle que nous avons décidé qu’à la rentrée prochaine, au lieu d’attendre le CE1, elle s’apprendrait dès le CP. Donc, pour résumer, les élèves gagnent un an d’apprentissage de la LV1 et un an d’apprentissage de LV2 : expliquez-moi comment ils seraient moins bien lotis qu’aujourd’hui !
    Je souhaite que davantage d’élèves français choisissent l’allemand pour langue vivante. C’est la raison pour laquelle je nous ai fixé des objectifs : augmenter de 10 % le nombre d’apprenants à l’école primaire en LV1 comme au collège en LV2.
    Pour ce faire, nous embauchons davantage de professeurs d’allemand et allons chercher des étudiants allemands en Allemagne – nous l’avons vu avec l’ambassadeur d’Allemagne en France – pour qu’ils exercent en tant qu’assistants de langue dans les écoles primaires françaises,… »
    http://www.nosdeputes.fr/14/seance/5753#table_14012

  3. Mangin Audrey

    Bonsoir Madame,

    Un peu de lecture pour vous et votre équipe. Que comptez-vous faire des professeurs qui n’auront plus d’élèves? Par ailleurs, les formations syndicales à propos de la réforme se multiplient et tous s’accordent à dire que les professeurs d’allemand sont les grands perdants des mesures annoncées pour 2016.

    http://blogs.mediapart.fr/blog/pascale-fourier/041115/allemand-etre-pedagogue-avec-madame-najat-vallaud-belkacem-devient-urgent

  4. PF

    C’est de persister à claironner que l’allemand sort renforcé avec la nouvelle réforme alors que le nombre d’élèves va baisser et que les profs d’allemand commencent déjà à perdre des heures !!!

  5. Hassan

    Madame(La Ministre…)

    Bien que tout à fait nécessaire exigeante et correspondante, à tout nombre de valeurs, la cohérence de vos discours est sans doute malmenée, par un certain nombre d’incohérence populiste, c’est évident, même les « chiffres » ne suffisent plus à rendre compte du retard de l’actif, dans son ensemble, et en terme éducatif…

    Sans m’excuser, ni m’endormir, auprès des autres et libres remarques citoyennes, le sujet, d’avenir, immense, humain, que Vous mettez sur le devant de chaque peines, sur la prudence de chaque haine et sur la tolérance de chaque scène, montre, et démontre très bien, que le mérite a, lui aussi, souffert, pourtant, de son propre héritage, mais comment cela eut-il été, et peut-il encore être possible…

    Il est rarement mis en avant les difficultés toujours assez en suspend, concernant le « passage » évolutif et conséquent de la « croissance » active et rapide des nouvelles technologies, et imposant aux mondes adulte et parental, quelques révisions si ce n’est d’autres prévisions…, chacun)e peut faire le lien et la différence, et pourquoi pas le pourcentage, des années 1900 à celles 2000, 15 pour cent, à cela chacun)e peut voir(ou penser), en mode configuré, comme un dépassement ou un segment de siècle, et pour le millénaire, 15 pour mille relativise grandement…

    Une fois que l’intérêt porte ses bonnes valeurs, la valeur porte ses bons intérêts, en mode/règle général)e, les valeurs d’ensemble ne peuvent ni craindre ni nuire les/aux meilleurs, souhaits…

    Bien à Vous…

  6. Rosenkohl

    Tenir compte de la complexité et rejeter les solutions « simples » – Madame la ministre, nous aurions aimé que votre réforme du collège soit davantage inspirée par ce principe! Supprimer l’enseignement du grec et du latin, arrêter les classes bi-langues et européennes au motif que seul un enseignement uniforme pour tous arrive à répondre aux besoins des élèves, n’est-ce pas une approche populiste de l’éducation?

  7. Marie Rizand

    Vous qui vous défendez si bien d’être populiste, sachez madame, que, populaire, vous ne l’êtes pas du tout ! Et que le peuple se plaira à le faire savoir par le vote à vous et vos amis …

  8. Ricercar

    Quand un ministre (de droite ou de gauche) sait pertinemment que le DNB ou le bac ne valent plus rien (comme en témoignent les résultats catastrophiques des bacheliers en premier cycle universitaire, ou la dégringolade des élèves français dans les études PISA), mais qu’il continue comme si de rien n’était à « se féliciter » des excellents résultats au bac, n’est-il pas populiste ? Quand une directrice de la DGESCO prétend qu’un élève qui ne sait pas lire à l’entrée au collège peut tout de même s’en sortir, n’est-ce pas du populisme ? Quand on tente de faire croire que les classes bilangues et européennes, ou que l’apprentissage du latin sont « élitistes », n’est-ce pas du populisme ? Voilà hélas à quoi mènent le déni de réalité et le manque de courage politique.

  9. Françoise Philippon

    « Le populisme promeut un temps rapide, une immédiateté qui s’oppose au temps long que suppose toute action politique concrète et ambitieuse. Démagogique, il désigne des boucs émissaires et simplifie à outrance ». Ce sont vos mots, Madame la Ministre. Avez-vous conscience qu’ils s’appliquent parfaitement à la façon dont vous mettez en oeuvre votre réforme? Vouloir l’appliquer dès la rentrée prochaine à tous les niveaux du collège, alors même que, comme vous l’annoncez, les manuels ne seront prêts qu’en 2017, refuser d’entendre les enseignants et leurs représentants, est-ce là s’inscrire sur le temps long que suppose toute action politique concrète et ambitieuse? Décrire l’enseignement des langues anciennes et de l’allemand comme « élitistes », n’est-ce pas désigner des boucs émissaires, simplifier à outrance? Pourquoi voyez-vous la paille dans l’oeil du voisin et pas la poutre qui est dans le vôtre? Vous vous pensez vraiment crédible?

  10. Pierre

    Quand on dit qu’on va faire des dictées tous les jours pour brosser l’opinion dans le sens du poil alors qu’aucun programme ne l’a prévu et que les enseignants n’ont pas été consultés,
    quand on dit qu’on va combattre l’élitisme en supprimant le latin et le grec ou en supprimant les classes bi langues et européennes, alors que ces options sont ouvertes à tous, interdisant à tous l’accès à de ces enseignements importants,
    quand on dit que la réforme va permettre des enseignements en petits groupes qui en réalité vont se faire en classe entière,
    on est populiste et on ment au public.
    La réforme des collèges est une réforme purement économique qui va conduire à une école publique qui proposera un service minimum.
    Les parents bien informés ou ayant les moyens se tourneront vers le privé. C’est déjà ce qui se passe.

  11. Athéna

    « Le populisme désigne un type de discours et de courants politiques qui fait appel aux intérêts du « peuple » (d’où son nom) et prône à son recours, tout particulièrement en opposant ses intérêts avec ceux de « l’élite », qu’il prend pour cible de ses critiques, s’incarnant dans une figure charismatique et soutenu par un parti acquis à ce corpus idéologique. » (wikipédia)
    Il est populiste p.ex. de prétendre que les classes bilangues et européennes ou encore les langues anciennes sont des dispositifs réservés à une élite. Il est également populiste d’annoncer que le nombre de professeurs d’allemand va augmenter tout en supprimant les heures d’allemand LV1.

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