Discours à l’UNESCO pour l’adoption du cadre Éducation 2030 pour une éducation inclusive, équitable et de qualité

Retrouvez ici le discours de Najat Vallaud-Belkacem prononcé à l’UNESCO à Paris lors de la réunion de haut niveau visant l’adoption du cadre Éducation 2030.

20151104-43-NajatVB-Web

Madame la directrice générale de l’UNESCO, chère Irina Bokova,
Mesdames et messieurs les ministres,
Mesdames et messieurs,

Olympe de Gouges, femme révolutionnaire française, ouvrait sa déclaration des Droits de la femme de 1791 par cette question : « Homme, es-tu capable d’être juste ? »

Je crois qu’il est bon de nous la poser, encore aujourd’hui : « Sommes-nous capables d’être justes ? »

Cette question est au cœur de l’action de l’UNESCO, qui défend l’équité et l’égalité dans l’éducation, et je tiens à féliciter cette organisation d’avoir conduit avec succès pendant deux ans le processus d’élaboration de la « Déclaration d’Incheon » et du « Cadre d’action Education 2030 ».

La France est fière de s’être impliquée dans les programmes de l’UNESCO et elle continuera à le faire car elle se reconnait pleinement les 4 principes rappelés par notre nouveau cadre d’action Éducation 2013. Ce dernier, que nous venons d’adopter, pose quatre principes:

  • Reconnaître l’accès à une éducation de qualité, gratuite et obligatoire comme un droit fondamental pour toutes et tous, sans discrimination.
  • Faire de l’éducation un bien public qui relève de la responsabilité des États.
  • Donner aux adultes la possibilité de se former tout au long de leur vie.
  • Garantir l’égal accès à l’éducation pour les filles et les garçons.

Ces principes importants qui pourraient passer pour des évidences, bien sûr ne le sont malheureusement toujours pas. Bien sûr, il y a eu des progrès depuis les années 2000 mais toujours insuffisants.

Pourquoi, par exemple,avons-nous collectivement choisi de retenir à horizon 2030, ce quatrième principe, égalité d’accès à l’éducation pour les filles et les garçons, alors que le premier, en excluant toute discrimination, semblait déjà le sous-entendre ?

Parce que l’objectif d’égalité entre les sexes dans l’éducation primaire et secondaire, dont l’échéance était fixée pour 2015, a été atteint par moins de la moitié des pays.

Aujourd’hui, 62 millions de filles se trouvent encore privées de leur droit à l’éducation. Comment ne pas penser à cet instant aux jeunes lycéennes enlevées par Boko Haram ou encore au courage de la jeune Malala, récompensée en 2014 par le prix Nobel. Il était une invitation à nous engager pour cette cause, et je suis particulièrement attachée à ce que la France y concourt via son aide au développement et elle continuera à le faire.

Mais, me diront certains, cet objectif est-il encore utile pour un pays comme la France?

Oui, en France, les jeunes filles réussissent mieux que les garçons leur scolarité. Mais les jeunes femmes sont encore sous-représentées dans de nombreuses filières de formation et dans de nombreux métiers.

Cela nous condamne à des inégalités durables. Savez-vous que si l’on représente les inégalités de salaires dans l’Union européenne entre femmes et hommes en les étalant sur une année, depuis lundi dernier, les femmes européennes ne perçoivent virtuellement plus aucun salaire jusqu’à la fin de l’année 2015 ?

N’oublions donc jamais que la question d’Olympe de Gouges nous concerne tous. Partout, sur tous les continents, beaucoup de progrès sont encore à accomplir. Entre l’« Agenda mondial éducation 2030 » et les priorités éducatives de la France, il existe donc bien des convergences.

Mon action, en tant que ministre, est guidée par une conviction : les inégalités ne sont pas des fatalités. Et parce que nous pouvons agir, nous en avons le devoir.

Depuis 3 ans, nous avons engagé la Refondation de l’école pour garantir une école plus juste, où l’origine sociale ne détermine pas la réussite scolaire et l’insertion professionnelle. Et nous avons fait en sorte que les moyens puissent aller prioritairement dans les écoles qui en avaient le plus besoin.

Une école plus juste, c’est aussi une école qui transmet à ses élèves son propre idéal de justice : cela passe par la promotion de l’égalité, à travers le plan égalité filles-garçons, et par la promotion de la mixité sociale.

Bien des choses, vous le voyez, restent à faire. Et c’est ensemble que nous les accomplirons, comme nous avons su le faire par le passé.

Je pense à l’adoption, le 17 mars dernier, de la « Déclaration de Paris sur la promotion de l’éducation à la citoyenneté et aux valeurs communes de liberté, de tolérance et de non-discrimination » par 26 ministres de l’éducation de l’Union européenne.

Je pense à l’adoption, en juillet 2014, à Abidjan, du « Cadre d’action pour une éducation inclusive et de qualité pour tous en Francophonie » par les 44 ministres de la CONFEMEN, avec le soutien de la France.

Parce que notre avenir se construit collectivement, la COP 21, qui se tiendra à Paris, donnera aussi une place importante à l’éducation au développement durable.

Aussi, je crois important de montrer qu’à l’interrogation d’Olympes de Gouges formulée voici plus de deux siècles, nous avons fait, tous ensemble, un choix courageux, exigeant et ambitieux : celui de répondre « oui ! Nous sommes capables d’être justes ! »

Je vous remercie.

Najat Vallaud-Belkacem,
Ministre de l’Éducation nationale,
de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

20151104-41-NajatVB-Web 20151104-42-NajatVB-Web

Tags : , ,

2 commentaires sur Discours à l’UNESCO pour l’adoption du cadre Éducation 2030 pour une éducation inclusive, équitable et de qualité

  1. leclerc jean

    Madame la Ministre,
    L’éducation en 2030 aura des défis à relever -(attention c est hors politique ou religieux )
    L évolution numérique de la population = + de profs +de lieux éducatifs mais par contre à l’ inverse faut il apprendre pour  » être « car le déséquilibre entre emplois proposés et nombre d habitants ne peut éventuellement qu accentuer l’ inculture –
    Pourquoi :sans travail peut il y avoir un savoir et ce savoir est il de l intelligence ou du bon sens .Les salariés doivent ils être instruits juste pour travailler ou pour analyser le » monde » .L instruction du futur par l informatique ou autre ne va t il pas détruire l humanisme et sans celui ci peut il y avoir de la culture ou tout au moins une transmission du savoir par l échange.

    En 2030 le cadre éducatif doit être « humain » le pourquoi et le comment en dehors de toutes religions,ou politiques qui freinent l’évolution de l être humain à travers le monde et malheureusement surtout les femmes qui sont en qualité de mère les premières à transmettre .

Commentaires fermés.