Rendons l’école toujours plus inclusive pour les enfants en situation de handicap – Tribune

À la une Éducation nationale Publié le 20 mai 2016

La Conférence Nationale du Handicap, au cours de laquelle le président de la République vient de réaffirmer notre engagement pour une société plus inclusive, est pour moi l’occasion de dire ma mobilisation sans relâche pour une école, elle-aussi, toujours plus inclusive.

L’école inclusive, c’est celle qui « reconnaît que tous les enfants partagent la capacité d’apprendre et de progresser, […] qui veille à l’inclusion scolaire de tous les enfants, sans aucune distinction. » C’est désormais inscrit dans la Loi de la Refondation pour l’École de la République adoptée en début de ce quinquennat.

C’est un changement de paradigme considérable : ce n’est désormais plus aux élèves de s’adapter aux besoins du système mais à l’École de s’adapter aux spécificités des élèves et de mettre en place tous les dispositifs nécessaires à leur scolarisation et à leur réussite.

Les progrès accomplis par l’Éducation nationale sont considérables : près de 280 000 élèves en situation de handicap sont aujourd’hui scolarisés en milieu ordinaire, ce qui représente une augmentation de 25% depuis 2012. Les dispositifs collectifs créés se sont développés : le nombre d’unités localisées pour l’inclusion scolaire (ULIS) s’est accru de plus de 16%. Dans toutes les écoles de France, on compte aujourd’hui au moins un élève en situation de handicap.

Dès lors, pour certains élèves en situation de handicap, un accompagnement humain plus ciblé est nécessaire. Depuis 2014, nous avons fait de l’accompagnement des élèves en situation de handicap une mission reconnue au sein d’une filière métier identifiée. 28 000 personnes accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) ont désormais la possibilité, à terme, d’obtenir un contrat à durée indéterminé. Mais de plus en plus d’élèves ont besoin d’être accompagnés : ils étaient plus de 80 000 élèves en 2012, et plus de 122 000 en 2015. Alors pour répondre à ces besoins, depuis plusieurs années, nous sollicitons des personnes en contrat aidé. Chaque jour, au côté des enseignants, ces personnes facilitent la mise en œuvre des parcours de formation adaptés, dynamiques et mobilisent leurs compétences au service de la réussite des élèves. La précarité de leurs contrats et la non-pérennité de leur présence aux côtés des élèves et des équipes pédagogiques n’était cependant pas acceptable plus longtemps dans un système scolaire qui se veut véritablement inclusif.

C’est pourquoi et après des mois de travail sur ce sujet, nous avons conclu à la nécessité de pérenniser ces emplois. Le président de la République l’a donc annoncé ce matin : sur les 5 ans à venir, les 56 000 contrats aidés (20h/semaine) seront transformés en 32 000 emplois (35h/semaine) d’accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH). Avec cette mesure ambitieuse, nous mettons enfin un terme aux ruptures d’accompagnement en cours d’année scolaire, nous assurons une meilleure qualité de l’accompagnement, et nous permettons à de nombreuses personnes qui le souhaitent et qui ont manifesté leur compétence au cours de leurs deux années en contrat aidé, d’accéder à des emplois reconnus. C’est évidemment une excellente nouvelle qui trouvera à s’appliquer dès la rentrée 2016.

Au-delà de l’accompagnement, rendre l’école accessible est pour moi un enjeu essentiel. Tout d’abord, il faut des enseignants mieux formés ; la réintroduction, dès 2013, d’une formation initiale et continue au sein des Écoles Supérieures du Professorat et de l’Éducation (ESPE), est le gage d’une école qui s’adapte, qui prend en compte tous les élèves en mobilisant les outils d’aujourd’hui. Le numérique au service des besoins éducatifs particuliers pour la scolarisation des élèves en situation de handicap en fait partie, j’en suis foncièrement convaincue : le déploiement du numérique, et notamment les tablettes tactiles, apporte en effet des réponses efficaces aux problématiques d’accessibilité rencontrées par ces élèves, en offrant des solutions de personnalisation et d’adaptation diversifiées. C’est particulièrement efficace pour les élèves présentant des troubles « DYS » : les supports écrits sont plus adaptés et plus immédiatement compréhensibles. Grâce aux possibilités de paramétrages prévus initialement dans les logiciels, l’enseignant est capable d’atteindre tous les élèves.

J’ai ainsi demandé, dans le cadre du grand plan numérique actuellement déployé dans les établissements scolaires, que tous les nouveaux projets de ressources numériques soutenus par le ministère intègrent les exigences d’accessibilité prévues pour les élèves en situation de handicap.

Penser l’accessibilité de l’École, c’est encore penser à la manière dont s’organise la journée de l’enfant en situation de handicap, au-delà du temps scolaire. Car l’éducation ne s’arrête pas aux portes de l’école. Oui il faut veiller à ce que les activités périscolaires, dans le cadre de la réforme des rythmes éducatifs, soient davantage accessibles. C’est avec cette intention que le gouvernement a mobilisé les caisses d’allocations familiales partout sur le territoire, afin qu’elles puissent aider les communes et intercommunalités qui les sollicitent, financièrement et en termes de méthode. Et pour mieux accompagner les collectivités locales, j’ai initié avec Ségolène Neuville, secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées et de la Lutte contre l’exclusion, et le Défenseur des Droits un groupe de travail associant tous les acteurs concernés, qui a permis la production d’un guide de bonnes pratiques mis à la disposition des communes et des intercommunalités.

Améliorer les parcours de tous les jeunes, c’est enfin penser la manière dont l’Ecole permet aux familles d’accompagner leur enfant tout au long de la scolarité. Tout parent souhaite la réussite de son enfant et je souhaite que toutes les familles, quelles que soient leur situation sociale, leur situation de handicap ou leurs difficultés à appréhender la langue française, puissent accéder à une information claire. Dans ce cadre, j’ai demandé à ce que les documents les plus usuels consultables ou téléchargeables sur nos sites education.gouv.fr et eduscol.education.fr puissent être rendus totalement accessibles (facile à lire et à comprendre (FALC), langue des signes française (LSF), audio, impression braille.) La mise en accessibilité des documents les plus utiles aux familles est un enjeu de responsabilité et de citoyenneté.

Il faut aller plus loin encore. On le sait, l’objectif du gouvernement est de permettre à chaque enfant de trouver une réponse adaptée à ses besoins spécifiques. Et certains jeunes, du fait de la nature ou du degré de leur handicap, ne peuvent fréquenter l’école sans l’accompagnement de professionnels du secteur médico-social. Dans ce cas, les établissements médico-sociaux se doivent de tout mettre en œuvre pour leur offrir des perspectives d’épanouissement et de parcours de vie. Il y a donc pour nous un enjeu fort de complémentarité entre l’École et ces établissements. C’est dans cet état d’esprit que nous nous sommes engagées, avec Ségolène Neuville, secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion, et les associations gestionnaires d’établissements médico-sociaux, à déplacer une centaine d’unités d’enseignements de ces établissements dans les enceintes mêmes d’établissements scolaires. Plus de 100 l’ont été au cours de cette année 2015/2016 et 100 nouvelles unités seront installées au cours de l’année scolaire prochaine. De même, nous souhaitons, dans une approche partagée, développer la coopération entre le secteur médico-social et l’éducation nationale parce que, chacun le sait, l’école ne peut pas tout, toute seule. Ainsi, localement, en tant que de besoin, l’Éducation nationale doit pouvoir s’appuyer sur les compétences professionnelles des acteurs médico-sociaux pour faciliter la scolarisation et la formation des élèves en situation de handicap par l’accompagnement direct, mais aussi par le soutien aux professionnels de l’école.

Je sais également que nous devons faire plus, et mieux, à l’égard des jeunes avec des troubles du spectre autistique (TSA). C’est le sens de notre engagement porté par le 3ème Plan Autisme, que nous mettons en œuvre. Nous connaissons aujourd’hui les bénéfices d’un dépistage précoce, ainsi que les avantages d’une mutualisation des interventions scolaires et médico-sociales ou sanitaires dans la prise en charge de ces jeunes enfants. Nous sommes en train de créer 110 unités d’enseignement avec les plateaux techniques du secteur médico-social, au sein d’écoles maternelles ; 60 ont déjà vu le jour et 50 nouvelles ouvriront au cours de la prochaine année scolaire. Des enfants de 3 à 6 ans, présentant des troubles du spectre autistique (TSA), peuvent donc désormais être scolarisés dans ce nouveau dispositif. Présents à l’école comme les autres élèves, ils bénéficient de temps consacrés aux apprentissages et à l’accompagnement médico-social.

Tant a été fait et il y a tant à faire encore pour l’école inclusive ; mais la voie est tracée. Elle porte l’école du 21ème siècle, fondée sur les valeurs républicaines. D’aucuns déploreront que les résultats ne seront visibles qu’à l’échelle d’une génération. Pour partie, oui ! Car c’est bien demain, au cœur d’une société plus juste et humaniste, que nous percevrons l’empreinte d’une école qui met au cœur de son projet l’idéal d’Égalité, en offrant à tous, quelle que soit leur situation, les conditions de la réussite personnelle et de l’insertion sociale.

Najat Vallaud-Belkacem
Ministre de l’Éducation nationale,
de l’Enseignement supérieur et de la recherche


Tribune publiée par le HuffingtonPost à l’occasion de la Conférence Nationale du Handicap du 19 mai 2016.
Photo © Philippe Devernay / MENESR

5 commentaires sur Rendons l’école toujours plus inclusive pour les enfants en situation de handicap – Tribune

  1. Julien

    Je suis très content pour mes collègues AVS et enfants en situation de handicap que l’éducation nationale et l’État abolissent ces contrats précaires pour les AVS. Mais qu’en ai-t-il vraiment des EVS « Emploi Vie Scolaire » les aide-assistant administratif en CUI? Où en sommes nous réellement? A quand pourrons-nous faire au-delà de la limite , aujourd’hui nous pouvons effectuer 2 ans voire 5 ans pour les travailleurs handicapés!
    Les EVS sont aussi indispensables que les AVS; Les AVS s’occupent des enfants en situation de handicap ou les classes de CLIS ou ULIS, les EVS s’occupent quant à eux des travaux administratifs, logistiques et scolaires.
    Je suis Travailleur handicapé et fait 5 ans en CUI EVS, et à a présent je suis au chômage qui est très néfaste mentalement et mon emploi et surtout les enfants me manque énormément! J’espère que vous pourrez rapidement trouver une solution. ET encore BRAVO POUR LES AVS! MERCI .

  2. Patricia

    Madame la Ministre,
    J’ai lu les articles relatifs à la Conférence nationale du Handicap au cours de laquelle le Président de la République a annoncé la création de 32 000 postes d’accompagnants des élèves en situation de handicap sur les 5 prochaines années. J’ai écouté avec attention votre discours et me réjouis aussi de l’ambition affirmée et assumée en faveur de l’école inclusive. Vous précisez que c’est une excellente nouvelle pour les personnes jusqu’alors embauchées en contrat aidé d’AVS auxquelles la perspective d’une sortie de la précarité de leur contrat est ainsi offerte. Une excellente nouvelle pour les élèves en situation de handicap dont l’accompagnement gagnera en professionnalité et en continuité. Une excellente nouvelle enfin pour les établissements scolaires et les équipes pédagogiques qui réclamaient à juste raison et de longue date de pouvoir compter sur la pérennité des personnels accompagnant les élèves en situation de handicap…
    Mais concrètement ?
    Directrice d’une petite école des Landes de 150 élèves dans laquelle nous accueillons 9 enfants en situation de handicap accompagnés par des adultes ayant des contrats différents, je suis sensible à ces annonces.
    Lors de votre intervention au Sénat sur ce sujet, vous parlez d’une annonce extrêmement importante : « Tous ces adultes AVS qui accompagnent les élèves en situation de handicap dans les écoles et qui sont en contrat aidé non pérenne vont être transformés en véritable poste pérenne AESH avec une vraie reconnaissance… »
    Mais concrètement ?
    L’une de nos AVS voit son contrat (CUI-CAE)se terminer le 2 juin 2016, après 2 ans de travail efficace dans l’école auprès de 2 enfants en situation de handicap… et après ? Pas de transformation en AESH malgré ses multiples demandes et la volonté de l’équipe enseignante. On lui propose un remplacement de congé maternité dans un collège à côté de notre école jusqu’au 30 juin, avec peut être une reprise de ce remplacement en septembre ! Où est la reconnaissance et la valorisation du travail effectué ?
    Et quand j’interroge sur la possibilité de transformer son contrat en AESH, on me répond qu’il faut du temps, qu’on n’a pas encore les moyens, qu’il faut patienter… on ne peut pas se prononver…
    C’est maintenant que nous voulons garder nos AVS. Expliquez aux familles concernées qu’il faut être patient !
    Et ces 2 enfants pour lesquelles elle est un repère important, sécurisant ? Expliquez-leur que leur AVS part et est remplacée par une nouvelle personne qui arrive le 6 juin ! à 4 semaines de la fin d’année scolaire et il va falloir s’adapter encore et faire avec. Où est la stabilité dont nous avons tous besoin : accompagnants, enfants, familles, enseignants ?
    Le principal enjeu, c’est d’avoir des actes à la hauteur de nos paroles, à la hauteur de nos engagements et à la hauteur des familles et de leurs enfants.
    Comme vous le dites si bien: Les promesses se sont accumulées et elles ont peu été tenues. Serait-ce encore le cas ?
    La réalité est loin de ce que vous annoncez. Rendez-vous dans 5 ans pour faire le bilan de ces promesses.
    Dans l’attente, je ne sais quoi dire à notre AVS qui nous quitte jeudi…

  3. benkhettou

    je suis handicapé et je veux faire mais ètude continue soignie depuit jais quittè la france je soufre jais ecrire lambassade de la france algerie jais envoyer doucument j’attend qu’il m’appel pour l’equette ou bien me autorise visa de retour : cause de sa depuis je nais des problème……. de santè des atanta en france et en belgique 12 rue colom bèchar sidi bel abbes algerie code postal 22000

  4. Lémonie

    En tant que parent d’enfant en situation de handicap,je ne peux que me réjouir de telles annonces. Vous dîtes que l’objectif final est de ne plus avoir de rupture de contrat des A.V.S en cours d’année scolaire. Enfin! Mais pourquoi une telle annonce en fin de quinquennat? Quel moyens permettront cette mise en œuvre en cas de changement de majorité? La réalité aujourd’hui, ce sont des familles qui sont obligées de se battre pour simplement faire valoir leurs droits – l’Éducation Nationale a une obligation en la matière (décret de 2009!). La réalité aujourd’hui, ce sont des AVS que l’on change d’école du jour au lendemain. La réalité aujourd’hui, ce sont des parents qui ont du mal à faire accompagner leur enfant. La réalité aujourd’hui, ce sont des enfants qui n’ont pas le nombre d’heures demandées par les décisions CDAPH. La réalité pour notre fils cette année, c’est quatre AVS dans la même année scolaire. Rompre avec tout ceci, permettre aux familles de ne pas avoir à se battre contre l’exclusion, leur permettre de se centrer enfin uniquement sur les progrès de leur enfant c’est aussi reconnaître les manquements actuels de l’Éducation Nationale en la matière. Et cinq ans semble un temps bien long au regard des attentes des nombreuses familles….

  5. Ali Barkat

    La nécessité d’assurer pleinement handicapés des soins permanents et le suivi en obstruant la monnaie soit le handicap et non en fonction du travail parce que le travail peut avoir à Aenasb handicap et d’être dans son assiette devrait étudier la situation avant le travail

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