Pour une École de la République ouverte au Monde – Tribune

Éducation nationale Publié le 29 mai 2016

Cette semaine, des voix se sont élevées avec raison pour appeler l’école de la République à enseigner l’arabe dans les mêmes conditions que toutes les autres langues vivantes. Puisque je mène précisément une réforme importante sur ce sujet qui souffre de nombreuses idées reçues, je m’apprêtais à y répondre lorsque mercredi, la députée Les Républicains Annie Genevard a choisi de m’interpeller à son tour, et sous un angle très différent, sur, je cite : « l’introduction des langues communautaires dans les programmes scolaires […] qui mine la cohésion nationale ». La gravité et l’irresponsabilité de ces propos qui ont malheureusement trouvé un écho dans l’opinion exigent que je revienne sur ce débat une nouvelle fois dévoyé.

En fait de « langues communautaires », il s’agit des ELCO, c’est à dire « les langues et cultures d’origines » enseignées en France depuis les années 70 par des professeurs étrangers recrutés, formés et rémunérés par leurs gouvernements respectifs, en complément et non pas au sein du programme et temps scolaires communs à tous les élèves de l’école de la République. Il s’agit plus exactement du portugais, de l’italien, de l’espagnol, du turc, du serbe, du croate et de l’arabe dans le cadre d’accords avec les pays respectifs. Chacun sait combien la lecture dans le texte de Dante, Pessoa, Cervantes, Orhan Pamuk ou Naguib Mahfouz est susceptible, en effet, de miner la cohésion nationale !

Mais la question d’Annie Genevard qui a pris le soin de qualifier préalablement ces enseignements de « véritables catéchismes islamiques » ne concernait, en réalité, que l’arabe. Et ce fut le sens de ma réponse dans l’hémicycle que de lui rappeler l’égale dignité des langues étrangères dans la République telle que je la conçois.

J’aurais aimé pouvoir attribuer cette sortie à la seule inculture de son auteure, ou encore à son intention tristement banale de lancer une énième polémique sur l’éducation en caricaturant les réformes que je mène pour refonder une école de la République à la hauteur des enjeux éducatifs de notre temps. Malheureusement, je dois plutôt dénoncer une pensée identitaire qui prône l’exclusion et le repli sur soi d’une virulence inouïe, un combat populiste et démagogique qui instrumentalise l’école de la République à des fins idéologiques inavouées, qu’il ne faut pourtant pas hésiter à qualifier de ce qu’elles sont : profondément xénophobes et opposées à la longue tradition républicaine qui a fait de la France le beau et grand pays qui est le nôtre.

Annie Genevard avait pourtant de quoi se réjouir : la réforme que je mène en ce moment consiste précisément à transformer les cours d’ELCO, qui ne font pas l’objet d’un contrôle académique suffisant et conduisent parfois à des dérives, en cours de langues vivantes étrangères inscrits dans le cadre de l’école laïque, gratuite et obligatoire.

Cette évolution d’un dispositif devenu caduc avec le temps faisait consensus aussi bien parmi les acteurs de la société civile que pour l’ensemble de la classe politique, toutes appartenances partisanes confondues. Un récent rapport sénatorial, par exemple, consacré aux « valeurs de la République à l’École », préconisait cette mesure.

Pour la première fois, après des années d’immobilisme et d’inertie, c’est vrai, j’ai décidé de passer à l’acte en supprimant enfin les ELCO, et en proposant à la place une véritable offre de langues vivantes étrangères ouvertes à tous les élèves, avec un programme et une évaluation fournis et assurés par l’Éducation nationale. Nous renégocions donc actuellement chacune des conventions qui nous lient aux pays concernés dans un travail diplomatique d’une ampleur sans précédent. Le Maroc et le Portugal ont d’ores et déjà accepté de s’inscrire dans cette nouvelle démarche qui sera effective dès la rentrée prochaine, et l’ensemble des conventions seront revues d’ici la rentrée 2018, date à partir de laquelle le dispositif ELCO sera définitivement supprimé, y compris en cas d’absence de nouvel accord bilatéral avec l’un des pays concernés.

A terme, les professeurs de langues vivantes seront désormais pleinement intégrés aux équipes pédagogiques des établissements: ils seront inspectés et évalués à l’instar de tous les autres professeurs à partir d’un référentiel de programme unifié et certifié, et leur recrutement fera l’objet d’une attention particulière, notamment sur leur maîtrise du français. Notre ambition pour les élèves, qui eux aussi seront évalués, est qu’ils puissent suivre, qu’elle que soit la langue vivante choisie, un parcours continu depuis le primaire jusqu’au lycée dans une cohérence pédagogique valorisée dans leurs études.

C’est d’ailleurs le sens de la nouvelle politique éducative des langues vivantes à l’école qui est à la fois globale, diversifiée et ambitieuse en permettant des apprentissages plus précoces et plus efficaces : dès le CP pour la 1ère langue, et dès la 5ème pour la seconde langue, et ce, pour l’ensemble des élèves de l’enseignement public ! Cette politique entre-t’elle en contradiction avec la priorité absolue que j’ai donnée à la maîtrise de la langue française dans les nouveaux programmes? Non. Les études scientifiques ont montré au contraire combien le plurilinguisme améliore les compétences langagières des élèves.

Alors, avec Ernest Renan qui rappelait que la langue « invite à se réunir ; elle n’y force pas », refusons d’opposer notre langue aux autres dans une vison rétrécie, rabougrie et rétrograde de la France. Pour développer chez tous les enfants de notre pays ce sentiment si précieux d’appartenir à une même République, permettons leur de maîtriser pleinement le Français tout en s’ouvrant à cette richesse indispensable qu’est la diversité linguistique.

Najat Vallaud-Belkacem
Ministre de l’Éducation nationale,
de l’Enseignement supérieur et de la recherche

9 commentaires sur Pour une École de la République ouverte au Monde – Tribune

  1. jihane

    La méconnaissance de l autre engendre lahaine de l autre…a vous de decrypter cette citation.
    Quoiqu il en soit l apprentissage de la langue est une bonne chose pour les enfants d immigrés pour la simple raison qu ils renouent un peu avec l origine de leurs parents et gds parents d une oart d autres part c est une langue mediterraneenne comme l espagnol l italien le grec latin ou autres langues je ne vois pas pourquoi on n y aurait oas droit…dans notre etablissement il y a une option « L.C.M » langues et cultures mediterraneennes que bcp ont choisis a raison de 2h par semaine pour s initier aux autres cultures et essayer de les comprendre tout simplement…l Arabe est une langue en option egalement et les eleves sont heureux de pouvoir lire ecrire parler la langue de leurs parents ..et reapprendre a justement communiquer avec leurs parents analphabetes ….la communication entre ces generations passent bcp mieux …

  2. el aissaoui

    bonjour, je suis enseignante de l’arabe littéraire, une langue comme les autres qui pourrai sauver la vie de plusieurs vies, vous ne trouvez pas que nos enfants son en dangers? ils sont entre les mains d’extrémistes qui leur racontent n’importe quoi, qui leur font un lavage de cerveau pour aller tuer des innocents, si on leur apprend la langue arabe, ils n’auront plus besoin d’écouter ces fous fanatiques qui détestent la France, qui poussent les ignorants à haïr les autres religions, à combattre pour l’islam, de quel islam parlent ces barbares? le vrai islam appelle à la tolérance et au respect.

  3. HAMELIN

    Comme si dans notre pays la France, l’arabe était plus important que le français.
    en voulant instaurer des le CP une langue autre que le Français vous portez atteinte à la République Française et à sa constitution.

    Titre premier
    DE LA SOUVERAINETÉ
    ARTICLE 2. La langue de la République est le français.
    L’emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge.
    L’hymne national est « La Marseillaise ».
    La devise de la République est « Liberté, Égalité, Fraternité ».
    Son principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.

    Ce que vous voulez faire est une atteinte pure et simple à la constitution Française. Ça vaudrait une démission sur le champ pour un tel acte de trahison envers ce pays que vous dites servir en temps que ministre de l’éducation nationale. Votre rôle est d’être la garante d’un apprentissage parfait de notre langue républicaine hors, vous incitez au communautarisme et cherchez à détruire les fondations de ce beau pays qui est le notre mais qui ne semble plus être le votre. HONTE A VOUS MADAME!

  4. Kenza

    Bonjour,
    je trouve c’est une très bonne idée car actuellement nous avons le choix entre l’espagnol, l’allemand et l’Italien et je ne trouve pas ça très juste. Dans le monde il n’y a pas que des pays qui parlent italien, allemand ou espagnol. Cette loi permettra de nous unir et de nous ouvrir au monde. Pourquoi nous ne pouvons pas apprendre l’arabe, le chinois, le malien ou encore des langues plus rares comme le kabyle et le tamoul ? Sachant qu’il y a 420 millions d’arabes dans le monde et plus d’un milliard de Chinois. Je trouve votre loi indispensable pour la France pour unir une population française malheureusement encore très divisée.

  5. Aude S.

    Bonjour,
    Si je peux me permettre de ramener ma fraise, au sujet de cette éloquente tribune, sur laquelle il n’y a pas grand chose d’autre à redire : le néologisme « auteure » est non seulement laid, inutile, infécond, mais encore imperceptible à l’oral. L’auteure de mes jours, à l’oral, c’est toujours mon père. Or, je ne le sais pas hermaphrodite, quoique je ne l’eusse pas ausculté assez pour le vérifier, c’est vrai.
    Plus sérieusement, Chateaubriand évoquait déjà « l’autrice de mes jours », avant que l’Académie française, au XVIIIème siècle (à peu près au moment quand la règle de proximité fut reléguée aux oubliettes)décidât de faire disparaître et le mot, et la réalité qu’il nommait. Cette scélérate institution phallocrate continue de nous asséner qu' »Il convient tout d’abord de rappeler que les seuls féminins français en -eure (prieure, supérieure…) sont ceux qui proviennent de comparatifs latins en -or. Aussi faut-il éviter absolument des néologismes tels que professeure, ingénieure, AUTEURE, docteure, proviseure, procureure, rapporteure, réviseure, etc. Certaines formes, parfois rencontrées, sont d’autant plus absurdes que les féminins réguliers correspondants sont parfaitement attestés. Ainsi chercheure à la place de chercheuse, instituteure à la place d’institutrice. On se gardera de même d’user de néologismes comme agente, CHEFFE, maîtresse de conférences, écrivaine, autrice… L’oreille autant que l’intelligence grammaticale devraient prévenir contre de telles aberrations lexicales ». Quand la prétendue ‘intelligence grammaticale’ et l’oreille de ces messieurs, sourde au progrès, s’oppose à l’intelligence du monde tel qu’il va, vers plus d’égalité, vers une visibilité accrue des femmes, lorsque l’Académie ment par surcroît (autrice n’est pas un néologisme, ou Chateaubriand n’a jamais existé!), le soutien de l’Éducation nationale serait le bienvenu. Je crois par ailleurs vous savoir attachée, Madame la Ministre, à « cheffe ». Je le suis, et je ne suis pas la seule, à « autrice ».
    Si l’exemple venant d’en haut pouvait nous faire gagner quelques années de rabâchage, dans notre lutte contre la lemmatisation du lexique, nous vous en saurions gré. Nous sommes, féministes, Bretonnes dans l’âme, sinon les hanches, soit entêtées, et aussi pédagogues, combatives, déterminées, mais parfois fatiguées de devoir remettre sans cesse l’ouvrage sur le métier.
    Si nous n’avions que ce combat…
    Recevez, je vous prie, mes remerciements anticipés, et croyez, Bonjour, à ma plus haute considération respectueuse.
    Tagada.

  6. Hassan

    Le prix de la vie est invariable…

    « Fais leur voir que tu ris aujourd’hui
    fais leur voir que tu vis juste ici,
    les matins sont fragiles
    alors nous sommes tranquilles,
    les journées font tous chemins,
    lequel n’est pas le sien
    laquelle n’appelle demain,
    je sais, aucune aucun,
    et chaque fois, au milieu de tout,
    parmi l’autre côté,
    au ciel, partout,
    d’une même voie éclairée,
    l’univers la lumière rejouent,
    l’une et l’autre composé)e,
    aux battements officiels
    temporels et réguliers,
    des nouvelles sans querelles… »

    Car, ou, alors, le langage n’est pas, ne peut être, le dernier usage des futurs partages…

    Bien à Vous…

    Merci…

  7. Vincent y solanes

    Elle améliore les compétences langagières, et surtout elle améliore la compréhension de l’autre et donc notre savoir vivre ensemble !!
    Aussi, j’émets une proposition: quand va -t – on étudier des oeuvres d’Amin Malouf? Léon l’africain, Les jardins de lumière. …des romans sur fond historique qui démontre qu’il y a quelques siècles les différentes cultures savaient vivre ensemble. A mon grand regret ce « pan » de l’histoire n’est pas appris…
    Très cordialement.

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