« Nous sommes passés sous la barre des 100 000 nouveaux décrocheurs » – L’intégralité de mon entretien à La Croix

Éducation nationale Publié le 14 novembre 2016

Pour Najat Vallaud-Belkacem, qui a annoncé au journal La Croix de nouveaux chiffres très encourageants, l’objectif de réduction de moitié du décrochage scolaire sur la durée du quinquennat peut être atteint.François Hollande s’était fixé pour but de réduire de moitié le nombre de décrocheurs. Cet objectif sera-t-il atteint ?

Je le pense oui. Longtemps, les efforts entrepris pour lutter contre le décrochage scolaire ne permettaient que de contenir la vague. Mais en 2014-2015, d’une part le nombre de jeunes sortant annuellement du système sans qualification (ce qu’on appelle le flux) est enfin passé de 140 000 à 110 000. D’autre part, en comparaison européenne, la proportion de 18-24 ans ayant quitté le système scolaire sans qualification et restant sans solution (le stock) s’est enfin réduit à 9,3 % en France, contre 10,1 % en Allemagne, 14,1 % en Italie et 11% pour la moyenne européenne. Eh bien l’évolution mesurée aujourd’hui  va encore plus loin : en 2015-2016, nous sommes passés sous la barre des 100 000 nouveaux décrocheurs, avec 98 000 élèves concernés. Pour l’an prochain (qui évaluera donc les chiffres de cette année 2016-2017), nous tablons sur une nouvelle baisse, à moins de 80 000.

Que justifie un tel optimisme ?

Nous avons, à la rentrée 2016, introduit encore de nouvelles mesures ou étendu des dispositifs prometteurs. Je pense notamment aux parcours aménagés de la formation initiale, que nous généralisons pour permettre à des élèves de plus de 15 ans qui ne se sentent plus à l’aise à l’école de faire une pause sous la forme d’un service civique ou d’un stage en milieu professionnel, tout en conservant leur statut scolaire. Je signerai d’ailleurs cette semaine une convention avec une quinzaine de nouvelles entreprises prêtes à accueillir des jeunes dans ce cadre. L’idée est de leur permettre de reprendre confiance en eux, de se remotiver avant de retourner en classe. De même, nous avons instauré un droit à redoubler dans l’établissement d’origine pour les candidats malheureux au CAP, au brevet de technicien ou encore au baccalauréat. On sait qu’énormément de jeunes renonçaient à repasser ces examens simplement parce qu’ils n’étaient pas accueillis. Par ailleurs, nous avons fait passer de 12 en 2012 à 42 aujourd’hui le nombre de micro-lycées, qui permettent à des jeunes qui ont décroché de renouer avec les études, de préparer leur baccalauréat en petits groupes, en bénéficiant d’un coaching personnalisé, avec des résultats exceptionnels dans l’obtention des diplômes dont l’exigence reste évidemment la même. Enfin s’agissant du droit au retour en formation dont bénéficie désormais le « stock des jeunes décrochés » la possibilité nouvelle de bénéficier d’une bourse en cas de reprise d’études est, on le voit déjà, un encouragement de plus à l’efficacité avérée.

Le décrochage résulte souvent d’une orientation subie. Comment agir sur ce paramètre ?

Absolument. En amont il faut apprendre aux élèves à s’orienter et à trouver leur vocation progressivement : C’est l’objet du parcours avenir qui commence désormais en 6e et leur permet tout le long du collège de visiter des entreprises, recevoir des professionnels en classe, travailler sur leur orientation, pour être mieux éclairé au moment de faire leur choix en 3e. La réforme du collège a ajouté à cela un EPI « monde économique et professionnel » qui renforcera cette compétence. Dans l’éducation prioritaire voient le jour en cette rentrée les « parcours d’excellence » (tutorat systématique d’élèves de 3e volontaires pour lutter contre l’autocensure et ouvrir leurs horizons scolaires et professionnels). Enfin, et parce que c’est là que le sentiment d’orientation subie était le plus fort, pour la première fois cette année, nous permettons aux élèves de seconde professionnelle qui estiment s’être trompés d’orientation, ou l’avoir subie, de changer de domaine professionnel voire de rejoindre la voie générale jusqu’aux vacances de la Toussaint.

S’agissant des parents et de leur rôle dans l’orientation, l’expérimentation consistant à leur donner le choix après un dialogue approfondi avec les équipes éducatives se poursuit. Et cette année, nous avons généralisé les mallettes des parents en CP et en 6e (c’est-à-dire des réunions régulières dans un protocole bien défini qui permette aux parents de s’approprier complètement la scolarité de leur enfant.)

La gauche, si elle est reconduite au pouvoir en 2017, réformera-t-elle en ce sens le lycée ?

Mieux penser la transition entre notre lycée et notre enseignement supérieur, alors que l’objectif est d’élever à 60% d’une classe d’âge le nombre de diplômés du supérieur, oui, c’est une nécessité. Il faudra avant cela conduire une vaste concertation, que nous avons déjà commencée en tirant le bilan de la réforme de 2010. Ce qui est sûr, c’est que l’on pourrait trouver davantage de possibilité de contacts avec le monde professionnel au lycée, y compris dans la voie générale. Et que non seulement cela enrichirait la palette des possibilités offertes à cet âge de la scolarité mais que cela re-motiverait, j’en suis convaincue, un certain nombre d’élèves qui arrêtent leurs études sans qualification simplement parce qu’ils n’estiment plus le cadre scolaire adapté pour eux. On le voit bien dans le supérieur, l’apprentissage répond aux aspirations d’un  nombre toujours croissant de jeunes. Non pas à 14 ans, comme le suggèrent certains responsables de droite, en réalité dans l’espoir de pallier les difficultés du collège unique en triant très vite, mais à partir du lycée, lorsque l’on est suffisamment mûr pour faire ses propres choix.

 

Propos recueillis par Denis Perron, pour le journal La Croix du 14 novembre 2016.

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