Tous mobilisés pour vaincre le décrochage : discours de la ministre

Éducation nationale Publié le 14 novembre 2016

Discours de Najat Vallaud-Belkacem prononcé lors du séminaire « Décrochage, territoire et actions publiques » le lundi 14 novembre 2016.

Monsieur le Président de la Région Centre, cher François BONNEAU
Monsieur le Recteur de Paris, cher Gilles Pécout,
Mesdames et messieurs les rectrices et les recteurs,
Monsieur le Président du CNEE,
Monsieur le Président de l’association C’Possible
Mesdames et messieurs les universitaires,
Mesdames et Messieurs les membres de la communauté éducative, des collectivités locales, des missions locales, des associations
Mesdames et Messieurs
Chers amis,

Il y a tout juste deux ans le 14 novembre 2014, beaucoup d’entre nous – chercheurs, communauté éducative, collectivités, missions locales, associations – étions réunis par la Fondation de France pour un colloque intitulé « Aider tous les collégiens à réussir, pratiques et controverses« .

Il s’agissait d’examiner ensemble quelle gouvernance, quelles pratiques pédagogiques étaient efficaces pour réduire les ruptures scolaires.

A cette occasion, je m’étais réjouie que l’innovation sociale constitue un puissant levier pour répondre aux priorités de la refondation de l’École, notamment à celle de ne laisser personne au bord du chemin.

Une semaine après le 21 novembre 2014, le Premier ministre et moi annoncions un grand plan d’action « Tous mobilisés pour vaincre le décrochage » auquel vous avez tous contribué dans une dynamique partenariale unanimement saluée.

Je veux donc, pour commencer, vous remercier. Et, à travers vous, remercier l’ensemble de celles et de ceux qui se mobilisent pour vaincre le décrochage scolaire.

C’est un enjeu essentiel – pour notre pays bien sûr – mais aussi à l’échelle européenne et internationale. Un enjeu complexe, aussi, dont la complexité se trouve parfois, encore aujourd’hui, mis à mal par le traitement que certains en proposent, et par l’image qu’ils en donnent.
Je ne pense pas être la seule à avoir fait cette expérience.

Quand vous abordez le décrochage, certains vous répondent que le problème est très simple. Qu’il ne faut pas le compliquer inutilement. Que le décrochage est le résultat d’une telle accumulation de déterminismes économiques et sociaux, qu’il n’y a rien à faire – que c’est la fatalité. Mais si la fatalité a toute sa place dans une tragédie grecque, elle n’a rien à faire dans nos politiques publiques.

Ou bien, au contraire, on résume le décrochage à une affaire de volonté, de responsabilité  individuelle.

A partir d’une telle analyse, on comprend aisément que certains pensent qu’il suffit de dire « Allez, bougez-vous », ou de mettre les jeunes dans des casernes, pour tout résoudre.

Curieusement, ils occultent deux faits qui sont pourtant têtus, comme savent si bien l’être les faits : c’est d’une part, la diversité des profils de décrocheurs. C’est, d’autre part, que si vaincre le décrochage était facile, alors le phénomène aurait disparu depuis longtemps.

C’est pour cela que je suis heureuse d’ouvrir ce séminaire. Parce que vous nous offrez, du décrochage scolaire, une approche très fine – bien éloignée du schématisme et de la simplification à outrance.

Dans les études que vous menez, dans vos analyses, ne résident pas seulement une meilleure compréhension du décrochage et un meilleur aperçu de ce dernier dans toute sa complexité : ce sont aussi des voies et des moyens d’action que vous nous suggérez.

Je ne cesse d’insister sur ce point, dans bien des domaines, mais je crois qu’il est important de le réaffirmer, de le marteler, et même, de le proclamer : l’action politique ne peut faire l’économie de la recherche et des études.

L’action doit se nourrir de votre apport, celui de la pensée, de la réflexion, de la science. Nous devons évaluer, étudier et mesurer, si nous voulons apporter des solutions pérennes, et relever les défis auxquels nous faisons face aujourd’hui dans le domaine de l’éducation, et ils sont nombreux.
Oui, le sérieux, cela fait du bien, dans une époque où se multiplient les « y a qu’à faut qu’on » et les incantations – un phénomène encore accentué par la proximité des échéances électorales.

Certains sujets sont trop sérieux pour qu’on les instrumentalise et qu’on les schématise. Certains sujets doivent au contraire nous unir, faire l’objet d’un véritable consensus – et le décrochage scolaire fait indubitablement parti de ceux-là.

Oui, le décrochage scolaire est un sujet grave.

Un sujet grave, parce que laisser un jeune quitter le système scolaire sans qualification, c’est un cas de non-assistance à jeunesse en danger.

On décroche rarement pour aller vers des cieux meilleurs. On décroche rarement pour aller se construire un avenir sous de meilleurs auspices – en particulier quand le décrochage s’opère dès le collège.

Vous allez d’ailleurs nous offrir tout à l’heure un aperçu encore plus précis du devenir des décrocheurs.

Le décrochage, comme son nom l’indique, n’est pas un départ volontaire. C’est bien souvent une rupture, qui, souvent, ne se limite pas à l’École.


Si l’on filait la métaphore du décrochage, on pourrait dire qu’une fois que s’arrache de la paroi le premier piton, celui du cursus scolaire, alors, très rapidement, les autre suivent : au décrochage scolaire vient s’ajouter un isolement, vis-à-vis de la société, et, parfois, au sein même du cercle familial.

A ce coût humain, social, s’ajoute aussi, très concrètement, un coût économique pour la société. Si je le souligne, c’est que je sais que certains pensent encore : « des jeunes décrochent, tant pis pour eux ! En quoi cela me concerne-t-il ? »

Eh bien, si le coût humain ne suffit pas à vous concerner, si à une époque où se fragilisent la fraternité et la solidarité, si il faut forcément brandir un argument économique pour être entendue, le voici : le décrochage coûte cher !

Et vous savez bien, mesdames et messieurs, que de nombreuses études ont été menées sur ce sujet, et que l’on estime généralement ce coût à 230 000 euros par élève décroché tout au long de sa vie.

Sujet majeur, le décrochage donne lieu, depuis 2014, à une véritable mobilisation de l’ensemble de la communauté éducative, dont le séminaire d’aujourd’hui est un nouveau témoignage.

Cette mobilisation, les chercheurs y ont été, très tôt, associés. Vous l’avez même motivée par vos travaux et votre contribution à la Refondation de l’École, et par votre implication dans l’évaluation que le ministère de l’Éducation nationale a conduite en 2013 sur cette politique publique.

Je veux aussi souligner l’apport des deux inspections générales, dont le rapport « Agir contre le décrochage scolaire : alliance éducative et approche pédagogique repensée », a nourri la réflexion de l’évaluation de politique publique. Elles ont aussi contribué activement à l’élaboration et à la mise en œuvre du plan d’action décrochage.

La priorité donnée à la prévention – y compris précoce – du décrochage, l’accent mis sur la formation des enseignants, les aspects pédagogiques, le déploiement des alliances éducatives et du Parcours Aménagé de la Formation Initiale doivent beaucoup à votre expertise et à votre engagement.

Une telle mobilisation ne pouvait manquer de produire des effets : nous en voyons, aujourd’hui, les premiers résultats.

Il y a bien sûr, les indicateurs quantitatifs. Pendant des années, vous le savez, le sentiment qui dominait était que nous parvenions, bon an mal an, à contenir le phénomène, mais que nous n’arrivions pas réellement à inverser la tendance. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Oui, aujourd’hui, notre taux de 18/24 ans sortants précoces a considérablement diminué : nous avons dépassé l’objectif européen qui avait été établi dans le cadre de la stratégie « Europe 2020 ».
Les pays de l’Union Européenne se sont en effet fixé comme objectif que les « sorties précoces » représentent moins de 10% des jeunes de 18-24 ans à l’horizon 2020. Nous nous étions, nous, fixé, pour 2020, un taux plus exigeant : 9,5%.

Ce taux, nous l’avons atteint et dépassé depuis l’année dernière.

Nous avons désormais un taux inférieur à celui de l’Allemagne et du Royaume-Uni et presque équivalent à celui de la Finlande, qui est une référence en la matière.

Surtout, nous avons franchi un cap symbolique très fort : nous sommes aujourd’hui passés sous le seuil des 100 000 jeunes qui sortent annuellement du système de formation initiale sans diplôme.

Quand on se rappelle que nous en étions, il n’y a pas si longtemps, à 150 000 – je crois que nous pouvons nous réjouir d’un tel renversement de tendance.

S’en réjouir, ne signifie pas considérer que tout est fait, et qu’il n’y a plus rien à faire.

En dessous de 100 000, c’est encore beaucoup trop.

De tels résultats doivent nous inciter à renforcer nos efforts, à les amplifier, et à continuer à travailler dans la même direction, avec les mêmes modes de fonctionnement, et avec cette coordination qui fait la différence devant un phénomène aussi complexe que le décrochage.

Au-delà des résultats chiffrés, il y a un second résultat que je voudrais souligner. C’est la façon dont nous avons fait évoluer la gouvernance de nos établissements sur ce sujet ; la façon dont nous avons développé des partenariats et forgé une alliance éducative solide, dans laquelle le travail des chercheurs vient renforcer les actions menées au quotidien sur le terrain.

Le séminaire d’aujourd’hui s’inscrit évidemment dans cette dynamique, en abordant les enjeux liés aux territoires et à l’action publique.

Rien n’est plus dangereux, quand on aborde des sujets éducatifs, que la pure abstraction. L’École ne flotte pas dans le ciel des idées ; l’élève n’est pas un concept transcendantal. Ce sont des réalités qui s’inscrivent dans des contextes précis.

Ne pas en tenir compte, ce serait s’aveugler – et donc se condamner à une action inefficace.

Vous connaissez sans doute cette distinction canonique entre la carte et le territoire : je crois qu’il est essentiel, sur le décrochage comme sur d’autres sujets, de cesser d’aborder les questions liées à l’École dans une logique de carte.

Oui, nous avons, en France, une Éducation Nationale, et je tiens à cette idée d’un service public républicain : mais l’Éducation Nationale ne signifie pas pour autant uniforme.

 

Nous avons un pays constitué de territoires divers, dont on ne saurait, sans danger, négliger les spécificités et les singularités.

C’est d’ailleurs l’un des apports importants des travaux que vous menez : nous permettre de comprendre la façon dont le contexte exerce un impact sur le décrochage scolaire. Le territoire peut être un facteur aggravant, mais il est aussi une solution.

Vos travaux le montrent, le contraste qui peut exister entre le devenir de certains décrocheurs doit beaucoup au territoire, à son tissu socio-économique, et aux dynamiques de solidarité qui s’y déploient.

Je serai aussi très intéressée par les conclusions de vos travaux sur la confrontation de la carte des territoires à risques avec la carte des taux de décrochage effectifs.

Comme vous le soulignez, les cas où le décrochage sera inférieur au taux que l’on pouvait attendre d’après les caractéristiques économiques et sociales d’un territoire nous indiquerons sans doute des voies de remédiation qui pourront faire l’objet de diffusion et de généralisation partout où cela sera possible.

La force d’une politique publique, c’est précisément d’articuler le national et le local.

La mobilisation que j’évoquais, a été lancée à l’échelle nationale, avant d’être déclinée à l’échelle des territoires.

Ce qui est national, ce qui doit être national, c’est la volonté politique ; c’est le cadre que nous posons ; ce sont les objectifs que nous définissons, et l’obligation de résultats que nous nous fixons.

Ensuite, chaque territoire s’en empare de façon pertinente, et en même temps, le niveau national ne se détourne pas du sujet.

Il est là pour soutenir, faciliter, rendre visible, et surtout rendre durable une politique publique ambitieuse.

Il n’y a donc pas, dans ce domaine, de solutions simplistes, de réponse univoque ou de recette miracle.

Il nous faut partir de ce qui est, du vécu des jeunes, du vécu des acteurs, depuis les enseignants jusqu’à ceux qui œuvrent dans les missions locales pour l’insertion sociale et professionnelle des jeunes – qui ont d’ailleurs été chargées par l’État de mettre en œuvre l’expérimentation de la Garantie jeunes.

En évoquant ces missions, je veux saluer la mémoire de celui qui fut à l’origine de leur création, et qui toute sa vie incarna l’union de la pensée et l’action – je veux parler de Bertrand SCHWARTZ, disparu le 30 juillet dernier.

Pour lui, la seule voie possible était, je le cite, de « faire avancer tout le monde vers le haut », et de cette ambition, nous sommes aujourd’hui les héritiers.

C’est dire l’importance et l’ampleur de la tâche qui est la nôtre.

Mon ministère, en lien avec les autres ministères, les collectivités et les partenaires associatifs, s’est fixé deux objectifs :
– prévenir plus efficacement le décrochage pour diviser par deux le nombre de jeunes sortant sans qualification du système éducatif d’ici 2017 ;
– faciliter le retour vers l’École des jeunes ayant déjà décroché.

Ces deux objectifs, nous les atteindrons en poursuivant la mise en œuvre du plan pour vaincre le décrochage scolaire, qui repose sur trois piliers solides, complémentaires, qui font la cohérence de notre action : construire une politique publique, partenariale et intégrée ; donner la priorité à la prévention ; et, enfin, offrir aux jeunes de nouvelles chances de qualification.

Alors, cette politique publique partenariale et intégrée, comment la construit-on, concrètement ?

D’abord par des accords.

Je pense à l’accord-cadre État/régions sur la prise en charge des jeunes sortis sans qualification signé en août 2015 ; je pense aussi à la plate-forme d’engagements réciproques État/régions signée en mars 2016.

Ces textes nous engagent autour de plusieurs objectifs partagés : la prise en charge des jeunes sortis du système scolaire sans diplôme ; la mise en œuvre du droit au retour en formation.
Celui-ci constitue une innovation essentielle. L’École n’a pas vocation à afficher, sur ses murs, un panneau «Toute sortie est définitive ». Si, une fois qu’un jeune a décroché, nous ne lui offrons pas une voie de retour, si nous ne lui ouvrons pas une porte, eh bien nous le condamnons.

L’État et les régions s’engagent aussi à échanger des données pour la prévention et le suivi du décrochage. Des processus et des outils communs pour l’accompagnement des jeunes sans qualification vers la formation ou l’insertion professionnelle sont également définis.

Ce qui se joue dans ces accords, c’est bien la traduction concrète de l’articulation du local et du national que j’évoquais tout à l’heure. Mais cette articulation, se déploie aussi par les liens que nous tissons entre l’École et ses partenaires, ou entre l’École et les entreprises.

Les « alliances éducatives » expérimentées dans plusieurs académies sont étendues depuis cette rentrée scolaire.

Elles coordonnent – dans une démarche impliquant fortement les parents – les interventions des différents professionnels de la sphère éducative et des partenaires extérieurs autour du jeune en risque ou en situation de décrochage.

C’est d’ailleurs dans cette logique d’alliance que nous allons signer tout à l’heure avec l’association C’possible une convention.

Ma transition est toute trouvée pour évoquer le lien entre l’Ecole et les entreprises, puisque C’Possible renforce l’accès des élèves à la culture et au monde de l’entreprise.

Ce lien avec le monde professionnel, nous l’avons renforcé en nous appuyant notamment sur le développement des « clauses de formation sous statut scolaire » – ce qui signifie que dans un marché public, nous incitons les entreprises à engager des jeunes dans le cadre d’une formation en alternance.

Nous déployons aussi – c’est l’un des enjeux de la convention qui va être signée – des actions prévoyant la participation des acteurs du monde économique à la lutte contre le décrochage scolaire.

Vous le voyez, quand on parle d’alliance, quand on parle de mobilisation collective, ce ne sont pas des vains mots.

A ce premier pilier s’ajoute la priorité donnée à la prévention.

Nous avons ainsi généralisé le dispositif « parcours aménagé de formation initiale », après son expérimentation pendant l’année scolaire 2015-2016.

L’idée fondamentale de ce dispositif est de redonner davantage de souplesse à la scolarité ; de développer des passerelles, pour rompre avec la logique du corridor qui donne le sentiment de devoir subir ou partir.

Proposé à des jeunes de 15 à 19 ans, le PAFI leur permet de prendre du recul à travers un parcours combinant des temps de formation et des activités extra-scolaires comme des stages en entreprise ou le service civique.

La prévention, c’est aussi un état d’esprit et des actions mises en œuvre à tous les niveaux de l’établissement.

C’est pour cette raison que le plan de formation lancé en 2015 est étendu en 2016 : en mobilisant l’ensemble des personnels intervenant dans la lutte contre le décrochage scolaire, en insistant aussi sur la façon dont les pratiques pédagogiques jouent un rôle dans la prévention du décrochage, nous contribuons à ne plus faire de celui-ci une fatalité.

Nous organisons aussi chaque année une semaine de la persévérance scolaire dans toutes les académies, avec les parents et l’ensemble des partenaires, pour valoriser les actions de prévention mises en place sur le terrain.

Agir ensemble, de façon concertée. Prévenir le décrochage. Tout cela est important, et se trouve compléter par les nouvelles chances de qualification que nous offrons aux jeunes. C’est le troisième pilier de notre action.

Une qualification, ce n’est pas simplement le diplôme papier que l’on vous remet à la fin de votre scolarité. Ce sont toutes ces connaissances, ces compétences, ces savoir-faire que l’élève acquiert.

C’est pour cette raison que nous tenons à ce qu’ils soient qualifiés – à la fois pour eux, car nous sommes dans un monde où sans diplôme l’insertion professionnelle est compromise – mais aussi pour nous, pour notre société.

Oui, nous avons besoin d’une jeunesse formée, instruite, et donc qualifiée.

Deux dispositions en faveur des candidats ajournés aux examens des baccalauréats, CAP, BT et BTS ont été mises en place à partir de la session 2016.

Les élèves ont ainsi la possibilité, dans toutes les voies de formation, de préparer à nouveau l’examen dans leur établissement d’origine tout en conservant le bénéfice de leurs acquis.

Par ailleurs, il n’existait que 12 structures de retour à l’école – sur le modèle des micro-lycées, en 2012. Il y en aujourd’hui 42, qui accueillent 1700 jeunes.

A ces structures s’ajoute, pour tout jeune entre 16 et 25 ans, la possibilité de faire valoir son droit au retour en formation, si il répond à certains critères : par exemple, posséder uniquement le brevet, ou bien avoir un bac général mais pas de qualification professionnelle reconnue.
Le site reviensteformer.gouv.fr propose un service de rappel gratuit avec une prise en charge rapide et un suivi personnalisé pour tout jeune qui en fait la demande. Un référent suit alors le jeune avant, pendant et après son retour en formation.

Enfin, depuis la rentrée 2016, des bourses d’un montant de 1 000 euros pour les jeunes décrocheurs âgés de 16 à 18 ans inscrits dans un parcours de retour en formation seront mises en place.

Alors, je sais que ces bourses ont fait couler beaucoup d’encre. On y a vu une « prime au décrochage ». Mais c’est bien une « prime au raccrochage ». Et je l’assume : si nous parvenons à le faire raccrocher, alors nous lui donnons une bourse sur critère social pour l’accompagner.
Pourquoi ? Parce qu’un décrocheur, contrairement aux fantasmes de certains, ne mène pas la belle vie !

Le décrocheur est souvent dans une situation précaire, il vit généralement de petits boulots. Dès lors, si c’est un obstacle financier qui s’oppose à son retour à l’école, alors, oui, je le dis clairement, je préfère, lui verser cent euros tous les mois pour qu’il achève cette formation. Le CSE ne s’y est d’ailleurs pas trompé en votant ce décret à l’unanimité.

Que serait un pays qui se désintéresse de voir sortir de son système de formation un jeune sans qualification ? Je m’y refuse. Nous nous y refusons.
Et nous nous y refusons d’autant plus que les premiers résultats sont là, et que notre action ne peut que se prolonger, se déployer, et s’améliorer grâce à vos travaux.

Vos conclusions sont extrêmement précieuses, non seulement à mes yeux, mais pour ce ministère, et pour notre pays tout entier.

Oui, le décrochage scolaire est un enjeu national, un enjeu de politique publique, qui mérite la mobilisation qui est la nôtre, jour après jour, mois après mois, année après année – et j’espère que cette politique publique s’inscrira de façon pérenne au cœur de nos territoires, et au cœur de notre pays !

C’est pour cette raison que nous devons prolonger notre mobilisation. Nous avons franchi le cap des 100 000 décrocheurs – et nous pouvons aujourd’hui nous fixer un nouvel objectif : descendre sous la barre des 80 000 dès la rentrée 2017.

Comment ? D’abord, nous avons une marge de progression considérable sur la repréparation à l’examen. Pour vous donner une idée, seuls 3 élèves sur dix repassent l’examen en lycée professionnel.

Si nous parvenons à avoir entre 3 et 5 élèves supplémentaires par lycée, toutes filières confondues, cela représente au bas mot 15 000 élèves supplémentaires, le public concerné étant d’environ 40 000 jeunes sur les 80 000 qui échouent annuellement au bac.
Nous devrions également toucher 1 500 élèves supplémentaires dans le cadre du droit au retour en formation d’ici mai 2017.

Surtout, c’est l’ensemble de nos mesures qui gagnent en efficacité, année après année : leurs résultats conjugués peuvent être estimés, d’ici à juin 2017, à un nombre d’élèves concernés entre 3000 et 5000, ce qui nous amène in fine à près de 20 000 élèves supplémentaires.

Passer le cap des 80 000 : un tel chiffre n’est donc pas utopique.

Une dynamique vertueuse s’est initiée : ne la laissons pas retomber. Préservons cet élan. Soyons réalistes, pragmatiques mais aussi ambitieux.

L’enjeu le mérite. Car c’est ainsi que nous défendrons, pour chaque élève, cette idée magnifiquement évoquée par Herman HESSE quand il écrit : « pour chacun de nous existent de multiples chemins, de multiples possibilités, celles de la naissance, de la transformation, du retour ».
Je vous remercie.

Najat Vallaud-Belkacem
Ministre de l’Éducation nationale,
de l’Enseignement supérieur et de la Recherche


Photos © Philippe Devernay / MENESR

 

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2 commentaires sur Tous mobilisés pour vaincre le décrochage : discours de la ministre

  1. doudou ahmed

    bonsoir madame je suis victime de placement abusif pour mes deux enfants 6 ans et demi et 3 ans et trois mois je demande aider dés que possibleje me suis pas ganger ni agressif
    cordialement

  2. doudou ahmed

    bonsoir madame je suis victime de placement abusif pour mes deux enfants 6 ans et demi et 3 ans et trois mois je demande aider dés que possibleje me suis pas ganger ni agressif
    cordialement

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