« C’est la première fois que l’ensemble des acteurs de l’ESR est revalorisé » – Interview pour l’AEF

Presse Enseignement supérieur et recherche Publié le 12 janvier 2017

Les mesures prises dans le cadre du protocole PPCR étaient « une nécessité en termes d’attractivité de nos universités et organismes de recherche, à l’heure où la compétition se joue à l’échelle internationale », commente Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’ENESR, dans une interview à AEF. Le MENESR dévoile, jeudi 12 janvier 2017, les mesures concernant les personnels de catégorie A des filières enseignement et recherche, recherche, d’ingénieurs et des bibliothèques. Le ministère « a voulu saisir cette occasion pour augmenter les rémunérations en début de carrière, véritablement repenser les déroulés de carrière des personnels et leur ouvrir des perspectives de fin de carrière », souligne-t-elle.

AEF : Vous annoncez des mesures de revalorisation pour les personnels, en toute fin de mandat. Quels en sont les enjeux ?
Najat Vallaud-Belkacem : C’est un moment très important, la dernière étape dans l’effort que notre gouvernement aura fait porter sur l’ESR après l’augmentation de 1,4 milliard d’euros du budget sur le quinquennat, la création de 5 000 postes et les mesures de simplification pour soulager la vie quotidienne des personnels. Les mesures PPCR que nous annonçons aujourd’hui pour 105 000 personnels de catégorie A – avec une enveloppe de 130 M€ d’ici à 2020 dont 52 M€ dès 2017 – ne sont pas une simple transposition de ce qui a été acté au niveau Fonction publique. Mon ministère a voulu saisir cette occasion pour augmenter les rémunérations en début de carrière mais aussi pour véritablement repenser les déroulés de carrière des personnels et leur ouvrir des perspectives de fin de carrière.
J’ajoute que c’est la première fois que l’ensemble des acteurs de l’ESR est pris en compte (1), que ce soit les enseignants-chercheurs, les chercheurs, mais aussi tous les personnels ingénieurs et des bibliothèques. C’est une manière pour nous de reconnaître l’engagement de tous dans les réformes en faveur de la démocratisation exigeante de l’ESR que nous avons lancées sur le quinquennat. Ces mesures étaient en outre une nécessité en termes d’attractivité de nos universités et organismes de recherche, à l’heure où la compétition se joue à l’échelle internationale.

AEF : Les mesures prises sont différentes selon les corps. Qui bénéficiera d’une augmentation de rémunération en début de carrière ?
Najat Vallaud-Belkacem : Tout le monde verra son traitement brut augmenter en raison du transfert des primes en point d’indice (2). De plus, nous avons revalorisé les indices de tous les échelons de tous les corps. Mais nous avons choisi de faire porter l’effort notamment en début de carrière en priorité sur ceux qui n’en avaient pas bénéficié en 2009-2010, à savoir notamment les ingénieurs et les personnels de bibliothèque. Ainsi, à partir de 2019, un ingénieur d’études touchera 2 370 € de plus qu’avant lors de ses deux premières années d’exercice.

AEF : L’autre axe de votre réforme concerne le déroulé de carrière.
Najat Vallaud-Belkacem : Nous avons en effet souhaité instaurer un avancement régulier et lisible par tous : les durées d’échelon deviennent désormais fixes pour les ingénieurs et les bibliothécaires. De plus, nous garantissons que tous les personnels pourront désormais faire carrière sur deux grades, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent. Pour les assistants ingénieurs, pour lesquels il n’existe encore qu’un grade, nous nous sommes engagés à augmenter les flux de passage vers le corps supérieur d’ingénieurs d’études.

AEF : Vous avez enfin souhaité ouvrir de nouvelles perspectives de fin de carrière. De quoi s’agit-il concrètement ?
Najat Vallaud-Belkacem : Ce dernier axe de notre réforme concerne en effet les maîtres de conférences et les ingénieurs de recherche (création de l’échelon « Hors échelle B »), les chargés de recherche et les personnels des bibliothèques (création d’une hors-classe), ainsi que les assistants ingénieurs, ingénieurs d’études et les bibliothécaires (création d’un « échelon sommital. ») L’amplitude des rémunérations sur la carrière est ainsi augmentée.

AEF : Les syndicats demandaient que l’accès au nouvel échelon (hors échelle B) soit accessible à tous les maîtres de conférences. Pourquoi avoir décidé de contingenter cet accès à 10 % du corps des MCF ?
Najat Vallaud-Belkacem : Contingenter était nécessaire pour se donner un levier de reconnaissance de l’engagement des MCF dans l’enseignement. C’est en effet sur ce critère que seront prioritairement promus les MCF à la hors échelle B, les promotions se faisant pour moitié par le CNU et pour moitié par les établissements au niveau du conseil académique. C’est aussi en valorisant dans les promotions l’engagement dans l’enseignement que nous parviendrons à améliorer l’enseignement.

AEF : Combien de maîtres de conférences seront concernés par l’accès à la hors échelle B et à quelle échéance ?
Najat Vallaud-Belkacem : Aujourd’hui, 1 700 personnes sont au dernier chevron de la Hors classe, et donc éligibles demain à la hors échelle B à la fin d’une montée en charge de 7 ans. Nous avons obtenu que le contingent soit de 10 % du corps, soit 3 400 personnes et non 10 % du grade (soit 700) comme pour les attachés. Cela permettra de promouvoir 680 personnes par an pendant les 3 prochaines années. Ce qui signifie qu’en 3 ans, l’intégralité des personnes aujourd’hui éligibles a vocation à intégrer la hors échelle B. Cela constitue une perspective d’évolution réelle.

AEF : L’augmentation de traitement pour un maître de conférences débutant sera de 93 € (43 € au titre du transfert de prime en indice et 50 € de revalorisation). On est loin des déclarations des candidats à la primaire à gauche pour l’élection présidentielle, qui appellent tous de leurs vœux une revalorisation des débuts de carrière dans l’ESR, Benoît Hamon parlant par exemple de salaire d’entrée à 2 Smic (lire sur AEF). Hervé Christofol, secrétaire général du Snesup-FSU, estime pour sa part que l’on « est passé à côté de l’opportunité de revaloriser la thèse en restant aligné sur les Prag. Que répondez-vous ?
Najat Vallaud-Belkacem : L’attractivité des métiers ne repose pas seulement sur celle des débuts de carrière et la revalorisation des premiers échelons, mais aussi sur celle qui est faite à tous les niveaux et se mesure dans la durée. Avec un budget de 130 M€, il y avait des choix à faire et nous avons voulu faire porter un effort particulier sur les débuts de carrière des corps qui n’en avaient pas bénéficié jusqu’à présent dont les personnels ingénieurs et des bibliothèques, eux qui sont les soutiers de l’ESR et qui sont rarement mis en lumière. C’est un pas important, avec un arbitrage qui fut difficile mais que nous avons emporté. Cela ne signifie pas que tout a été réglé et il est évident qu’il faudra aller plus loin lors du prochain quinquennat. Ce PPCR a le mérite de clarifier le paysage et de poser des balises pour la suite. Et quand Manuel Valls propose d’investir 1 milliard d’euros de plus sur l’ESR pendant 5 ans, je crois que c’est ambitieux, mais tout à fait nécessaire et réaliste. C’est le savoir qui permet à l’économie d’un pays de fructifier.

AEF : Fin octobre dernier, Stéphane Leymarie, secrétaire général de Sup’Recherche-Unsa, mettait en garde le gouvernement s’il ne prenait pas de mesures en faveur de la mobilité des MCF. Où en êtes-vous sur cette question de la mutation des enseignants-chercheurs qui nécessite une modification du décret statutaire mais contre laquelle s’est élevée la CPU ?
Najat Vallaud-Belkacem : C’est un sujet auquel nous tenons. Les discussions se poursuivent avec la CPU, sachant qu’un rendez-vous statutaire est prévu fin février a priori (CTMESR et CTU) (4).

AEF : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le départ de Youssoufi Touré du rectorat de Guyane ? Son départ est-il lié à sa gestion de l’université d’Orléans ?
Najat Vallaud-Belkacem : Nous avons décidé de son départ d’un commun accord. Je ne souhaite pas faire davantage de commentaires avant d’avoir reçu le rapport final de l’IGAENR sur l’audit approfondi de la situation financière de l’université d’Orléans.

AEF : La Guyane connaît un turn-over important de rectrices ou de recteurs. N’est-ce pas dommageable pour un territoire déjà en grande difficulté ?
Najat Vallaud-Belkacem : Je ne partage pas ce constat. En revanche, j’observe en effet que les recteurs ne constituent pas un corps contrairement aux préfets par exemple et je milite pour que soit mise en place une véritable formation des nouveaux recteurs avant leur prise de poste. Nous avons avancé sur ce sujet, les recteurs bénéficiant aujourd’hui de 15 jours de formation dans nos services. Mais nous devons aller plus loin.


Par Camille Cordonnier , Anne Mascret pour l’AEF

(1) La plupart des plans de revalorisation n’ont concerné que les enseignants-chercheurs, indique le MENESR : « revalorisation de la fin de leur carrière avec la création d’une hors classe en 1989 sous le gouvernement de Michel Rocard, restructuration des débuts de carrière avec la création d’une classe normale en 2001 sous le gouvernement de Lionel Jospin ou revalorisation des seuls débuts de carrière en 2009.

(2) Ce mécanisme de transfert d’une partie des primes en point d’indice (4 points au 1er janvier 2017, 5 points au 1er janvier 2018) permet d’augmenter le traitement brut, mais pas le pouvoir d’achat. En revanche, le fait que les primes soient transformées en traitement permet d’augmenter les cotisations sociales et donc les pensions de retraite.

(3) Cette mesure arrêtée dans le protocole social du 6 juillet 2016 prévoit de réserver un mouvement spécifique aux mutations des enseignants-chercheurs, distinct de la campagne synchronisée, sans passer par des comités de sélection.

(4) L’ensemble des mesures PPCR nécessitent de réviser plusieurs textes réglementaires. « Le décret portant revalorisation des grilles au 1er janvier 2017 sera examiné lors du CTMESR du 24 janvier. Le décret statutaire rénovant l’ensemble des carrières sera présenté dans les semaines qui suivent », indique le MENESR.