Interview à la Montagne – « D’ici la fin mars, la totalité des établissements devront avoir organisé leur exercice attentat-intrusion »

Éducation nationale Publié le 13 janvier 2017

A l’occasion de son déplacement en Corrèze à l’école de gendarmerie de Tulle, qui forme à la gestion de crise les chefs d’établissements scolaires, Najat Vallaud-Belkacem a accordé un entretien au journal « La Montagne » et établi un point d’étapes des mesures de sécurité annoncées fin août dernier.

Vous allez vous rendre à l’école de gendarmerie de Tulle où est formé le personnel de l’Éducation nationale pour améliorer la sécurité dans les écoles. 

J’ai voulu effectuer ce déplacement pour faire un point d’étape sur les mesures de sécurité dans nos écoles, collèges et lycées, annoncées avec le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, quelques jours avant la rentrée 2016. J’ai choisi de venir à Tulle parce que dans cette école de gendarmerie, nous avons mis en place des formations à la gestion de crise pour nos chefs d’établissements. Jusqu’à présent, nous avions à peu près 135 cadres (chefs d’établissement, inspecteurs du premier degré…) qui étaient formés à la gestion de crise dans le seul centre de gendarmerie de Saint-Astier. Avec l’ouverture de trois nouveaux centres de formation du ministère de l’Intérieur – Tulle, Rochefort et Melun -, désormais ce sont 500 cadres qui peuvent être formés par an. J’irai à la rencontre de la 1ère promotion de chefs d’établissements qui ont été formés à l’école de gendarmerie de Tulle en décembre dernier. Au total,  120 cadres y seront formés durant cette année scolaire. C’est aussi l’occasion de rencontrer les responsables des équipes mobiles de sécurité. Ces équipes jouent un rôle important dans la gestion de crise ou la sécurisation des établissements scolaires et j’ai décidé de les renforcer. Il y a un mois, j’ai annoncé la création de 77 postes supplémentaires, ce qui permettra d’augmenter leurs effectifs de 15%. Il s’agit d’équipes constituées à la fois de professionnels de la sécurité et de personnels de l’éducation nationale (psychologues scolaire, conseiller principal d’éducation…). Lorsqu’une crise se produit dans un établissement ou à ses abords, elles interviennent immédiatement pour aider l’équipe à gérer la crise, sécuriser l’établissement, mais aussi pour faire un travail de prévention des violences. Ce déplacement à Tulle sera aussi  l’occasion de faire un point sur les travaux de sécurisation des bâtiments scolaires. En août dernier, j’avais obtenu qu’on puisse mettre à disposition des collectivités territoriales 50 M€ pour les accompagner dans la réalisation des travaux les plus urgents.

Enfin, nous avons demandé à tous les établissements scolaires d’organiser des exercices attentat-intrusion. Aujourd’hui, on sait que 92% des établissements scolaires ont organisé un exercice de sécurité depuis la rentrée. D’ici la fin du mois de mars, la totalité des établissements devront avoir organisé leur exercice attentat-intrusion. Une autre nouveauté que nous avons annoncée en août dernier : nous voulons également former davantage les élèves aux premiers secours et aux gestes qui sauvent avec un objectif de 1,2 million d’élèves formés rien que cette année. C’est en cours, avec un nombre de formateurs que nous avons là aussi augmenté.

 

Est-ce-que l’école peut mieux répondre aujourd’hui aux risques de radicalisation des jeunes ?

Après les attentats de janvier 2015, il y a clairement une culture de la sécurité et de la vigilance quotidienne qui s’est installée dans les établissements scolaires. Ça n’a pas toujours été sans mal d’ailleurs, parce qu’il y a eu ici ou là parfois des interrogations. Les enseignants n’ont, bien entendu, pas vocation à se substituer aux forces de police ou de justice. Pour autant, l’ensemble de la communauté éducative attendait de nous des réactions sur ces questions-là. Il s’agissait de sécuriser les bâtiments, de former les personnels, d’installer des procédures de coopération très fluides entre les équipes de nos établissements scolaires et les cellules de suivi des préfectures. La capacité à détecter, dans un établissement scolaire, les signaux préoccupants laissant croire que tel ou tel élève est en voie de radicalisation s’est aussi améliorée, parce que nos cadres sont formés sur ce sujet, qu’ils disposent désormais d’un certain nombre d’outils qui les aident à identifier ces signaux préoccupants et parce que, surtout, nous avons mis en place des procédures de remontée d’informations. Aujourd’hui, on a bel et bien un certain nombre de signalements qui remontent et qui sont traités en lien avec les préfectures où sont installées les cellules de suivi et de prévention de la radicalisation.

Enseigne-t-on différemment les valeurs de la République et la laïcité depuis janvier 2015 ?

La différence par rapport à ce qu’on a pu connaître dans le passé est qu’aujourd’hui il y a une fermeté et une attention plus grandes sur ces questions. On est résolus à ne rien laisser passer, avec des règles très claires. Dans chaque académie, il existe aujourd’hui un référent laïcité, qui est un professionnel aguerri sur ces questions. Il doit être appelé à la rescousse par les établissements lorsqu’ils ont des difficultés à gérer telle ou telle situation. Notre réaction s’est améliorée, avec à la fois de la fermeté et de la clarté sur ces sujets. Il y a aussi la question de la prévention sur laquelle on a beaucoup avancé depuis 2 ans. Concernant les valeurs de la République et la laïcité, nous avons décidé d’être beaucoup plus explicites que dans le passé. Dans le cadre de l’enseignement moral et civique qui a vu le jour à la rentrée 2015, les élèves se familiarisent avec les droits et les devoirs des citoyens de la République. Mais, c’est aussi et surtout un moment de débat et de confrontation des opinions, de développement de l’esprit critique. L’école n’est pas uniquement le lieu où on transmet les savoirs, mais aussi un creuset de la citoyenneté. L’éducation aux médias et à l’information a été introduite dans les nouveaux programmes de la scolarité obligatoire. Elle est essentielle pour aider nos élèves à se méfier de la désinformation qui parfois circule sur le web, à trier. Depuis cette rentrée, je me suis organisée avec un certain nombre de grands titres de la presse quotidienne pour mettre gratuitement leur édition du jour à disposition des collèges et lycées sous format numérique. Le succès de ce dispositif est impressionnant. A ce jour, plus de 200.000 élèves l’ont déjà utilisé.

Au-delà, il nous est apparu essentiel de développer le sentiment d’appartenance à leur établissement, qui est finalement, d’une certaine manière, la République incarnée. Alors une cérémonie républicaine de remise du diplôme du brevet est désormais organisée dans les collèges en présence des parents.

Enfin, après les attentats de janvier 2015 est née la réserve citoyenne. Aujourd’hui, les établissements font de plus en plus appel à des citoyens engagés, volontaires, qui souhaitent donner un coup de main à l’école et aux enseignants. Ils sont aujourd’hui 6.000 réservistes citoyens qui vont dans les classes aux côtés des professeurs pour parler de leur engagement, faire comprendre aux élèves ce que signifie telle ou telle valeur. Ils sont nombreux par exemple à intervenir le 9 décembre, qui est devenu la Journée de la laïcité, célébrée dans tous les établissements.

Votre visite en Corrèze revêt aussi un caractère symbolique. Vous serez sur les terres de François Hollande. Quels sont les souvenirs les plus forts que vous garderez de ce quinquennat et du président ?

J’aurai été extrêmement heureuse et honorée de pouvoir exercer la fonction de ministre sous la houlette et durant le quinquennat de François Hollande. Je crois qu’il faut bien avoir conscience de la situation qui était celle de la France lorsque nous sommes arrivés aux responsabilités en 2012 et de son état d’aujourd’hui. En 5 ans, il y a beaucoup de choses qui ont positivement évolué. Je pense, par exemple, au raffermissement des droits sociaux. Il y a 5 ans, ce n’était pas évident d’avoir le tiers payant en matière de santé et on déplorait le nombre de Français qui n’avaient pas accès aux soins. On n’avait pas non plus de compte personnel d’activité qui permet désormais aux Français de se former tout au long de leur vie. On n’avait pas, en matière d’éducation, 60.000 professeurs de plus, ce qui permet d’avoir un enseignant devant chaque classe et des effectifs d’élèves plus réduits.

Il y a eu aussi des événements inattendus, des attentats, qui auraient pu, lorsqu’ils se sont produits, fracturer notre société et qui ne l’ont pas fait. La cohésion a été maintenue et préservée, grâce aussi à la bonne gestion de ces événements tragiques par le président de la République. Enfin, sur le plan de l’emploi, même si les résultats arrivent tardivement et on peut bien sûr le déplorer, des décisions importantes ont été prises : le pacte de responsabilité, le fait de vouloir réindustrialiser notre France, qui commencent à produire des résultats. C’est l’Histoire qui rendra justice au président Hollande pour ce quinquennat. Mais, en tout état de cause, on aura fait progresser la France.

Quel est votre vœu pour la France en 2017 ? 

Avant-hier, je réunissais les recteurs et les principaux responsables des académies. Je leur disais : « Une bonne année 2017, ça se souhaite, une bonne rentrée 2017, ça se prépare ». Mon vœu pour la France et pour les Français, c’est qu’ils se fassent eux-mêmes acteurs de cette année et de celles qui vont suivre. Qu’ils réfléchissent avec beaucoup de sérénité  à  ce qui sera dans notre intérêt collectif. Je ne crois pas qu’on puisse s’en sortir individuellement, si on ne poursuit pas le bien collectif. Mon vœu, c’est que les Français puissent eux-mêmes préparer le mieux possible cette rentrée 2017 et ce quinquennat qui suivra, en faisant les bons choix.

Propos recueillis par Dragan Perovic pour la Montagne du 13 janvier 2017

Photos : @PhilippeDevernay

Tags :

Un commentaire sur Interview à la Montagne – « D’ici la fin mars, la totalité des établissements devront avoir organisé leur exercice attentat-intrusion »

  1. David

    Bravo, Madame ! Toujours aussi compétente pour brasser du vent ! Vivement votre départ !

Commentaires fermés.