Sup-Recherche : discours à l’Élysée en l’honneur des lauréats Idex-Isite

Enseignement supérieur et recherche Publié le 13 mars 2017

Les 18 lauréats IDEX-ISITE (PIA 1 et 2 ) ont été reçus par le président de la République à l’Élysée, lundi 13 mars 2017, en présence de Najat Vallaud-Belkacem et Thierry Mandon.
La ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a souligné que ces 18 projets montrent qu’ « il y a de l’excellence partout, des excellences. L’excellence, c’est la prise en compte des spécificités, une alchimie délicate. » Lire son discours ci-dessous :

Monsieur le Président de la République,
Monsieur le Secrétaire d’État,
Monsieur le Commissaire Général à l’Investissement,
Monsieur le président du jury,
Mesdames et messieurs les présidentes et les présidents d’université,
Mesdames et messieurs les membres du jury,
Mesdames et messieurs,
Chers amis,

Le premier mot qui s’impose, au moment de commencer ce discours, c’est d’abord de vous dire « Bravo », tout simplement.

Bravo, parce que je suis consciente, en tant que ministre de l’Éducation Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, du travail absolument considérable que vous avez accompli.

Consciente, aussi, des obstacles que vous avez dû surmonter, des défis que vous avez su relever, et des synergies que vous avez su instaurer.

Synergie entre les établissements de l’enseignement supérieur et les lieux de recherche.

Synergie entre l’université et le territoire dans lequel elle s’inscrit.

Synergie, enfin, entre les entreprises et les universités.

Le parcours qui vous a conduit ici aujourd’hui c’est un travail de longue haleine, qui nécessite de tenir compte d’enjeux divers et variés, et d’une capacité à mobiliser et à rassembler qui sont, dans les moments que nous traversons, absolument remarquables.

En effet, cette reconnaissance que vous venez d’obtenir est aussi le fruit d’un effort collectif en faveur d’une gouvernance plus intégrée de toutes les composantes du paysage de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche français que sont les universités mais aussi les organismes de recherche et les grandes écoles.

L’IDEX Côte d’Azur a, par exemple, conduit une démarche d’ensemble, avec une direction unie, supportée par des entreprises, et en insistant sur l’importance de la complémentarité entre la recherche et la formation.

Et cette formation s’inscrit aussi bien dans une université comme celle de Nice Sophia Antipolis, que dans des Écoles d’arts, comme le Conservation National à Rayonnement Régional de Nice, ou l’École Supérieure de réalisation Audiovisuelle.

A l’issue de parcours de sélection très compétitifs, vous avez su, mesdames et messieurs, bâtir un projet commun, qui a mis en évidence vos points forts, vos qualités, vos atouts.

Vous avez su, aussi, développer une approche collective, qui se traduit par des offres de formation conçue et opérée en commun, avec, souvent, une marque unique pour la recherche – comme c’est le cas de l’IDEX Bordeaux, dont la compétitivité est portée par une politique de publication harmonisée – et par une gestion de projet s’appuyant sur des gouvernances resserrée.

Et tout cela, sans sacrifier la nécessaire démocratie universitaire, à laquelle nous sommes, je le sais, toutes et tous profondément attachés.

La synergie qui s’est établie, c’est au cœur de vos regroupements et de vos universités qu’elle s’est déployée, mais c’est aussi avec nous qu’elle a été particulièrement forte.

Oui, nous avons voulu que l’Enseignement supérieur et la Recherche soient la première priorité des programmes d’investissements d’avenir.

Pourquoi ? Parce que c’est en faisant émerger, dans notre pays, sur l’ensemble de nos territoires, des universités de rang mondial, que nous assurons la place de notre pays dans le monde, à une époque où nous connaissons toutes et tous l’importance de l’économie de la connaissance.

A travers vous, et avec vous, c’est bien l’avenir de ce pays qui est en jeu, et notre capacité à avancer et progresser qui se trouve renforcée.

Vous êtes donc aujourd’hui dix-huit sites, à avoir reçu et – pour certains – conservé un label d’excellence.

« Reçu et conservé » : j’insiste sur ces deux verbes. Car ce n’est pas le tout d’atteindre l’excellence, il faut aussi savoir la prolonger et la préserver, et c’est sans doute le plus difficile.

Vous avez su le faire, et, pour celles et ceux qui viennent de recevoir ce label, je suis convaincue que vous saurez également le faire.

Ces labels sont généralement le résultat d’actions préalables engagées dans des programmes de recherche de haut niveau, de transfert de technologie au profit des entreprises et des programmes d’innovation pédagogique – initiés dans le cadre des PIA 1 et 2 et que le PIA3 va fortement développer – pour notamment d’améliorer les résultats des étudiants dès le premier cycle.

Je pense, par exemple, à la création envisagée par A*MIDEX, d’une académie de l’excellence, pour développer l’innovation pédagogique ; ou bien, pour l’université Clermont-Auvergne, au programme « Learn’in Auvergne », qui associe innovation pédagogique et nouvelles approches numériques ; ou enfin, pour la Nouvelle Université de Nantes, le développement d’une approche de formation individualisée et centrée sur l’étudiant, ouverte sur le monde socio-économique, et qui aborde ainsi de front la question de la prise en compte, par la pédagogie, de la diversité des publics auxquels nous sommes confrontés.

Nous sommes, vous le voyez, au cœur de vos actions, au cœur de vos enjeux, dans cette articulation absolument essentielle de l’enseignement et de la recherche.

Dans un monde où les changements sont non seulement nombreux, mais extrêmement rapides, il était essentiel que l’enseignement supérieur et notre recherche, qui sont des moteurs du changement, soient eux-mêmes capables de changer.

Or ce n’est jamais facile de changer. Comme le résumait magnifiquement Anatole France : « Tous les changements, même les plus souhaités, ont leur mélancolie ».

Grâce à vous, grâce aux dynamiques que vous avez instaurées, nous avons, aujourd’hui, un paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche qui s’est restructuré pour affronter les défis, et ils sont nombreux, qui nous attendent.

Ces défis, nous les retrouvons d’ailleurs dans les thématiques que vous abordez, et qui vous sont souvent – et c’est bien normal –communes : c’est la transition écologique, le défi numérique ou bien la santé.

Ce dernier thème s’envisage ainsi à travers le domaine « soins individualisés et intégrés » de l’Université Bourgogne-Franche-Comté ; ou, dans l’université de Lorraine, à travers la question de « l’ingénierie au service de la santé et du vieillissement » ;  ou, dans l’Université de Lille, à travers le Hub « médecine de précision » ; ou enfin, dans le projet MUSE de Montpellier, à travers le défi « améliorer la santé humaine dans des environnements changeants ».

C’est donc une complémentarité des perspectives, des disciplines et des regards posés sur les grands défis de notre temps qui se forge, à travers vous, et grâce à vous.

A travers vos dix-huit sites, nous pouvons constater que l’excellence existe sur l’ensemble de notre territoire.

Alors, j’évoque l’excellence, au singulier. Mais derrière un mot, fût-il au singulier, se déploie souvent une pluralité de sens et de réalités.

C’est pourquoi, plutôt que de parler de votre excellence au singulier, je tiens, aujourd’hui, à saluer vos excellences, dans leur diversité, leur singularité, leur complémentarité.

Bien sûr, vous avez – comment pourrait-il en être autrement ? – des caractéristiques communes.

Ce sont ces synergies et ces thèmes qui sont au cœur des défis présents.

C’est le souci apporté au rayonnement et à l’attractivité internationale de vos universités.

Il se traduit, dans le projet de l’Université de Lyon, par le projet d’alliance internationale permettant de mieux mettre en valeurs les projets de coopération tant en recherche qu’en formation ; il s’exprime, dans celui de l’université de Strasbourg, par la procédure dite « tapis rouge », pour recruter les meilleurs chercheurs au niveau international ; il se retrouve, enfin, dans l’intégration, par l’université de Pau, de partenaires associés étrangers, comme les initiatives d’excellence du Pays Basque et de Saragosse.

Mais chacun de vos projets s’ancre aussi dans un territoire, avec ses spécificités, ses dynamiques, et son histoire.

C’est, à Grenoble, une tradition bien établie dans la formation des ingénieurs, qui s’exprime à travers votre ambition d’ériger « l’Institute of Engineering d’UGA » comme l’un des principaux centre de formation d’ingénieurs en France.

C’est, dans l’initiative Paris-Sciences-et-Lettres, la valorisation d’un héritage scientifique, grâce à PSL-Explore, un site de diffusion qui donne accès aux contenus documentaires et muséaux de PSL.

Alors, oui, vous incarnez l’excellence de l’enseignement supérieur et de la recherche en France, mais, non, vous n’excellez pas de la même façon. Car l’excellence n’est pas quelque chose qui se reproduit. Ce n’est pas une production industrielle.

C’est au contraire une prise en compte des spécificités de chacune et de chacun d’entre vous. C’est une alchimie délicate, et l’excellence de l’un n’est pas tout à fait celle de l’autre.

J’insiste sur cette dimension, car je connais, aujourd’hui, la tendance qui menace la recherche et l’enseignement supérieur, à travers des grilles d’évaluation uniformes, dénaturantes, et des modes de calcul dont nous voyons – par exemple dans le classement de Shanghai – les limites et les biais.

Si l’excellence est plurielle et complexe, il doit en être autant pour son appréciation, sa mesure, son évaluation.

Gardons-nous de trop vouloir simplifier et donc de dénaturer ce regard. Sachons conserver l’esprit ouvert.

Nous voyons, nous ressentons, aussi, les limites de certaines catégorisations, et l’obsolescence des étiquettes, qui tendent à distinguer recherche fondamentale et recherche appliquée, ou bien sciences « dures » et sciences « humaines ».

C’est l’une des forces de Paris Saclay Initiative, que de développer justement l’interdisciplinarité entre les SHS et les autres sciences existantes dans cette université de recherche.

L’histoire des sciences nous rappelle l’importance de croiser les disciplines, les méthodes et les pratiques, et ce que le passé nous enseigne, le présent l’affirme avec force.

Oui, le monde où nous vivons, les défis et les crises qui sont les nôtres, exigent de notre part de lier les différents aspects, les différents domaines.

Oui, nous avons besoin, pour reprendre le nom du programme de recherche porté par Sorbonne Université, de « Convergences ».

Avec vous, c’est l’avenir que nous construisons, dès aujourd’hui. Un avenir qui doit reposer sur des fondations solides : l’innovation, la recherche, et la formation.

C’est un enjeu social, écologique, humain, scientifique et économique – comme le montre la façon dont, dans le projet de l’université Paris-Est, l’un des défis est de faire de la ville un levier de performance sociale, environnementale et économique.

Car nous avons besoin d’innover. Nous devons investir dans la recherche, dans l’innovation, dans les produits, qui feront demain les réussites industrielles françaises et européennes.

Je n’oublie pas qu’une innovation technologique, c’est un territoire qui se réindustrialise. Et c’est essentiel à mes yeux : si l’on refuse la perspective d’une France et d’une Europe désindustrialisée, alors il ne faut rien relâcher de l’effort dans la recherche et dans l’innovation.

Et c’est la quelque chose que l’on retrouve dans beaucoup de vos projets. C’est que vous avez un choix : un choix fort.

Celui de construire votre développement en refusant de disjoindre les acteurs économiques des acteurs scientifiques et sociaux et  c’est un trait commun à l’ensemble de vos sites.

Et il faut non seulement innover, mais aussi accompagner l’innovation, pour lui faire franchir avec succès la fameuse « vallée de la mort du transfert de technologie » bien connu des grenoblois.

J’ai été particulièrement sensible au fait qu’il s’agit là d’un enjeu que vous avez su intégrer dans vos démarches, comme le montre, par exemple, le centre d’accélération de transfert de technologies et de savoirs porté par l’Université Paris Seine.

Alors, au moment de conclure, je veux vous redire ma confiance et ma fierté, en tant que ministre, devant les réussites exemplaires que vous incarnez.

Je vous remercie.

Najat Vallaud-Belkacem
Ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

 

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