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« Homoparentalité : prenons les faits au sérieux » d’Olivier Morin

Pas de commentaire 18 février 2011

Ces quelques rappels utiles d’Olivier Morin:

Homoparentalité : prenons les faits au sérieux

Dans sa tribune, « Homoparentalité : les statistiques ne disent pas tout » publiée le 10 février sur Le Monde.fr, Xavier Lacroix, professeur de théologie, s’attaque à un ensemble d’études statistiques qui suggèrent que les enfants élevés par les couples de même sexe n’ont pas plus de problèmes que les enfants élevés par des couples hétérosexuels comparables. Sans dire qu’il n’existe aucune différence entre les familles homoparentales et les autres, ces travaux placent le fardeau de la preuve sur les épaules des adversaires de l’homoparentalité. Ceux qui croient que grandir dans un couple homosexuel mène à des troubles graves doivent désormais expliquer pourquoi ces conséquences sont si difficiles à détecter.

M. Lacroix n’est pas d’accord. Ces travaux, qu’il présente comme des brûlots issus des associations gay américaines, il nous assure que « personne – ou presque – » ne les a lus. Ceux qui l’ont fait « sont généralement d’avis – au mieux – que l’on ne peut rien en conclure ». Rien n’est plus faux.

Ces articles ont convaincu les associations américaines de médecine, de psychiatrie, de psychologie et de psychanalyse d’émettre des avis favorables à l’homoparentalité. L’académie américaine de pédiatrie conclut par exemple qu’un « corpus considérable de littérature spécialisée indique que les enfants dont les parents sont homosexuels peuvent avoir les même avantages et les mêmes attentes en termes de santé, d’adaptation et de développement que les enfants dont les parents sont hétérosexuels ». Il est vrai que les enfants de couples du même sexe sont difficiles à étudier. Il faut se contenter d’échantillons limités et hétérogènes : il n’est pas déraisonnable de suspendre son jugement en attendant de meilleures données. Ce n’est pas l’attitude de M. Lacroix, qui a rejeté par principe les méthodes quantitatives et ne jure que par les conclusions des psychanalystes qui approuvent ses idées.

Tout à l’ heure, notre professeur de théologie était prêt à jeter des revues internationales prestigieuses dans les poubelles de la science. Voilà qu’il nous présente les auteurs qui vont dans son sens comme les représentants d’« un demi-siècle » de « la psychologie la plus rigoureuse ». Qui sont ces parangons de rigueur ? On trouve parmi eux un certain Didier Dumas, qui se présente comme « psychanalyste, acupuncteur et néo-chamane ». L’une de ses contributions à la clinique fut de réconcilier l’alchimie sexuelle taoïste et le tantrisme avec l’œuvre de Freud. Pourquoi devrions-nous prendre son avis plus au sérieux que celui des nombreux psychanalystes qui sont parvenus à des positions beaucoup plus nuancées ? Laissons la psychologie à sa place Nous tombons cependant d’accord avec M. Lacroix sur un point important : le problème qui nous occupe n’est pas de ceux que la psychologie peut trancher seule. La question de savoir s’il faut donner un cadre légal à l’homoparentalité ne se résume pas à la question du bien-être psychologique des enfants concernés.

Pour le comprendre, considérons les familles monoparentales. On peut raisonnablement avancer que les enfants élevés par un seul parent connaissent en général plus de problèmes que les autres : qu’il vaut mieux, pour un enfant, être élevé avec ses deux parents. Le législateur doit-il agir contre les familles monoparentales ? Pas à n’importe quel prix. Pour limiter sérieusement la formation de foyers monoparentaux, il faudrait limiter le droit au divorce, le droit à l’adoption pour les célibataires, et ainsi de suite.

Seuls quelques jusqu’au-boutistes (comme Christine Boutin) suggèrent d’interdire l’adoption aux personnes seules, au nom de l’intérêt de l’enfant. C’est oublier que l’intérêt de l’enfant n’a jamais été la seule base de la politique de la famille. Il est indéniable que les enfants de parents pauvres ont des vies moins enviables que les autres ; l’Etat a-t-il pour autant le droit de décourager les moins fortunés d’avoir des enfants ? Bien sûr que non. Ce qui vaut pour les personnes seules, pauvres, ou bien atteintes d’un handicap génétique, vaut aussi pour les homosexuels : les problèmes réels ou supposés dont leurs enfants pourraient souffrir doivent être pris en compte. Ils n’effacent pas leurs droits.

Ces droits, c’est bien sûr aux citoyens de les déterminer ; et ils se forgent une opinion sans se laisser intimider par les épouvantails qu’on met sur leur chemin. Les arguments statistiques ne trancheront pas tout, l’expérience clinique des psychanalystes non plus : là-dessus nous tombons d’accord avec M. Lacroix. Mais après avoir lu sa contribution, nous ne sommes guère plus optimistes sur la capacité des théologiens à éclairer le débat.

Olivier Morin, philosophe, docteur de l’EHESS (Paris), et Olivier Mascaro, psychologue au Centre d’étude du développement cognitif à Budapest

Voici le lien vers l’article sur le site Le Monde: http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/02/17/homoparentalite-prenons-les-faits-au-serieux_1480866_3232.html

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« L’accouchement sous X est dans l’intérêt de l’enfant » de Christian Flavigny

Pas de commentaire 09 février 2011

Un point de vue du psychanalyste Christian Flavigny, publié dans Le Monde, qui mérite d’être médité…

L’accouchement sous X est dans l’intérêt de l’enfant

 

 

L’accouchement sous X lèse-t-il les enfants concernés en les privant d’un « droit à connaître leurs origines personnelles » ? La conviction s’en est développée, que relaie un récent rapport parlementaire de Brigitte Barèges ; mais c’est pourtant inexact.

Certains enfants ainsi venus au monde attribuent à ce protocole la raison d’une souffrance qu’ils éprouvent ; or il n’en est pas la cause. La preuve en est qu’une minorité seule des jeunes ainsi nés clame sa colère, certes bruyamment et de manière démonstrative ; une grande majorité demeure cependant silencieuse, parce qu’elle a dépassé depuis longtemps, au sein de la vie familiale qu’a procuré l’adoption, la question suscitée par l’abandon premier.

Cette minorité protestataire n’est pas une avant-garde combative cinglant un préjudice social, comme se plaisent à le considérer des médias friands de causes dont se faire les hérauts ; elle est une fraction qui se débat avec la souffrance commune d’un débat tumultueux avec le milieu familial, identique à celle d’autres jeunes qui n’ont pas connu un abandon originel et donc connaissent leurs génitrice qui est aussi leur mère, mais sont en difficulté relationnelle avec elle.

L’accouchement sous X n’a en rien privé les enfants d’une information utile à leur épanouissement ; les fameuses « origines » se cherchent pour tout un chacun d’entre nous depuis les désirs de nos parents de nous avoir eus comme leur enfant, et non dans une attestation génétique. Il n’y a pas de spécificité au fait d’être « né sous X », et aucun préjudice dès lors qu’a été organisée l’adoption ; l’abandon fut une fracture sans doute, mais il fut un geste louable puisqu’il a donné sa chance à l’enfant et lui a ouvert une vraie destinée dans une autre famille, celle qui construit son identité et forge son origine : l’important est de l’aider à tourner cette page, ce qui est possible par l’aide psychologique, et non de l’y ramener par des décisions sociales inconséquentes, dont la moindre n’a pas été la création d’un Conservatoire national d’accès aux origines personnelles.

LA CONSTITUTION DU LIEN DE FILIATION

Un actuel courant d’opinion dénigre l’accouchement sous X, « spécificité française » taxée d’archaïsme, alors qu’elle est un principe d’inscription de l’enfant  dans sa famille dont la prise en compte, valorisée par la culture française, est un principe flatteur ; des conventions internationales sont convoquées pour plaider un « droit à connaître ses origines personnelles », alors qu’elles résument celle-ci au génétique. Ces appréciations éprises de mœurs anglo-saxonnes en matière familiale oublient les graves travers de celles-ci, n’accordant des droits à l’enfant que pour les avoir préalablement privés de l’essentiel ; la spécificité française est au contraire de se baser sur cet essentiel : la constitution du lien de filiation, qui le fait fils ou fille des ses parents, base de son identité parce que l’enfant grandit depuis les désirs d’être l’enfant attendu par ses parents.

L’ »accouchement dans la discrétion » que fait miroiter le récent rapport entraverait cette constitution, en entretenant un fil factice, qui d’abord va gêner la femme qui doit renoncer à devenir la mère de l’enfant pour des raisons personnelles, mais surtout piéger l’enfant, non certes pas celui qui, cas heureusement le plus fréquent, trouvera sa voie dans sa famille adoptive, mais celui, pour qui sont faites les lois, qui s’y trouvera en difficulté : celui ayant du mal à se restaurer dans l’estime de soi mise à mal par l’abandon premier, qui va se précipiter dans le leurre que constitue « la recherche des origines personnelles », hanté du sentiment d’avoir quelque chose à attendre des « retrouvailles ». Alors que son enjeu secret est ne parvenir à se pardonner de n’avoir pas été l’enfant attendu par la femme qui le mit au monde, alors qu’il n’y pouvait rien.

L’accouchement sous X, clé de l’adoption plénière, ne prive pas l’enfant ; il permet de l’orienter vers ce qui devient sa filiation effective, pivot de son « origine personnelle », qui repose pour chacun sur la romance, heureuse espérons-le, mais parfois plus irritante, d’avoir été attendu par ceux-là devenus nos parents par le destin. L’anonymat, pour l’accouchement sous X comme pour le don de gamètes, ne constitue en rien un détriment pour les enfants concernés, mais au contraire un facteur essentiel de leur épanouissement. Mais c’est vrai, ceux qui en sont la preuve ne prennent pas part au débat social tonitruant sur le thème. Cet article propose d’écouter leur silence éloquent, signe d’un apaisement propice, avant toute décision hâtive.

 

Christian Flavigny a publié Parents d’aujourd’hui, enfant de toujours (Armand Colin, 2006), Avis de tempête sur la famille (Albin Michel, 2009) et Et si ma femme était mon père – Les nouvelles familles-gamètes (Éd. LLL, 2010).

Christian Flavigny, psychanalyste, département de psychanalyse de l’enfant, hôpital de la Salpêtrière (Paris)

Voici le lien vers l’article sur le site Le Monde: http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/02/08/l-accouchement-sous-x-est-dans-l-interet-de-l-enfant_1476734_3232.html

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« Un immense besoin d’éducation populaire » de Christian Maurel

1 commentaire 02 février 2011

Une analyse du sociologue Christian Maurel, publiée dans Le Monde, et à laquelle j’adhère totalement…

Un immense besoin d’éducation populaire


Où va le monde et que peuvent les hommes ? C’est à ces deux questions que l’éducation populaire tente à sa manière de répondre. En fait ces deux questions se ramènent à une seule : comment faire pour que les hommes qui sont le produit de l’Histoire – selon les cas et les moments, bénéficiaires ou victimes – puissent individuellement et collectivement faire l’Histoire et construire leur devenir commun ? La question est d’une brulante actualité. Il y a trois bonnes raisons de la poser :

1- La crise économique, sociale et écologique profonde que nous traversons nous conduit à penser que le monde ne peut rester en l’état et qu’il est urgent que les hommes reprennent collectivement leur destin en main.

2- Nous vivons un redéploiement des inégalités tant dans notre pays que sur l’ensemble de la planète. Entre les 5 % les plus riches de la Terre et les 5 % les plus pauvres, l’écart des revenus atteint 74 pour 1, contre 3 pour 1 en 1960. Ces inégalités menacent aujourd’hui l’unité du corps social.

3- La démocratie délégataire connaît une grave crise de légitimité. Les milieux populaires et les jeunes ne se sentent plus représentés et les Etats, même les plus démocratiques, sont dominés par les puissances économiques et financières qui les tiennent à leurs bottes.

Les hommes, notamment ceux qui subissent les événements, ont un urgent besoin de s’exprimer, de mettre des mots sur ce qu’ils vivent, d’apprendre à voir, de comprendre, de s’engager en sachant mieux l’Histoire qu’ils font. « Substituer enfin l’ambition d’éclairer les hommes à celle de les dominer », disait déjà Condorcet dans son Projet d’instruction publique de 1792. « Avoir la science de son malheur », dira cent ans plus tard Fernand Pelloutier, l’initiateur des Bourses du travail.

Une simple instruction du peuple dispensant un savoir, aussi pertinent soit-il, ne suffira pas si elle ne s’accompagne pas, comme ce fut le cas au moment de l’élaboration des Cahiers de doléances en 1789, de la construction de nouvelles intelligences et représentations collectives du monde permettant de donner un avenir au futur. L’éducation populaire peut et doit contribuer à ce processus nécessaire et ambitieux en œuvrant dans trois directions complémentaires et convergentes : l’émancipation qui consiste à sortir, aussi modestement que cela soit (une prise de parole, une indignation publiquement exprimée, un premier acte de résistance…) de la place qui vous a été assignée par les conditions sociales, les appartenances culturelles, le genre ou les handicaps de toutes sortes ; l’augmentation de la puissance d’agir permettant aux individus de reprendre leur destin en main ; l’engagement dans les transformations des rapports sociaux et politiques jugées pertinentes et que les situations imposent.

On comprend ainsi que l’éducation populaire est tout le contraire d’un acte pédagogique autoritaire qui va de ceux qui savent aux apprenants. Elle est un processus d’autorisation à dire et à faire ce qui était ou semblait préalablement interdit. Comment procède-t-elle ? L’histoire de l’éducation populaire spontanée ou agréée par l’Etat témoigne d’un foisonnement d’expériences dans les lieux et les domaines les plus divers : loisirs, quartiers, école, médias, monde du travail, espaces ruraux, hôpitaux psychiatriques, prisons… On peut cependant identifier quelques principes et processus qui éclairent, guident et sous-tendent les procédures et procédés pédagogiques :

- Le « voir, comprendre, agir » qui pendant longtemps servit de guide aux mouvements sociaux, de jeunesse et d’éducation populaires de toutes obédiences (républicaines, chrétiennes, socialistes, communistes, anarcho-syndicalistes…). Le « comprendre » n’est pas premier comme c’est le cas dans l’instruction. Il s’appuie sur l’observation à partir du point de vue où l’on se trouve et est orienté vers l’action, en situation.

- Le processus « paroles, savoirs, œuvre, pouvoir, émancipation » expérimenté et formalisé par Pierre Roche, sociologue au Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq), où l’on voit que, de part en part, la culture est au travail, ouvre à la création (sociale, artistique, intellectuelle…), génère des savoirs « inouïs », chacun pouvant alors devenir « œuvrier » comme le dit si joliment Bernard Lubat. La mise en jeu qui a son origine dans la parole, même la plus modeste, devient « mise en je » comme le montre l’expérience accompagnée par Armand Gatti dans le quartier de la Croix des oiseaux à Avignon au début des années 1990 et qui conduit quinze jeunes en situation d’exclusion à la création de Ces empereurs aux ombrelles trouées jouée dans le cadre du festival.

- Partir de ce qui affecte et indigne les gens (voir les expériences de l’Université populaire – Laboratoire social de la Maison des jeunes et de la culture (MJC) de Ris-Orangis) et ainsi privilégier l’approche ascendante et transversale de la construction des savoirs à l’inculcation descendante qui est encore souvent celle de l’instruction et de l’éducation du peuple.

- Redonner un statut pédagogique et politique au conflit dans une société qui le refoule (voir Benasayag et Del Rey, Eloge du conflit) et lui préfère la violence ou les faux consensus. L’éducation populaire doit au contraire s’évertuer à réveiller les contradictions, à les mettre en mots et en travail de transformation visant à les dépasser, à traduire les rapports de violence réelle ou potentielle en rapports de sens.

L’APPROFONDISSEMENT DE LA DÉMOCRATIE

Ainsi conçue, l’éducation populaire devient une « opération culturelle », dit Michel De Certeau dans La culture au pluriel, qui « perturbe les constellations sociales en place ». Il est à remarquer que tous les actes et mouvements sociaux et politiques de transformation qu’ils soient réformistes ou révolutionnaires, les plus modestes comme les plus spectaculaires, sont traversés et travaillés par des processus d’éducation populaire contribuant à accoucher d’une nouvelle conscience collective. « Maintenant, Avignon est enceinte de sa banlieue », dit Paul Blanc, le directeur de la MJC, au moment de l’opération conduite par Armand Gatti. La révolution tunisienne actuelle témoigne, à sa manière, que malgré les contraintes du pouvoir, la population, et tout particulièrement les jeunes, ont su mettre les nouvelles technologies de l’information et de la communication au service d’une compréhension porteuse d’émancipation, de capacité à agir ensemble et de transformation démocratique.

Confrontés aux questions sociales vives que leur posent les citoyens ainsi que ceux qui ne s’autorisent pas encore à le faire – car même les silences sont porteurs de sens –, les élus politiques et les institutions publiques seraient bien inspirés de faire une réelle place à l’éducation populaire et lui donner les moyens qu’elle mérite. « Nous avons un vrai combat à conduire vers l’électorat populaire », dit par exemple Ségolène Royal dans Le Monde daté 9 janvier. A quoi elle ajoute : « J’oppose au simplisme des replis identitaires, source de violence, la volonté de reconstruire une communauté nationale de travail, de dialogue et de création ». Ce projet louable, dont il serait prétentieux de programmer d’en haut le déroulement et l’aboutissement, ne saurait prendre corps sans une reconnaissance et un engagement d’une éducation populaire traversant et travaillant le corps social. Il en va de l’avenir et de l’approfondissement de la démocratie.

Edgar Morin plaidant pour « une nouvelle inventivité politique » dans Le Monde daté 9 novembre se réfère à un proverbe turc : « Les nuits sont enceintes et nul ne connaît le jour qui naîtra ». Nous parions que si l’on veut faire advenir le jour, les nuits devront être éclairées par un travail culturel d’éducation populaire car « les têtes » ne pourront magiquement « surgir dans les désastres planétaires pour le salut de l’humanité ». En effet, la situation, du local au global, est telle que, pour faire naître d’autres intelligences au service d’un nouveau projet de société, l’organisation d’états généraux de la transformation sociale et politique peut et doit être mise à l’ordre du jour. L’éducation populaire devra y prendre toute sa place. Qui prendra l’initiative de les convoquer ?

Christian Maurel a publié Education populaire et puissance d’agir. Les processus culturels de l’émancipation. (L’Harmattan, 2010).

Christian Maurel, sociologue, cofondateur du collectif national Education populaire et transformation sociale

Voici le lien vers le site de Le Monde: http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/02/02/un-immense-besoin-d-education-populaire_1473891_3232.html

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Entretien avec Mohamed Chérif Ferjani: A Lyon, « les jeunes tunisiens n’ont plus peur »

1 commentaire 17 janvier 2011

A lire sur le site de Libélyon, cette interview du trop rare Cherif Ferjani : http://www.libelyon.fr/info/2011/01/a-lyon-les-jeunes-tunisiens-nont-plus-peur.html

A Lyon, « les jeunes tunisiens n’ont plus peur »

MANIFESTATION - Près de deux milles personnes – 800 selon la police – dont beaucoup de jeunes tunisiens, ont manifesté leur joie dans les rues de Lyon, samedi, après la fuite du président Ben Ali. L’un des organisateurs de la manifestation, Mohamed Chérif Ferjani, professeur à l’université Lyon 2, n’a pas ménagé ses efforts pour canaliser l’énergie de ces jeunes manifestants, qui se mêlaient pour la première fois aux vieux militants en faveur des droits de l’homme. Mais Mohamed Chérif Ferjani, ancien prisonnier politique sous Bourguiba et co-fondateur de la section tunisienne d’Amnesty international, est désormais préoccupé par la suite : préparer la mise en place de la démocratie en Tunisie. Entretien.

Samedi, jusqu’à deux milles personnes, dont beaucoup de jeunes, ont défilé dans les rues de Lyon pour exprimer leur joie à la chute de Ben Ali. Comment expliquez-vous que, pour la première fois, tant de jeunes tunisiens ou franco tunisiens ont manifesté ?

Les jeunes tunisiens ont toujours connu la terreur et n’ont jamais pu s’exprimer auparavant. Le régime de Ben Ali avait mis en place tout un réseau pour encadrer la population et la terroriser, y compris à l’étranger. Cela a même été plus pesant pour les Tunisiens de l’immigration, qui avaient peur de représailles sur leur famille restée au pays ou peur d’être ennuyés quand ils rentraient au pays. La preuve : lors de la 1ère manifestation organisée à Lyon le 6 janvier dernier, il n’y avait que des anciens gauchistes qui n’avaient plus rien à perdre, de la génération des militants des années 70 et 80. Mais hier, pour la première fois, nous avons vu des jeunes qui n’avaient plus peur, qui se sentaient libérés. On a vu l’explosion de joie, le désir de parler de ces jeunes qui n’avaient jamais pu s’exprimer.

Quelle a été votre propre réaction à la chute de Ben Ali ?

Je suis un vieux militant, j’ai fait six ans de prison sous la présidence de Bourguiba, à l’époque où Ben Ali était directeur de la sûreté nationale. J’ai passé des dizaines d’années de ma vie à lutter contre ce régime, désespérément, avec la quasi certitude de ne pas voir, de ma vie, ce régime tomber. Mais de mon vivant, j’ai vu que mon combat depuis ma jeunesse n’était pas pour rien. C’est émouvant.

On a le sentiment que tout va très vite…

Le mouvement s’est accéléré. Samedi, nous avions prévu de manifester pour demander le départ de Ben Ali, mais nous avons été pris de court car il est parti dans la nuit. Le mot d’ordre des organisateurs de la manifestation est devenu : « la dictature est tombée, il faut maintenant démanteler les rouages de la dictature et établir les bases d’un véritable système démocratique ».

Car le dictateur est déchu, mais le régime est encore là. Maintenant, il faut travailler pour démanteler les rouages de la dictature. Je suis heureux de voir le symbole, le chef de ce système tomber, mais je pense à demain. Je ne veux pas que les fruits de cette révolution qui n’a pas été violente – la violence a été du côté du pouvoir – soient volés par les ennemis de la démocratie.

La mise en place d’un gouvernement provisoire d’union nationale pluraliste – discutée dimanche – n’est-elle pas une première étape ?

Effectivement. Et il faut que ce gouvernement reflète dans sa composition toutes les sensibilités de la société civile et tous les courants de l’opposition. J’espère aussi qu’on fera une place à la jeunesse dans ce gouvernement provisoire car les jeunes ont joué un rôle décisif dans cette révolution, ils ont fait preuve d’une grande maturité, comme le montrent leurs mots d’ordre : le travail, la liberté, la dignité. Puis très vite, quand le pouvoir s’est opposé à eux, ils ont réclamé le départ de Ben Ali, la fin de la corruption. C’est donc resté un mouvement d’inspiration profondément démocratique.

Mais il faut aussi mettre en place un code électoral fondé sur la proportionnelle pour éviter toute dérive. Car la proportionnelle oblige tous les courants à composer les uns avec les autres ; personne ne peut avoir le pouvoir à lui tout seul. Aucun courant aujourd’hui dans la société tunisienne ne peut avoir à lui seul la majorité absolue.

Que pensez-vous de ceux qui sont inquiets du retour du leader du mouvement islamiste et craignent que les islamistes gagnent les élections ?

Avec un système à la proportionnelle, les islamistes ne pourront pas faire grande chose. En Jordanie  en 1984, les islamistes ont fait 40%, ils étaient de loin le plus grand parti. Le roi de Jordanie leur a demandé de former le gouvernement mais en trouvant des alliés pour avoir la majorité absolue. Quand on doit avoir des alliés, on sort de l’idéologie et on commence à faire de la politique. C’est ça l’apprentissage de la démocratie : tenir compte des autres, savoir qu’on n’est pas tout seuls, ni dans la société, ni dans le champ politique, et ne pas accaparer tous les pouvoirs. Surtout dans une période de transition vers la démocratie, la proportionnelle est nécessaire.

Car si on va à l’élection avec le code électoral mis en place par Ben Ali pour garder tous les pouvoirs pour son parti, on va vers une catastrophe à l’algérienne, quand le FIS s’est retrouvé devant le FLN qui avait maintenu un code électoral favorisant la concentration de tous les pouvoirs parce qu’il pensait en profiter. Il ne faut pas recommencer la tragédie algérienne.

Quelles peuvent être selon vous les bases d’un système démocratique en Tunisie ?

Face aux islamistes, il faut une force politique progressiste soucieuse de garder les acquis modernistes de la Tunisie, en matière de droit des femmes, de sécularisation, de liberté de conscience, etc., et de les développer. Pour cela, les appels lancés par les avocats et leur bâtonnier – en faveur d’un véritable Etat de droit -, et surtout le programme proposé samedi par l’Union générale des travailleurs tunisiens me paraissent une bonne base.

Etes-vous favorable à un procès de Ben Ali qui a fui en Arabie Saoudite ?

Bien sûr ! Surtout quand on voit le mal que continuent à faire ses agents dans le pays : les dizaines de morts de ces derniers temps. Ce n’est pas à la population de se faire vengeance, comme elle a malheureusement pu le faire avec le directeur des services de la Sûreté de Ben Ali. C’est à la justice de mener un travail d’enquête, d’établir les preuves des crimes, des vols, de la corruption et de juger lors d’un procès juste, équitable, respectant les droits de la défense et les principes des droits de l’homme.

Que pensez-vous de ceux qui craignent une contagion du mouvement de révolte des jeunes tunisiens au Maghreb et dans les pays arabes ?

Hier un jeune chômeur s’est immolé en Algérie, de jeunes chômeurs ont fait un sit in en Jordanie pour réclamer la même chose que les Tunisiens. A Rabat, on a interdit qu’une manifestation de solidarité aille à l’ambassade de Tunisie. Il y a donc un rôle d’exemplarité du mouvement en Tunisie qui est repris et inspire ailleurs. Partout où le chômage des jeunes – et des jeunes diplômés – vient s’ajouter aux humiliations, à l’absence de liberté et à l’arrogance d’une mafia au pouvoir qui pille les richesses du pays, peut naître un mouvement de ce type là. Pour moi c’est une bonne chose !

J’espère que ce qui s’est passé en Tunisie inspirera les mouvements qui luttent partout contre les régimes autoritaires et corrompus. Car ces régimes-là sont le terreau sur lequel se développe l’intégrisme. Quand règnent l’autoritarisme, l’absence de liberté et la corruption, que reste-t-il aux gens ? Les mosquées. Que reste-t-il aux jeunes sans espoir, humiliés, écrasés, baillonnés ? Le suicide ou le recours à la violence et au terrorisme.  Ce qui est frappant en Tunisie, et il faut que les pouvoirs le comprennent, c’est que les jeunes ont retourné la violence contre eux. Ils se brûlent, s’immolent par le feu. Au lieu de succomber à la tentation du terrorisme.

Recueillis par Anne-Caroline JAMBAUD

Spontaneous 2010 improvise dans les rues de Lyon!

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Spontaneous 2010 improvise dans les rues de Lyon!

Pas de commentaire 27 septembre 2010

Vu il y a quelques instants à proximité du Palais de la Bourse de Lyon, une partie de la campagne d’affichage improvisée pour la prochaine édition du festival d’improvisation Spontaneous qui se tiendra à Lyon avec des artistes du monde entier du 23 au 30 octobre 2010, pendant les vacances de la Toussaint.

C’est l’artiste Tom Henni qui s’est lancé le défi de réaliser 100 affiches originales dans les rues de Lyon, toutes dessinées à la main, une à une : un pari fou qui vient d’être tenu. Bravo à toute l’équipe, voilà qui promet pour cette 6e édition du festival.

Pour ceux d’entre vous qui ne sont pas Lyonnais, on peut aussi voir tout cela sur le groupe facebook qui lui est consacré: http://www.facebook.com/album.php?aid=238198&id=135379822093

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Le prix Lumière 2010 à Milos Forman!

Pas de commentaire 01 juillet 2010

La nouvelle est tombée ce matin, des lèvres de Thierry Frémeaux qui présentait à la presse et aux partenaires la deuxième édition du très beau festival international de cinéma de Lyon: Lumière sur Milos Forman!

Le Prix Lumière, créé par l’Institut Lumière dans les années 1990 et lancé pour la première fois en 2009, récompense un cinéaste pour l’ensemble de son œuvre et pour le lien qu’il entretient avec l’histoire du cinéma.

Parce qu’il faut prendre le temps de dire notre gratitude aux cinéastes, à ceux qui habitent nos vies, il fallait, à Lyon, ville natale du Cinématographe, créer cette distinction. Une distinction qui s’appuie sur le temps, la reconnaissance et l’admiration. Le principe d’admiration circule, dans l’histoire du cinéma, parce que les metteurs en scène, loin ou proches, se parlent, s’inspirent, s’encouragent.

Le Prix Lumière sera remis à l’Amphithéâtre du Centre de Congrès le samedi 9 octobre 2010.

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Histoire et Mémoire

2 commentaires 31 mai 2010

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Coup de cœur pour le film de Daniel Cordier diffusé à l’Institut Lumière mardi dernier.

Un retour particulièrement émouvant et précis sur la résistance racontée par le secrétaire de Jean Moulin.

Pour ceux qui n’ont pas eu l’occasion de voir ce film, je vous invite à vous plonger dans  le livre de Daniel Cordier, « Alias Caracalla : mémoires » qui retrace cette histoire passionnante , pleine d’humanité, d’humilité et de courage.

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In one city, you can find the world

Pas de commentaire 10 mai 2010

Vous l’imaginiez si cosmopolite notre belle ville?

Chapeau bas aux deux lyonnaises qui avec ce petit film sont sélectionnées pour le « Road junky travel film festival »!

 

Elles sont lyonnaises, soeurs et n’ont aucune connaissance en vidéo. Pourtant, Laure, 30 ans, pigiste et Amélie, 24 ans étudiante, viennent de voir leur court-métrage sélectionné pour le 1er festival Road Junky Travel, qui aura lieu du 28 au 30 mai à Berlin. Objectif de ce festival de cinéma international : mettre en lumière des récits de voyages de jeunes du monde entier, globe trotter dans l’âme ou couchsurfer occasionnel.

Passionnées par les voyages, les deux jeunes femmes ont découvert l’existence de ce festival un peu par hasard. « L’on n’avait plus beaucoup de temps pour participer. Impossible pour nous de prévoir un voyage et d’en ramener des images. Alors, nous nous sommes dit que nous allions faire voyager les internautes à Lyon, notre ville natale. Et puis, j’aime l’idée que le voyage est à notre porte ». En 3 jours à peine, les deux soeurs ont réussi le pari de réaliser ce petit clip de 5 minutes. Le tournage a duré une journée entière. « Nous avons quand même attendu qu’il fasse beau, puis munies d’un simple petit Lumix, d’un réflex et d’un iPhone, nous nous sommes rendues dans toute la ville. » Au petit matin, les réalisatrices en herbe s’envolent pour l’aéroport de Saint-Exupéry, afin de glaner des images d’avions et de voyageurs en transit. « Nous sommes ensuite allés à la Guillotière pour filmer le quartier chinois, les boutiques indiennes, arabes, les bords du Rhône aussi… »

Désirant humaniser leur petit clip, elles ont choisi de photographier des passants de toutes origines. « Nous avions besoin que les gens posent pour nous afin de réaliser du stop motion. Certains ont gentiment accepté. » En bonus, les deux Lyonnaises ont enregistré, grâce à un simple téléphone portable, des bribes de phrase en langue étrangère auprès d’amis ou d’anonymes. « Au final, nous voulions que les internautes se demandent dans quel pays, dans quelle ville la vidéo avait été tournée.  » Les vrais Lyonnais auront bien évidemment reconnus les rues de la Guillotière. Pour les autres, seule la fin du court-métrage dévoile l’identité du lieu de tournage.

Chaque image, chaque son, y compris la musique est entièrement fait maison. « J’ai la chance d’avoir une soeur, dotée d’un fort tempérament artistique et qui, en plus, a une capacité à résoudre les problèmes techniques ! », confesse Laure. Les deux soeurs espèrent désormais pouvoir se rendre à Berlin et, peut-être, recevoir un prix pour leur web-création…

Article extrait du bondy blog.

 

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Entre Foot et chanson une soirée de lutte contre la maladie d’Huntington

1 commentaire 04 mai 2010

Je tiens à soutenir la très belle initiative de l’Association Huntington Avenir qui organise le mardi 11 mai au Palais des sports de Lyon une grande soirée caritative autour du football et de la chanson.

ffoLes bénéfices de la soirée iront à l’association Huntington Avenir, pour financer son pôle social, initialiser une ou plusieurs structures, et pour venir en aide aux malades et à leur famille.

Un plateau de qualité autour du parrain de l’association Joël Bats et de Michael Jones : Youri Djorkaeff, MC Solaar, Amel Bent, Claire Keim, Louis Bertignac, les joueurs de l’Olympique lyonnais et bien d’autres…

Un Show de plus de 4h qui réunira stars de la chanson et du ballon rond pour un tournoi de foot auquel succédera un grand concert.

La maladie de Huntington est une affection génétique du système nerveux central, neuro-dégénérative et incurable à ce jour.

En France, 8 000 personnes sont atteintes par cette maladie, 40 000 sont à risque, et aucune structure ne peut les accueillir.

Toutes les informations sur cette soirée sont disponibles sur www.footconcert.net

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Musicien d’orchestre le temps d’une soirée !

1 commentaire 03 mai 2010


DEVENEZ MUSICIEN D’ORCHESTRE LE TEMPS D’UNE SOIREE
A l’occasion de la fête de la musique 2010, Le Conservatoire de Lyon propose à des adultes, même sans connaissances musicales, de faire partie d’un orchestre symphonique qui se produira en public le 21 juin 2010 à 18h sur l’Esplanade des Théâtres romains de Fourvière.
Très belle initiative participative, de la part d’une grande institution culturelle, qui je l’espère ouvrira les portes de la musique classique  aux plus néophytes !

Si vous ne possédez pas d’instrument le Conservatoire peut vous en fournir un. Trompettes, trombones, violons, violoncelles, contrebasses, percussion, selon vos affinités.

Au programme : Ouverture de Coriolan et extrait de Carmen de Bizet, sous la direction de Serge Paloyan.

Renseignements et pré-inscription jusqu’au 17 mai
- bulletin de pré inscription en ligne sur www.conservatoire-lyon.fr
- ou sur simple appel au 04 78 15 09 84

Réunion d’information et inscription définitive : lundi 17 mai à 19h, au Conservatoire
4 montée Cardinal Decourtray, 69005 Lyon (Funiculaire Fourvière)

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Une fenêtre sur le monde.

Pas de commentaire 30 avril 2010

Encore une soirée de cinéma à Lyon qui fait envie… Pas sûre de pouvoir y aller moi-même, mais je vous donne l’information: pour celles ceux qui parmi vous pourront aller découvrir cette 10e édition du très beau festival invité à l’Institut Lumière.

sud

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« Quelque chose d’attristé étend sa longue écharpe sur une nation qui reste sans réponse, tant elle ressent de fatigue. »

5 commentaires 06 avril 2010

Bonjour,

L’historienne Arlette Farge vient de publier une tribune d’opinion dans Le Monde que je trouve admirable à tous points de vue: que nous sommes loin de la terminologie gouvernementale, et de ses injonctions de caporal en chef ! De la finesse, de la nuance, mais aussi beaucoup d’exigence et un message d’alerte d’une très grande force. «  Provoquer de l’émancipation et du refus » : oui, au-delà des seuls historiens, je crois que toutes celles et tous ceux qui se reconnaissent une forme de responsabilité dans la société devraient y réfléchir… Je vous invite à lire son texte:

« L’essoufflement psychique de la France est un événement historique »

Par Arlette Farge, historienne.
« Il y eut quelque chose de déroutant à lire, sous la plume d’experts et par l’intermédiaire d’un rapport officiel, que la France était sous le coup d’une intense « fatigue psychique ». L’annonce eut beau faire la « une » d’un quotidien et se déplier dans de nombreux médias, elle fut assez peu commentée et ne donna pas lieu à polémique. Comme si, de fait, tout le monde savait et vivait cette fatigue sans même la force de l’interroger.

Pour une historienne, cet essoufflement collectif constaté représente un véritable événement historique, une rupture fondamentale : l’annonce et le constat sont remarquables pour plusieurs raisons. Il est rare, pour parler de la nation et de ses habitants, de s’exprimer en termes psychiques pour les caractériser ; par ailleurs, les historiens interprètent très rarement les siècles, les décennies ou les moments à l’aide de critères psychiatriques. D’autre part, faire de ce constat une nouvelle, une information majeure, présuppose une situation alarmante.

L’effet d’annonce s’avère aussi important que l’annonce elle-même. Cela indique qu’en amont de nombreuses personnes se sont inquiétées du problème et ont enquêté par voie institutionnelle. L’annonce fait événement au sens où elle contient en elle une gravité qui permet de la rendre publique et où son impact est lourd de conséquences. En effet, si les Français se reconnaissent en cette enquête, vont suivre une quantité d’événements et de non-événements, car l’histoire se déroule à si grande vitesse qu’il ne peut en être autrement.

Revenons en arrière : voici longtemps que de l’ensemble de l’échelle sociale, de nombreuses plaintes et dénonciations s’accumulent, destinées à n’être point entendues ; elles sont émises dans le vide. Inutile d’en faire ici le décompte exhaustif : il suffit de lire les journaux, d’aller sur le terrain, d’écouter ses voisins, d’aller à des manifestations, d’en regarder d’autres, de participer à des associations désireuses d’invention, ou encore de lire sur les corps l’infortune, une ombre de désespérance, la courbure des non-espoirs, l’usure des esprits, et le peu de joie à se regarder les uns les autres.

L’histoire de ces dix dernières années est secouée de brisures, d’extension des crises et d’une mondialisation des angoisses, puisque ni les politiques ni la nature ne peuvent apporter de réconfort. Quelque chose d’attristé étend sa longue écharpe sur une nation qui reste sans réponse, tant elle ressent de fatigue.

« Il y a quelque chose de cassé », disait, il y a peu, un ouvrier d’une usine qui venait de fermer ses portes du jour au lendemain et de proposer ex abrupto une incongrue et indigne délocalisation. Engloutis dans des espoirs déçus, les individus ne voient guère de têtes se relever, de figures se détacher pour inventer avec eux, ni de personnalités ayant le sens du rassemblement et une once de révolte. Au lieu d’être une norme, l’égalité est une lutte, et sur ces chemins chaotiques ne s’aperçoit aucune herbe folle. De l’école à l’hôpital, de l’usine à l’agriculture, de la justice à un statut des immigrés, de la prison à l’environnement montent tant de dénonciations et d’appels au secours qu’on peut affirmer sans se tromper que l’ère de la dénonciation est elle-même sursaturée.

A ce moment où le temps de la dénonciation reste fort mais inquiet de lui-même, l’Histoire se voit convoquée par les élites et les gouvernements afin de remobiliser les troupes dans le souvenir de grands événements et de belles figures. Voici l’Histoire appelée à « faire mémoire pour faire exemple », pour donner vigueur à nos esprits fatigués.

Il fallait dans les classes primaires adopter le nom d’un enfant disparu dans les camps de concentration, lancer Guy Môquet en exemple sans même savoir qui il était, mettre Camus au Panthéon pour faire croire que, finalement, L’Homme révolté était celui qui avait décidé de l’y déposer.

Entre ce temps de fatigue annoncé et l’appel au secours d’une Histoire sortie de son contexte et invoquée comme réparatrice, s’opère un hiatus. Plus que cela, nous assistons à une lipothymie de l’histoire, une syncope en somme. Face à un passé sollicité et un présent vivant à la fois dans l’accélération et l’altération de son humanité, l’histoire des hommes et des femmes tombe en syncope. Dernièrement, alors que je m’étonnais défavorablement de la façon dont un grand magasin parisien s’étourdissait de luxe, la vendeuse me répondit laconique : « C’est une autre vie. » Essayant de comprendre où était l’autre vie, elle me répondit que ses patrons lui avaient imposé cette phrase à dire aux clients, mais qu’elle ne savait ni de quelle vie il s’agissait ni vers quoi l’on allait.

Là est la syncope de l’histoire : entre une « autre vie » qui n’a pas de nom ni de but et une quotidienneté âpre où certains mots et expressions sont devenus indicibles, archaïques, méprisés et où certains espoirs d’autrefois sont tournés en dérision. Quand le lieu qu’on nous enjoint d’habiter n’est plus habitable pour la plupart, l’histoire se vit telle une syncope.

Dès lors se pose l’urgence de la transmission citoyenne de l’histoire. Le retour sur le passé s’enrichit de la nécessaire empathie pour le présent, d’autant plus qu’on le dit fatigué car l’histoire n’aide la vie que si ceux qui la transmettent empoignent la détresse du présent. La responsabilité historienne est d’instruire le passé dans ses improvisations et ses fulgurances, ses fureurs secrètes et ses résignations sans fin.

En visitant les scènes d’autrefois, l’histoire peut se montrer impétueuse, disruptive, ironique aussi. Elle est tenace et têtue, intempestive, encore faut-il le dire, trouver les mots capables d’arpenter ses secousses et ses interstices, ses lieux cachés où une « autre vie », vraie, cette fois, s’est projetée sur son ombre.

De cette chaîne saccadée des événements passés, nous sommes héritiers au sens actif du terme donc maîtres de cet héritage. C’est avec lui que l’historien prend langue pour habiter le présent, l’annoncer à autrui et faire résonner l’ailleurs avec l’ici. C’est la tâche de l’historien et de bien d’autres disciplines de provoquer de l’émancipation et du refus en enseignant le contretemps et l’intervalle, l’imprévisible.

Faire surgir l’Autre en histoire, c’est le regarder aujourd’hui et résister au présent. La syncope de l’histoire ne peut être définitive et, même si l’altérité n’est pas le maître mot, l’histoire citoyenne permet de la retrouver, donc de la prendre entre ses paumes pour la transmettre. Pour cela, l’histoire doit aussi enseigner de s’arracher à l’Histoire. »

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Le monde numérique de demain.

10 commentaires 01 avril 2010

Je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager cet incroyable one man show (le conférencier est un thésard indien…) recommandé par Henri Verdier, Président du pôle compétitivité « cap digital » en Ile de France, et que je recevais hier avec mes étudiants de sciences po pour une plongée surréaliste dans le monde numérique de demain. Juste impressionnant.

PS: vous pouvez mettre des sous titres.

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Ségolène Royal défend l’écologie sociale.

6 commentaires 30 mars 2010

Ségolène Royal était l’invitée d’Arlette Chabot aux côtés de Daniel Cohn Bendit dans l’émission A vous de juger diffusée sur France 2 le 25/03/10.

Quel plaisir de retrouver un débat de fond à la télévision, merci Ségolène !


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Lyon presqu’île, la Superbe.

4 commentaires 19 mars 2010

benjamin-biolay-la-superbe-300x300Le contexte des élections me laisse peu de temps pour dialoguer avec vous et surtout pour aborder des sujets plus légers. Au passage, je vous fais quand même partager mon coup de cœur pour le dernier album de Benjamin Biolay : la Superbe.

Un artiste que j’apprécie depuis longtemps, en tant qu’artiste d’abord, mais aussi pour son engagement à gauche: je n’oublierai jamais qu’il était venu nous soutenir pour les régionales en 2004. Un très beau souvenir.

Couronné de deux victoires de la musique, Biolay nous offre un très bel album avec notamment une chanson hommage à la beauté de notre ville : » Lyon presqu’île » que je me plais souvent à fredonner.

Je crois pouvoir vous dire que n’aurons pas trop longtemps à attendre avant de le voir à Lyon…

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