Je profite de quelques moments de répit pour revenir en quelques mots sur ma participation au débat organisé lundi 7 juin par la LICRA, dont le sujet était l’interdiction du port du voile intégral sur le territoire national, aux côtés de responsables politiques de l’UMP, des Verts, et du Parti Communiste.
En dépit de mes réserves sur la manière dont l’UMP et le gouvernement ont imposé ce débat, j’ai accepté l’invitation de la LICRA d’abord pour l’estime et le respect que je porte à leurs combats contre le racisme et l’antisémitisme. Ensuite, parce que j’ai pensé que c’était une occasion d’expliquer une nouvelle fois ces réserves, tout en défendant la position adoptée par le Parti Socialiste, et en rappelant à quelles valeurs et à quelles convictions je me réfère.
Première chose, le port du voile intégral, que ce soit par choix personnel ou par soumission, va totalement à l’encontre de toutes mes convictions, qu’elles concernent ma vision de la société, de la laïcité, de l’émancipation de la femme ou de l’égalité homme-femme.
Tout mon engagement politique en témoigne, et je serai toujours la première à soutenir les mesures qui aideront les femmes à sortir de ce type de pratique et à s’émanciper.
Deuxième chose, je ne pense pas que cette loi sera efficace. Bien au contraire, je considère que les conséquences de son application (et même de sa non-application) risquent d’être très graves : on ajoutera de l’exclusion à l’exclusion, en doublant l’oppression privée d’une oppression publique.
Troisième point : l’attitude idéologique du gouvernement dans ce qui relève moins d’un processus législatif normal que d’une campagne d’opinion. Le Conseil d’Etat avait en effet proposé d’étendre l’interdiction du visage caché à l’ensemble des lieux du service public, et ce serait à mon sens la meilleure loi s’il fallait en envisager une. Les juristes savent par ailleurs que la loi voulue par le gouvernement ne tiendra pas longtemps devant des tribunaux comme la Cour Européenne des Droits de l’Homme. La droite a tout de suite balayé ces arguments, illustrant une nouvelle fois le mépris avec lequel la majorité traite les institutions qui fondent notre Etat de droit. C’est une dérive qui m’inquiète profondément.
Enfin, et c’est peut-être le plus important : ce n’est pas la priorité.
Au-delà de la crise économique, sociale et écologique que nous vivons et qui devrait tous nous mobiliser, les questions de société sont également importantes mais se doivent d’être affrontées à la racine et non aux stigmates.
Il y a beaucoup trop de choses à faire (ou à refaire) concernant l’éducation, la culture, l’égalité des chances, la jeunesse, l’accueil et l’intégration des étrangers, le vivre-ensemble et surtout l’attention qui est portée aux femmes isolées dans des quartiers dont le gouvernement ne se préoccupent plus. En tant qu’élue locale chargée de la vie associative, le constat est amer: les associations de terrain qui permettaient de ne pas abandonner ces femmes et qui faisaient un travail admirable de cohésion sociale et d’émancipation ont tout simplement vu l’Etat remettre en cause toutes les aides et les subventions.
Une fois de plus, le débat politique a été confisqué par quelques dangereux stratèges de l’UMP qui gangrènent le climat politique depuis la dernière élection présidentielle : moutons dans la baignoire, racaille, karcher, tests ADN, « auvergnats », débat sur l’identité nationale… et maintenant la burqa. Quand en plus les membres de la majorité mettent en avant leur attachement à l’égalité homme-femme avec grands tremolos, ça en devient presque insultant quand on voit l’absence de femmes dans le renouvellement des grandes institutions par le Chef de l’Etat ou que la proposition de loi sur la violence faite aux femmes reste inerte depuis plus d’un an au Sénat.
Car, au-delà des 367 femmes en France portant la burqa, n’oublions pas que sur le territoire national une femme meurt sous les coups de son conjoint tous les 2 jours et demi, et qu’il y a 75.000 femmes violées chaque année.
Je pense que la République et la cohésion sociale qui en fait le ciment souffrent énormément de toutes ces lois qui excluent, interdisent et stigmatisent. Un véritable « prurit législatif » axé sur le fait divers qui divise quand la crise mondiale que nous connaissons appellerait à réfléchir, doser et rassembler. Nous ferions bien mieux de réfléchir à des lois qui encouragent la tolérance, l’ouverture, le lien entre les citoyens, la possibilité de s’émanciper individuellement et collectivement par la culture et la connaissance.
Pour faire court, notre devise républicaine : liberté, égalité, fraternité.
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