Les députés de la majorité ont validé cette semaine la proposition de loi du député UMP Éric Ciotti visant à suspendre les allocations familiales en cas d’absentéisme scolaire.
La fausse bonne idée par excellence, comme la droite en a souvent le secret.
Retour aux fondamentaux pour une formation politique qui essaie depuis plus de 30 ans, et par tous les moyens, de se désengager sur le plan politique, financier, mais aussi philosophique, de sa place dans la société. Même la crise sans précédent que nous connaissons aujourd’hui, qui appellerait au contraire à renforcer son rôle, n’y changera rien.
Mais qu’en pensent les institutions et organismes concernés ? « Un triste retour en arrière » pour l’Union nationale des associations familiales et une mesure « socialement injuste » pour la Fédération de parents d’élèves pour n’en citer que quelques-uns. Peu importe donc que l’ensemble des organismes officiels, les associations ou les syndicats concernés, de gauche comme de droite, aient clairement et publiquement tous désavoués cette idée, Xavier Bertrand a été clair : la majorité a décidé de sanctionner les parents qui oublient que « leur première responsabilité, c’est l’éducation de leurs enfants ». Les parents qui travaillent tous les jours, y compris le dimanche, et pourquoi pas bientôt jusqu’à 63 ans pour nourrir leur famille apprécieront sûrement.
Cette idée est non seulement mauvaise, elle est aussi vieille. Les politiques de responsabilisation parentale sont nées à la fin des années 1980. Elles sont fondées sur l’idée, simpliste, que la famille étant le premier lieu de socialisation, ses défaillances doivent être corrigées y compris sous la contrainte pour éviter les désordres de la société. États-Unis, Angleterre, Canada ou Belgique : tous les pays qui ont expérimenté cette politique en sont revenus après des bilans catastrophiques.
Malgré ces « antécédents », le principe de responsabilité parentale a été introduit en droit français en 2006 par le Ministre de l’Intérieur de l’époque, un certain… Nicolas Sarkozy. Depuis cette date, les conseils généraux peuvent déjà suspendre les allocations familiales des familles dites « démissionnaires ». En quatre ans, aucune suspension n’a été appliquée. Même les 43 conseils généraux de droite ont estimé cette mesure injuste et inutile.
Si la droite (une certaine droite) et la gauche se sont mis d’accord dans les conseils généraux pour ne pas appliquer cette mesure, c’est d’abord parce qu’elle rajoute de la misère à la misère. Suspendre les allocations familiales pénalisera brutalement les familles déjà fragilisées par la crise, dont beaucoup sont dépassées elles-mêmes par le comportement de leur enfant.
C’est aussi parce qu’une telle mesure est dans la droite ligne d’une stigmatisation permanente à laquelle beaucoup refusent de prêter main forte. Se servir des allocations pour lutter contre l’absentéisme revient clairement à suggérer que seules les familles bénéficiaires de prestations sociales ont des enfants qui ne vont pas en cours. C’est non seulement écœurant mais aussi absolument faux : le rapport Machard remis en 2003 au gouvernement constatait certes un absentéisme élevé chez les jeunes dont les parents connaissent une situation sociale précaire mais montrait également que « les jeunes des classes moyennes et aisées sont eux aussi absents, même si leurs absences ne donnent pas lieu aux mêmes repérages et au même traitement ».
Au delà, le plus inquiétant dans cette affaire, ce sont sans doute les petites avancées idéologiques sur fond de faits divers que fait ainsi passer l’UMP. Lesquelles ? D’abord que les parents des absents ont toujours tort. Non, la plupart des parents ne sont pas complices de l’absentéisme scolaire de leurs enfants. Ensuite, que les allocations familiales sont réservées aux « bons parents ». Non, les allocations familiales qui ont été instaurés en 1938, ne sont pas un gadget de rééducation mais une vraie mesure de politique familiale : elles ne sont pas destinées à récompenser les parents que les autorités jugent bons mais à alléger les charges financières liées aux enfants. Cette suppression d’allocation ne touche ainsi, par définition, que les familles d’au moins deux enfants, fondant une sévère punition collective comme si frères et sœurs pouvaient être sanctionnés des comportements d’un seul des enfants.
M. Ciotti aurait bien été inspiré de s’interroger sur les causes de l’absentéisme : faibles liens des parents avec l’institution scolaire, difficultés personnelles des enfants, conflits avec les enseignants, ratés de l’orientation plus ou moins choisie, temps de transports plus élevé, souffrance médicale, ruptures familiales… Autant de pistes de réflexions plus complexes à apprehender que de démagogiques sondages.
École publique, associations de terrain, sécurité au sein de la famille : c’est tout cela que la droite est en train de casser et qu’il nous faudra réparer et reconstruire.