Bonsoir à toutes et tous, j’ai beaucoup hesité avant de vous livrer ce billet : par quoi commencer ? me féliciter du choix de Kouchner de voter pour l’UMP, ce qui a le mérite de clarifier les choses ? M’indigner de la grossièreté, pour ne pas dire plus et ne pas risquer un procès en diffamation (cf la Cimade) avec laquelle Eric Besson a signé les décrets pendants devant le Conseil d’Etat mettant fin au monopole de la Cimade dans son rôle apprécié et reconnu de conseil aux étrangers placés en centre de rétention administrative ? ou encore me désoler de l’offre très claire de services de Claude Alègre à Nicolas Sarkozy ? Mais enfin, ce serait faire trop d’honneur à ces ministres ou putatifs ministres (de) gauche… J’aurais aussi pu dénoncer avec vigueur cette nouvelle atteinte à la laïcité avec l’accord signé entre la République française et le Saint Siège sur « la reconnaissance des grades et diplômes dans l’enseignement supérieur » ? ou encore dénoncer la loi Hadopi, ce génial dispositif perdant-perdant ou encore revenir sur la réforme de l’hôpital…
je préfère parler de cette inquiétude que je nourris à l’approche des élections européennes.
L’Europe, l’Europe, l’Europe
A moins d’un mois des élections européennes, les prévisions de participation électorale, restent résolument pessimistes ; dans ce contexte, la dixième livraison de l’ouvrage dirigé par Dominique Reynié, L’Opinion européenne, arrive à point pour apporter le témoignage, inquiétant à mon sens, d’une inexorable montée de « l’euro-indifférence ».
Pas une singularité française, mais un symptôme partagé par l’ensemble des pays européens. Partout les enquêtes d’opinion révèlent la même chose : peu d’intérêt pour le scrutin du 6 juin prochain (près de 50% des personnes interrogées ignorent même la tenue de ce scrutin !), et un sentiment assez largement partagé par les électeurs que leur bulletin de changera rien. Triste constat, alors même que le sentiment européen est ancré dans les cœurs, les Européens semblent ne rien attendre de l’Europe et en particulier du Parlement européen, institution démocratique transnationale pourtant sans équivalent au monde et dont le rôle est d’ores et déjà majeur dans notre vie quotidienne.
Pourtant, s’abstenir aujourd’hui, c’est abandonner l’idée européenne, une idée d’avenir, résolument moderne, à ceux qui n’y croient pas.
S’abstenir, c’est abandonner l’Europe aux eurosceptiques, aux dérégulateurs, aux souverainistes étriqués, aux libéraux, aux populistes, aux fossoyeurs du couple franco-allemand, aux Bolkenstein, Sarkozy et autre Baroso. Aux députés européens de l’UMP qui ont tour à tour voté ces dernières années la “clause dérogatoire” portant la durée du travail jusqu’à 65 heures hebdomadaire, la dérèglementation des services publics et de La Poste en particulier ou encore soutenu la « directive de la honte » permettant de maintenir les immigrés pendant 18 mois dans les centres de rétention…
S’abstenir, c’est laisser se construire dans l’indifférence des peuples une Europe du dumping fiscal, social, monétaire, environnemental. C’est laisser se construire une Europe contre les peuples. C’est préférer le désenchantement à l’espérance au moment où nous en avons le plus besoin.
Voter socialiste, c’est être résolument euro-exigeant en réclamant toujours plus de l’Europe.
Oui, l’Europe utile ça existe et ça se construit car il n’est pas de réponse à la crise économique et sociale aujourd’hui qui ne soit européenne, il n’est pas d’horizon plus sûr et plus solidaire sans une Europe qui prépare l’avenir, qui protège et défend un idéal de civilisation.
C’est le sens de l’engagement conjoint des socialistes européens dans la campagne, c’est le sens du Manifesto “Les citoyens d’abord, un nouveau sens pour l’Europe” adopté par le PSE le 1er décembre 2008 à Madrid.
Un projet porteur d’un ambitieux plan de relance fondé sur la mise en œuvre de grands travaux d’équipement collectif et d’infrastructures transeuropéens -fret ferroviaire, TGV, transport fluvial et maritime, réseaux Internet à haut débit-, sur un investissement massif dans la croissance verte, mais aussi sur la recherche, l’innovation, et la formation sans lesquelles l’Europe, et singulièrement la France, ne pourra pas passer d’une économie d’imitation à une économie d’innovation porteuse de croissance et d’emplois. Le projet socialiste propose un autre modèle de développement fondé sur la coopération économique et sociale plutôt que sur le dumping, sur la protection de notre tissu industriel, sur la lutte contre les délocalisations.
Un projet porteur qui croit à une Europe qui protège, qui assure, qui partage. C’est le sens du « Pacte européen du Progrès social » qui garantit à chacun (retraités, demandeurs d’emplois, salariés peu qualifiés) un revenu décent et une protection sociale. Un pacte qui défend l’idée qu’aucun salaire minimal ne soit dans un Etat membre inférieur à 60% du salaire médian de chacun des pays, étape vers un salaire minimum européen ; un projet qui défend les droits sociaux des salariés (conventions collectives, durée du travail, détachement des travailleurs, statut des jeunes stagiaires,…) comme l’égalité hommes-femmes, dénonce et combat la financiarisation de l’économie, la concurrence fiscale et sociale…
Bref, l’Europe socialiste est une Europe des citoyens, contre l’Europe des marchés, que dis-je, contre l’Europe des marchands.
Le très grand Planchon
Je ne voudrais pas terminer ce billet sans saluer la mémoire, le talent et l’œuvre magistrale (autant politique, au sens noble du terme, que culturelle) de Roger Planchon, dont le nom restera pour longtemps au frontispice de nos théâtres, de ceux qui avaient su s’ouvrir aux gens de la rue et dans lesquels les « créateurs avaient pris le pouvoir » selon le mot d’ordre des Etats généraux de la culture de Villeurbanne en 1968.
Son nom restera attaché à cette belle ambition, jamais achevée, de démocratisation de la culture, une démocratisation exigeante. Il aura longtemps prêté son enthousiasme et son talent au Théâtre de la comédie à Lyon et surtout au Théâtre national populaire de Villeurbanne qu’il a fait rayonner bien au-delà de la région Rhône Alpes. On lui doit aussi la réussite de cette exception culturelle rhônalpine, témoignage d’une certaine idée de la décentralisation de la culture, Rhône-Alpes cinéma.
Opinions