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Billet edito

Les marchés, il vaut mieux les avoir en photo qu’en pension…

16 commentaires 29 novembre 2010

PORTUGAL-ECONOMY-LABOUR-DEMO

A l’heure où les peuples d’Europe arpentent, dans toutes les capitales, le macadam de la protestation contre l’austérité, me revient en mémoire cette antienne culpabilisante : « la France est irréformable ! ». A considérer le flot des manifestants ces derniers jours, l’Espagne, la Grèce, l’Irlande, le Portugal, la Grande Bretagne, l’Italie, la Roumanie ne le seraient pas plus ! « Les citoyens perdent patience » titrait ces jours-ci Publico, journal espagnol de gauche, qui se fait l’écho d’une « sensation de vulnérabilité, d’angoisse et d’injustice » des citoyens qui nourrissent le sentiment croissant que nos démocraties sont « dépassées par le pouvoir prédateur des capitaux, qui se déplacent d’un pays à l’autre à la recherche de bénéfices immédiats ».

Sortir de la crise par le bas, tel semble être le chemin commun emprunté par les gouvernements qui ont fait le choix de donner des gages aux marchés financiers plutôt qu’à leurs populations. Comme si la crise était le symptôme d’une gueule de bois et qu’il fallait maintenant cacher les bouteilles, comme si nous avions consommé par camions entiers des fruits défendus et comme si, dès lors, cette crise n’était que la juste purge de nos excès, un salvateur ajustement structurel. Il nous faudrait désormais revenir de ces paradis artificiels dans lesquels nous nous sommes trop longtemps abandonnés : terminée la croissance sans limite et la croissance tout court, fini l’État providence, fini le mirage de la régulation, fini les plans de relance et le keynésianisme de circonstance… le temps est venu pour les marchés de siffler la fin de la récréation. Force serait d’accepter comme inéluctable la fin du Progrès.

Cette situation à un nom : la dictature des marchés. Elle n’est pas acceptable, tant elle a fait la preuve de son inefficacité économique et de son potentiel destructif au plan politique et social. Le temps est venu de réaffirmer la force de la décision politique et d’engager le débat démocratique sur les choix économiques et sociaux à opérer pour sortir de la crise. La réforme est possible, les Européens y seraient prêts, dès lors qu’elle serait juste et démocratiquement consentie. C’est ce que propose le Manifeste des économistes atterrés (http://atterres.org/) emmenés par Philippe Askenazy, Thomas Coutrot, André Orléan et Henri Sterdyniak, dont la lecture devrait faire l’objet d’une véritable prescription.

Questions de société

Soirée de solidarité pour le Darfour : la vidéo.

Pas de commentaire 11 juin 2010

Questions de société

La France l’a tué

4 commentaires 11 mai 2010

Je vous invite à lire cet article de Claudy Lebreton, que je tiens à remercier pour son témoignage révolté. Une triste histoire parmi tant d’autres demeurées dans le silence d’une politique anti humaniste qui me fait honte.

« J’ai appris la mort de Mohamed ALHASSAN, dit Tekembat, un ami nigérien ; il avait 29 ans.
Il est décédé, hier soir à l’hôpital de NIAMEY. Sa présence à NIAMEY était induite par le fait qu’il attendait une réponse pour une demande de visa. Il devait nous rejoindre, ma femme Michèle et moi, pour avoir la possibilité d’être soigné correctement et repartir dans une vie normale avec une installation en France pour bénéficier sur le long terme d’un suivi médical régulier.
Je veux dire ici que la politique d’exclusion et de fermeture des frontières menée par le Gouvernement français actuel est pour partie responsable du décès de Mohamed. Le second refus du Consulat de France, intervenu hier malgré un dossier complet et une intervention forte réalisée par mes soins auprès de l’Ambassade de France au Niger ainsi qu’auprès du Cabinet du Ministre BESSON, a eu raison de son moral et l’a amené à baisser les bras.
Cette venue en France, il me l’a dit souvent, constituait son dernier espoir. Le Gouvernement de mon pays, patrie des droits de l’Homme il y a bien longtemps, a mis fin à cet espoir et donc à sa capacité de se battre.
Son dernier texto date d’hier après-midi, il me disait que la raison invoquée était « que l’on ne donne pas de visa à des jeunes sans emploi ». Il est mort quelques heures après.
L’histoire de Mohamed, que je ne pourrai donc pas accueillir dans ma maison alors que sa chambre était prête, est malheureusement emblématique de notre monde d’aujourd’hui. Des riches qui, pour préserver leurs acquis, érigent des murs de plus en plus hauts entre eux et le reste du monde, des pauvres qui ne comprennent pas pourquoi on les traite ainsi, des jeunes que l’on stigmatise comme des voyous potentiels car ils sont sans emploi. Je rappelle ici que Mohamed a été employé d’Areva via sa filiale Cominack et que celle-ci a mis fin à son CDD en raison de sa maladie ; le conserver dans l’entreprise constituait un coût social trop élevé pour l’entreprise et pouvait constituer un précédent !
La France lui a volé son emploi, la France lui a interdit l’accès à son territoire et à un système de santé, la France l’a tué !
Ce qu’il y a de pire, c’est l’illustration ici même que la solidarité humaine ne peut plus résister aux coups de boutoir des institutions et des lois des états puissants. Depuis plus trois mois que nous agissions pour que Mohamed puisse nous rejoindre, j’ai vraiment cru que les hommes et les femmes qui ont été associés au traitement du dossier de demande de visa de Mohamed seraient solidaires et feraient preuve de compassion. Et bien non ! Ils ont des instructions et s’y soumettent. Balayant d’un cachet « Refusé » apposé sur une feuille rose, toute une chaîne de solidarité humaine qui compte pour rien.
Mohamed, aujourd’hui, je suis très triste et en colère contre mon pays. »

Claudy Lebreton

Président de l’Assemblée des Départements de France

Président du Conseil Général des Côtes d’Armor

Billet edito

« A chaque femme martyrisée dans le monde, je veux que la France offre sa protection en lui donnant la possibilité de devenir Française ».

12 commentaires 02 mars 2010

najlae Vous aurez reconnu ces mots, prononcés le 29 avril 2007, par celui qui était alors candidat à la Présidence de la République.

Il y a quelques jours, Najlae Lhimer, une lycéenne de 19 ans, était arrêtée dans une gendarmerie du Loiret  alors qu’elle portait  plainte contre l’homme qui la maltraitait. Acculée par la violence infernale d’un de ses proches, elle s’était résolue à demander la protection de la loi française. Piégée, elle est alors reçue manu militari et, sans aucun égard pour son visage couvert de coups,  immédiatement reconduite au Maroc.

Aujourd’hui en France, une femme meurt tous les trois jours de violences conjugales. J’attirai votre attention, il y a quelques jours sur le combat du collectif « Ni une ni deux » aux cotés des femmes battues en situation irrégulière. Dans le cas dramatique et scandaleux de la jeune Najlae, c’est une nouvelle fois, sous couvert de la maîtrise de l’immigration que l’Etat français justifie une politique de discrimination et d’exclusion à l’égard des femmes les plus en danger.

C’est la loi du plus fort, que le gouvernement encourage ; l’oppression publique qui se rajoute à l’oppression privée. Les mots me manquent pour exprimer ma révolte. Je dirai simplement que j’ai honte. Honte des hypocrisies et des mots vides de sens égrenés par des ministres qui n’en ont plus que le nom : Brice Hortefeux qui s’engage devant le Sénat à faciliter le renouvellement des titres de séjour pour les femmes victimes de violences ; Eric Besson et ses conclusions sur l’affichage dans les salles de classe de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme … tout ça pour ça ?

Najlae Lhimer doit revenir en France, sa situation doit être régularisée. Rien d’autre n’aurait de sens.

Je vous invite à soutenir Najlae Lhimer  en signant la pétition de RESF via ce lien :

http://www.educationsansfrontieres.org/article26372.html

En réaction aux propos de Jean-François Copé.

Presse

En réaction aux propos de Jean-François Copé.

Pas de commentaire 25 septembre 2009

En réaction à la proposition de Jean-François Copé de fiscaliser les indemnités versées aux victimes d’accicent du travail :

« Le cynisme de la politique fiscale menée par l’UMP ne connaît plus de limite. Dans le jeu de massacre qui consiste à inventer des mesures fiscales les plus injustes possibles, Jean-François Copé vient de battre un nouveau record. Désespérément sourd et aveugle devant les privilèges de ceux qui contournent l’impôt parce qu’ils sont trop riches ou trop puissants, il vient de débusquer une nouvelle catégorie de profiteurs : les victimes d’un accident du travail.

Cette manière de taper systématiquement sur les plus faibles pour épargner les classes sociales les plus privilégiées est scandaleuse.

Ce projet est une insulte faite aux Français qui exercent les métiers les plus dangereux et les plus difficiles, et qui sont rarement les plus rémunérateurs comme chacun le sait. Sachez, Monsieur Copé, que la « France qui se lève tôt » est aussi celle qui est la plus exposée aux risques professionnels en se rendant chaque matin sur les chantiers ou dans les usines. Les nouveaux embauchés, les intérimaires et les titulaires de CDD qui sont les premières victimes d’accidents professionnels apprécieront aussi la cohérence de cette mesure qui vient parfaitement compléter la hausse du forfait hospitalier pour les patients sans couverture complémentaire.

La vérité, pour reprendre les mots de Sieyès dans son Essai sur les Privilèges à la veille de la Révolution, c’est que l’ordre politique dans lequel nous vivons n’est rien d’autre qu’un « détestable aristocratisme.

Un régime qui s’acharne à taxer la misère plutôt qu’à la combattre, et qui ne renoncera devant rien pour maintenir et renforcer les privilèges des siens : ceux qui ont tout et ne renoncent à rien. »

Billet edito

Taxer la souffrance

151 commentaires 25 septembre 2009

Bonjour, je vous mets en ligne mon communiqué de presse du 25 Septembre 2009 en réaction à la proposition de Jean-François Copé de fiscaliser les indemnités versées aux victimes d’accicent du travail :

casque de chantier « Le cynisme de la politique fiscale menée par l’UMP ne connaît plus de limite. Dans le jeu de massacre qui consiste à inventer des mesures fiscales les plus injustes possibles, Jean-François Copé vient de battre un nouveau record. Désespérément sourd et aveugle devant les privilèges de ceux qui contournent l’impôt parce qu’ils sont trop riches ou trop puissants, il vient de débusquer une nouvelle catégorie de profiteurs : les victimes d’un accident du travail.

Cette manière de taper systématiquement sur les plus faibles pour épargner les classes sociales les plus privilégiées est scandaleuse.

Ce projet est une insulte faite aux Français qui exercent les métiers les plus dangereux et les plus difficiles, et qui sont rarement les plus rémunérateurs comme chacun le sait. Sachez, Monsieur Copé, que la « France qui se lève tôt » est aussi celle qui est la plus exposée aux risques professionnels en se rendant chaque matin sur les chantiers ou dans les usines. Les nouveaux embauchés, les intérimaires et les titulaires de CDD qui sont les premières victimes d’accidents professionnels apprécieront aussi la cohérence de cette mesure qui vient parfaitement compléter la hausse du forfait hospitalier pour les patients sans couverture complémentaire.

La vérité, pour reprendre les mots de Sieyès dans son Essai sur les Privilèges à la veille de la Révolution, c’est que l’ordre politique dans lequel nous vivons n’est rien d’autre qu’un « détestable aristocratisme.

Un régime qui s’acharne à taxer la misère plutôt qu’à la combattre, et qui ne renoncera devant rien pour maintenir et renforcer les privilèges des siens : ceux qui ont tout et ne renoncent à rien. »

Billet edito

Loi sur l’immigration : victoire trompeuse

75 commentaires 17 septembre 2009

Bonsoir à toutes et à tous,

ADN Il est des victoires trompeuses, dont il est difficile de se réjouir tout à fait. La décision annoncée par Eric Besson (confortée par Nicolas Sarkozy qui voudrait nous faire croire à une conversion humaniste) de ne pas signer un décret d’application d’une loi adoptée au Parlement en est une, même si le Parti Socialiste s’est opposé de toutes ses forces au projet de loi de Brice Hortefeux, et continuera de le faire, notamment sur la question des tests ADN.

Le renoncement aux tests ADN ne signe pas, en effet, la fin d’une politique migratoire « racialiste » selon les termes de Patrick Weil et productiviste, dont les reconduites annoncées des clandestins de la « Jungle » de Calais apporteront un nouveau témoignage. Après Sangatte, le gouvernement continue de déplacer le problème au lieu de le résoudre.

Dans l’affaire des tests ADN, opportunément venue chasser des médias les propos déplacés du ministre de l’Intérieur, les « délais », la « logistique » et la « technique » ont bon dos : Eric Besson, en vérité, signe un nouvel épisode de la « mal gouvernance » instaurée par Nicolas Sarkozy à tous les étages de sa Présidence.

Bien loin de faire preuve du moindre courage, le nouveau Ministre de l’Immigration ne fait qu’abdiquer, pour des raisons de fond, devant l’absurdité d’une politique essentiellement populiste, marquée par sa désinvolture à l’égard des droits des personnes, sa brutalité envers les principes moraux et sa déconnexion totale avec la réalité.

Nous assistons, en fait, à une nouvelle illustration de la tragique déconfiture d’un pouvoir qui gouverne à coups de slogans idéologiques, de promesses contradictoires, et de mesures inapplicables quitte à jouer les attrapes mouches à voix de l’extrême droite.

Rappelons que l’expérimentation sur les tests ADN, loin de constituer une avancée pour le droit des migrants, n’avait pas d’autre but que de faire diversion, en essayant de faire croire à l’opinion que la fraude au regroupement familial constituait un tel danger pour notre pays qu’il méritait un traitement par identification génétique des individus. Il permettait aussi d’oublier au fond des tiroirs des préfectures les demandes de regroupement familial dont les délais d’instruction sont d’une longueur intolérable pour les familles, atteintes dans leur droit à mener une vie normale. Ce n’était qu’une grossière manipulation dont le mécanisme est aujourd’hui mis à nu dans toute sa bêtise, révélant l’impuissance du gouvernement à traiter efficacement et durablement les problèmes.

Cette conduite démagogique des affaires du pays est autant de temps perdu sur des sujets aussi graves que ceux des flux migratoires et des règles de la bioéthique qui méritent autre chose que des projets lois avortés et des arguments fallacieux visant à tromper les Français.

Les tests ADN et l’identification génétique des individus n’ont rien à faire dans une loi sur l’immigration : c’est non seulement inutile, mais très dangereux pour l’avenir des libertés publiques, le droits des individus, le principe d’égalité entre les citoyens, le respect de la personne humaine.

La nationalité, l’identité ou la définition juridique, sociale et affective de ce qu’est, ou non, une famille sont des questions de société trop graves pour que leur sort dépende d’une quelconque « logistique ».

Accueillir ou reconduire J’en terminerais par vous suggérer la lecture d’une courte, mais percutante, étude sociologique sur les services des étrangers des préfectures :

« Accueillir ou reconduire : Enquête sur les guichets de l’immigration »

Alexis Spire, collection Raisons d’agir.

Presse

Le projet de hausse du forfait hospitalier : la poursuite de la logique inique de la taxe carbone

59 commentaires 07 septembre 2009

Bonsoir à toutes et à tous, je mets en ligne ma réaction du jour au projet de hausse du forfait hospitalier. Bonne lecture et à très bientôt.

COMMUNIQUE DE PRESSE

Communiqué de presse « De couac en couac, mais dans une logique de plus en plus affirmée, le gouvernement poursuit son acharnement contre le pouvoir d’achat des classes moyennes.

Hier, l’ajournement de toute réforme sur les niches fiscales injustes et la création d’un nouvel impôt sur les déplacements et le chauffage de tout un chacun.

Aujourd’hui, une hausse historique du coût de la santé au quotidien pour les Français…

Sans jamais revenir sur le train des mesures fiscales iniques prises en faveur des plus hauts revenus (bouclier fiscal, allègement de l’ISF et des droits de succession, etc.), Nicolas Sarkozy et François Fillon multiplient les prétextes démagogiques et organisent la confusion pour mieux accélérer leur logique destructrice d’inégalité fiscale.

Au-delà des couacs affligeants entre des ministres instrumentalisés, il faut dénoncer cette stratégie hypocrite de faux semblants car elle mine en profondeur les valeurs républicaines d’équité devant l’impôt et menace gravement la cohésion sociale du pays ».

Billet edito

L’argent des banques, l’argent de l’Etat : vertus publiques et vices privés.

58 commentaires 13 août 2009

Depuis mon dernier billet, l’actualité m’a incitée bien des fois à revenir vers mon clavier pour une nouvelle chronique, mais je voulais aussi m’astreindre à une petite cure de désintoxication au web. C’est dur, mais c’est possible. Amis accros à Facebook, blogs et autres Twitter, je vous assure que ça ne fait pas de mal de se délivrer un peu de la tyrannie de l’actualité permanente, et de la remplacer par quelques heures de lecture ininterrompues (ou presque). Cela ne change rien à la dure réalité, mais ça peut aider à y voir plus clair.

Comment, par exemple, ne pas être sidérée par ce qui est en train de se passer entre les banques françaises et le gouvernement, après tous les discours de Nicolas Sarkozy sur la moralisation du capitalisme, les promesses sur les nouvelles règles du jeu de la profession, les garanties et les contreparties soi-disant obtenues en échange du plan de sauvetage du secteur bancaire par l’Etat ?

Dans un premier temps, j’aurais volontiers exprimé mon indignation envers les dirigeants de la banque qui, non seulement ont manqué à leur récent engagement sur la transparence des rémunérations, mais ne semblent pas mesurer leur part de responsabilité dans la crise économique et sociale que nous traversons.

En y réfléchissant davantage, c’est plutôt une lourde défaillance du gouvernement que dévoile l’affaire du milliard bonus de la BNP à ses traders, quelques mois après avoir bénéficié d’une aide de l’Etat de plus de 5 milliards.

Au-delà du cas de la BNP Parisbas, rappelons en effet, avec la Cour des Comptes, qu’à la fin de l’année l’Etat aura déboursé quelques 173 milliards d’euros en prêts et apports de fonds propres pour les banques, c’est-à-dire plus de 9% du PIB de notre pays. Ça promet pour la suite des événements.

Il ne s’agit pas de remettre en cause le principe du sauvetage du système bancaire en tant que tel, c’était bien entendu une nécessité pour l’Etat d’intervenir, mais plutôt de se demander ce que le gouvernement a cherché à obtenir en échange. Et ce qu’il a obtenu.

Je crois en effet que si on peut discuter à l’infini pour savoir si une banque privée pourra jamais s’intéresser à autre chose qu’à ses intérêts, personne ne peut nier que l’Etat, lui, se doit d’être un peu plus qu’un guichet de prêt, et que son rôle est précisément de faire triompher l’intérêt général sur les intérêts particuliers.

Mais est-ce bien ainsi que l’Etat français s’est comporté ? Est-ce bien ainsi qu’il conçoit encore son rôle ?

En effet, au vu des déclarations de François Fillon et du Président de la République, il semblerait bien que leur seul objectif n’a jamais été que de se faire rembourser. Encore heureux. Et nous devrions les féliciter, les remercier devant tant de courage et d’ambition ?

Mais l’Etat n’est pas une banque, et les responsables politiques ne sont pas des traders : on ne peut pas se contenter d’une opération plus ou moins neutre sur le plan comptable, alors qu’une crise sans précédent prouve que c’est la logique même du système financier qui est pervers, notamment le mode de rémunération des opérateurs sur les marchés spéculatifs.

Nous ne pouvons aujourd’hui que constater que rien n’a été fait réformer le système et mettre fin à ses pratiques les plus pernicieuses. Pire, nous comprenons à quel point l’Etat ne s’est jamais vraiment senti en devoir de le faire, justifiant aujourd’hui son incapacité à gouverner et à réglementer les puissances de l’argent.

L’incurie de l’Etat est d’autant plus inquiétante pour la suite que le rapport de la Cour des Comptes cité plus haut estime que les banques ne tiendront pas non plus leurs engagements sur le financement de l’économie française d’ici la fin de l’année.

Nous l’apprendrons probablement lors d’une conférence de presse d’une banque aux résultats en hausse, certainement pas au travers d’un communiqué de l’Elysée, ou du gouverneur de la Banque de France.

Nous ne pourrons nous contenter, alors, d’une vague explication sur l’impuissance publique, le cynisme regrettable de quelques-uns, la « tolérance zéro » de Christine Lagarde ou la promesse d’en reparler au prochain sommet international.

Nous en conclurons simplement que le gouvernement n’a pas été la victime consentante d’un marché de dupes, mais le complice actif d’une véritable extorsion de fonds.

Billet edito

L’été sera chaud !

86 commentaires 01 juillet 2009

the moonwalker Jackson Bonsoir à toutes et à tous ! Il y a des semaines comme ça où l’actualité semble prendre une densité extraordinaire, les événements se percutent, se télescopent, se chassent pour laisser la place à une nouvelle information plus fracassante que la précédente.

De ce point de vue, ces dix derniers jours nous ont gâtés, du décès du moonwalker Michael Jackson_, en passant par le discours de Nicolas Sarkozy devant le Congrès, jusqu’à la condamnation de Madoff à 150 ans de prison. Et c’est sans évoquer la propagation de la pandémie H1N1, la révolution silencieuse et admirable des Iraniens, le remaniement ministériel avec la nomination de Frédéric Mitterrand (prononcer Mitran ?), la baisse de la TVA dans la restauration (3 milliards € pour un engagement de 40.000 emplois créés en 2 ans…) ou l’emprunt__ annoncé à Versailles par le Président de la République.

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© 2010 Najat Vallaud-Belkacem.