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« Mensonges à la Une » de Gilles Bon-Maury

4 commentaires 14 janvier 2012

Après la Une du journal Libération d’hier concernant la position de l’UMP et de Nicolas Sarkozy sur l’ouverture du mariage à tous les couples (et non « mariage gay »), j’ai tenu à réagir auprès de la presse dans un communiqué que vous pouvez trouver ici : AFP – Mariage homosexuel: « brouillage des pistes » par Sarkozy (porte-parole Hollande)

Gilles Bon-Maury, Président d’HES et en charge des questions LGBT dans l’équipe de François Hollande, a par ailleurs commis un trés bon article sur ce sujet, dont je vous donne lecture.

Mensonges à la Une

Ce matin, Libération a choisi une couverture choc pour vendre ses 120.000 exemplaires quotidiens (ci-dessous, à gauche). Un petit Sarkozy penaud passant la bague à l’énorme index d’un gay barbu, vêtu d’un slip blanc et d’une casquette de cuir. Goguenard, le directeur de la rédaction du journal rappelait hier que le couple s’était déjà rencontré le 25 juin 2011 (ci-dessous, à droite), 150 numéros de Libération plus tôt. Sommet de la subversion dérisoire ou de la dérision subversive, le couple devient donc le running gag du quotidien. Il ne faut pas prendre les passants qui traversent les maisons de la presse pour des abrutis. Ils comprennent très bien le second degré et se mobiliseront tous en faveur de l’ouverture du mariage à tous les couples.

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Cette image pourrait donner aux moins drôles l’envie facile de refermer le journal. Seulement voilà, elle est placardée en couverture. Il leur faudra donc ouvrir Libération pour y échapper. Et c’est à ce moment là qu’ils se sentiront dans le même état que le Sarkozy croqué en couverture : piégés.

 Que dit la couverture ? “Mariage gay, Sarkozy tenté par le oui. Selon nos informations, le Président s’apprêterait à inscrire le mariage homosexuel dans son programme de campagne“. Passons sur le vocabulaire. Parler de “mariage gay” ou de “mariage homosexuel” revient à reconnaître une sexualité à une institution, ce qui n’est pas raisonnable. Ou à distinguer entre mariage gay et mariage triste, ce qui n’est pas charitable. Convenons que le lecteur distrait retiendra de cette couverture que Nicolas Sarkozy envisage de proposer l’ouverture du mariage aux couples homosexuels dans son programme – il est donc candidat – pour l’élection présidentielle de 2012.

Or que découvre-t-on, lorsqu’on tourne la page du quotidien ? “Nicolas Sarkozy, qui est en train de définir son programme de campagne, devrait y inclure «l’union civile» pour les homosexuels : le mariage gay fait son chemin à l’Elysée“. Allons bon.

L’union civile, on connaît. C’est le contraire de l’ouverture du mariage.

Le 3 septembre 2006, sur le plateau du 20 heures de TF1, le candidat Sarkozy a répondu à Claire Chazal : “Je considère que le mariage homosexuel conduirait à l’adoption pour les couples homosexuels et je n’y suis pas favorable. Pour autant, je veux qu’on lutte contre toute forme de discrimination. Et l’amour homosexuel a le droit à la reconnaissance. Donc je propose la création d’un contrat d’union civique qui garantirait l’égalité des droits successoraux, sociaux et fiscaux. Il n’y a aucune raison qu’un couple homosexuel soit désavantagé par rapport à un couple hétérosexuel. Et je suis même prêt à faire un pas de plus dans la reconnaissance de l’amour homosexuel sur l’organisation de cérémonies spécifiques et éventuellement, dans les mairies.

C’est donc pour refuser l’ouverture du mariage à tous les couples qu’en 2006 déjà, le candidat Sarkozy proposait cette «union civile», objet juridique non identifié, pacs amélioré, sous-mariage, d’abord réservé aux seuls homosexuels, puis finalement à tous les couples sans enfant. Il a répété sa promesse en avril 2007 à TÊTU. Chacun peut aujourd’hui dresser le bilan : jamais la mise en œuvre de cet engagement de campagne n’a été à l’ordre du jour.

Mais chacun peut aussi se souvenir de la réaction de certains médias à cette époque. Le directeur de la rédaction de TÊTU d’alors a conclu ainsi son dernier éditorial avant les élections : “Pour ce qui nous concerne, quel que soit le vainqueur, les homosexuels pourront accéder soit à une union style pacs, soit au mariage. On peut donc dire qu’on a gagné.” Las, nous sommes déjà en 2012 et il ne semble pas qu’on ait gagné. Depuis 2007, en revanche, la Norvège, la Suède, Mexico, le Portugal, l’Islande et l’Argentine ont rejoint le club des pays qui ouvrent le mariage à tous les couples.

En 2007, le candidat Sarkozy a donc parlé «union civile» pour entretenir l’ambiguïté sur son refus d’ouvrir le mariage à tous les couples. C’est une arnaque, comme l’écrit Nicolas Gougain. Certains se sont laissés piéger. Pendant cinq ans, le président Sarkozy n’a pas bougé. Il a nommé Christine Boutin au gouvernement. Il a investi Christian Vanneste aux élections municipales. Ses députés ont rejeté massivement la proposition de loi socialiste visant à ouvrir le mariage aux couples de même sexe. Pendant cinq ans, à la droite qui a refusé systématiquement toute avancée des droits des couples de même sexe, la gauche a répondu rassemblée et volontaire.

Et en 2012, il suffit qu’une députée UMP recycle cette vieille proposition d’«union civile» dans une contribution au projet de l’UMP pour que Libération ose : “Mariage gay, Sarkozy tenté par le oui.” Deux erreurs en une page : il ne s’agit pas du mariage et il ne s’agit pas d’une tentation puisque cette mesure est inscrite à son programme depuis cinq ans. Immédiatement, sur le fondement de cette Une erronée, Europe 1 titre : “Mariage gay : Sarkozy prêt à dire oui ?” et France TV s’interroge : “Sarkozy va-t-il inclure le mariage gay dans son programme ?“.

En 2007, Nicolas Sarkozy a promis. Il n’a pas tenu parole. En 2012, il n’a pas eu besoin de promettre : Libération s’en est chargé.

Gilles Bon-Maury

Ici l’article sur le site de TÊTU : Mensonges à la Une

En campagne, Presse

Communiqué à la presse: « Nicolas Sarkozy, ou le coup de poker permanent ».

12 commentaires 10 janvier 2012

Vendredi, nous serons à 100 jours du premier tour de l’élection présidentielle. 100 jours pour faire oublier 2 000 jours : Nicolas Sarkozy fait le pari d’un quinquennat terminé au bluff dans l’espoir d’être jugé sur ses promesses de la dernière heure, plutôt que sur l’échec de ses cinq années d’exercice du pouvoir. Comme un dernier coup de poker au terme d’une partie désastreuse.

Les Français méritent mieux qu’une stratégie de joueur de hasard pour juger de l’action de ceux qui les gouvernent : la démocratie n’est pas un jeu.

TVA sociale, taxation des transactions financières, formation des chômeurs, autonomie des écoles, collèges et lycées… les propositions « toc et choc » des 100 derniers jours, qui ne seront pas appliquées et encore moins jugées sur leurs résultats avant l’élection, ne doivent pas faire oublier les 600 milliards de dette publique en plus, les 75 milliards de cadeaux fiscaux aux plus riches, le million de chômeurs en plus, les 750 000 emplois industriels perdus ou l’augmentation de 36 milliards du déficit commercial de la France.

Il faut que chacun abatte ses cartes : François Hollande propose, que Nicolas Sarkozy assume.

Un coup de dés du Président-candidat jamais n’abolira le bilan de la droite au pouvoir.

En campagne

« Il se trouve que le président sortant refuse d’assumer son bilan… » sur Public Sénat/Radio Classique

10 commentaires 05 janvier 2012

« Il se trouve que le président sortant refuse d’assumer son bilan… » Mon interview sur Public Sénat / Radio Classique :


Najat Belkacem invitée de « En route vers la… par Najat-Belkacem

En campagne, Presse

Projet UMP pour 2012: la même chose en pire (AFP).

6 commentaires 16 décembre 2011

PARIS, 16 décembre 2011 (AFP) – Le projet de l’UMP pour 2012, « c’est la même chose, en pire », que les cinq ans passés, en mettant fin à « ce que la gauche a fait de mieux » et en mettant en oeuvre « ce que le Front national a imaginé de pire », a estimé vendredi la socialiste Najat Vallaud-Belkacem.

« L’ambition de l’UMP a le mérite d’être claire: son projet, c’est la même chose, en pire », déclare dans un communiqué Mme Vallaud-Belkacem, l’une des porte-parole de François Hollande.

« Il est vrai que cinq ans, c’est court pour tout détruire: les collectivités locales, les classes moyennes, et le système de protection sociale sont les prochaines cibles de l’entreprise de démolition qu’est devenue l’UMP », a-t-elle ironisé.
Pour cette porte-parole, le projet de l’UMP est « au final bien mal inspiré: d’un côté mettre fin à ce que la gauche a fait de mieux, et de l’autre, mettre en oeuvre ce que le Front national a imaginé de pire ».

Jugeant qu’après cinq ans de présidence de Nicolas Sarkozy, « l’Etat français est ruiné, l’économie en récession, la cohésion sociale fracturée, la confiance des Français dilapidée, et les valeurs républicaines dégradées », elle a évoqué un projet « à la mesure de cet échec désastreux: création de places de prison, code pénal pour les mineurs, chasse à la fraude sociale, plafonnement des revenus sociaux, TVA sociale, réduction de l’immigration ».

Finalisé mardi et validé mercredi matin par le bureau politique de l’UMP, le projet « à zéro euro » du parti majoritaire pour 2012 va être soumis au vote des militants avant d’être remis, fin janvier, au futur candidat Nicolas Sarkozy pour alimenter son programme.

Le document reprend les mesures proposées dans les conventions dans les domaines économique (TVA sociale, « fiscalité anti-délocalisation », fin des 35 heures…), régalien (code pénal spécifique pour les mineurs, délinquants sanctionnables dès 12 ans…) et européen ( »taxe réciprocité » aux frontières de l’UE sur les produits importés, modulée en fonction du respect des normes sociales et environnementales…).

Presse

Communiqué de presse: « Emploi : les promesses à crédit du candidat Nicolas Sarkozy. »

1 commentaire 18 novembre 2011

Emploi : les promesses à crédit du candidat Nicolas Sarkozy.


La politique industrielle de Nicolas Sarkozy est un désastre comme le montre avec cruauté la destruction de milliers d’emplois dans le secteur automobile : Renault hier, PSA aujourd’hui.

Les aides publiques au secteur ont été investies en pure perte : 6,5 milliards de prêts, 1 milliard de prime à la casse, 1,5 milliards de bonus-malus, 107 millions d’euros de baisse de la taxe professionnelle. En tout, plus de 2,5 milliards d’euros d’aide publique directe à la filière.

On pourrait en dire autant du secteur sidérurgique, de l’hôtellerie et de la restauration, de l’agriculture ou du secteur bancaire : après 5 ans de mandat les résultats sont là avec des déficits publics records, un taux de chômage en hausse constante, une économie française dans l’impasse, et sans aucune perspective d’avenir.

Qui est responsable ? Le Président de la rigueur et de l’austérité, ou le candidat prodigue qui n’a cessé d’être candidat tout au long de son mandat, de Gandrange à Vezoul en passant par Sandouville ?

Réponse : le Président Nicolas Sarkozy qui a financé à crédit les promesses du candidat Nicolas Sarkozy.


Najat Vallaud-Belkacem

Porte-parole de François Hollande.

Billet edito

Ma tribune d’opinion dans Le Monde: « Faire payer la crise aux pauvres n’est pas une fatalité. »

10 commentaires 27 octobre 2011

Hier, les Députés socialistes condamnaient vigoureusement la véritable guerre que le gouvernement et l’UMP ont décidé de mener contre les pauvres en France, rappelant la réduction des indemnités journalières des salariés malades, la restriction de l’accès au RSA et aux prestations sociales pour les parents isolés en caviardant un rapport de l’Assemblée sur la fraude sociale, la menace que le Ministre de l’Intérieur fait peser sur les familles dont un enfant serait trouvé dans la rue la nuit, ou encore la proposition de réserver les logements sociaux à ceux qui ont un travail ». Toutes ces mesures et annonces pour le seul début de cette semaine !

C’est dans ce contexte que Le Monde, dans son édition datée du 28 octobre, publie ma tribune d’opinion initulée « Faire payer la crise aux pauvres n’est pas une fatalité ». A retrouver dans les kiosques bien sûr, mais je vous la donne à lire ici, aussi:

« Encore un cri d’alarme : celui du Secours populaire, des Restos du coeur, de la Croix-Rouge française et de tout le réseau des banques alimentaires face au risque de réduction drastique du programme européen d’aide aux plus démunis, envisagée par les gouvernements (conservateurs) de l’Union européenne.

Faire payer la crise aux pauvres : tel semble être désormais le mot d’ordre, et notamment en France. La pauvreté n’est pourtant plus une affaire de marge, elle s’installe au coeur de notre société : selon l’Insee, 8,2 millions de personnes, 13 % de la population, vivent avec moins de 954 euros par mois. Si l’on comptabilise les emplois précaires, les travailleurs pauvres, les chômeurs, les exclus qui ont même renoncé à chercher un travail, ce sont 12 millions d’actifs qui vivent en situation de fragilité économique : 40 % de la population active ! C’est là le plus implacable des réquisitoires contre la politique de Nicolas Sarkozy, qui continue pourtant à enfoncer le clou avec la taxation des mutuelles santé, ou l’augmentation de la CSG.

Les pauvres ont le visage des ouvriers au chômage depuis que leur usine a été délocalisée. Des jeunes qui galèrent de stages en petits boulots avec la promesse de vivre moins bien que leurs parents. Des mères célibataires qui travaillent dans les services à temps partiel fragmenté, des femmes de Ouistreham et d’ailleurs, appelées loin de chez elles, avec des horaires décalés. Des Français issus des quartiers populaires victimes de la ségrégation territoriale et de la discrimination.

Le sarkozysme violente ces Français fragilisés qui ne demandent qu’à travailler, qui ne craignent pas de faire des efforts (ils en font tous les jours pour survivre), qui souffrent de se voir désignés comme des assistés et des profiteurs, eux qui savent trop bien la valeur du travail tant ils en manquent.

Contrairement à une légende entretenue par la droite, les minima sociaux en France ne sont pas généreux. Autant les assurances sociales françaises sont parmi les plus protectrices du monde – mais il faut y avoir cotisé, et donc avoir un parcours d’emploi stable, être « dans » le système -, autant les prestations de solidarité sont parmi les plus faibles d’Europe. Les minima sociaux atteignent 60 % du salaire médian en moyenne en Europe. Ils montent jusqu’à 75 % dans les pays les plus solidaires comme en Allemagne, mais sur ce sujet le gouvernement ne parle plus de convergence entre nos deux pays… En France, ils sont tombés de 50 % à 30 % du revenu médian entre 2000 et 2010. Le sarkozysme paupérise les plus pauvres.

La chasse aux « assistés »

Deuxième idée reçue : celle selon laquelle des Français ne seraient que bénéficiaires de la solidarité nationale sans être jamais contributeurs, c’est en son nom que la chasse aux « assistés » fait fortune. Faut-il le rappeler ? Tout le monde paie des impôts à travers la TVA, qui touche davantage les plus pauvres, en proportion : les vrais assistés sont en réalité les plus riches, bénéficiaires ces dernières années de plus de 20 milliards d’euros de cadeaux fiscaux, pendant qu’on démantelait l’école publique, l’hôpital ou les retraites. La lutte contre les inégalités est au coeur de l’ADN de la gauche. Hier, cela passait par le soutien au pouvoir d’achat des salariés modestes. Aujourd’hui, cela ne suffit plus, car une masse croissante de citoyens n’est plus en emploi stable. Combattre la société précaire : telle doit être la priorité de la gauche.

Cela passera d’abord par une nouvelle répartition des efforts fiscaux : l’équité et la progressivité plutôt que les niches et les cadeaux fiscaux inutiles et injustes, le travail plutôt que la rente. Mais cela passera aussi par des politiques de lutte contre la pauvreté ambitieuses et assumées : accès aux biens publics essentiels (eau, gaz, électricité), à des logements dignes construits en nombre suffisant, sécurisation des parcours professionnels, autonomie des jeunes… c’est à forger ces outils bien plus complexes que la simple stigmatisation de quelques-uns que la gauche s’attellera. »

« C’est Mme (Valérie) Pécresse qui réduit les indemnités journalières des salariés malades. C’est M. (Xavier) Bertrand qui restreint l’accès au RSA et aux prestations sociales pour les +parents isolés+ en caviardant un rapport de l’Assemblée sur la fraude sociale. C’est M. (Claude) Guéant qui propose de mettre à l’amende les familles dont en enfant est dans la rue la nuit ».
« Mais le summum de l’indignité est atteint par M. (Laurent) Wauquiez qui propose de réserver les logements sociaux à ceux qui

Billet edito

« Ségolène Royal trace depuis des années l’avenir de la gauche »

4 commentaires 07 octobre 2011


Les 9 et 16 octobre, les citoyens qui adhèrent aux valeurs de gauche voteront, pour des idées bien sûr, mais également pour une personnalité. Or,les idées, comme les personnalités, s’inscrivent dans une durée que le jeu médiatique occulte. Tout se passe aujourd’hui comme si le débat public avançait sans passé ni mémoire. Faute de creuser le passé, même récent, les médias se contentent ainsi trop souvent de constater. Constater que les candidats convergent ou constater que leurs programmes se ressemblent, alors qu’il faudrait étudier de plus près l’évolution de leurs propositions pour ainsi évaluer la permanence de leurs convictions et la réalité de leurs différences.

Au cours de ces dernières années, Ségolène Royal a constamment tracé l’avenir de la gauche: pionnière, elle a proposé des solutions ambitieuses, les a défendues courageusement, avant de les voir reprises des mois ou des années plus tard, et dans l’indifférence des commentateurs, par ses camarades du Parti Socialiste. La croissance verte, qui a été un véritable cheval de bataille pour elle dès les années 90 et particulièrement depuis 2006, figure aujourd’hui en bonne place dans les programmes des candidats. La sortie du nucléaire aussi, de façon plus ou moins claire. Sauf que, Ségolène Royal, elle, n’a pas attendu Fukushima pour la défendre. La fermeté face à l’insécurité qui lui a attiré tant de critiques en 2006. L’ouverture du parti socialiste sur la société, la démocratie participative. Les solutions radicales contre la crise financière qu’elle avançait dès 2008. La priorité fiscale aux entreprises qui investissent, la création d’un gouvernement de la zone euro, la réforme bancaire, le conditionnement des aides aux entreprises… autant de sujet qui feraient « consensus » aujourd’hui si l’on en croit les éditorialistes. Dormez tranquille bonnes gens !

Il y a plus étonnant encore : les idées de Ségolène Royal inspirent même au-delà de la gauche. Nicolas Sarkozy, à bout de souffle au terme d’un mandat marqué par l’injustice et l’inefficacité, recours à l’encadrement militaire des délinquants et la banque publique d’investissement pour venir en aide aux PME ; deux solutions majeures de Ségolène Royal datant de 2007 et 2008. Toujours dans le silence et l’indifférence des commentateurs.

Si Ségolène Royal est « en avant », si elle propose des idées et que les autres se les approprient, il y a de quoi se réjouir, bien sûr. C’est la preuve que les idées innovantes font leur chemin. Mais dans le cas des primaires socialistes, ne pas relever ces appropriations, c’est brouiller les lignes du débat. Prisonniers d’une vision statique des programmes, les journalistes passent à coté de l’information essentielle, celle qui pourtant intéresse le plus les électeurs : où est le mouvement et où est l’immobilisme, où sont les belles paroles et où sont les réalisations, où est la conviction et où est l’opportunisme.

Guillaume Garot et Najat Vallaud-Belkacem

Portes parole

Presse

« Ségolène Royal aura sa revanche contre Nicolas Sarkozy »

Pas de commentaire 28 septembre 2011

Avant le débat de ce soir à 18h00 (que je twiterrai en direct sur @najatvb), je vous invite à lire l’entretien que j’ai accordé à France Soir, paru aujourd’hui.

http://www.francesoir.fr/actualite/politique/primaires-ps-segolene-royal-aura-sa-revanche-contre-nicolas-sarkozy-141606.html

« Mercredi a lieu le second débat organisé entre les six candidats à l’investiture socialiste. Celui de la dernière chance pour Ségolène Royal ? Dans son entourage proche, on joue la carte de l’optimisme.

Ainsi, Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole de la candidate et fidèle entre les fidèles, assure que Royal jouera bien son match retour contre Nicolas Sarkozy en 2012. Peu importe les sondages et autres commentaires politiques. Seule compte la « réalité du terrain ». Pour elle, la victoire de la gauche au Sénat, dimanche, a bien prouvé que tout était possible en politique.

FranceSoir.fr. Que représente pour vous le basculement du Sénat à gauche ?

Najat Vallaud-Belkacem. Exceptionnel ! Pas inattendu mais inédit. Cette victoire de la gauche au Sénat préfigure de grands changements pour 2012.

FS.fr Est-ce que cette victoire tient du symbole ?

N. V.-B. Oui. Les élections sénatoriales sont très difficiles pour le Parti socialiste. On a une sur-représentation des petites communes rurales où la gauche fait, traditionnellement, de moins bons scores que la droite. Les résultats de dimanche traduisent donc un profond rejet de la politique sarkozyste, chez les élus, quelque soit leur bord, en particulier chez les centristes.

FS.fr La gauche vient de remporter une élection difficile… Cela vous donne des idées pour les primaires ?

N. V.-B. C’est l’une des leçons de ces sénatoriales : la capacité des électeurs à se dégager des pronostics et des carcans. Ça a quelque chose de rassurant, ça prouve que les électeurs sont libres. C’est le message qu’on martèle avec Ségolène Royal : il faut qu’on laisse les électeurs voter : on ne vit pas en sondocratie mais en démocratie.

FS.fr Une poussée de la gauche aux sénatoriales était tout de même attendue. Pour les primaires, en revanche, la grande majorité des sondages donnent Mme Royal largement perdante…

N. V.-B. On ne peut raisonnablement accorder aucun crédit à ces sondages, surtout lorsque l’on sait dans quelles conditions ils sont réalisés. Le nombre dérisoire de sondés. Les corrections dont ils font l’objet…. Logiquement pour effectuer ces corrections – qui sont très importantes – les instituts se basent sur l’expérience acquise des élections précédentes. Or, il s’agit pour les primaires d’une élection inédite, sur quoi se basent-ils ?  Personne ne sait qui va aller voter, comment voulez-vous qu’on sache pour qui ils vont voter ?

« Cette fois, battez-le »

FS.fr Il y a un paradoxe, cependant. D’un côté, vous affirmez ne pas accorder de crédit aux sondages. De l’autre, Ségolène Royal a envoyé la semaine dernière un mail aux militants ; elle y fait référence à plusieurs enquêtes réalisées sur Internet et qui lui confèrent entre 31 et 36% des intentions de vote aux primaires.

N. V.-B.  Mais pourquoi les sondages défavorables à Ségolène Royal bénéficient d’une si grande publicité et les autres, ceux qui lui sont favorables, sont oubliés ? Avec ce mail, elle a voulu rétablir un certain équilibre. On sait très bien que les enquêtes d’opinion ont une grande influence, en particulier sur les électeurs indécis qui pourraient préférer voter utile. Mais vous avez raison : il ne faut accorder de crédit à aucun de ces sondages.

FS.fr Les deux derniers débats peuvent être déterminants. Est-ce que Ségolène Royal les abordera différemment que le premier ? On l’a senti effacée à l’occasion du premier, en retrait presque…

N. V.-B. C’est une analyse de journaliste mais ce n’est pas la vision qu’ont les gens. Les commentateurs politiques espéraient un clash. Le grand public, lui, attendait des propositions. Et il les a eues. Lors du premier débat, Ségolène Royal a montré qu’elle avait les épaules, une solidité, une sérénité, une stature, pour porter un projet présidentiel. Par exemple, tout le monde s’est amusé des « piques » échangées entre François Hollande et Martine Aubry à propos du nucléaire. Mais, Ségolène Royal a été la seule à prendre de la hauteur sur le sujet, à parler de façon claire et compréhensible par tous des enjeux d’une sortie du nucléaire. C’était un débat gagnant pour elle.

FS.fr Mais cela ne s’est pas traduit dans les sondages…

N. V.-B. Vous savez à quoi me font penser tous ces sondages ? A ceux du référendum sur la constitution européenne en 2005. Le système a choisi son candidat et s’obstine à ignorer ce qui se passe sur le terrain.

FS.fr Quelle est cette réalité du terrain ?

N. V.-B. Ségolène Royal ne se contente pas de grand discours. Elle s’intéresse vraiment aux gens. Quand elle propose de bloquer les prix de 50 produits de première nécessité ou encore de mettre fin aux tarifications bancaires abusives, elle sait de quoi est fait le quotidien de la plupart des français, systématiquement à découvert avant même que le mois ne se termine…. Le grand public le sent. On fait énormément campagne dans les quartiers populaires, par exemple. Vous seriez surpris de voir combien , dans ces quartiers, Ségolène Royal apparaît comme  la candidate légitime du PS. Ils veulent qu’elle affronte à nouveau Sarkozy. Ils lui disent : « Il nous a bien eus la dernière fois, cette fois, battez-le ».

« On ne l’appelle plus ‘Ségolène’ »

FS.fr A-t-elle changé depuis 2007 ?

N. V.-B. Oui. Elle a énormément travaillé et a subi beaucoup d’épreuves. Elle fait preuve d’une immense force physique, morale, surhumaine. Je ne connais aucun autre politique qui parvienne, comme elle, à se relever sans cesse, à se réinventer. Elle a gagné une véritable stature de femme d’État désormais. Autour d’elle, on ne l’appelle plus « Ségolène », comme en 2007, mais « Royal ».

FS.fr Pourquoi croyez-vous autant en elle ?

N. V.-B. Je regarde ce qu’elle dit, je regarde ce qu’elle fait. Je n’ai jamais été déçue. Elle est beaucoup plus radicale que les autres candidats. Par exemple, quand elle propose de taxer les revenus du capital au même niveau que ceux du travail, elle le fera vraiment.

Aujourd’hui, nous sommes confrontés à un choix : ou nous accompagnons le système en tentant de l’améliorer à la marge ou nous le transformons. Ségolène est dans la transformation suivant des règles claires comme la morale publique, la justice sociale. Surtout, elle s’applique en privé les préceptes qu’elle défend en public. Ce n’est pas donné à tout le monde, y compris à gauche.

FS.fr En quoi est-elle la meilleure pour battre Sarkozy en 2012 ?

N. V.-B. Elle le connaît bien, puisqu’elle a déjà eu à l’affronter. Elle est la mieux placée pour le confronter à ses contradictions, pour lui opposer ses promesses non-tenues. Vous savez, je crois beaucoup au match retour. C’est une légitimité de plus.

« Sarkozy usera de tous les moyens pour être réélu »

FS.fr Si elle n’est pas désignée par les socialistes, jouera-t-elle malgré tout un rôle dans la campagne présidentielle ?

N. V.-B. Bien évidemment. Ségolène -comme moi, comme nous tous,- ira jusqu’au bout car il y a une nécessité absolue de refermer la parenthèse Sarkozy. On a vu ce qui s’est passé en 2007. La campagne a été très dure et 2012 devrait être pire. On sait ce que Sarkozy vaut en campagne ; lui et ceux qui l’entourent useront de tous les moyens, avouables ou non, pour ne pas renoncer au pouvoir.

FS.fr Qu’entendez-vous par « moyens non-avouables » ?

N. V.-B. On sait qu’il y a eu des irrégularités dans les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, comme l’a démontré l’affaire Woerth-Bettencourt. (Selon l’ancienne juge d’instruction Isabelle Prévost-Desprez, citée dans le livre Sarko m’a tuer, l’infirmière de Liliane Bettencourt aurait assisté à des remises d’espèces à Nicolas Sarkozy, alors secrétaire général de l’UMP. L’Élysée a démenti ces informations, NDLR). La campagne de 2007 n’a pas été équitable et pour cause : nous, nous étions dans la légalité.

Par Sylvain Chazot »

Retour vers le futur: le 10 mai 81…

Billet edito

Retour vers le futur: le 10 mai 81…

2 commentaires 08 mai 2011

A l’invitation de la « Revue socialiste » j’ai pris ma plume, aux côtés des acteurs du 10 mai 81 et de quelques uns de ses héritiers, pour m’interroger sur le sens et les leçons de cet anniversaire que l’on célébrera mardi. Je vous livre ici le propos que j’y ai tenu et vous invite vivement à parcourir ce beau numéro, riche de témoignages précieux, et téléchargeable gratuitement sur le site Officiel de la Revue Socialiste.

« Retour vers le futur »

Le 10 mai 1981, je n’avais pas quatre ans, et je vivais au Maroc dans un milieu rural pauvre et isolé, dont on peut dire sans exagération au regard de ce qu’est devenue la circulation de l’information aujourd’hui, qu’il était coupé du monde. Autant dire que je n’ai aucun souvenir personnel de ce jour d’élection que chaque militant socialiste de plus de 30 ans a raconté mille fois, mêlant les souvenirs vrais d’une soirée en famille aux recompositions plus ou moins hasardeuses, pour tisser le récit de son engagement politique, et de son mythique moment-clé, ou point d’origine. Celui qui est passé à côté pour tel ou tel motif biographique, ou qui ne se souvient de rien – le malheureux – pourra toujours s’appuyer sur des bribes d’anecdotes de seconde main qui finissent, avec les années, par trouver une forme de cohérence, et donner un sens, un point d’ancrage affectif, sinon une explication sociologique à son parcours de militant.

Il se trouve que moi, je n’ai pas de « 10 mai 1981 », ni mes parents, ni ma famille, ni mes amis d’enfance… et que « l’état de grâce », par exemple, n’évoque rien d’autre qu’un glorieux chapitre de notre histoire politique, une formule, un concept, un mot valise passé dans le langage courant. Si mes chansons préférées, les films, les romans, et la culture télévisuelle m’ont bien appris à « devenir française » en préférant instinctivement la France de Mitterrand qui « changeait la vie », à celle de Giscard, je n’ai rien vécu de personnel dans tout cela, sur le plan politique.

Je peux bien avouer que j’ai longtemps vécu ce « trou » mémoriel comme une sorte d’insuffisance dans mon pedigree socialiste, et que j’ai si souvent esquivé le sujet que j’aurais sans doute fini par développer un sentiment d’imposture à cet égard si… je n’avais pas reçu un e-mail d’Alain Bergounioux me demandant une contribution personnelle sur le trentième anniversaire de l’élection de François Mitterrand pour la Revue Socialiste, aux côtés des acteurs majeurs et des figures les plus prestigieuses de mai 81 ! C’est à la fois un grand honneur qui m’est fait, et un sacré piège qui m’est tendu, il faut bien le dire. Hésitant entre le plaisir narcissique de l’essai critique frappé du sceau de la jeunesse et de son esprit forcément frondeur et espiègle, celui de la dissertation sage et un peu convenue de l’ancienne élève de Sciences-Po, ou celui de l’exercice prospectif – au risque d’être gratuit – sur l’avenir possible de l’héritage mitterrandien, je me suis interrogée le plus sérieusement possible sur ce que l’éclairage d’une « jeune génération d’élus socialistes » pourrait apporter à un tel ouvrage collectif. Après tout, nous sommes un peu entre nous ici, et j’ai préféré m’autoriser quelques chemins de traverse en élargissant un peu la réflexion à ce que représentent pour moi les années 80, et ce que la gauche d’aujourd’hui pourrait en retenir pour construire la décennie qui s’ouvre.

Je me suis rapidement rendu compte que l’abondante littérature critique, journalistique ou universitaire sur ces « années Mitterrand » a finalement trouvé bien peu d’écho dans ce qu’on pourrait appeler le sur-moi des jeunes générations militantes, aujourd’hui aux portes des responsabilités. Je ne crois pas, en réalité, qu’un seul de mes camarades trentenaires, moi comprise jusqu’à présent, ait jamais sérieusement imaginé contribuer à faire revenir la gauche en s’appuyant, comme nos aînés de 81, sur une vague d’espoir –et donc multiplier les invitations au rêve-, mais bien seulement en incarnant la seule force politique capable de répondre au désespoir profond des citoyens auxquels nous nous adressons chaque jour. C’est sans doute une erreur : l’un n’empêche forcément pas l’autre, et peut-être que cette date anniversaire du 10 mai, finalement, peut nous aider à penser les choses différemment.

La décennie des années 80 n’est sans doute pas le grand cauchemar décrit par François Cusset dans son essai pamphlétaire de 2006 sur la « mythologie » de cette période de l’histoire récente, mais elle n’en reste pas moins comme l’ont analysé depuis de nombreux intellectuels critiques et historiens des idées, le moment de triomphe dans le monde, en Europe et en France aussi, du libéralisme économique sans bornes, du virage à droite des idéologies politiques, du retour de la réaction morale et de l’emprise du religieux, du réflexe identitaire, du racisme, du nationalisme et du renoncement généralisé aux utopies progressistes des années 70 dans un vaste mouvement que d’autres ont aussi appelé « le retour à l’ordre ».

Je ne crois pas que la gauche au pouvoir en France soit responsable de tout cela, bien sûr, elle est, plus que d’autres partis sociaux-démocrates, demeurée fidèle tant qu’elle l’a pu à ses valeurs, mais elle a été, pour le moins, une contemporaine impuissante à détourner le vent de l’histoire.

Entre la gauche d’avant 1981, et celle d’aujourd’hui, c’est notre capacité, sinon même notre volonté politique d’incarner le changement que nous avons perdue en route. Cette espérance-là, pourtant, est plus vivante que jamais au sein des classes populaires qui souffrent le plus, sans trouver de débouché politique. Enfin presque… et quel changement ! Car la date de référence, celle qui nous oblige à un retour critique sur les années passées, ce serait plutôt… le 10e anniversaire du 21 avril 2002. C’est le moment de mon engagement militant au sein du Parti Socialiste. Rappelons qu’en 1981, le Front National ne comptait pas 500 adhérents, et que son candidat n’avait pas pu réunir le nombre suffisant de signatures d’élus pour se présenter à l’élection présidentielle. Dès les élections municipales de 1983, son ascension électorale débutait pour atteindre, à l’heure où j’écris ces lignes, la première place des intentions de vote au premier tour de la prochaine élection présidentielle. Comment ne pas y penser lorsqu’on me demande ce que sont devenues les espérances populaires de mai 1981 ?

Ces deux événements, la suite l’a montré, ne sont pas des accidents : ils ont un sens politique. Par deux fois, comme dans un miroir inversé, un désir profond de changement s’est exprimé sans que nous soyons en mesure d’y répondre, sauf peut-être dans les premiers temps de la campagne de Ségolène Royal en 2007, avant que nous perdions la bataille médiatique du storytelling autour de la « rupture », revendiquée par Nicolas Sarkozy, un comble ! Après trois défaites successives à la Présidentielle, et d’innombrables victoires aux élections locales, nous savons désormais que nous n’incarnons plus la rupture, le changement, une nouvelle donne. C’est un fait devant lequel, à quelques encablures d’une nouvelle élection présidentielle, les socialistes ne doivent pas, et d’ailleurs ne veulent pas se résigner : le désir de changement est une aspiration en tant que telle, à laquelle il faut répondre en acceptant de prendre des risques, y compris avec l’opinion dominante. N’oublions pas que ce fut la ligne politique explicitement adoptée par François Mitterrand dès 1971 au Congrès d’Epinay avec ces mots « Celui qui n’accepte pas la rupture, celui qui ne consent pas à la rupture avec l’ordre établi, politique, cela va de soi, avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, il ne peut pas être adhérent du Parti socialiste. » Avec la conquête de la responsabilité et de la crédibilité gestionnaire, nous n’avons certes pas perdu notre âme, ni notre identité qui a toujours été d’exercer le pouvoir et d’en accepter les contraintes, mais nous avons certainement changé notre rapport au progrès, à la critique sociale et à l’émancipation pour adopter un point de vue globalement plus conservateur ou résigné qu’avant sur le monde et sur la société. Non seulement nous ne sommes plus toujours aux côtés des forces sociales et des mouvements minoritaires qui sont à l’œuvre dans la société, mais bien souvent, nous ne savons plus suffisamment les écouter, les comprendre, les accompagner. C’est pourtant cette capacité à prendre en compte un certain nombre de revendications spécifiques en les rendant légitimes dans la sphère politique, républicaine puis gouvernementale, que nous avons su emporter l’adhésion et l’enthousiasme en 1981, que nous avons pu tenir, ensuite, nos engagements et que la société s’en est trouvé changée. On sait ce que les grandes mesures phares des débuts du premier septennat doivent aux combats menés par les militants associatifs et syndicaux contestant « l’ordre établi » avec l’abolition de la peine de mort, les droits des homosexuels, des femmes ou des étrangers, la défense des libertés publiques ou le relèvement des salaires, etc. ; on sait aussi combien la coupure avec les intellectuels qui avaient pensé et soutenu le rapprochement avec le PS a été douloureuse, et lourde de conséquences pour la suite. On peut penser à Michel Foucault ou Gilles Deleuze, à Pierre Bourdieu en 1995, ou aujourd’hui à un Didier Eribon. Les efforts sont-là, je le sais et je les constate dans mes fonctions de Secrétaire Nationale, pour dialoguer avec les sciences sociales, mais il n’en reste pas moins que nous avons beaucoup de mal à opérer un retournement de notre pensée lorsqu’il s’agit de s’engager clairement pour des revendications spécifiques contre de grandes abstractions qui nous servent de lignes de défense pour préserver un système de valeurs  attaquées de toutes parts, mais aussi à bien des égards stérilisantes comme « la République », « la Laïcité », « la Mondialisation », « le Communautarisme » etc.

Lorsque je regarde donc cette décennie d’après la victoire historique, je vois moins les désillusions du tournant de la rigueur économique dont je pense que nous pouvons tirer les leçons pour aujourd’hui, que l’éloignement progressif des socialistes avec les conditions d’émergence d’un projet de rupture dont je suis moins certaine que nous ayons pris conscience. Je suis pourtant convaincue que nous allons devoir renouer avec un sens critique et une audace réformiste qui se sont émoussés sur beaucoup de sujets pour espérer susciter à nouveau quelque espoir, chez les intellectuels ou les entrepreneurs comme chez les ouvriers, dans les classes favorisées par la mondialisation comme dans celles qui ont été sacrifiées sur l’autel du néolibéralisme, des délocalisations et de la brutale accélération des changements technologiques.

La domination, l’oppression et la discrimination sont toujours à l’œuvre avec un degré de violence à l’encontre des individus qui ne cesse de croître un peu partout dans la société française suscitant la révolte, la colère, l’abstention ou la résignation à se tourner vers les extrémismes de tous ordres. Nous ne pouvons plus nous bercer d’aucune illusion, les slogans et les recettes anciennes n’y suffiront pas : c’est vers de nouveaux horizons, pas forcément naturels pour ma génération, que nous allons devons devoir tourner nos regards. Oui, il faut sans aucun doute abandonner quelques-unes de nos certitudes et regarder le monde tel qu’il est, mais l’accepter tel qu’il est en renonçant à le changer, non, certainement pas. Il me semble que c’est bien ce refus obstiné de plier devant le cours des choses qui a « changé la vie » en mai 1981 : c’est avec ce geste radical qui fait l’essence de la politique que nous devons renouer.

Retrouvez également le lien de l’article Le Monde consacré à ce numéro : 10 mai 1981 : les leçons d une victoire

Presse

La revue ALIBI: un regard noir sur le monde.

1 commentaire 21 avril 2011

ALIBI est le premier magbook français du polar. Un magazine-livre trimestriel de quelques 148 pages dédié au « noir » lancé notamment par deux anciens journalistes de « Courrier International » avec l’ambition de faire un pont entre fictions policières (romans, séries TV, films) et vrais faits divers.

Pour son deuxième numéro qui vient de sortir, j’ai accordé avec beaucoup de plaisir un entretien à ce magazine indépendant de qualité qui vous raconte et décrypte le monde à travers le « polar » et qui revient sur Quais du Polar à Lyon.

Entre la revue et le livre, ALIBI a un bel avenir devant lui !

Pour toutes les informations, voici leur site : Site Officiel ALIBI

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