Trop, c’est (vraiment) trop !

Éditos Publié le 23 février 2010

Comme à chaque fois que la presse s’en fait l’écho, c’est l’écœurement et la colère qui nous étreint. Que faut-il donc faire pour que le gouvernement se saisisse enfin sérieusement de la question du suicide en prison dont la mort de Jean Pierre Treiber vient nous rappeler à grand renfort de médias l’effroyable acuité.

L’an dernier, 115 détenus se sont suicidés en prison et 18 depuis le début de l’année ! Un tous les trois jours !

La France détient là un triste record d’Europe, indigne d’un grand Etat de droit, mais qui n’est malheureusement que le stigmate d’une politique carcérale aveugle conduisant à des enfermements de plus en plus fréquents Le nombre des détenus a augmenté de 25% depuis 2002 et la densité de population en prison atteint aujourd’hui 122%. Dans certaines prisons, ils sont trois détenus dans 9 m2 à vivre les uns sur les autres dans la promiscuité, atteint dans leur dignité et leur humanité. La campagne lancée en 2008 « trop c’est trop » pour le respect du numerus clausus en prison proposait une solution de bon sens : une place, une personne. Elle n’a pas trouvé le moindre écho au gouvernement.

Il faut dire que les moyens accordés à la Justice sont largement insuffisants, les magistrats, les agents de la protection judiciaire de la jeunesse comme le personnel pénitencier en savent quelque chose, mais Sarkozy n’aime pas la Justice, alors… Au moment où le Parlement débat d’une nouvelle loi sur la sécurité intérieure, et que l’UMP cherche à placer la campagne des régionales sur le terrain de la sécurité (au point de diffamer un de nos candidats en Ile-de-France en l’accusant d’être un délinquant), le gouvernement ferait bien de se monter à la hauteur de ses responsabilités.

Et je ne parle même pas des rétentions administratives d’étrangers en situation irrégulière, y compris d’enfants, ni de l’invention de la rétention de sûreté, ni même de la pratique des hospitalisations d’office, ni enfin de la pratique récemment dénoncée des gardes à vue (près de 800.000 en 2009!), qui font de la suspicion, de l’humiliation et de l’intimidation une politique de prévention de la délinquance.
La dangerosité, c’est-à-dire la seule possibilité du danger suffit à jeter la suspicion et à présumer coupable. C’est le ressort de la politique pénale sarkozyste. Peu importe qu’elle soit où non fondée, inscrite dans les gènes ou lu dans les neurones, la présomption suffit et l’enfermement devient la planche de salut d’une cité gouvernée par la peur de l’autre.

Serge Portelli, vice-président au Tribunal de Paris, l’un des plus fameux commentateurs de la politique judiciaire et fin autant que virulent critique du sarkozysme, vient de publier un nouvel ouvrage dont la lecture devrait être obligatoire. Après Ruptures, dont j’avais eu l’occasion de parler sur ce blog, il a publié en novembre dernier, Le sarkozysme sans Sarkozy aux éditions Grasset. Sa conclusion sera ce soir la mienne : « Le maillage de plus en plus serré, les surveillances de plus en plus étroites, les contrôles de plus en plus absurdes, les injustices de plus en plus criantes, font naître en retour un questionnement toujours plus large et plus profond sur le sens de ces contraintes et de notre soumission ».

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12 commentaires sur Trop, c’est (vraiment) trop !

  1. philgi

    J’ai entendu dire qu’il y avait déjà eu 3 suicides de détenus à la nouvelle prison de Meyzieu flambant neuve, depuis son ouverture recemment à ce qu’il me semble.. Il suffit d’aller voir le film couronné de tous les oscars pour s’apercevoir de la triste réalité qui règne dans nos prisons françaises. J’espère que ce succès fera prendre compte des réalités indignes, inhumaines qui y règnent dans le pays des droits de l’homme, ou du moins ce qu’il en reste. C’est vrai que la justice n’est pas la même pour tous, et qu’il est grand temps de s’en occuper. La ligue des droits de l’homme nous montre du doigt depuis qq temps, entre nos conditions de détention et nos reconduites à la frontière, nous vivons vraiment dans un drôle de pays. Quand notre jeunesse saura t-elle se réveiller pour dénoncer tout ça ?

  2. Kik32

    C est bien de parler de ces sujets ! Il n y a aucun accompagnement médico psychologique des detenus. La prison paye aussi l addition de la crise du secteur psychiatrique en France, par manque de lits, des malades se retrouvent en prison alors qu ils devraient etre en hôpital ! Ça aussi c est pas très digne d’ un grand pays !C est pire qu a France Telecom ! A quand la démission d’ un ministre de la justice après un décès !

  3. Julien

    Incroyable de lire ce billet après avoir écouté vendredi soir en voiture l’émission « Nous autres » sur France Inter consacrée à la Garde à vue. j’aurais malheureusement pu participer sans problème à cette émission car je fais partie des 900 000 gardés à vue de l’année 2009 !!! j’ai passé 17 heures en garde à vue pour outrage ! un enchainement incroyable qui commence en fin de soirée à un arrêt de bus à Grenoble parce que j’ai demandé les motifs d’un contrôle d’identité dont je n’étais même pas l’objet ! Deux jeunes qui attendaient avec moi et qui franchement n’avaient aucun comportement suspect ont du montrer leurs papiers et expliquer ce qu’ils faisaient de façon parfaitement arbitraire, ce que j’ai eu le tort de faire remarquer aux policiers… Bref engrenage, à moi de sortir mes papiers, je refuse, ils me tutoient, je les tutoies, je me retrouve dans la voiture de police en moins de deux puis au commissariat où j’apprends que je suis en garde à vue, comme dans un film dont j’étais devenu le héro malgré moi ! en 10 minutes tu ne t’appartiens plus, tu deviens un délinquant, tu n’as plus de droit et on te traite comme un chien ! une expérience dont j’ai du mal à me remettre ! franchement j’étaais dans incroyable mais vrai, ou vis ma vie de parain de la mafia ! en tous cas, je suis sur d’une chose c’est que la France n’est plus le pays des droits de l’homme !

    Le podcast de l’émission de France Inter mérite vraiment qu’on l’écoute, c’est la chronique de l’arbitraire ordinaire !

    http://www.tv-radio.com/ondemand/france_inter/AUTRES/AUTRES20100226.ram

  4. Gérard Eloi

    @ Fromageplus,

    L’Education…L’école » actuelle est devenue un véritable désastre…

    Je suis bien d’accord avec le fait que les « pédagogies » dites « modernes », depuis…Lacan et autres, avec quelques ministres en mal de pub donc avides de réformes, ont créé des dégâts qui paraissent parfois irréversibles : laxisme général, dérives, manque de moyens efficaces,…

    Je rappelle qu’une réforme de l’éducation ( vitale et urgente !) figurait en bonne place dans le programme présidentiel de 2007, et que dans une belle synthèse, Najat avait remis en évidence le fait que  » l’Education est la base de tout l’édifice ».

    Ces réelles urgences ont été négligées par 53 % de l’électorat, que l’on ne nous en tienne pas rigueur : ni Ségolène ni Najat ne voulaient réduire les cours d’histoire et géo (double aberration quand il était question…d’identité…nationale…).

    D’accord, cette jonction histoire-géo-identité nationale…est un peu lapidaire. Mais je n’allais pas laiszser passer l’occasion (comme on dit au foot).

    Au sujet de « violence et banlieues », tu me taxes de « mauvaise foi la plus crasse ».
    J’estime ton jugement fort sévère.

    Car je pense, très sincèrement, qu’un ado au bord de la rupture va franchir le pas vers un point de non retour quand il aura vécu trop longtemps dans l’exclusion et même le mépris. Une des causes des graves problèmes est ce fait que des familles vivent dans une précarité incompatible avec le droit de vivre dans la dignité. Les solutions que je souhaite ne s’apparentent pas à l’assistanat, dont d’ailleurs bien des personnes ne voudraient pas, mais à une organisation humaniste de la vie en société, qui doit être une base essentielle des engagements politiques.

    C’est le moment de rappeler : crise, ultralibéralisme, prédateurs financiers,…
    Tout cela ne veut pas rien dire : une poignée de profiteurs accaparent tant de richesses qu’il ne reste presque rien pour quelques-uns, franchement rien pour beaucoup. Il y a des « gosses » ( tu as peut-être vécu, comme moi, mai 68. Et si ce n’est pas le cas, et que tu me trouves « vieux radoteur »,…tu prendrais quand même les cris de Ferré au sérieux) qui « n’ont plus rien à perdre ». Ou qui le pensent. Ce qui revient au même.
    Quand un pas est franchi, d’accord, il faudra « sévir ».
    Mais, quand…, on continue de vouloir qu’il reste des moyens que l’irréparable ne se produise pas. Prévention par l’éducation et la formation.

    Dans la conclusion de ton comm, tu fais toi même la différence entre « ceux qui se font alpaguer », et les « terroristes à la Kalachnikov ».
    Tant qu’il y aura moyen de trouver une mitraillette au marché noir, il n’y aura pas de solution. Il faut lutter d’abord contre les trafics (armes, drogue, prostitution). Et, pour libérer de la place dans nos prisons, je veux bien qu’on envoie ces gros trafiquants dans les mines de sel ou ailleurs.

    Désolé d’avoir été un peu trop long, et aussi sans doute un peu décousu…

    Mais je vais conclure…encore plus longuement :

    -dans le thème du billet, je rappelle la beauté émouvante du livre de Stephen King  » La Ligne Verte » (dont on a tiré un film);

    -dans le thème de…la dégradation sociale, le dernier roman de Bernard Werber,  » Le miroir de Cassandre » est un chef d’oeuvre exceptionnel.

    Je vais réécouter de Ferré « Ils ont voté »,  » Merci, mon Dieu » et « Thank you, Satan »…Et ça ne me changera pas les idées.

  5. fromageplus

    Gérard Éloi,

    « Ouvrir une école, c’est fermer une prison ». On dit aussi qu’un bon curé épargne le travail de cent policiers.
    Encore faut-il qu’une instruction [le rôle de l’école] digne de ce nom sache compléter une éducation [le rôle des parents] digne de ce nom, bref, que l’école fournisse un véritable travail de TRANSMISSION de la culture et d’exigence d’humilité devant la souveraine Connaissance.

    Sans vouloir jouer les réacs, l’éducation des enfants depuis trente ans est un désastre, et l’instruction publique – rebaptisée « éducation nationale » pour s’accaparer le rôle parental – est elle aussi depuis tente ans un désastre.

    Nous assistons au grand maternage généralisé de la société, nous vivons une époque où la figure du Père est honnie ; comment peut-on encore insuffler aux nouvelles générations le goût du respect devant la Loi ?

    Transformer le pays en prison géante n’est qu’un pitoyable et criminel aveu d’impuissance morale.

    « Dans beaucoup de cas, des travaux d’intérêt général sont de loin préférables à l’emprisonnement. »
    Je partage votre point de vue.

    « Certaines attitudes politiques (« racaille, karcher,… ») ont entraîné (simple maladresse ou volonté délibérée ?) une escalade dans la violence,…que la droite peut utiliser comme argument lors de n’importe quelle campagne électorale ! »
    Voilà une manifestation de la mauvaise foi la plus crasse qui soit. La violence des banlieues n’a pas besoin de ça pour augmenter en densité chaque année. C’est vraiment des arguments à la sauce Figaro-Libé, ça. Faut sortir, un peu.

    « Il est de notoriété publique que la police est tenue de « faire du chiffre » : plus de 800 000 gardes à vue en 2009. Et beaucoup non justifiées, et dans des conditions humiliantes. »
    Certes, mais comment la police fait-elle pour remplir sa mission de « faire du chiffre » ? Elle harcèle les braves gens, joue les gros bras devant des manifestants pépères, ou persécute les automobilistes et les contribuables honnêtes. Voilà les fruits de la politique du chiffre : le constat, vérifié quotidiennement, que les flics se défilent devant les vrais problèmes [ils ont ordre de ne pas bouger quand tout brûle et qu’ils se font tirer dessus à la Kalash – à la Kalash ! – , tout ça pour éviter un embrasement du pays. Ils tapent sur le faible et laissent les forts exercer leur anarchie incendiaire.

  6. Gérard Eloi

    @ Fromageplus,

    Il est évident qu’il faut « faire quelque chose »…dans bien des domaines en France et en Europe, y compris dans le monde de la justice et le monde pénitenciaire.

     » + de criminalité, donc + de prisons » est naturellement une parade à la surpopulation carcérale et ses dérives d’inhumanité.

    Mais on doit à la fois parer à l’urgence (surpopulation) et traiter un grave problème de société.

    1) Cette réflexion de Victore Hugo est poétique et philosophique, mais mérite un peu d’attention : « Quand on ouvre une école, on ferme une prison… »
    Voici le fil d’une intéressaqnte discussion sur ce thème :

    http://www.google.be/search?hl=fr&source=hp&q=Victor+Hugo%2C+%C3%A9cole%2C+prison&btnG=Recherche+Google&meta=&aq=f&oq=

    2) Il faut aussi reconnaître que s’il y a trop de monde dans les prisons, c’est en partie parce qu’y sont détenus des personnes qui ne devraient pas l’être : dans beaucoup de cas, des travaux d’intérêt général sont de loin préférables à l’emprisonnement.

    3) Certaines attitudes politiques ( racaille, karcher,…) ont entraîné (simple maladresse ou volonté délibérée ?) une escalade dans la violence,…que la droite peut utiliser comme argument lors de n’importe quelle campagne électorale !

    4) Il est de notoriété publique que la police est tenue de « faire du chiffre » : plus de 800 000 gardes à vue en 2009. Et beaucoup non justifiées, et dans des conditions humiliantes. (Revoir à ce sujet les souvenirs de… Martin Hirsch).

    Il y a énormément à dire sur ce sujet très délicat, comme hélas sur bien d’autres sujets actuellement…

    Souvent on pense :
     » Hier, ça allait mal. Aujourd’hui, c’est encore pire… »

  7. pravda

    aucun intérêt , comme le politique ne peut répondre a la fausse crise la seule solution est de glisser dans un régime totalitaire , perso ca me dérange pas j’ai l’habitude , je sais ce que c’est de vivre avec l’armée et les contrôles a chaque coin de rues et la répression militaire ou policière car le politique ne peut répondre au désespoir du peuple , je ne suis pas seul a l’avoir compris Emmanuel Todd l’explique dans son livre « la fin de la démocratie » .
    donc plus de prison et plus de répression
    surtout qui y a une loi a chaque faits divers bon courage a ceux qui n’ont pas l’habitude .

  8. Fromageplus

    Gérard Éloi,

    Je suis d’accord avec vous. La réponse est simple :
    -Soit on construit plus de prisons, et en urgence.
    -Soit on laisse courir des criminels dans la nature pour désengorger les prisons.

    Cela dit, je plains moyennement les gens « atteints dans leur dignité et leur humanité » quand ils se sont mis eux-mêmes en position d’atteindre la dignité et l’humanité des gens qu’ils ont volé, agressé, tué, drogué, que sais-je encore. Foin de l’angélisme.

    Il y a encore une autre alternative, qui consiste à se débarrasser de certains criminels par la peine capitale, mais le débat est complètement verrouillé. Le seul fait d’écrire ce mot vous range très facilement dans le clan des nazis.

  9. Gérard Eloi

    @ Fromage,

    Un Etat a-t-il le droit de traiter des êtres humains décrit ici :

    « Dans certaines prisons, ils sont trois détenus dans 9 m2 à vivre les uns sur les autres dans la promiscuité, atteint dans leur dignité et leur humanité. La campagne lancée en 2008 « trop c’est trop » pour le respect du numerus clausus en prison proposait une solution de bon sens : une place, une personne. Elle n’a pas trouvé le moindre écho au gouvernement. »

    @ Jany,

    Je ne comprends pas pourquoi tu voudrais écrire Georges avaec un J, et je ne vois pas le rapport avec le thème du billet.

  10. fromageplus

    Bonjour,

    Sachant :
    1. Que les prisons sont bondées,

    2. Que personne ne veut en construire de nouvelles pour dédensifier la population carcérale [mesure impopulaire, accusation d’état policier, rengaine de l’État sécuritaire, condamnation du « tout-répressif », etc…],

    3. Que les prisonniers n’effectuent JAMAIS la durée réelle de leur peine [effets couplés de la pression du Syndicat de la Magistrature et de la surpopulation carcérale], ce qui commence à faire des remous grâce à l’Institut pour la Justice,

    4. Que les gens en ont marre de lire TOUS LES JOURS des actes criminels effectués par des multirécidivistes en liberté,

    Concluez le temps qu’il faudra pour que la population française honnête prenne les armes et se fasse justice elle-même quand elle se fera tabasser, voler, cambrioler, insulter impunément.

    +++

    Le suicide en prison, malgré son caractère tragique, n’est pas une cause à embrasser mais l’effet d’un mal à combattre à la racine.

  11. arnaud

    C’est rare les blogs qui parlent de la prison ! la situation est dramatique et c’est bien de le dénoncer, ça fait des années que la France est montrée du doigt par le Conseil de l’Europe et toutes les associations qu’il s’agisse de la LDH, de l’OIP ou de ban public. Pour ceux que ça intéressent et qui ont un peu de temps, je vous encourage à devenir visiteur de prison en faisant la demande auprès des Services Pénitentiaires d’Insertion et Probation (le SPIP), qui fait une enquête et délivre normalement un agrément. C’est dur, mais dites vous que c’est encore plus dur pour ceux qui sont enfermés et qui restent des hommes et des femmes comme vous et moi. J’ai commencé par visiter des femmes détenues en pensant que ça serait plus facile, moins « impressionnant », mais finalement, je trouve que la relation est plus facile d’homme à homme. Enfin, chacun gère le truc un peu comme il le sent. il y a des associations qui peuvent vous aider comme l’association des visiteurs de prison. Ca vaut le coup si on est un peu disponible et je suis sur que ça peu éviter des drames.

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