On ne renonce pas au 14 juillet !

Éditos Publié le 14 juillet 2010


Quelques réflexions sur la Fête Nationale.

« Elles ont passé trop vite, ces heures où tous les coeurs français ont battu d’un seul élan ; mais les terribles années qui ont suivi n’ont pu effacer cet immortel souvenir, cette prophétie d’un avenir qu’il appartient à nous et à nos fils de réaliser. » C’est avec ces mots que, le 29 juin 1880, le sénateur Henri Martin donnait un sens au projet de loi établissant la fête nationale française, le 14 juillet. « La révolution a donné à la France la conscience d’elle-même », ajoutait-il, avant de rappeler que le 14 juilllet célébrait un double événement d’égale valeur pour la nation, et que chacun pouvait se choisir comme référence selon sa sensibilité : la prise de la Bastille en 1789, et l’unité du pays, l’année d’après, le 14 juillet 1790.

Mais aujourd’hui, qu’avons-nous fait de cette mémoire de la Révolution que nos aînés avaient ainsi choisi de mettre au cœur de notre identité nationale ; qu’avons-nous fait de cette promesse de nous unir pour réaliser ensemble cet idéal maginifique de liberté, d’égalité et de fraternité ?

Lorsque je repense aux mois qui viennent de s’écouler, et que je constate à quel point l’image que nous nous faisons de notre pays et de nos valeurs républicaines s’est profondément dégradée, je ressens beaucoup de tristesse et d’amertume. Rien n’est irrémédiable, bien sûr, mais que de temps perdu, que d’espoirs déçus, et que d’efforts pour réparer les dégâts !

Je repense, par exemple, à la violence et l’hypocrisie du débat sur l’identité nationale qui s’est soldé, en tout et pour tout, par un long défoulement collectif exprimant la peur et le rejet de l’autre, ainsi que par une loi d’interdiction générale du voile intégral, et par le plus sombre des 14 juillet que nous ayons connu depuis des décennies.

Je repense à toutes ces enquêtes d’opinion qui, semaine après semaine, nous disent que les Français n’ont plus confiance en rien : il n’y a plus aucune institution de la République, plus aucun responsable politique qui semble pouvoir échapper au désastre annoncé, si rien ne venait à changer.

Je repense à l’incroyable enchaînement des révélations de ces derniers jours qui, bien que démenties avec une brutalité inouïe par celles et ceux qu’elles concernent, viennent de provoquer la démission en chaîne de deux Ministres pour mauvais usage de l’argent public, de l’épouse d’un troisième pour conflit majeur d’intérêt, ce dernier venant lui aussi de démissionner à son tour de l’un de ses postes pour les mêmes raisons… et encore, sur les « conseils » du Président de la République lui-même.

Je repense à toutes ces mesures prises en trois années de mandat qui, les unes après les autres, ont tant aggravé les injustices sociales, brisé la cohésion nationale, exacerbé les rancoeurs, empéché espoir de la jeunesse et tout élan vers l’avenir.

Je repense, aussi, à cette vision du monde, de l’histoire et des valeurs nationales que les hommes actuellement au pouvoir s’échinent à promouvoir pêle-mêle, et qui finissent par dessiner une forme d’éthique et de morale: la haine de mai 68, le caractère « positif » de la colonisation, la France qu’on aime ou qu’on quitte, la jeunesse racaille des banlieues, les insultes lancées aux gêneurs, le goût décomplexé, affiché, assumé de l’argent et des apparences, le mépris et le dénigrement systématique des gouvernements socialistes du passé, les privilèges accordés aux amis, les lois qui ne servent à rien et qui décridibilisent les intitutions démocratiques, l’exercice solitaire et autoritaire du pouvoir, les réformes électorales pensées pour le seul avantage de son camp, etc.

En repensant à tout cela, je me dis que le Président de la République, en effet, ne doit pas se sentir très à l’aise avec cette date du 14 juillet, ce qu’elle dit de la France, de la République, du peuple, de ses aspirations et de ses rêves.

Je repense donc à l’intervention de Nicolas Sarkozy lundi soir à la télévision, qui a tenu lieu de traditionnelle allocution présidentielle du 14 juillet, et je me dis qu’il n’y a rien de plus triste et de plus inquiétant pour notre avenir que d’entendre des propos aussi fatalistes et résignés devant les exigences et les ambitions républicaines qu’il est censé incarner.

Le Président de la République peut sans doute renoncer à tout pour lui-même, mais pas aux promesses du 14 juillet qui n’auront décidément jamais été les siennes, mais qui resteront bel et bien celles du peuple français !

Tout l’espoir est là, et c’est pour cela que je tiens tant à la célébration de cette journée de Fête Nationale. J’en reviens aux mots historiques d’Henri Martin sur cette date du 14 juillet dans son rapport devant le Sénat : « Un peuple trouve toujours moyen d’exprimer ce qu’il a dans le cœur et dans la pensée ! Oui, cette journée a été la plus belle de notre histoire. C’est alors qu’a été consacrée cette unité nationale qui ne consiste pas dans les rapports matériels des hommes, qui est bien loin d’être uniquement une question de territoire, de langue et d’habitudes, comme on l’a trop souvent prétendu. Cette question de nationalité, qui a soulevé tant de débats, elle est plus simple qu’on ne l’a faite. Elle se résume dans la libre volonté humaine, dans le droit des peuples à disposer de leur propre sort, quelles que soient leur origine, leur langue ou leurs moeurs. Si des hommes associés de sentiments et d’idées veulent être frères, ils sont frères. Contre cette volonté, la violence ne peut rien, la fatalité ne peut rien, la volonté humaine y peut tout. Ce qu’une force fatale a fait, la libre volonté le défait. Je crois être plus religieux que personne en proclamant cette puissance et ce droit de la volonté humaine contre la prétendue force des choses qui n’est que la faiblesse des hommes. »

Dans le fond, c’est ça que j’attendais d’un Président de la République : qu’il ne renonce pas à placer la volonté humaine au-dessus de la force des choses, et qu’il ne renonce pas à ce que les cœurs des Français battent à nouveau d’un seul élan.

Malgré la tristesse, l’inquiétude et l’amertume du temps présent, c’est donc l’espoir qui doit l’emporter en ce 14 juillet : sa célébration par tous a précisément été voulue pour rappeller à chacun que le peuple français, lui, ne renoncera jamais.

Bon été à toutes et à tous.

Tags : , , ,

13 commentaires sur On ne renonce pas au 14 juillet !

  1. Cécile

    Najat : Bravo !
    Espérons que cette citation se vérifiera dans le futur car tu incarnes toutes les beautés (extérieure et intérieure) :

    Aimé Césaire :
    « La Justice écoute aux portes de la beauté. »

    Bon été tout le monde !

  2. marc

    excellent billet, dommage pour ceux qui ont renoncé à avoir des idéaux et à croire au progrès qu’ils ne le perçoivent pas. Bonnes vacances à ceux qui en prennent.

  3. Gérard Eloi

    @ Fromageplus,

    Mais si, j’ai lu Baudelaire. Et aussi Nerval, Rimbaud, Hoffmann,..et CG Jüng.
    Je me suis même très intéressé à l’existence d’un lien entre le symbolisme ( le pays de l’envers du décor), le surréalisme ( la spontanéité, l’écriture « automatique ») et le fantastique ( Le Horla de Maupassant est-il le « Symbole » d’une croyance viscérale en ancêtres extra-terrestres ?).

    Bref, il y a une Vérité. Froide, logique, scientifique et mathématique. Que je ne méprise pas : j’ai été prof de maths et d’économie ! Mais la Vérité, c’est ce que nous connaissons, scientifiquement démontré à l’heure actuelle. En sachant qu’on ira un peu plus loin demain…Et on va parfois un peu plus loin avec les raccourcis audacieux des visionnaires symbolistes. Cf les citations de Nerval dans les oeuvres de l’astrophysicien JP Luminet, ou chaque exposé du prof Hubert Reeves. Il y a ce qu’on connaît déjà, et il y a plus à découvrir encore…

    Le symbolisme = une succession de<"symboles", les " Correspondances" de Baudelaire, par exemple.
    La prise de la Bastille fut un symbole pour le peuple à l'époque. Symbole qu'on ne peut mépriser qu'au nom d'une science "pure" et entièrement démontrée. Mais écrire que ce blog diffuse de " l'incompétence crasse" est incompatible avec " Vérité démontrée". Tes objections, jusqu'à cette injure qui m'a énervé, d'où ma réaction trop vive ( impulsivité chère aux…) étaient argumentées, et auraient mérité un développement, point par point, avec contre-argumentations possibles. En traitant ce blog de propagateur d'incompétence crasse, tu fermais un éventuel dialogue.

    1. La Révolution. Parler de cette Révolution Française, ( dont l'importance est "reconnue" dans toute l'Europe), et la fêter chaque 14 juillet, ne signifie pas que l'on applaudisse la Terreur, évidemment. Mais cette Révolution fut indiscutablement une étape importante.

    2. La Bastille…C'est ce que son passé représentait que le peuple voulait effacer.

    3. Nation-Révolutionnaires. Il faut se replacer dans l'époque. La France voulait supprimer la Royauté. ( Et Louis XVI a payé pour la mégalomanie de L XIV et les excès de L XV…) Et les Révolutionnaires avaient toute l'Europe monarchiste sur le dos. Nation, ce n'était pas s'enfermer, c'était se défendre et défendre chez soi un nouveau modèle de société. Qui s'est avéré difficile à établir, c'est vrai. Et qui n'a pas conduit à la perfection, d'accord.

    4. Liberté-Egalité-Fraternité. Un idéal magnifique, d'accord. Donc en quelque sorte un " Symbole".
    Incompatibilité ? Compatibilté parfaite très difficile, voire impossible, c'est vrai. Mais on peut tendre vers un idéal.
    Il faudrait que tous naissent égaux. çàd soient considérés égaux dès la naissance. Ce qui n'est pas le cas : certains continuent de naître "plus égaux que d'autres". Quand il y a injustice, il faut lutter pour la réparer.
    Egalité incompatible avec Liberté ? Pas si ma Liberté s'arrête là où commence celle des autres…
    Et la Fraternité dans tout ça ? Remplaçons le vocable par Solidarité. La Solidarité est l'une des bases fondamentales de toute société civilisée.

    Tu n'as pas tort de montrer les limites de ce qui est fort bien exprimé dans le billet de Najat. Mais je pense que je n'ai pas tort non plus en disant que même si la porte est étroite, il faut essayer de la franchir.

  4. fromageplus

    Gérard,
    C’est que vous confondez la symbolique et le symbolisme, ce qui est quand même TRÈS différent. Or il est évident que je vous parle de symbolique. Sauf votre respect, je ne vois pas ce que ma conclusion continue d’avoir de « choquant » au regard de votre prose.
    Vous faites bien de brandir Baudelaire, encore faut-il l’avoir lu. Ses violentes attaques contre l’escroquerie nommée Progrès vous feraient défaillir.
    Bien à vous.

  5. Gérard Eloi

    @ Fr +,

    Tu prétends opposer la  » Vérité » aux symboles.
    C’est un peu réducteur. Mais on peut comprendre, en regrettant un peu…( le symbolisme, c’est aussi Baudelaire, Nerval, Hugo,…).
    On peut par contre trouver très choquant qu’un « défenseur de la Vérité » écrive cela en conclusion d’un comm argumenté :

    « … je suis effondré par l’inculture crasse et joyeuse qui s’étale sur ce blog. »

  6. fromageplus

    Gérard,
    Donner plus de sens et de valeur à un « symbole » plutôt qu’à la Vérité, c’est adorer un veau d’or. Je vous laisse à vos idoles de carton-pâte.

  7. Gérard Eloi

    @ Fr +,

    Bastille : évidemment, et tout le monde le sait.
    Mais cette prise de la Bastille fut quand même un symbole, et un symbole peut encore être considéré comme important.

  8. fromageplus

    Gérard,
    Mes propos sont argumentés, référencés, documentés. Je n’invente pas une seule des idées que j’avance ici. Savez-vous quelle type de forteresse était la Bastille, qui y était enfermé sous l’Ancien Régime, à quoi elle servait ? Avez-vous entendu parler du slogan « Vive la Nation » qui fut un des étendards majeurs des révolutionnaires ? Renseignez-vous avant de m’accuser d’être injurieux ou de mauvaise foi. Excusez-moi de vous détourner des « messages d’espérance » qui émeuvent votre petit cœur de bon citoyen, j’essaye de vous montrer que les choses ont du SENS et de la COMPLEXITÉ.

    Si vous aimez tomber dans le panneau des idées politiques pleines de câlins et de bisous, grand bien vous fasse. Pour ma part, j’entends diffuser un peu de rationnalité et d’intelligence dans ce fatras sentimentaliste dont les seuls arguments sont « je ressens beaucoup de tristesse et d’amertume », « exacerber les rancœurs » ou « c’est inquiétant ».

  9. hihihi

    Imparable démonstration cher Fromage.
    L’ayatollah Gerard Eloi ne s’y est pas trompé d’ailleurs.
    Pourquoi vouloir « fraterniser » avec un tel individu qui passe son temps à déverser son fiel sur les « trolls » -comme il les appelle- qui ont pris la « liberté » d’émettre des opinions différentes de la sienne?
    Laissons le à sa rancoeur et à son aigreur.
    A ce jeu-là, c’est sûr que nous ne sommes pas « égaux » avec ce pauvre Eloi ;-)

  10. Gérard Eloi

    Il est bien dommage que ce beau billet de Najat, texte clair, lucide, précis, porteur d’espérance dans la grisaille actuelle, soit souillé par le comm injurieux et de mauvaise foi du troll qui signe fromageplus.
    ( On a plutôt l’impression d’un fromage qui pue…)

  11. fromageplus

    1. « La révolution a donné à la France la conscience d’elle-même. »
    Oui, c’est bien connu, pendant le millénaire qui a précédé la Révolution, la France était un peuple dans le coma.

    2. La « prise de la Bastille » ? Pardon ?!? La Bastille n’a jamais été « prise » : elle s’est rendue ! À l’intérieur, il y avait quatre faussaires, un criminel, et deux fous. Waouh, quel frisson ! Quelle gloire !

    3. « Identité nationale » ? Mais la Nation est une invention chérie des révolutionnaires ! Avec la fin du Roi et du Royaume, c’est désormais le jacobinisme qui soude les provinces de France et consacre la gloire de la Nation et de la Patrie ! On parlait bien de « nation » avant la Révolution, mais on l’utilisait peu, et dans un sens très différent de celui d’aujourd’hui. On préférait parler du Royaume, et l’on était français non pas par « identité » mais par allégeance au Roi de France. L’identité des français, c’était avant tout celle des pays français : Bourgogne, Bretagne, Artois, Béarn,… qui étaient autant de visage de la France. Après la Révolution, les sujets du Roi sont devenus des « Enfants de la Patrie ».

    4. Liberté-Égalité-Fraternité est peut-être un « idéal magnifique », il est une vaste imposture intellectuelle, puisque aucun de ces trois termes ne peut s’accorder l’un avec l’autre.

    On ne peut pas à la fois vouloir l’égalité et la liberté, puisque toute égalisation brise la liberté de ceux qui sortent du moule, puisque toute prise de liberté discrédite l’égalité supposée des autres.

    De même, on ne peut pas vouloir à la fois l’égalité et la fraternité, puisque la fraternité, par définition, est hiérarchie donc inégalité. Si nous sommes frères, alors il y a des aînés, des cadets, des benjamins, lesquels se doivent obéissance selon l’autorité de la maturité. Je rappelle d’ailleurs que ce qui définit la fraternité, c’est d’avoir tous le même père ou la même mère. Consacrer la fraternité de tous les Français, c’est donc consacrer de fait une entité Supérieure et Surnaturelle comme notre Père à tous. C’est donc une notion éminemment religieuse.
    Sous l’Ancien Régime, ce mot avait encore du sens puisque le Roi était une figure paternelle. Quiconque attentait à la personne du Roi était accusé, non pas de régicide, mais de parricide ! Aujourd’hui, quel Père aurions-nous donc ? L’Être Suprême ?

    Je ne poursuis pas davantage, je suis effondré par l’inculture crasse et joyeuse qui s’étale sur ce blog.

Commentaires fermés.