« Le débat sur les salles de shooting persiste » (Reuters)

Presse Questions de société Publié le 12 août 2010

PARIS (Reuters) – Le président du Sénat, Gérard Larcher, a proposé jeudi la création d’une mission parlementaire sur les salles de consommation de drogue, un dossier qui divise la majorité depuis plusieurs semaines.

Le Premier ministre, François Fillon, a rejeté mercredi l’idée de ces « salles de shoot », avancée par la ministre de la Santé Roselyne Bachelot, mais le débat n’est pas clos.

Le maire UMP de Marseille, Jean-Claude Gaudin, qui s’était dit prêt à ouvrir une salle de consommation dans sa ville, s’est finalement rangé jeudi à la position de Matignon, a indiqué son entourage.

« Avec Jean-Claude Gaudin, nous respecterons bien évidemment la décision du Premier ministre et nous n’irons pas contre la volonté de Matignon », a dit à Reuters Patrick Padovani, adjoint au maire en charge des problèmes de toxicomanie.

« En qualité de médecin, je pensais qu’il s’agissait d’un projet qui allait dans le sens de notre politique municipale de prévention. Maintenant, au niveau de l’Etat, je comprends que cela pose un certains nombre de difficultés », a-t-il ajouté.

Auparavant, Jean-Claude Gaudin avait estimé sur RTL qu’il valait peut-être mieux se droguer « à l’intérieur d’un lieu où il peut y avoir des médecins, où il peut y avoir un contrôle, que de laisser ces gens là sur les marches de la gare St Charles à Marseille ou d’autres quartiers ».

« Moi ce qui m’importe c’est la santé des gens (…) Si ça pose des problèmes de sécurité ou autre, je le verrais avec M. le ministre de l’Intérieur », ajoutait-il.

Pour Gérard Larcher, « c’est un débat qui mérite d’être poursuivi sans doute sous une autre forme et c’est peut-être le rôle du Parlement de s’en saisir ».

« Je suis totalement loyal à la majorité mais le rôle du Parlement, c’est de s’affranchir d’un certain nombre de contraintes qu’ont le gouvernement et les ministres », a-t-il expliqué sur Europe 1.

Les salles permettent aux usagers de drogue de consommer dans de bonnes conditions d’hygiène, tout en préservant la tranquillité et la sécurité des habitants du quartier d’implantation.

FILLON « N’A PAS COMPRIS », DÉPLORE LE PS

Dans une déclaration à la presse mercredi soir, François Fillon expliquait que la priorité du gouvernement était « de réduire la consommation des drogues en France, non de l’accompagner voire de l’organiser ».

« La mise en place de ces centres de consommation de drogue n’est ni utile ni souhaitable en France » », ajoutait-il.

Le Parti socialiste a jugé « très regrettable cette fin de non-recevoir » du chef du gouvernement.

« Les propos du Premier ministre montrent qu’il n’a vraisemblablement pas compris de quoi il s’agissait ici: nous parlons d’un système de prise en charge des toxicomanes dont l’objectif est bien le soin et le sevrage », explique la secrétaire nationale du PS chargée des questions de société, Najat Vallaud-Belkacem, au magazine Les Inrockuptibles.

« Il est regrettable que François Fillon reste sourd à l’appel des médecins et considère les toxicomanes comme des délinquants et non comme des malades », ajoute-t-elle.

La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, avait proposé une concertation sur l’ouverture de salles de « shooting » dès le 19 juillet, suscitant des vives réactions au sein de la droite.

Quatorze députés UMP, dont Jean-Paul Garraud, se sont élevés contre l’idée d’installer des salles de « shooting », estimant que de tels établissements « ne régleraient aucun problème ».

Plusieurs dizaines de villes dans huit pays, essentiellement européens, en ont installé. En France, deux villes sont candidates à une expérimentation, Epinal et Marseille.

Laure Bretton, avec Jean-François Rosnoblet à Marseille édité par Gérard Bon

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6 commentaires sur « Le débat sur les salles de shooting persiste » (Reuters)

  1. Gérard Eloi

    @ Jojo,

    1) Attention, il n’a pas forcément été question de gratuité : dans les pays où de tels centres sont ouverts, les « patients » viennent avec leurs « provisions ».
    ( Il faudra donc examiner la légalité ou non de transporter ce genre de « provisions » sur la voie publique. Et rendre impossible tout risque de dérapage, comme revente,…

    Tu vois qu’il y a du boulot, des trucs à discuter, à mettre au point,…)

    2) Pour d’autres assuétudes ( alcool dont tu parles, tabac,…), tu peux toujours faire des propositions similaires, en tenant compte de cet objectif impératif :

    « … nous parlons d’un système de prise en charge des toxicomanes dont l’objectif est bien le soin et le sevrage. »

    3) Je comprends évidemment très bien ton « coup de gueule », parfaitement mis en valeur par ton humour de bon aloi.

    Evidemment, ce genre de truc va coûter. Combien ? A calculer…
    Mais il va aussi rapporter à moyenne et plus longue échéance : si cela devient vraiment efficace dans la lutte contre la toxicomanie, ça fera de sacrées économies pour la sécu ( maladie, invalidités,…)

    Cet accompagnement sera-t-il « rentable » à la longue ? Des spécialistes peuvent se lancer dans les calculs.
    Tu vois qu’il y a matière à discussion.

  2. Gérard Eloi

    @ Jojo,

    1) Attention, il n’a pas forcément été question de gratuité : dans les pays uù de tels centres sont ouverts, les « patients » viennent avec leurs « provisions ».
    ( Il faudra donc examiner la légalité ou non de transporter ce genre de « provisions » sur la voie publique. Et rendre impossible tout risque de dérapage, comme revente,…

    Tu vois qu’il y a du boulot, des trucs à discuter, à mettre au point,…)

    2) Pour d’autres assuétudes ( alcool dont tu parles, tabac,…), tu peux toujours faire des propositions similaires, en tenant compte de cet objectif impératif :

    « … nous parlons d’un système de prise en charge des toxicomanes dont l’objectif est bien le soin et le sevrage. »

    3) Je comprends évidemment très bien ton « coup de gueule », parfaitement mis en valeur par ton humour de bon aloi.

    Evidemment, ce genre de truc va coûter. Combien ? A calculer…
    Mais il va aussi rapporter à moyenne et plus longue échéance : si cela devient vraiment efficace dans la lutte contre la toxicomanie, ça fera de sacrées économies pour la sécu ( maladie, invalidités,…)

    Cet accompagnement sera-t-il « rentable » à la longue ? Des spécialistes peuvent se lancer dans les calculs.
    Tu vois qu’il y a matière à discussion.

  3. jojo

    Je suis désolé mais cette mesure serait parfaitement anticonstitutionnelle… et scandaleuse, une rupture de l’égalité des droits du citoyen!
    En effet, de quel droit les drogués auraient droit à leur « salle de shooting » pour s’envoyer en l’air gratos et pas nous les alcoolos? On pue de la gueule peut-être, on refoule du goulot ?
    Ben puisque c’est comme çà, nous aussi on veut des « salles de picole » où le pinard coule à flot et gratos. Et pas du gévéor SVP, c’est du bon qu’on veut.
    Non mais!

  4. Gérard Eloi

    Ce passage de ton intervention est très important, Najat :

    « … nous parlons d’un système de prise en charge des toxicomanes dont l’objectif est bien le soin et le sevrage. »

    Il est donc capital que les décideurs et l’opinion publique sachent que l’objectif essentiel est bien entendu la désintoxication.

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