« Ségolène Royal aura sa revanche contre Nicolas Sarkozy »

Presse Publié le 28 septembre 2011

Avant le débat de ce soir à 18h00 (que je twiterrai en direct sur @najatvb), je vous invite à lire l’entretien que j’ai accordé à France Soir, paru aujourd’hui.

http://www.francesoir.fr/actualite/politique/primaires-ps-segolene-royal-aura-sa-revanche-contre-nicolas-sarkozy-141606.html

« Mercredi a lieu le second débat organisé entre les six candidats à l’investiture socialiste. Celui de la dernière chance pour Ségolène Royal ? Dans son entourage proche, on joue la carte de l’optimisme.

Ainsi, Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole de la candidate et fidèle entre les fidèles, assure que Royal jouera bien son match retour contre Nicolas Sarkozy en 2012. Peu importe les sondages et autres commentaires politiques. Seule compte la « réalité du terrain ». Pour elle, la victoire de la gauche au Sénat, dimanche, a bien prouvé que tout était possible en politique.

FranceSoir.fr. Que représente pour vous le basculement du Sénat à gauche ?

Najat Vallaud-Belkacem. Exceptionnel ! Pas inattendu mais inédit. Cette victoire de la gauche au Sénat préfigure de grands changements pour 2012.

FS.fr Est-ce que cette victoire tient du symbole ?

N. V.-B. Oui. Les élections sénatoriales sont très difficiles pour le Parti socialiste. On a une sur-représentation des petites communes rurales où la gauche fait, traditionnellement, de moins bons scores que la droite. Les résultats de dimanche traduisent donc un profond rejet de la politique sarkozyste, chez les élus, quelque soit leur bord, en particulier chez les centristes.

FS.fr La gauche vient de remporter une élection difficile… Cela vous donne des idées pour les primaires ?

N. V.-B. C’est l’une des leçons de ces sénatoriales : la capacité des électeurs à se dégager des pronostics et des carcans. Ça a quelque chose de rassurant, ça prouve que les électeurs sont libres. C’est le message qu’on martèle avec Ségolène Royal : il faut qu’on laisse les électeurs voter : on ne vit pas en sondocratie mais en démocratie.

FS.fr Une poussée de la gauche aux sénatoriales était tout de même attendue. Pour les primaires, en revanche, la grande majorité des sondages donnent Mme Royal largement perdante…

N. V.-B. On ne peut raisonnablement accorder aucun crédit à ces sondages, surtout lorsque l’on sait dans quelles conditions ils sont réalisés. Le nombre dérisoire de sondés. Les corrections dont ils font l’objet…. Logiquement pour effectuer ces corrections – qui sont très importantes – les instituts se basent sur l’expérience acquise des élections précédentes. Or, il s’agit pour les primaires d’une élection inédite, sur quoi se basent-ils ?  Personne ne sait qui va aller voter, comment voulez-vous qu’on sache pour qui ils vont voter ?

« Cette fois, battez-le »

FS.fr Il y a un paradoxe, cependant. D’un côté, vous affirmez ne pas accorder de crédit aux sondages. De l’autre, Ségolène Royal a envoyé la semaine dernière un mail aux militants ; elle y fait référence à plusieurs enquêtes réalisées sur Internet et qui lui confèrent entre 31 et 36% des intentions de vote aux primaires.

N. V.-B.  Mais pourquoi les sondages défavorables à Ségolène Royal bénéficient d’une si grande publicité et les autres, ceux qui lui sont favorables, sont oubliés ? Avec ce mail, elle a voulu rétablir un certain équilibre. On sait très bien que les enquêtes d’opinion ont une grande influence, en particulier sur les électeurs indécis qui pourraient préférer voter utile. Mais vous avez raison : il ne faut accorder de crédit à aucun de ces sondages.

FS.fr Les deux derniers débats peuvent être déterminants. Est-ce que Ségolène Royal les abordera différemment que le premier ? On l’a senti effacée à l’occasion du premier, en retrait presque…

N. V.-B. C’est une analyse de journaliste mais ce n’est pas la vision qu’ont les gens. Les commentateurs politiques espéraient un clash. Le grand public, lui, attendait des propositions. Et il les a eues. Lors du premier débat, Ségolène Royal a montré qu’elle avait les épaules, une solidité, une sérénité, une stature, pour porter un projet présidentiel. Par exemple, tout le monde s’est amusé des « piques » échangées entre François Hollande et Martine Aubry à propos du nucléaire. Mais, Ségolène Royal a été la seule à prendre de la hauteur sur le sujet, à parler de façon claire et compréhensible par tous des enjeux d’une sortie du nucléaire. C’était un débat gagnant pour elle.

FS.fr Mais cela ne s’est pas traduit dans les sondages…

N. V.-B. Vous savez à quoi me font penser tous ces sondages ? A ceux du référendum sur la constitution européenne en 2005. Le système a choisi son candidat et s’obstine à ignorer ce qui se passe sur le terrain.

FS.fr Quelle est cette réalité du terrain ?

N. V.-B. Ségolène Royal ne se contente pas de grand discours. Elle s’intéresse vraiment aux gens. Quand elle propose de bloquer les prix de 50 produits de première nécessité ou encore de mettre fin aux tarifications bancaires abusives, elle sait de quoi est fait le quotidien de la plupart des français, systématiquement à découvert avant même que le mois ne se termine…. Le grand public le sent. On fait énormément campagne dans les quartiers populaires, par exemple. Vous seriez surpris de voir combien , dans ces quartiers, Ségolène Royal apparaît comme  la candidate légitime du PS. Ils veulent qu’elle affronte à nouveau Sarkozy. Ils lui disent : « Il nous a bien eus la dernière fois, cette fois, battez-le ».

« On ne l’appelle plus ‘Ségolène' »

FS.fr A-t-elle changé depuis 2007 ?

N. V.-B. Oui. Elle a énormément travaillé et a subi beaucoup d’épreuves. Elle fait preuve d’une immense force physique, morale, surhumaine. Je ne connais aucun autre politique qui parvienne, comme elle, à se relever sans cesse, à se réinventer. Elle a gagné une véritable stature de femme d’État désormais. Autour d’elle, on ne l’appelle plus « Ségolène », comme en 2007, mais « Royal ».

FS.fr Pourquoi croyez-vous autant en elle ?

N. V.-B. Je regarde ce qu’elle dit, je regarde ce qu’elle fait. Je n’ai jamais été déçue. Elle est beaucoup plus radicale que les autres candidats. Par exemple, quand elle propose de taxer les revenus du capital au même niveau que ceux du travail, elle le fera vraiment.

Aujourd’hui, nous sommes confrontés à un choix : ou nous accompagnons le système en tentant de l’améliorer à la marge ou nous le transformons. Ségolène est dans la transformation suivant des règles claires comme la morale publique, la justice sociale. Surtout, elle s’applique en privé les préceptes qu’elle défend en public. Ce n’est pas donné à tout le monde, y compris à gauche.

FS.fr En quoi est-elle la meilleure pour battre Sarkozy en 2012 ?

N. V.-B. Elle le connaît bien, puisqu’elle a déjà eu à l’affronter. Elle est la mieux placée pour le confronter à ses contradictions, pour lui opposer ses promesses non-tenues. Vous savez, je crois beaucoup au match retour. C’est une légitimité de plus.

« Sarkozy usera de tous les moyens pour être réélu »

FS.fr Si elle n’est pas désignée par les socialistes, jouera-t-elle malgré tout un rôle dans la campagne présidentielle ?

N. V.-B. Bien évidemment. Ségolène -comme moi, comme nous tous,- ira jusqu’au bout car il y a une nécessité absolue de refermer la parenthèse Sarkozy. On a vu ce qui s’est passé en 2007. La campagne a été très dure et 2012 devrait être pire. On sait ce que Sarkozy vaut en campagne ; lui et ceux qui l’entourent useront de tous les moyens, avouables ou non, pour ne pas renoncer au pouvoir.

FS.fr Qu’entendez-vous par « moyens non-avouables » ?

N. V.-B. On sait qu’il y a eu des irrégularités dans les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, comme l’a démontré l’affaire Woerth-Bettencourt. (Selon l’ancienne juge d’instruction Isabelle Prévost-Desprez, citée dans le livre Sarko m’a tuer, l’infirmière de Liliane Bettencourt aurait assisté à des remises d’espèces à Nicolas Sarkozy, alors secrétaire général de l’UMP. L’Élysée a démenti ces informations, NDLR). La campagne de 2007 n’a pas été équitable et pour cause : nous, nous étions dans la légalité.

Par Sylvain Chazot »

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