Entretien au Journal du Dimanche – 24 juin

Presse Publié le 25 juin 2012

Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement, a accordé un entretien au Journal du Dimanche du 24 juin.

Malgré une augmentation du nombre de députées, les femmes sont toujours minoritaires dans la nouvelle Assemblée. Comment faire progresser la mixité?
Nous pouvons largement mieux faire. Surtout si la droite se décide à laisser leur place aux femmes. Nous souhaitons supprimer les financements publics aux partis qui ne contribuent pas à la parité à compter des prochaines élections législatives. Compte tenu des marges de manoeuvre offertes par la Constitution, une solution serait d’alourdir très significativement les sanctions financières existantes, ce qui pourrait avoir comme effet de supprimer totalement les aides publiques aux partis qui font le moins d’efforts.

Un homme va être élu à la présidence de l’Assemblée nationale, c’est une déception pour de nombreuses femmes.
Ce n’est pas rendre service à la cause des femmes que de faire de la parité l’unique grille de lecture, sans tenir compte du contexte. Les députés socialistes ont choisi librement entre des candidats aux compétences reconnues. Aucun n’a été lésé du fait de son sexe.

La parité avance lentement…
Lentement mais sûrement : au-delà des instances politiques, elle va devoir s’appliquer progressivement aux instances consultatives, comme le Conseil supérieur de la Fonction publique de l’État ou aux autorités indépendantes, comme le Conseil supérieur de l’audiovisuel. Avec les partenaires sociaux, nous voulons également avancer sur la présence des femmes dans les instances représentatives du personnel ou au sein des comités directeurs des entreprises…

Aurez-vous vraiment les moyens d’agir? Les ministres aux compétences transversales peinent souvent à peser dans les arbitrages.
Pas quand le président de la République et le Premier ministre sont eux-mêmes engagés dans la défense des droits des femmes. Quant aux moyens, je peux d’ores et déjà m’appuyer sur le service du droit des femmes qui compte 175 personnes. Pour faciliter la collaboration au sein du gouvernement, des hauts fonctionnaires en charge de l’égalité vont être désignés dans chaque ministère. Ils auront aussi pour mission de veiller à son respect dans la gestion des ressources humaines. Les collectivités publiques doivent être exemplaires en la matière. D’autres outils seront mis en place : des conférences de l’égalité pour demander des comptes à toutes les administrations, des séminaires de travail avec les ministres sur cet enjeu, des études d’impact de chaque nouvelle politique publique pour vérifier qu’elle ne lèse pas les femmes. Enfin, nous ferons de la journée du 8 mars, aujourd’hui trop consensuelle, un moment politique fort d’évaluation des avancées en matière d’égalité. Cela permettra de mettre au jour d’éventuels obstacles.

L’égalité professionnelle est inscrite à votre agenda. Réussirez-vous à placer ce thème au coeur de la conférence sociale des 9 et 10 juillet prochains?
Il l’est déjà puisqu’une table ronde sur la question de l’égalité va être organisée lors de cette rencontre. L’un des sujets essentiels, ce sera celui du temps partiel, plus souvent contraint que choisi et qui concerne une femme sur trois. Certaines employées à temps très partiel se voient de fait privées de droits sociaux. Depuis mon arrivée au ministère, je reçois de nombreuses lettres de ces femmes aux horaires décalés, aux vies hachées, obligées de cumuler les emplois pour joindre les deux bouts et de sacrifier leur vie de famille. Aucune mesure ne sera prise sans concertation mais nous envisageons la fixation d’un seuil horaire minimal pour que ces salariées bénéficient des mêmes droits que les autres. Quant à l’égalité professionnelle, nul besoin d’une nouvelle loi. Faisons déjà appliquer celle qui existe et qui prévoit de sanctionner financièrement les entreprises peu respectueuses de leurs obligations en matière d’égalité salariale.

Les associations réclament des avancées sur la question des violences…
Elles ont raison et je les entends. La loi de 2010 sur les violences faites aux femmes est une bonne loi qui, malheureusement, n’est pas bien appliquée faute de moyens mais aussi d’implication et de formation des magistrats. C’est pour moi une priorité : inciter les juridictions à avoir recours aux ordonnances de protection des victimes ; débloquer des places d’hébergement ; généraliser le dispositif du téléphone portable d’alerte qui a fait ses preuves en Seine-Saint-Denis.

Comment envisagez-vous la lutte contre la prostitution?
Mon objectif, comme celui du PS, c’est de voir la prostitution disparaître. Je ne suis pas naïve, je sais que ce sera un chantier de long terme. Cette position abolitionniste est le fruit d’une réflexion tirant les leçons des insuffisances des dispositifs actuels. Dans cette optique, le Parlement a adopté l’an dernier une résolution qui préconise la pénalisation des clients. Tous les partis l’ont votée. Le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, et moi-même ne resterons pas inactifs sur cette question. Sans aucun jugement moral, il s’agit de protéger l’immense majorité des prostituées, qui sont d’abord des victimes de violences de la part des réseaux, des proxénètes.

Votre proposition ne manquera pas de déclencher la polémique.
Nous ne cherchons pas à polémiquer mais à convaincre. Pour tirer toutes les conséquences de la résolution de l’Assemblée nationale, nous organiserons une conférence de consensus. La question n’est pas de savoir si nous voulons abolir la prostitution – la réponse est oui – mais de nous donner les moyens de le faire.

Anne-Laure Barret – Le Journal du Dimanche

10 commentaires sur Entretien au Journal du Dimanche – 24 juin

  1. Gérard Eloi

    @ Chris,

    Dans son programme, le Président Hollande entendait réguler les marchés financiers. C’est donc le moment d’agir, avec SG et BNP-Paribas. Non pas en nationalisant, en renflouant, mais plus simplement en confisquant !

    Voilà ce que j’écrivais récemment sur DA :

    http://www.desirsdavenir.org/component/kunena/10-forum-de-soutien/34706-la-dette-colossalecomment-allez-plus-vite-pour-la-rembourser.html?limit=6&start=12

    —————————-

    Si le lien renvoie à la discussion complète, copie de mon comm :

    On doit de l’argent aux banques privées, à cause d’une loi Giscard-Pompidou de 1973 qui fut ensuite élargie à l’Europe, et qui interdit aux banques centrales, dont la BCE, de prêter aux Etats ! La BCE prête donc exclusivement, et à 1 minable %, exclusivement aux banques privées. Lesquelles reprêtent aux Etats à des taux variant de 2 à 6 %, parfois en poussant (Grèce à un moment) des pointes jusqu’à 15 !

    Une autre histoire drôle : la BCE a ouvert des crédits illimités, jusqu’à au moins janvier 2013, aux banques privées. L’Espagne a besoin de 100 milliards pour renflouer ses banques. Pourquoi ces banques n’empruntent-elles donc pas à 1 % à la BCE ? On ne le dit pas dans la chanson. Mais l’Espagne ne peut emprunter elle-même sur les marchés, où elle serait taxée à 6 %. Elle emprunte donc à l’UE, donc aux Etats (France garante pour 10 milliards je crois),…, et l’UE va emprunter sur les marchés pourris à environ du 3 % ce qui n’aurait dû en coûter qu’un.

    -Les banques espagnoles devaient emprunter à la BCE (qui ne sert plus qu’aux banques privées);
    -Il faut d’urgence abolir cette loi de la finance mafieuse, et permettre aux Etats le taux de 1 % aussi (Hollande en avait parlé à un moment de sa campagne, mais depuis, hélas, silence…)

    -La bonne idée, c’était celle de Nathalie Arthaud, qui disait :  » Il faut confisquer les banques ». Bien qu’aucun code ou smiley ne soient montrés, ils sont utilisables.

  2. Bernard

    « La mission d’information de la commission des lois sur la prostitution en France, qui a rendu son rapport public le 13 avril 2011, a dressé, avec plus de 200 personnes entendues, sept ministres sollicités et six déplacements effectués, un bilan aussi complet et objectif que possible de la prostitution en France. Si elle a préconisé le vote d’une résolution parlementaire, c’est avec un triple objectif :
    – rendre publiques certaines réalités qui posent question dans une démocratie comme la nôtre,
    – battre en brèches les idées reçues qui laissent accroire que, sous prétexte que la prostitution serait « le plus vieux métier du monde », elle est une fatalité,
    – enfin, réaffirmer la détermination de la France à lutter contre la prostitution et à garantir les droits des personnes prostituées. »

    La suite ici (c’est vite lu, et beaucoup y est dit) : http://www.assemblee-nationale.fr/13/propositions/pion3522.asp
    Ce texte voté par l’Assemblée confirme l’engagement de la France dans la voie abolitionniste.
    @ Dominique : j’ai 2 fois l’âge de Mme Belkacem, et je la pense plus à même de faire avancer ce dossier que moi.

  3. Gérard Eloi

    Il me semblait qu’il y avait si longtemps, Cécile…

    Perdu la notion du temps…Peut-être à cause des caves de Malpertuis où mes roses bleues se sont quasi fanées…
    Mais faut que j’arrête de divaguer : le sujet du billet était sérieux.

    Bizzz, @ +

  4. Cecile

    @Gérard : Un bail ? Pas tant que ça .!:-)
    Et puis je suis toujours la. (en veille..:) )

  5. Bernard

    « La mission d’information de la commission des lois sur la prostitution en France, qui a rendu son rapport public le 13 avril 2011, a dressé, avec plus de 200 personnes entendues, sept ministres sollicités et six déplacements effectués, un bilan aussi complet et objectif que possible de la prostitution en France. Si elle a préconisé le vote d’une résolution parlementaire, c’est avec un triple objectif :
    – rendre publiques certaines réalités qui posent question dans une démocratie comme la nôtre,
    – battre en brèches les idées reçues qui laissent accroire que, sous prétexte que la prostitution serait « le plus vieux métier du monde », elle est une fatalité,
    – enfin, réaffirmer la détermination de la France à lutter contre la prostitution et à garantir les droits des personnes prostituées. »

    La suite ici (c’est vite lu, et beaucoup y est dit) : http://www.assemblee-nationale.fr/13/propositions/pion3522.asp

    @ Dominique : j’ai 2 fois l’âge de Mme Belkacem, et je la pense plus à même de faire avancer ce dossier que moi.

  6. Cecile

    A la marionette : on se passe de commentaires injurieux.
    Élevons le debat jusqu’au 7eme ciel ..
    Je doute que tu puisses y arriver ..

  7. Gérard Eloi

    @ Dominique,

    Tu es fort lapidaire, étant donné sans doute la rapidité avec laquelle est venue cette annonce à laquelle on ne s’attendait pas tellement…

    Jr crois que tes propositions ( A travail égal,…) sont toutes intégrées dans la « feuille de route » de Najat. Rien ne lui interdit donc d’avancer un pas plus loin, en considérant, comme le dit Cécile en comm 4, qu’il y a un parallélisme entre prostitution et esclavage.

    Tu proposes un referendum. L’idée est intéressante, et il n’en n’a pas encore été question. Néanmoins, il n’est pas question non plus de foncer dans une précipitation maladroite :

    « …Nous ne cherchons pas à polémiquer mais à convaincre. Pour tirer toutes les conséquences de la résolution de l’Assemblée nationale, nous organiserons une conférence de consensus. »

  8. Cecile

    Beau combat et très courageux !
    A ceux qui disent que cela a toujours existe, plus vieux métier du monde : ce n »en est pas un d’ailleurs,
    Que dire de ceux qui ont voté l’abolition de l’esclavage s’ils n’y avait eu que des gens pour dire : que ça avait toujours existe ? Et que c’etait utile …a la société ?
    Alors oui l’esclavage a ete aboli et heureusement et meme s’il existe encore des situations d’esclavagisme , le fait est qu’il fallait le faire ! CQFD
    Allez Najat courage :-)

  9. Frenandez

    Madame
    Je ne pense pas qu’il faille abolir la protitution car ça risquerait d’augmenter le nombre d’agression sexuelle,mais plutot l’encadrer en rouvrant les maisons closes afin de protéger les protituées des violences de leurs proxénétes et des clients,pallier au manque d’hygiéne.Ces personnes choississent la protitution car elles ont peu ou pas de ressources et c’est leur seule façon de s’en sotir,reconnaitre la protitution comme un métier légal c’est de donner également la sécurité matérielle afin de profiter des mémes droits que tous les Français(maladie,retraite,emprunt,impot)

  10. DOUME GERMOND KABONGO

    Bonjour Excellence Mme La Ministre,

    Faire disparaitre la prostitution, c’est une idée géniale; c’est un prix qui fait appel à des hautes et nobles aspirations que d’aucun et cela malgré la cruyauté et la dureté de notre monde.
    Mais, je pense que la résolution et la mise en pratique de cette loi doit être progressive compte tenu de l’ampleur et la profondeur dont ce metié qualifié de « vieux » a pris dans notre societé.

    Vous êtes sans ignorées éxcellence que ce metié est tellement soutenu et fait même partie integrante dans les circuits des mafias; abolir la prostitution, revient à deranger le coeur même de cette organisation  » mafia », avec tout ce qu’entraine comme consequence de cette lutte.
    Et celle-ci doit faire l’objet de l’implication des toutes les organisations sociales et de tous les secteurs de la societé.
    Courage NVB, le changement implique souvant des mesures impopulaires, mais il faut commencer quelque part.

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