Sécurité des écoles, des collèges et des lycées : intervention de Najat Vallaud-Belkacem


Retrouvez ici le texte et la vidéo de l’intervention de la ministre, ce mercredi 24 Août 2016, lors de la présentation des mesures de sécurité des écoles, des collèges et des lycées.
La vidéo de l’intervention de Bernard Cazeneuve, ministre de l’intérieur, est disponible ici.

Monsieur le ministre, cher Bernard,
Monsieur le secrétaire général,
Madame la directrice générale de l’enseignement scolaire,
Mesdames et messieurs en vos grades, titres, et qualités,
Mesdames et messieurs,

S’il fallait retenir une chose de ce que nous vous présentons là, c’est la volonté affirmée de développer dans l’institution scolaire une culture pérenne de la gestion des risques et de la sécurité.

Nous y travaillons depuis 2015, et nous agissons en collaboration étroite avec l’Intérieur, dont l’expertise nous est précieuse. Nous avons bien sûr  aussi pris soin, sur ce sujet, de consulter les fédérations de parents, les organisations syndicales et les associations de collectivités territoriales ;

Nous nous sommes concentrés sur deux aspects :

  • le premier concerne la structuration même de nos services, pour apporter, à l’échelle académique et nationale, des réponses efficaces en cas de crise ;
  • le second concerne la sécurisation de chaque école, de chaque collège et de chaque lycée.

S’agissant de la structuration des services, différentes mesures ont été mises en œuvre.

La première porte d’abord sur tout ce qui relève de la gestion de crise. Il n’existait pas avant, de cellules de crise académiques. Nous en avons créé dans chaque académie, et nous avons nommé  dans l’éducation nationale des référents sûretés, un par département et un par académie (131 en tout).

Nous avons aussi tenu à ce que nos cadres participent aux cellules de crise mises en place par les préfets, pour améliorer la coordination de nos services.

Dans une crise, le temps est compté. La réactivité est primordiale, tout comme la transmission des différentes informations, aussi bien à destination des personnels que des familles.

Différents outils ont  donc été mis en place, notamment un répertoire de l’ensemble des téléphones mobiles des directeurs, des inspecteurs et des chefs d’établissement, pour communiquer rapidement avec eux par sms. Un test sera réalisé à l’occasion de la pré-rentrée, pour s’assurer que tout fonctionne.

Si une école devait subir une attaque terroriste, le ministère communiquera aux familles des informations vérifiées par l’Intérieur.

Celles-ci seront accessibles sur education.gouv.fr, qui affichera alors une page spéciale avec uniquement les informations fiables, les zones de confinement et les consignes à suivre. Ces informations seront aussi relayées par le compte Twitter de l’Éducation Nationale.

Ce que je vous dis là sera naturellement signalé par des affiches devant chaque établissement.

Enfin je tiens à insister pour que tous nos concitoyens téléchargent l’application SAIP, mise en place par le ministère de l’intérieur, qui donne des informations en temps réel en cas d’attaque terroriste.

Des cellules de crise académique donc, des référents sûreté identifiés, des outils appropriés : tout cela nous permet d’assurer une réponse optimale en cas de crise.

Le deuxième point sur lequel je veux insister, c’est que savoir réagir, savoir gérer une situation de crise, adopter une conduite rationnelle sans céder à la panique, cela s’apprend.

La formation constitue un enjeu central. Elle occupe donc, dans les mesures que nous avons prises, une grande place.

Il ne s’agit pas de faire endosser à nos personnels des responsabilités et des compétences qui ne sont pas les leurs. Un professeur reste d’abord un professeur. La sécurité n’est pas son cœur de métier. Néanmoins, les personnels de l’éducation nationale en tant qu’agents du service public ont aussi une responsabilité à assumer dans ce domaine. Il est de notre devoir de leur donner les moyens de le faire.

Tous les recteurs et leurs équipes, soit 240 personnes, seront formés à la gestion de crise d’ici la fin de l’année 2016.

Nous avons aussi renforcé la formation de nos cadres et notamment des chefs d’établissements et des équipes mobiles de sécurité sur la gestion de crise, grâce, entre autres, à des formations conjointes avec le ministère de l’intérieur.

Nous formions ainsi ces deux dernières années 135 cadres par an au Centre national d’Entraînement des Forces de Gendarmerie de Saint-Astier.

Ces formations, j’ai eu l’occasion d’y assister lors d’un déplacement avec Bernard Cazeneuve, le 19 janvier dernier. Elles sont extrêmement réalistes : elles préparent très concrètement à faire face aux situations les plus difficiles.

Cette préparation exigeante est nécessaire, car les cadres qui la suivent interviendront ensuite auprès des personnels lors des plans de formation académique.

J’ai souhaité qu’un nombre beaucoup plus important de cadres le soient. Ils seront donc désormais 500 par an. Pour ce faire, en plus de Saint Astier, 3 nouveaux centres de gendarmerie ouvriront leurs formations  aux personnels de l’éducation nationale à partir de la rentrée scolaire 2016 : Rochefort, Melun et Tulle.

Par la formation de nos personnels, nous assurons ainsi dans chaque établissement, la transmission d’une culture de la gestion de risque, et une préparation à la hauteur de la menace.

Naturellement, nous prenons soin aussi de préparer nos élèves, notamment pour que l’application des Plans Prioritaires de Mise en Sûreté de chaque établissement se fasse le plus rapidement et le plus efficacement possible.

Ces PPMS, nous avions demandé en novembre dernier à nos écoles et nos établissement de les réactualiser : 88 % des écoles l ‘ont fait et 95 % des collèges et des lycées aussi. Ils ont également mis à jour leurs diagnostics de sécurité. Les établissements restants le feront très prochainement.

Dans le cadre de ces PPMS, nous avons demandé à ce que 3 exercices, dont un exercice attentat intrusion, soient réalisés dans tous les établissements, au cours de l’année scolaire.

Un de ces exercices devra être organisé avant les vacances de la Toussaint, prioritairement celui portant sur « attentat-intrusion ». Ce type d’exercice doit être préparé avec toute la communauté éducative.

Ici encore, nous avons veillé à accompagner nos personnels, en rédigeant un certain nombre de guides que vous trouverez dans votre dossier notamment sur l’exercice attentat-intrusion.

À ce sujet, je tiens à apporter quelques précisions sur la formation des élèves les plus jeunes, notamment en maternelle. Il faut évidemment tenir compte de l’âge des élèves.

Nous prenons soin, par exemple, de ne pas aborder l’exercice d’intrusion-attentats en évoquant directement le sujet auprès des enfants les plus jeunes. Les enseignants et les personnels vont s’appuyer sur des logiques ludiques, jouer à se cacher ou à se taire dès que le professeur des écoles fait un signe particulier, par exemple.

Ce qui importe, ici, c’est de leur faire adopter une réaction appropriée et un certain nombre de réflexes qui pourront, si besoin, être mobilisés.

S’agissant des plus grands, les enjeux sont abordés plus directement.

Aux exercices de PPMS, nous ajouterons aussi, pour les élèves de troisième, une formation aux premiers secours.

Jusqu’à présent, seuls 30% des élèves de troisième étaient formés aux premiers secours. Notre objectif est clair : former 100 % des élèves de troisième et 100% des élèves ayant un mandat (délégué de classe, élu au CVL) soit 1,2 million d’élèves par an.

C’est un objectif ambitieux mais réaliste.

Pour l’atteindre, un nouveau module centré sur les gestes qui sauvent a été déployé, et le nombre de formateurs qui interviendront ont été augmenté, passant de 7000 à 10 000 au cours de cette année scolaire. Les formateurs de formateurs passeront eux de 200 à 300.

Pour réaliser cela, nous avons pu compter sur l’implication du ministère de l’intérieur, des associations et organismes publics agréés pour la formation aux premiers secours et sur l’aide de la fédération nationale des sapeurs-pompiers de France.

Je tiens à les remercier pour l’aide précieuse qu’ils nous apportent.

Deuxième grand axe : La sécurité passe, au niveau local, dans chacun de nos établissements, par des mesures précises, et par la mobilisation de l’ensemble de la communauté éducative.

L’accueil par le personnel, le contrôle visuel des sacs, la surveillance et la vigilance aux abords de l’établissement sont autant de consignes qui doivent être appliquées et respectées avec fermeté.

J’ai demandé aux directeurs d’école d’aborder la question de la sécurité lors de la réunion de rentrée avec les familles, et aux chefs d’établissement du collège et de lycée de s’assurer de l’information des élèves et de leurs familles.

Nous avons créé, sur le sujet de la sécurité, des guides d’accompagnement spécifiques : pour les directeurs d’école, les chefs d’établissements et pour les familles.

Ces guides viennent compléter, expliquer, préciser les différentes mesures. Ils fournissent des repères clairs qui renforcent l’efficacité des actions mises en œuvre.

Par ailleurs, je le disais, des diagnostics de sécurité sont mis à jour dans l’ensemble de nos établissements, en lien avec le «correspondant police-gendarmerie-sécurité école » et la collectivité de rattachement.  Des travaux de sécurisation, si nécessaire, sont réalisés.

Cela peut-être, par exemple, un visiophone, au cas où l’entrée de l’établissement serait trop excentrée et n’offre pas une bonne visibilité.

Cela peut être de s’assurer de l’opacité des vitres exposées, notamment au rez-de chaussée, ou encore d’adapter les systèmes d’alarme pour prendre en compte les alertes attentats. .

Ces travaux – nous en sommes conscients – peuvent représenter, pour certaines collectivités en difficultés financières, un coût élevé. Pour assurer la mise en œuvre de l’ensemble des travaux de sécurisation nécessaire, nous avons donc décidé de quasiment doubler l’enveloppe du FIPD – le Fonds d’Interministériel de Prévention de la Délinquance, qui, en plus des 70 millions actuels, sera pour cette question de soutien aux travaux de sécurisation, abondé de 50 millions supplémentaires.

L’objectif, en doublant ce fonds, est de permettre aux collectivités en difficulté, à celles qui en ont besoin, de réaliser le plus vite possible les travaux de sécurisation nécessaires dans les écoles, dans les collèges et dans les lycées.

Les mesures, vous le voyez, sont nombreuses, cohérentes et complémentaires.

Elles nous permettent à la fois d’anticiper, de sécuriser et de savoir réagir.

Elles traduisent, concrètement, dans tous nos établissements, la priorité absolue que constitue, pour ce gouvernement, pour l’Etat, et pour notre pays, la sécurité de nos écoles, de nos collèges et de nos lycées.

Un dernier mot pour vous dire que devant les périls qui nous menacent, notre réponse doit marcher sur deux jambes, le volet sécuritaire bien sûr, mais aussi le volet éducatif. Les deux doivent toujours aller de pair. C’était le sens de la grande mobilisation de l’école pour les valeurs de la république que j’ai lancée en janvier 2015.

C’est le sens de tout ce que nous avons développé depuis pour alimenter un véritable parcours citoyen de l’élève à l’école (Enseignement moral et civique, Éducation aux médias et à l’information, travail autour de la laïcité, de la lutte contre l’antisémitisme et le racisme, de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la lutte contre le harcèlement,  réserve citoyenne de l’éducation nationale,  service civique à l’école, etc…) et nous continuerons à le faire.

Voilà Mesdames et Messieurs, la force de la culture commune de la gestion des risques et de la sécurité repose sur la citoyenneté et le sens civique de chacune d’entre-nous.

Et c’est pourquoi, je veux, en conclusion, dire ma confiance et ma reconnaissance sincère à l’égard de tous nos personnels et des familles qui seront amenés à mettre en œuvre et à respecter ces instructions.

Je vous remercie.

Najat Vallaud-Belkacem,
Ministre de l’Éducation nationale,
de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

À la une Éducation nationale Publié le 24 août 2016

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4 commentaires sur Sécurité des écoles, des collèges et des lycées : intervention de Najat Vallaud-Belkacem

  1. Ricercar

    Un type déterminé armé d’une kalachnikov entrera partout, malheureusement : personne ne peut rien contre cela (les vigiles de Charlie Hebdo, dont il faut saluer la mémoire, ont juste été des victimes supplémentaires). Arrêtez de faire du bruit autour de cela et de désigner les écoles comme des cibles aux terroristes en manque d’idées.

  2. Mangin Audrey

    Je viens de lire votre discours et je suis consternée! Les gouvernements de gauche comme de droite ne savent pas quoi faire pour éradiquer le terrorisme de notre pays! En gros, vous allez apprendre aux élèves à se protéger seuls! Vos exercices pour les petits me font sourire! Et les élèves de 6e, 5e, 4e? Vous montrez réellement l’impuissance des politiques.

  3. Une citoyenne

    Madame la Ministre,

    Les questions de sécurité sont en effet primordiales à l’école et même partout ailleurs.

    Ce thème sera bien évidemment un enjeu crucial de la campagne pour les élections présidentielle et législatives de 2017. Toutes ces mesures étaient donc très attendues par nous tous, concitoyens.

    Mais il y a un autre thème qui refait en ce moment énormément surface au sein de la Société Civile (dont je fais partie) et même de plus en plus au sein de la Classe Politique (le sénateur de ma circonscription et certains Candidats à la primaire de la Gauche en parlent) : c’est la crise de la représentativité au sein du Parlement Français.

    Ne vous formalisez absolument pas pour ce que je vais souligner. Il s’agit uniquement d’un constat purement factuel et nullement d’un jugement de valeur. Je ne me le permettrais pas.

    Mais notre Parlement Français souffre aujourd’hui d’un manque certain de représentativité d’ouvriers, d’employés, d’enseignants, de fonctionnaires en catégories B et C, de petits artisans, de petits auto-entrepreneurs, de jeunes, de personnes issues de l’immigration…

    Loin de moi l’idée de remettre en cause les compétences intellectuelles et techniques des femmes et hommes issus de l’Ecole Nationale d’Administration, des Instituts de Sciences Politiques et de d’autres Grandes Écoles d’Ingénieurs, de commerce et de finances. On a besoin de ces connaissances comme dans la fonction publique et les entreprises privées. Ceci est incontestable.

    Mais ne pensez-vous pas qu’il est dommage de ne pas inclure dans la représentativité du Parlement personnel enseignant (premier degré, collèges et lycées), ouvriers, employés, jeunes, personnes issues de l’immigration, personnes syndiquées, demandeurs d’emploi, etc, pour avancer plus vite et mieux sur toutes nos questions de Société en s’appuyant sur l’expérience quotidienne de ces personnes ? Elles peuvent identifier certains besoins auxquels vous ne pensez pas forcément, parce qu’ils le vivent dans leur quotidien. Et puis cela éviterait surtout toute tentative au vote populiste « anti élite » vers lequel certains de nos concitoyens, par cette défiance de la classe politique, avec un Parlement auquel ils ne croient plus et ne s’identifient plus. Il faut créer une dynamique où la Classe Politique va impliquer davantage la Société Civile dans les décisions, c’est-à-dire une sorte de Démocratie Participative où le civile est au coeur du processus, pour qu’ils s’intéressent davantage à la vie politique, qu’ils se sentent valorisés et impliqués. Cela résoudra bien des choses, peut-être même en partie la tentation du vote populiste ou le problème du terrorisme. Car cela va créer plus de lien et de confiance entre la Classe Politique et la Société Civile qui semblent être aujourd’hui aux antipodes.

    Bien sûr, il y a l’expérience de terrain du Député-Maire, mais conjuguée avec celle de concitoyens enfin représentés au Parlement, ça serait encore mieux. D’autant que, comme dit plus haut, cette idée refait de plus en plus surface. Et on peut tabler sur l’idée qu’elle sera un thème de campagne très attendu par les électeurs.

    Merci de m’avoir lue.

    Cordialement,

  4. Stéphanie

    Bonjour
    Je suis une maman de 2 filles scolarisées en maternelle. J’ai lu avec intérêt votre discours. Une chose me frappe m’inquiète même. Faut il se préparer à une attaque en tant que citoyen ? J’ai peur pour mes enfants, comment leur expliqur cela ? J’attends que notre gouvernement soit plus ferme et nous parle plutôt de lutte contre le terrorrisme islamiste plutôt que d’apprendre à nos enfants à se taire par un geste appris par l’instituteur. Au contraire j’attends que leur instituteur les laisse parler et s’exprimer dans notre pays de la liberté la France !
    Mes enfants sont scolariseés près d’une mosquée , celle ci est elle contrôlée ? Peut on accepter que certaines mères emmènent leurs enfants en burqa ? C’est cela que j’attends du gouvernement !

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