Le débat sur les programmes d’histoire : un écran de fumée pour éluder les vrais enjeux de l’École

Nous devions assister, hier soir, à un grand débat sur l’avenir de la France. Une nouvelle fois, j’attendais de cet exercice démocratique, un débat sur l’Éducation. Une nouvelle fois, nous avons eu droit à une polémique sur l’enseignement de l’histoire dans l’École de la République. Ce débat sur les programmes d’histoire est intéressant, qu’il s’agisse des Gaulois, hier avec Nicolas Sarkozy, ou de Clovis aujourd’hui, avec François Fillon. Je comprends qu’il intéresse les Français, tant je partage cette passion pour notre culture, notre histoire, et la transmission de notre passé aux nouvelles générations. Mais, au-delà du mensonge outrancier de Monsieur Fillon (ne vous en déplaise, et Clovis et Jeanne d’Arc et Voltaire et Rousseau font toujours bien partie des programmes scolaires), il faut avoir conscience qu’il s’agit une fois de plus d’un de ces faux débats, d’un de ces écrans de fumée que la droite affectionne tant pour éviter de parler des questions qui fâchent et des véritables enjeux de l’École et de l’Éducation dans notre pays.

Enseigner l’histoire, c’est tellement important que moi, je veux qu’il y ait des professeurs d’histoire devant les élèves dans tous les collèges et lycées de France. S’il n’y a pas d’enseignant dans la classe, il n’y aura pas de Clovis, et il n’y aura pas de récit national transmis à qui que ce soit. Et encore moins aux élèves des établissements dans les quartiers populaires qui, si j’ai bien compris, sont soupçonnés plus que d’autres, de ne rien savoir de la France, ou pire, de ne pas l’aimer. Donc, je crois qu’à ce stade du débat public, les Français sont en droit d’exiger de François Fillon qu’il leur dise d’abord comment il prévoit l’enseignement de l’histoire aux 12 millions d’élèves français avec 500 000 fonctionnaires de moins.

Pour ce qui concerne les programmes eux-mêmes, faut-il le rappeler, c’est nous, au cours de ce quinquennat, et personne d’autre, qui les avons libérés de l’influence des politiques, notamment du Ministre de l’Éducation nationale, c’est-à-dire moi. C’est dire si j’ai l’ambition d’écrire l’histoire à la place des historiens ! Car oui, c’est bien nous qui avons confié à un conseil scientifique indépendant d’enseignants et d’universitaires la responsabilité des programmes. Monsieur François Fillon, lui, a toujours systématiquement fait l’inverse en donnant le premier rôle à l’idéologie plutôt qu’au savoir : faut-il rappeler l’épisode peu glorieux de la tentative d’introduction dans les programmes du « rôle positif de la colonisation » ?

Ensuite, un programme, qu’est-ce que c’est ? C’est un repère et une référence commune pour tous les enseignants sur les grandes lignes de ce que les élèves doivent apprendre, cycle par cycle. Ce n’est pas un manuel d’utilisation que les enseignants récitent mot à mot, comme des robots. Les enseignants sont des gens compétents, responsables, d’autant plus maintenant qu’ils sont formés, ce que François Fillon ou Alain Juppé avaient jugé inutile et négligeable. Les enseignants n’ont pas besoin qu’on le leur dise pour savoir que l’histoire de France, c’est Clovis, Jeanne d’Arc, Napoléon, Voltaire ou Rousseau, et tant d’autres. Ils ont besoin de savoir à quel moment on aborde telle et telle période de l’histoire, et avec quel niveau d’approfondissement, pour que tous les élèves de France disposent d’un socle commun.

A cet égard, et pour ceux que ce débat inquiète, et qui penseraient en toute bonne foi que l’histoire nationale ne serait plus enseignée, un mot : il se trouve que nous savons ce que les élèves retiennent de l’histoire de France à la sortie du collège et du lycée. Il y a en France, qui est un grand pays universitaire, des scientifiques qui travaillent sur ces questions, et je veux rassurer tout le monde : les petits Français ont une conception très classique du récit national, très chronologique, avec les Rois de France, les dates, les lieux, les grandes guerres… La même que la vôtre, la même que tout le monde : c’est une histoire qui nous est commune sur toutes les générations. Et c’est une histoire qui, quelles que soient les origines de ces enfants, donne à aimer à chacun la Nation, la République, et ce qui fait l’unité, la cohésion et l’identité de la France.

Alors, l’idéologie, qu’est-ce que c’est ? C’est justement l’histoire officielle voulue et pratiquée par François Fillon lorsqu’il a été en responsabilité. Je laisse cette conception des choses aux dictatures, aux régimes totalitaires et autoritaires. En France, l’histoire appartient aux historiens, et je compte bien défendre cette vision républicaine et démocratique de l’Éducation dans notre pays.

Enfin, dernière mise au point. Le ministère de l’Éducation nationale n’écrit pas les manuels scolaires, ce sont les éditeurs. Je suis sans doute plus libérale et militante de la liberté scolaire que François Fillon sur ce point, mais en France les éditeurs sont libres, et je tiens à ce qu’ils le restent. On ne leur dicte pas ce qu’ils doivent écrire, on ne les censure pas. Nous sommes en démocratie, et la liberté de publier est un droit fondamental. Je sais que les modèles autoritaires peuvent fasciner certains, pas moi.

C’est dans ce contexte que François Fillon a tenu des propos profondément choquants à l’égard de la probité, de la loyauté et de l’honnête intellectuelle de l’Inspection générale de l’Éducation nationale. Elle a tout mon soutien, comme tous les personnels de l’Éducation nationale, dont l’attachement au service public est infiniment plus porteur pour notre pays que les tristes renoncements annoncés hier soir.

 

Najat Vallaud-Belkacem,
ministre de l’Éducation nationale,
de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

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4 commentaires sur Le débat sur les programmes d’histoire : un écran de fumée pour éluder les vrais enjeux de l’École

  1. Desgrois Didier

    Madame la Ministre de L’Education Nationale,
    Je vous remercie pour votre réponse juste,sincère et précise sur les « polémiques politiciennes » concernant les programmes scolaires d’histoire dans les établissements scolaires.
    L’histoire n’est « pas figé » dans le temps elle évolue avec et parfois même il semblerait que les historiens, les académiciens etc..interprètent celle-ci différemment, ce qui est bon pour les débats constructifs d’une société moderne.
    Encore merci !
    Très cordialement
    Liberté Egalité Fraternité Laïcité Humaniste.

  2. Hassan

    Rien ne sert de souffrir il faut aimer commun)e…

    Histoire…La moins compliquée…la connaissance embellie de la Démocratie…

    Idéologie…La plus raisonnable… la « frontologie » solidaire de la République…

    Programme…Le mieux adapté…le dessein tolérant de la Diversité…

    Enseignement…Le genre universel…le progrès imaginé de la Nature…

    Élève…La valeur ajoutée…la réussite entendue de la Culture…

    Remerciement…Le pluriel composé…le quotidien de la Victoire…

    Alors, un seul plusieurs ou tous ces exemples en moins et c’est…c’est la « cata »…

    Tout ne sert de sourire il faut choisir prochain)e…

    Bien à Vous…

    Merci…

  3. Le Comte

    Entièrement d’accord !
    Il faut donc tout faire pour empêcher cette droite ultra d’accéder à la Présidence, mais la gauche en est-elle capable, 5 ans après avoir eu tous les pouvoirs puis les avoir … perdus ?!

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