Ethique minimale

Questions de société Publié le 30 avril 2010

Je vous invite à lire ce court entretien du philosophe Ruwen Ogien dans les Inrockuptibles de cette semaine. Une contribution originale, radicale, provocante, mais stimulante au débat sur la bioéthique et notre rapport au corps (et à l’argent) dans la société contemporaine. Je suis loin de partager toutes ses conclusions, mais j’estime depuis longtemps que son approche est utile pour débusquer un certain nombre de fausses évidences, et de postures morales finalement assez peu progressistes. C’est le rôle d’un intellectuel de s’engager ainsi, et je crois que c’est le rôle d’un responsable politique de lui donner une place dans le débat public, sans esquiver les questions qui dérangent. Je réserve, pour l’instant, mon avis aux travaux de consultation que je mène en ce moment sur le sujet au sein du Parti Socialiste, mais vous, qu’en pensez-vous ?

OG

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3 commentaires sur Ethique minimale

  1. Cécile

    « sans esquiver les questions qui dérangent »
    Bien vu.

    Je répondrai par une autre question philosophique :
    « sommes nous dignes d’être libres ? »

    Notre liberté c’est notre vie, c’est de ne pas se faire « acheter » par d’autre ni par l’argent ni par des manipulations.

    Comment ne pas être mal à l’aise lorsqu’on parle de vente de nos organes ? car il ne s’agit pas de « produits de consommation », et comment oser pouvoir donner un prix à tel ou tel d’entre eux ?

    Alors effectivement, notre réaction va dépendre du moment que nous vivons : si tout va bien je pourrai faire un don pour sauver quelqu’un sans penser à l’argent, mais si je suis dans le besoin ? quelle serait ma réaction ?
    Alors pourquoi ne pas « envisager » une « compensation » ??

    Et peut on parler de « droit » ? quant des personnes n’ont tout simplement pas le choix ?

    et dans certains pays (pauvres) ces mêmes personnes vont jusqu’à payer de leur vie parfois pour en sauver une autre ? pas le choix….
    et ça devient pire que tout,.parceque la vie n’a pas de prix, quelle qu’elle soit.
    Alors oui protégeons les gens d’eux mêmes, et oui il faut des limites à tout sinon l’argent dominera encore plus que notre raison.

  2. Gérard Eloi

    Article très intéressant, Najat, qui pose de nouvelles questions et qui voudrait élargir un peu ce qui est éthique dans le domaine de la vie.

    Ruwen Ogien met en garde contre certains effets de la « philosophie kantienne ». Ce que l’on peut comprendre : Kant est mort au 19ème siècle, et il est donc normal que certaines de ses pensées soient aujourd’hui considérées comme désuètes.
    Il n’empêche que j’aime bien Kant. Parce que je me sens plus proche de son époque que de nos temps modernes qui vont trop vite pour moi ?
    Ou parce que son oeuvre peut être considérée comme l’une des bases de la Déclaration des Droits de l’ Homme…
    Ou parce qu’il est aussi à la base de la théorie du chaos mathématique, concept sans lequel on n’aurait peut-être pas imaginé l’ « effet papillon », auquel cas Werber n’aurait peut-être pas écrit son  » Papillon des Etoiles »…

    A la fin de ce roman, Werber explique comment un jour, quelque part, un homme a créé…, à partir d’un élément de son corps et d’un « truc » sauvegardé dans une éprouvette. Une finale bioéthique pour un roman de philosophie, d’histoire et d’anticipation.

    Mais revenons à notre ami Ogien.
    Vendre ou donner ?

    Comme je suis un peu…vieux jeu, je suis plutôt opposé à l’idée de la vente.
    A cause de dérapages qui pourraient croître de manière exponentielle. (Revoir la théorie du chaos mathématique !).

    Qui dit vente dit bénéfs, donc à brève échéance sociétés commerciales.

    Ogien installe un certain parallélisme entre prostitution et vente d’organes.
    Prostitution : dérives bien connues, les « macs ». Et ainsi la traite d’êtres humains. Des réseaux envoient les Blanches en Amérique ou ailleurs, et importent ici des personnes plus exotiques. Exploitation d’êtres humains = retour à l’esclavage.

    Puisque c’est Ogien qui a fait le rapprochement entre  » Vendre son corps et… vendre ses morceaux », j’imagine ce qui peut en découler en matière de trafic d’organes. Un thème abordé depuis longtemps : revoir notamment le film  » Traitement de choc », avec Annie Girardot et Alain Delon.

    Evidemment et quoi qu’on en dise, ce trafic d’organes existe sans doute déjà.
    Autoriser la « vente libre » peut avoir deux effets : soit supprimer toute possibilité de marché aux trafiquants, soit…l’inverse. Par « effet papillon ».

    Je suis conscient de n’avoir répondu que de manière très incomplète à la complexité du problème posé. Parce que le sujet est énorme.

    Jean Gabin disait  » Je sais… ».
    Tout ce que je sais,… c’est que je ne sais pas.

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