Ouvrir latin & grec au plus grand nombre pour tirer tous les élèves vers le haut

Ce mardi 24 mars, Najat Vallaud-Belkacem était entendue par la Commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale. La ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a répondu aux questions des députés sur le « Collège 2016, mieux apprendre pour mieux réussir »
Retrouvez ici la réponse de la ministre sur la question de l’enseignement des langues anciennes au collège, en vidéo et texte :

« Sur cette question du latin et du grec, je voudrais juste que vous compreniez bien la démarche de cette réforme du collège.
J’ai dit d’ailleurs dans mon introduction, que oui pour 20% des élèves le collège actuel fonctionne très bien. Pour ceux qui en effet passent par les classes bi-langues, par les options latin, etc. On est tous d’accord, il n’y a pas de problème pour eux et pas besoin de réformer le collège.

Le sujet, c’est comment faire en sorte que tous les collégiens puissent avoir accès à cet enrichissement que constitue le fait d’avoir une seconde langue plus tôt, au lieu d’attendre la 4ème et le fait d’être ouvert aux cultures et langues de l’antiquité. Parce que je suis d’accord avec vous, mille fois d’accord. Et comme en plus j’en ai fait, je sais à quel point le Latin joue dans l’acquisition d’une culture commune, dans la construction de la citoyenneté, dans la dimension linguistique de ce que l’on y apprend, dans l’apprentissage de l’Histoire des civilisations. Et pour toutes ces raisons, je ne me satisfais pas que cela soit réservé à quelques-uns.

Donc il ne s’agit pas de supprimer un droit ou une possibilité pour quelques-uns. Il s’agit de le généraliser, comme pour la question des langues vivantes, pour tous les collégiens. Et nous le faisons de 2 façons s’agissant du latin et du grec.

La première façon, nouvelle. Nous introduisons dans l’enseignement du Français une initiation à l’étude des langues anciennes. Parce que nous estimons que les langues anciennes permettent de mieux comprendre les principes fondamentaux de la langue française, l’étymologie, la composition des mots, les fonctions grammaticales. D’une certaine façon, nous mettons de l’excellence au service de la réussite de tous les collégiens et au service de la réduction des inégalités de maitrise de la langue française.

Seconde façon. Comme actuellement, les élèves pourront apprendre le Latin de la 5ème à la 3ème et le Grec en 3ème. Comme ce qui existe aujourd’hui, sauf que cela ne s’appellera pas « Option facultative » mais ce sera un enseignement pratique interdisciplinaire (EPI).
Pourquoi est-ce que ce sera un EPI ?
Précisément pour ce que vous disiez M. Hetzel. Et j’étais étonnée que vous ne fassiez pas le lien. Parce que dans d’autres pays, on a su moderniser davantage l’apprentissage des langues et cultures anciennes. En donnant précisément autre chose à voir au-delà de la langue en tant que telle, en parlant de l’Histoire, de la civilisation aux élèves. C’est exactement à cela que sert le format enseignement pratique interdisciplinaire. C’est pouvoir aborder au-delà de la langue, mais la langue sera préservée évidemment et aura un temps. C’est pouvoir aborder l’Histoire, la civilisation, la culture. Donc avec cet enseignement pratique interdisciplinaire Langues et Culture de l’Antiquité, je vous confirme qu’il y aura le même nombre d’heures qu’aujourd’hui, avec des heures pour l’étude de la culture et de la civilisation et des heures pour l’étude de la langue. Donc les élèves n’y perdent rien. »

Éducation nationale Publié le 25 mars 2015

Tags : , , ,

17 commentaires sur Ouvrir latin & grec au plus grand nombre pour tirer tous les élèves vers le haut

  1. Fiona McIntosh

    La réforme dissimule ses vrais buts: gérer une pénurie grandissante d’enseignants d’où les horaires globalisés. Si les EPI peuvent être autre chose que des activités occupationnelles, il faudrait plusieurs niveaux et de la continuité. Vous n’en avez pas les moyens. Cela vient donc amputer davantage des horaires déjà réduits. Le latin en activité n’a aucun sens, vous le savez mais vous vous accrochez à votre discours où le compassionnel sert de masque à des préoccupations comptables et idéologiques. On le sait le politique est très fort pour faire des réformes qui cassent toute velléité d’ambition pour le vulgum pecus et pour mettre ses propres enfants dans des instituts hors contrat bien préservé. On ne peut pas faire réussir les enfants en difficulté –ni les autres d’ailleurs– en faisant passer le français de 6h pendant les années 80 à 4h; faire des langues vivantes en 2 heures c’est de l’imposture intellectuelle; faire croire que le latin ou le grec vus de façon émiettée sans apprentissage de la langue et donc sans connaissance fine de la culture est l’équivalent du travail remarquable que les collègues de lettres classiques font aujourd’hui, c’est risible quand ce n’est pas à pleurer. Quand on est comme moi une immigrée (arrivée à 8 ans, plus tard que vous donc), fille d’employée, qu’on a réussi à gravir les échelons, grâce à une école de la république exigeante, méthodique, on pleure en voyant que de tels parcours ne sont plus possibles.
    Enfin la culture antique c’est le trait d’union de la Méditerranée, c’est notre histoire commune quand tant de régions étaient dans l’empire romain, c’est le trait d’union de l’Europe aussi quand tant de pays qui n’ont jamais été romanisés se sont néanmoins réclamés de la civilisation romaine et grecque. Dans le contexte politique actuel (radicalisation, europhobie) la suppression de ce pan de la culture, étudié je le répète de façon sérieuse, est une faute.

  2. Théry

    Le latin est déjà au centre de toutes les disciplines !!!! Tout cela est d’ailleurs clairement défini dans le Bulletin officiel n° 31 du 27 août 2009 ! Voici comment le latin permet de valider de nombreux items de chaque compétence du socle commun des compétences :
    ● Pilier 1 : Maîtrise de la langue française
    La grammaire française s’est construite sur le modèle latin et le vocabulaire français est en grande partie d’origine latine : il est plus facile de
    retenir le sens du mot « civique » quand on sait que « civis » signifie « le citoyen » en latin.
    La lecture des textes s’articule sur la progression du programme de français !!!!
    On pratique énormément l’expression orale : théâtre (Plaute et Molière, par exemple : eh oui, L’avare est une adaptation moliéresque d’une comédie latine !!!), exposés, entraînements aux oraux d’histoire des arts…
    Bulletin officiel n° 31 du 27 août 2009 : « Ne relevant plus de la communication orale, les langues latine et grecque ont acquis le statut de langues de culture
    par excellence : elles ont produit une littérature exceptionnellement riche et étendue, qui est naturellement l’objet
    majeur du cours, avec ses prolongements multiples dans la littérature française et les littératures de l’Europe. Tous les prolongements, littéraires, musicaux, graphiques et cinématographiques, doivent être également considérés comme autant d’incitations à remonter jusqu’aux textes anciens. »
    Les ateliers d’écriture y sont nombreux !!!! Exemple : écrire une suite de texte, imaginer un dialogue, écrire un poème élégiaque, écrire un monologue tragique…
    ● Pilier 2 : pratique d’une langue étrangère
    De la même manière qu’en français, de nombreuses langues européennes, y compris l’anglais, trouvent leurs racines dans le latin : le mois
    de mai latin « majus » est devenu « may » en anglais, « mayo » en espagnol, « maggio » en italien, « Mai » en allemand (et « mae » en breton !)
    Il est de plus prouvé par les scientifiques que le latin, entraînant l’élève à « passer » d’une langue à l’autre, favorise l’apprentissage des
    langues vivantes.
    Exemple d’activité souvent pratiquée : comparer un extrait de Cesar (LA guerre des Gaules) avec des traductions en italien, espagnol, roumain…
    ● Pilier 3 : Principaux éléments de mathématiques et la culture scientifique et technologique
    Outre que ces disciplines trouvent leur origine dans l’Antiquité, faire du latin, contrairement aux idées reçues, développe le raisonnement
    scientifique. Par exemple pour traduire « puella ludit » :
    (puell-+-a) + (lud-+-it) = (« jeune fille » + Nominatif sujet) + (« jouer »+ présent 3sg)= la jeune fille joue
    On travaille aussi sur l’histoire des sciences !!!!!
    60 000 termes médicaux viennent directement du Latin ! Le latin est conseillé aux élèves souhaitant suivre un cursus scientifique, et en particulier, dans la voie médicale : pharmacien, médecin, vétérinaire… Comment feront les futurs étudiants en médecine pour mémoriser en comprenant tous ces termes sans avoir appris le Latin ??????
    ● Pilier 4 :maîtrise des techniques usuelles de l’informatique et de la communication
    Le cours de latin s’appuie sur les outils informatiques que sont Internet et la salle pupitre.
    Bulletin officiel n° 31 du 27 août 2009 : « Enseignant et élèves utiliseront avec profit des supports variés : documents imprimés, numériques et audiovisuels.
    Sur Internet, de nombreux sites d’institutions culturelles mettent en ligne des ressources abondantes et de qualité. La visite de musées, de sites archéologiques, d’expositions permet un contact sensible irremplaçable avec le patrimoine artistique.
    Pour la mise en œuvre de cette étude, on se référera tout particulièrement aux exemples et aux ressources publiés dans le cadre des programmes par Eduscol, et aux sites institutionnels (Musagora, sites académiques…).  »
    ● Pilier 5 : Culture humaniste
    L’antiquité latine est à la source de toute la culture humaniste européenne puisque c’est l’empire romain qui a constitué ce bloc de peuples
    allant de l’actuelle Angleterre à la Roumanie en passant par …la Gaule Belgique, dont notre région faisait partie.
    Bulletin officiel n° 31 du 27 août 2009 : « Tous les aspects de la culture antique sont abordés dans le cours : l’histoire des idées, des sociétés, le fait religieux,la culture scientifique et technique. Contribuant à faire émerger des interrogations et des thématiques porteuses de sens (Organisation de l’enseignement de l’histoire des arts, B.O. n° 32 du 28 août 2008), la rencontre et le dialogue avec les œuvres d’art occupent une place privilégiée du cours de latin et de grec. »
    ● Pilier 6 : compétences sociales et civiques
    Le programme de latin (et de grec) de collège prévoit que l’élève réfléchisse à la place du citoyen romain dans la société, ce qui permet d’enrichir sa réflexion sur ses propres droits et devoirs dans la société moderne.
    Exemple : on travaille sur les droits du travailleur, sur l’esclavage quand on aborde le thème de l’esclavage à Rome.
    Exemple : on travaille sur les droits des femmes quand on aborde ce thème en Latin.
    Le Latin est un prisme qui permet de s’ouvrir sur le monde !!!!!
    Bulletin officiel n° 31 du 27 août 2009 : « Les cours de langues anciennes permettent à l’élève de découvrir directement et personnellement la richesse et la
    fécondité de textes fondateurs qui ont nourri et ne cessent de nourrir la pensée, la création artistique, la vie politique
    et sociale. L’élève peut ainsi acquérir les repères indispensables pour mettre en perspective les représentations du
    monde qui lui sont proposées quotidiennement dans notre société de la communication. Ces allers et retours à travers
    l’histoire entre les mondes grec et romain et les mondes contemporains exercent l’esprit critique, favorisent la perception des permanences et des évolutions. Ainsi l’enseignement des langues anciennes rayonne-t-il vers les autres disciplines, scientifiques, historiques, linguistiques, artistiques. »
    ● Pilier 7 : autonomie et initiative
    Un élève qui fait latin gagne en autonomie car c’est un enseignement qui apprend à convoquer et faire dialoguer des connaissances dans des domaines habituellement séparés comme l’Histoire, l’Instruction civique, S.V.T., Français…

    Par ailleurs, il n’est PAS RESERVE AUX MEILLEURS ELEVES : le BO est très clair : « Pour quels élèves ?
    « Cet enseignement doit être conçu pour s’adresser au plus grand nombre ». « Il est exclu que cette option soit réservée à ceux que, de façon sans doute prématurée, l’on jugerait les meilleurs ». (références sur le site : http://eduscol.education.fr/lettres/pratiques/ticlaclg/lacol1/les_aspects_reglemen« 

  3. LESCARRET

    Je partage totalement la plupart des remarques ci-dessus. Je suis professeure de lettres classiques depuis 30 ans et jamais, je n’ai enseigné les langues anciennes à une élite ou une minorité puisque les établissements où j’ai enseigné et où j’enseigne sont plutôt situés dans des zones rurales avec des élèves qui ne font pas partie des élites sociales. Le latin a aussi toujours été pour moi une occasion de faire des liens avec d’autres matières et je vous jure que vos EPI n’inventent rien … Comment un professeur de lettres peut-il oublier qu’il est professeur de français et que l’histoire antique ou non d’ailleurs intervient dans les processus d’écriture ? Il y a longtemps , au moins 15 à 20 ans que les réformes des langues anciennes qu’on n’appelle plus Latin et Grec mais Langues et Culture de l’Antiquité nous ont amenés à enseigner avec le recours à la civilisation. Un professeur de Lettres Classiques est tout à fait apte à le faire ,seul, me semble-t-il …car si on divise cet enseignement, on risque de ne plus faire de « grammaire » latine, ce qui, vous voudrez bien m’excuser, serait une hérésie ! Ou alors , on ne veut plus que les élèves fassent preuve de rigueur ( ce que le latin et le grec contribuent à développer, à côté certes d’autres matières …). Donc ayez le bon sens de continuer à faire du latin et du grec des options et faites confiance aux enseignants de lettres classiques qui ne sont ni plus ni moins que d’autres enseignants élitistes.

  4. A Laure

    Madame,
    Je me pose les questions suivantes:
    Si vous voulez ouvrir cet enseignement à tous, pourquoi ne pas créer une initiation obligatoire en 6e?
    Comment mes collègues lettres modernes, qui n’ont pas tous passé le Latin dans leur concours, pourront-ils enseigner des bases linguistiques grecques et latines sans faire appel aux lettres classiques? Ou bien, visez-vous l’étymologie seule, que nous travaillons tous dans toutes les classes déjà, en sus du programme que nous menons à bien en Français.
    Comment peut-on avoir une rigueur scientifique dans l’apprentissage sans avoir un regard neuf et éclairé sur les textes qui en sont la base? Une traduction est éminemment une trahison, nous le savons.
    Enfin, sur quelle base constatez-vous que nous devons travailler sur du pluridisciplinaire?
    Il me semble que nous nous sentons tous insultés par vos propos car nous travaillons tous, professeurs de lettres classiques, à rendre nos cours vivants et à créer du sens et du lien eu sein de nos progressions, le plus souvent en étroite coopération avec nos collègues de toutes matières confondues.
    Je reviens, en effet, d’un voyage scolaire en Italie avec des élèves latinistes ou non qui ont été ravis de voir l’histoire de leurs propres yeux, de travailler sur des points de sciences physiques, d’histoire et même de Latin: le pluridisciplinaire existe et est réellement efficient. Cependant, si vos projets incluent de réels budgets pour que tous les élèves accèdent à un voyage scolaire par an de ce type, alors là je serais ravie de soutenir votre projet.
    En attendant, je suis extrêmement inquiète pour la culture que nous allons offrir aux futurs citoyens de ce pays.

  5. Bacon

    Madame la Ministre,
    je suis tout-à-fait d’accord avec le propos de mes collègues professeurs de lettres classiques : notre enseignement est déjà pluridisciplinaire. Actuellement, avec mes 3e latinistes, nous travaillons sur l’empereur Auguste, nous étudions l’histoire, les textes, mais aussi l’histoire de l’art avec la statue d’Auguste de Prima Porta ou l’Ara pacis… Mes élèves ne sont pas tous des « bons élèves » et certains découvrent un enseignement où ils sont enfin en situation de réussite !
    L’enseignement des langues et cultures de l’Antiquité permet aux élèves de comprendre leur langue, le monde qui les entoure (société, système politique…) et de prendre conscience des différences de culture qui existent dans le monde mais aussi des constantes : il leur permet d’apprendre à réfléchir, et vous voudriez les en priver ?
    Par ailleurs, en cours de français, la littérature antique est déjà étudiée en classe de 6e (Homère, Virgile, Ovide) ainsi que les origines latines et grecques du français à travers l’étude des racines des mots.
    Comment, avec les horaires indigents dévolus au français actuellement (la moitié de ceux auxquels avaient droit les élèves il y a 20-30 ans !), comment voulez-vous y intégrer en plus une réelle initiation aux langues anciennes ? Le niveau de grammaire, orthographe, compréhension de nos élèves est déjà alarmant dans les conditions actuelles !
    Pour finir : il serait intéressant de compter le nombre d’hommes politiques, anciens ou actuels ministres, agrégés de lettres classiques pour réaliser l’importance de ces études : Alain Juppé, François Bayrou, Xavier Darcos…

  6. Christian Jean Collard

    Madame la Ministre Vallaud-Belkacem,

    C’est avoir beaucoup d’honneur que d’être invité à prendre la plume en cette fin mars 2015, au sujet d’une réforme concernant : « Ouvrir le latin & le grec au plus grand nombre pour tirer les élèves vers le haut »
    Je naquis en Belgique. À Liège, plus précisément, voilà près de soixante-dix ans. J’étudiai notre belle langue française et l’appliquai dès mon jeune âge. Sans doute n’ais-je eu aucun mérite. Pourtant, nombre de mes connaissances m’attribuent une certaine chance : celle d’avoir pu suivre avec joie les cours de latin et de grec.
    Je suis entouré de nombreux professeurs de l’Université de Liège (Ulg) avec lesquels j’entretiens d’excellents rapports surtout en regard aux langues anciennes. Une grande majorité d’étudiants, certes, n’étudient plus le latin ni le grec sous prétexte que ces savoirs sont dépassés à l’heure où l’anglais prime partout dans le monde. S’ils s’étaient rendus aux États Unis, sans doute eussent-ils été surpris d’entendre à New-York même discourir dans notre langue.
    Que je ne sache pas que l’anglais formera tous nos étudiants ; bien souvent cet anglais, qui ne se veut point celui d’Oxford mais d’Amérique, ne concerne que les cadres dans leurs fonctions d’ingénieurs ou autres spécialités.
    Je compare à l’Opéra. Givseppe Verdi, depuis nombre d’années, est l’un des auteurs les plus sûrs de la scène lyrique, l’un de ceux qui remplissent le plus facilement les théâtres, et dont le nom est le plus familier du grand public. Or, malgré cette sorte de « consensus omnium » de gloire indiscutable, Verdi n’a guère inspiré en France que des petits livres, avant tout biographiques, et qui n’ont à peu près de l’aspect critique que l’on serait en droit d’attendre sur un sujet aussi vaste.
    En face de cette carence qui ne fait guère honneur à la France, nos voisins ont développé avec continuité une production imprimée qui, de la bibliographie verdienne, fait aujourd’hui l’une des plus riches ; en tête, évidemment, vient l’Italie, où Verdi est Dieu, où ses mélodies sont sur toutes les lèvres, et où, depuis le Risorgimento, le cœur de tout un pays bat sur les rythmes de Nabucco ou de Rigoletto ; ce sera par conséquent l’édition italienne qui l’emportera de beaucoup dans cette compétition.
    Mais, alors, que la « sœur latine » se fait remarquer par une totale déficience, les pays germaniques et anglo-saxons, anglais ou américains, poursuivent avec assiduité des études d’une ampleur et d’un intérêt indiscutables – sans parler des ouvrages publiés aussi bien en espagnol qu’en polonais, en suédois qu’en hollandais.
    Alors qu’en Opéras les compositions de Verdi sont au pinacle, à quoi donc attribuer à l’égard de la langue française cette espèce de mépris que semble marquer nos étudiants et la société à l’égard de notre « sœur latine » ; car il s’agit bien de cela, nos élèves songent – ou certains les forcent à penser – que le français c’est démodé, pour être court : ringard !
    Pourquoi ce mépris pour les enseignants qui valorisent le « Beau » de notre langue ? On me dira que, à notre époque, je parais confondre la manière d’écrire de Chateaubriand ou d’Aristote avec « Écrire à l’âge de l’atome »
    Et pourtant, n’est-il pas intéressant, justement, de lire et d’apprendre des hommes qui furent des génies, à l’exemple d’Aristote que l’Ulg peut se vanter d’avoir traduit et qui fait partie de la Pléiade chez Gallimard ?
    Tous les auteurs confirmés par les années ou les siècles furent des érudits et nombre d’entre eux savaient le latin et le grec qui sont les racines de notre vocabulaire.
    Madame la Ministre, je ne saurai jamais comment vous remercier, sinon très haut, pour votre savoir des êtres et de leur Histoire, ainsi que de notre belle langue française qui, grâce à vous, ne mourra point.

    Christian Jean Collard,-

    ci-dessous l’adresse de le15ejour.

    http://le15ejour.ulg.ac.be/jcms/c_47752/fr/aristote-dans-la-pleiade

  7. RENOULT David

    Bonjour,
    J’ai du mal à croire ce que je suis en train de lire… Je suis enseignant de lettres classiques depuis mes débuts, et je peux vous dire que ces propos dévoilent une ignorance totale et absolue de cet enseignement !Le latin et le grec sont ouverts à tous, et comportent déjà tout ce que vous dites !! Nous partageons notre horaire entre étude de la langue, civilisation, mythologie, histoire des arts… Comment pouvez-vous même oser dire : « En donnant précisément autre chose à voir au-delà de la langue en tant que telle, en parlant de l’Histoire, de la civilisation aux élèves. C’est exactement à cela que sert le format enseignement pratique interdisciplinaire. C’est pouvoir aborder au-delà de la langue, mais la langue sera préservée évidemment et aura un temps. » C’est à peine croyable…
    Non, comme tous, je sais très bien que c’est une nouvelle fois le serpent de mer financier qui surgit ! Ne nous inquiétons pas, l’option restera telle qu’elle est dans certaines écoles dans lesquelles vous mettez vos enfants…
    Quelle honte (dans la droite ligne néanmoins, c’est un bel effort à souligner) de ce gouvernement.

  8. Dolbec

    Madame la ministre,

    Je reprends vos propos: « Parce que dans d’autres pays, on a su moderniser davantage l’apprentissage des langues et cultures anciennes. En donnant précisément autre chose à voir au-delà de la langue en tant que telle, en parlant de l’Histoire, de la civilisation aux élèves. C’est exactement à cela que sert le format enseignement pratique interdisciplinaire. C’est pouvoir aborder au-delà de la langue, mais la langue sera préservée évidemment et aura un temps. »
    Ces paroles sonnent étrangement pour le professeur de lettres classiques que je suis: vous semblez méconnaître la réalité de l’enseignement des langues anciennes dans les collèges français de nos jours.
    L’enseignement du latin (et du grec) est déjà pluridisciplinaire (langue, histoire des arts, littérature, histoire, géographie…) et accueille tous les élèves qui en font la demande dès la cinquième, puisqu’il s’agit d’une option. IL ne s’agit pas d’octroyer « un temps » à la langue mais de montrer à chaque heure de cours aux élèves que la lecture de textes authentiques donne accès à la découverte d’une civilisation et d’une culture.
    Le seul inconvénient de conserver le latin et le grec comme disciplines à part entière ne serait-il pas tout simplement… financier? Ce beau tour de passe-passe permettrait de récupérer 8 heures (10 dans les quelques établissements non encore amputés de l’enseignement du grec), alors que ces fameuses heures d' »EPI » seraient – et je reprends la formule très adéquate d’Hélène Fave- « grattées » sur l’ensemble des enseignements… donc totalement gratuites!
    Alors ne camouflez pas en ouverture à la culture ce qui est en réalité la fermeture du portefeuille… à l’heure où les dotations horaires des établissements sont aussi rabougries que les corps des Pompéiens découverts par Fiorelli!

  9. Lepetit

    Madame la Ministre,

    J’ai l’impression, avec toutes ces réformes (qui sont pour la plupart très intéressantes), que vous faites du collège le lieu de l’inégalité et que vous reprochez au système existant d’être la cause d’une éducation à deux vitesses.
    Je suis tout à fait d’accord avec votre projet de l’égalité des chances, mais je ne pense pas que la réponse se trouve dans vos réformes. Vous dites que les professeurs doivent éduquer les élèves, je ne pense pas ; ils doivent fournir des savoirs, des connaissances que les élèves ne peuvent recevoir qu’à l’école. L’éducation, c’est l’affaire des parents. C’est à ses derniers de sensibiliser leurs enfants sur l’importance de l’école. C’est pourquoi je vous renvoie aux paroles de Luc Ferry : https://www.youtube.com/watch?v=-yd_EajKTu4. En pensant que l’enfant doit être éduqué par l’éducation nationale, vous en faites un produit, un être parmi tant d’autres : vous lui enlevez sa singularité.

  10. Michèle Polère

    Madame la Ministre
    Institutrice retraitée, latiniste (1ère en latin, sans Gaffiot, trop cher à acquérir), je partage cette volonté de faire revenir les langues anciennes dans le circuit. Mais je crains qu’elles ne soient pas trop abstraites dans les enseignements. Ce qui pêche depuis des lustres, je n’invente rien, c’est la scission entre enseignements théoriques et pratiques. Sans revenir à la leçon de choses ou à l’EMT (en 6e on m’a fait coudre une brassière de bébé !), il faut réintroduire des ateliers vie quotidienne, cuisine, pâtisserie, couture, bricolage, jardinage, qu’on considère trop comme mineurs voire vulgaires. Pourtant, dans les écoles où j’ai travaillé, quand on mettait en place des « décloisonnements » et qu’on proposait ce genre d’ateliers, les élèves s’y précipitaient… Et pour les enseignants, c’était une précieuse porte d’entrée à des acquisitions langagières, des savoir-faire et pour les élèves en difficultés des possibilités de se sentir moins hors jeu. Je m’interroge sur l’intérêt qu’un élève ne possédant que peu de mots de vocabulaire français portera à du latin ou du grec. Comment font nos voisins européens ?

  11. Massié

    Bonsoir Madame La Ministre,

    En lisant vos propose « Pour ceux qui en effet passent par les classes bi-langues, par les options latin, etc. On est tous d’accord, il n’y a pas de problème pour eux et pas besoin de réformer le collège », je crois comprendre que vous attachez de l’importance aux classes bilangues.
    Or votre réforme prévoit la destruction des classes bilangues! La filière bilangue représente 3h de plus en 6e et 3h de plus en 5e par rapport aux élèves « non-bilangue ». A la fin du collège, les « bilangues » auront eu donc 3h par niveau, donc 12h. L’enseignement de la LV2 dès la 5e que vous pronez étant à moyen constant par rapport à ce qui ce fait aujourd’hui, les élèves auront toujours 6h (2h sur 3 niveaux, aujourd’hui 3h sur 2 niveaux). Où se situe donc l’amélioration?

  12. Raoult

    Madame
    Vous devriez savoir que nous professeurs de Langues Anciennes, n’enseignons pas que la langue : le latin et le grec mais aussi l’histoire, la culture, la civilisation, l’étymologie… ce que vous allez morceler entre cours de français et « EPI ».

  13. LANCIEN Dominique

    Bien répondu Najat! ça devient vraiment fatiguant cette opposition qui ne fait que déformer la réalité des mesures prises!!! Sans oublier tous ces mensonges qui scandaleusement sont relayés par les « Médias » pourtant sensés nous informer de Vérités et réalités!!! Comment voulez vous dans ces conditions que les Français(es) votent en toute connaissance des avancées réalisées !?

  14. Hélène Fave

    C’est ce qui s’appelle se f… du monde, ou de l’ignorance bien mal placée? Cet enseignement était déjà ouvert à tous ; et on fait déjà appel aux langues anciennes en cours de français pour toutes les raisons évoquées par le ministre.
    Il n’y a pas d’horaire spécifique pour les langues anciennes dans le projet, donc on devra les enseigner « en EPI » sur l’horaire de français (en histoire ce n’est plus au programme après la sixième). Les élèves devrait avoir deux ou trois heures d’EPI durant la semaine, d’après la ministre, or ils n’ont déjà que quatre heures de français dès la cinquième… calculez !

    L’autre solution serait que les heures d’EPI soient grattées sur l’ensemble des enseignements, ce qui est l’autre façon d’interpréter ce projet (comme du temps des 10%, pour ceux de ma génération, sauf que là ce serait du 20%). Ce qui veut dire réduction des horaires actuels pour laisser la place à des EPI. Il y aurait une dérogation pour les latinistes et les élèves en langue régionale qui leur permettrait, ou plutôt les obligerait à faire trois trimestres d’EPI latin par an pendant deux ou trois ans. Se privant donc des autres, sans commentaire. Ce qui veut dire que seuls les parents décideurs et très avertis pourront le choisir, si ce n’est pas de la sélection par le degré culturel de la famille, ça… Drôle d’ouverture à tous !

    Dans tous les cas les horaires de français vont encore baisser (comme ceux des autres disciplines, certes). J’avais huit heures de cours en cinquième, mes élèves en ont quatre actuellement… Jamais que n’aurais cru qu’on oserait réduire encore davantage cet horaire.

Commentaires fermés.