Un enseignement de l’allemand conforté

Éducation nationale Publié le 4 avril 2015

Vous avez été quelques uns à me dire votre crainte de voir l’enseignement de l’allemand fragilisé avec la future mise en place du Collège 2016.
Je  souhaite vous dire ici qu’au contraire l’enseignement de l’allemand sera conforté, renforcé.

L’amélioration des compétences en langues vivantes étrangères des élèves français est l’une de mes priorités essentielles. L’apprentissage des langues vivantes étrangères tient non seulement en effet une place fondamentale dans la construction de la citoyenneté, dans l’enrichissement de la personnalité et dans l’ouverture au monde, mais il est également, comme vous le soulignez, un atout dans l’insertion professionnelle des jeunes, en France comme à l’étranger.

J’ai décidé qu’à compter de la rentrée 2016 l’apprentissage de la première langue vivante étrangère commencera dès le cours préparatoire (CP) pour tous les élèves. Avec l’apprentissage de la même langue vivante 1 du CP à la troisième, l’exposition à la langue vivante 1 sur l’ensemble de la scolarité obligatoire augmentera fortement et fera progresser les élèves. Cela profitera aux élèves qui étudient l’allemand à l’école, dont je veux que le nombre augmente. Je veux en effet plus de diversité linguistique dans le premier degré. Le fléchage de postes de professeurs habilités à enseigner l’allemand dans les écoles et la construction d’une nouvelle carte des langues assurant la diversité linguistique et la continuité des parcours d’apprentissage des langues de l’école au collège y contribueront.

Vous pointez le risque de disparition des classes bi-langues. Je veux, au contraire, consolider ces modalités d’apprentissage des langues qui, aujourd’hui, n’ont aucun statut juridique. Avec la réforme du collège, les élèves ayant bénéficié à l’école élémentaire de l’enseignement d’une autre langue vivante étrangère que l’anglais pourront se voir proposer un enseignement dans cette langue à compter de la classe de sixième, dans le cadre de classes bi-langues, qui seront donc reconnues et institutionnalisées. Le recentrage du dispositif bi-langue sur l’apprentissage de l’anglais dès la sixième pour les élèves ayant étudié une autre langue à l’école élémentaire contribuera à redynamiser la diversité linguistique dans le premier degré en encourageant en particulier l’apprentissage de l’allemand.

Avec la décision de faire désormais commencer la deuxième langue vivante en cinquième, vous pointez le risque d’étalement sur trois années du volume d’heures consacré à cet enseignement.

Je souhaite vous indiquer que le nombre d’heures hebdomadaires de langue vivante 2 sera sensiblement augmenté pour tous les élèves qui suivront désormais 7h30 de cours au long de leur scolarité au collège au lieu de 6h actuellement. Au cours de leur scolarité au collège, les élèves suivront ainsi 54 heures de plus de langue vivante 2.

Les expérimentations conduites depuis la rentrée 2014 dans l’académie de Toulouse et dans 35 collèges de l’académie de Rennes montrent par ailleurs que débuter la seconde langue vivante en classe de cinquième conforte l’apprentissage de l’allemand. Dans les collèges expérimentateurs de l’académie de Rennes, à la rentrée 2014, 15% des élèves ont choisi l’allemand comme langue vivante 2 en classe de cinquième, contre 13% des élèves qui avaient choisi l’allemand comme langue vivante 2 en classe de quatrième à la rentrée précédente. Dans l’académie de Toulouse, à la rentrée 2014, 4,97% des élèves ont ainsi choisi l’allemand comme langue vivante 2 en classe de cinquième, contre 4,76% des élèves qui avaient choisi l’allemand comme langue vivante 2 en classe de quatrième à la rentrée précédente.

La réforme du collège offrira aussi la possibilité d’un véritable renforcement linguistique sur le cycle 4 avec la présence des langues vivantes étrangères dans les enseignements pratiques interdisciplinaires sur le modèle de la discipline non linguistique dans les sections européennes de lycée.

Au total donc, les réformes que je mène actuellement sont très favorables à l’enseignement des langues vivantes et de l’allemand : la formation des élèves en langues vivantes est renforcée avec une exposition à la langue vivante 1 qui augmente fortement sur l’ensemble de la scolarité obligatoire avec la continuité du CP à la troisième ; elle est renforcée avec l’enseignement de la langue vivante 2 qui commence dès la cinquième et l’augmentation du nombre d’heures de langue vivante 2 pour tous les élèves sur l’ensemble du collège (plus 54 heures sur l’ensemble du collège) ; elle est renforcée par les nouveaux thèmes de travail, dans le cadre des enseignements pratiques interdisciplinaires, qui sont en partie enseignés en langues vivantes étrangères.

La réforme du collège va donc se traduire par une hausse du nombre d’élèves pratiquant l’allemand de l’école au collège. C’est parce que je mène cette politique volontariste en faveur de l’apprentissage de l’allemand et que j’anticipe un développement de celui-ci que j’ai décidé d’accélérer la hausse importante des postes offerts au recrutement en allemand : 199 postes en 2010, 443 en 2014 et 514 en 2015.

La coopération franco-allemande enfin, est une des priorités de l’action internationale du Ministère. Pour tout dire elle n’a jamais été aussi riche et elle continue encore de se développer. J’ai ainsi inauguré fin 2014 le lancement du réseau écoles maternelles bilingues – Elysée 2020 qui compte déjà plus de 110 établissements et qui permettra aux enfants de nos deux pays d’apprendre la langue de l’autre dès le plus jeune âge. Je me félicite également du développement accentué ces dernières années de l’apprentissage de l’allemand dans l’enseignement professionnel, puisque des sections bilingues sont régulièrement créées. Ce fut le cas en 2014 dans le domaine de l’hôtellerie entre l’académie de Montpellier et le lycée hôtelier de Brême ; ce sera le cas en septembre 2015 dans le secteur automobile avec une section franco-allemande liant la Sarre et la Lorraine, ou encore en septembre 2016 dans la filière du bois, au sein de l’académie de Besançon. Dans un registre plus habituel de la coopération franco-allemande, et au-delà des activités en lien avec l’OFAJ dont les moyens ont été accrus, nous développons les jumelages entre établissements, qu’ils offrent ou non des sections bi-langue ou européenne, notamment à travers le programme européen « e-twinning » qui met à profit les technologies numériques pour rapprocher virtuellement les élèves des deux pays. Vous mentionnez enfin l’Université franco-allemande, à laquelle les deux gouvernements renouvellent leur soutien et dont ils appellent à renforcer l’attractivité et les liens avec les entreprises de nos deux pays.

Je suis donc en mesure de vous annoncer que les décisions prises en matière d’enseignement de l’allemand et de coopération éducative sont parfaitement conformes aux engagements pris lors des sommets franco-allemands et dans le Traité de l’Elysée.

L’ensemble de ces réformes, du CP au collège, renforceront l’enseignement des langues vivantes et de l’allemand.

 Najat Vallaud-Belkacem,
ministre de l’Éducation nationale,
de l’Enseignement supérieur
et de la Recherche

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257 commentaires sur Un enseignement de l’allemand conforté

  1. Magneron

    Réponse concernant le « désintox : l’allemand est supprimée »

    L’allemand n’est certainement pas supprimé au sens strict. Mais dans la pratique, si cette réforme est appliquée, il le sera à terme dans la plupart des régions.

    Augmenter le nombre de professeurs d’allemand est très bien sans doutes. Mais pourquoi ? Pourquoi démolir le système des classes bilangues et des classes européennes au collège, alors qu’il a fait ses preuves ? Pourquoi provoquer le gouvernement allemand qui fait un gros effort pour la promotion du français « langue du voisin » comme ils disent (là-bas aussi, les élèves ont tendance à préférer l’espagnol et il n’est pas facile de modérer cette tendance) ?

    Quelle école primaire proposera de choisir une autre langue que l’anglais ailleurs que dans les régions frontalières ? Avec la réforme, il n’y aura donc plus de classes bilangues dans les autres.

    Arrivés en 5ième, très peu d’élèves choisiront ou pourront choisir l’allemand. Entraînés par un effet de contagion, ils préféreront apprendre l’espagnol. Je n’ai rien contre l’espagnol – au contraire – mais je trouve dommage qu’il devienne rapidement la seule seconde langue proposées aux élèves presque partout. Par la suite, le choix de l’allemand ne sera progressivement plus une option dans la plupart des collèges (comme c’est déjà le cas dans beaucoup). Enfin les services des professeurs des langues difficiles ou minoritaires seront répartis sur plusieurs établissements plus ou moins éloignés, ce qui aura pour effet immédiat de les démotiver.

    J’ai l’impression que vous êtes mal conseillée par un entourage de professionnels de la pédagogie aigris qui agissent aussi bien sous les gouvernements de gauche que de droite. Certains doivent garder un mauvais souvenir des cours d’allemand et de latin (il est vrai souvent enseigné de façon rébarbative à l’époque) qu’ils ont connus dans leur jeunesse. Ils ont décidé de prendre leur revanche. Ils avancent visages masqués, mais c’est vous qui êtes en première ligne.

    Dans ma matière, les mathématiques, j’ai vu plusieurs étudiants faire des postdocs en Allemagne. Des connaissances de base de la langue leur était bien utile. Par ailleurs, on dit qu’il y a pour les jeunes de nombreuses offres d’apprentissage là-bas alors qu’elles sont moins nombreuses en France. On pourrait multiplier les exemples prouvant qu’il ne faut pas détruire un système qui permet un relatif maintien de l’apprentissage de la langue allemande sur tout le territoire.

    Madame la Ministre, la réforme des collèges ne pourra être appliquée que quelques mois avant des élections présidentielles, dans un contexte politiquement complexe. Je crois sincèrement que vous devriez admettre que vous avez été mal conseillée, prendre un temps de réflexion supplémentaire et faire en sorte que cette réforme n’ait pas de conséquences néfastes pour l’enseignement des langues vivantes et anciennes.

    B. Magneron , maître de conférences honoraires, université Paris 13

  2. Philou

    Je reprend le titre de votre désintox … Nous n’avons JAMAIS dit que l’allemand serait supprimé! Arretez de faire de l’intox! Il sera juste quasiment assassiné! NOUS SAVONS comment cela se passe en primaire, NOUS CONNAISSONS la situation sur le terrain pour la vivre depuis des années. Que veulent les parents dont les enfants arrivent au primaire? Qu’ils apprennent l’anglais! Et ce n’est pas votre cartographie qui y changera grand chose. Les déclarations de bonnes intentions ne sauraient être suivies de faits que si les conditions sont pour cela créées! Peu ou pas d’enseignants du primaire sont formés à l’allemand et ceux qui le sont en anglais avouent eux-mêmes y perdre leur latin (désolé, je fais d’une pierre deux coups), tant ils ont d’autres priorités à gérer. J’enseigne dans une ville comprenant 6 écoles primaires. Comment allez-vous organiser l’apprentissage de l’allemand? Regrouper les élèves? Soyons sérieux deux minutes!! Votre réforme est inapplicable en l’état ou alors elle le sera mais débouchera sur ce contre quoi nous vous mettons en garde depuis des semaines. Vous parlez de discussion, de conciliation mais continuez de nous mépriser. Consultez donc les véritables acteurs du terrain, ceux qui ont à coeur d’offrir aux élèves des parcours non pas d’élistisme mais d’excellence. Dans ma ville, la bilangue est ouverte à TOUS les élèves. Tous les élèves qui souhaitent faire allemand le peuvent par conséquent. Alors, arrêtez de vouloir nous enfumer, n’est-ce pas vous qui avez déclaré il y a peu sur RTL qu’à force de débiter des mensonges, on finit par y croire soi-même? Apparemment, vous avez trop débité les votres!

  3. M. Cazeneuve

    vendredi, 1er Mai 2015
    Votre arrogance et votre mépris à l’égard des personnes qui réagissent à vos argumentations successives mais identiques et stériles font de vous une piètre diplomate. Je rappelle par exemple, pour ne citer que « la dernière en date », que vous avez intitulé de « pseudo-intello », sans distinction, tous ceux qui ont commenté votre réforme, qui vous ont approchés pour vous faire part de leurs inquiétudes, parmi lesquels se trouvent des personnalités politiques françaises et allemandes, dont l’Ambassadrice d’Allemagne. Quel culot ! Mais comme vous ne comprenez pas l’allemand (peut-être n’aviez-vous pas eu la chance de bénéficier d’une quantité suffisante d’heures, comme c’est le cas par exemple grâce aux classes bi-langues et européennes pour mieux communiquer aujourd’hui et au poste que vous occupez, avec notre premier partenaire économique et politique ?), je vous fais part du fait que vous vous abîmez à grande vitesse votre réputation et crédibilité, autant dans la presse et population françaises et allemandes, mais aussi dans le monde politique allemand, vous savez, je me reprends encore, ce pays voisin dont la France – du moins jusqu’à l’heure actuelle – est le premier partenaire. Mais votre attitude actuelle est sur le point d’abîmer nos relations franco-allemandes aussi, qu’elle passe, votre réforme (oui, parce que ce n’est que la vôtre), ou pas. Les Français n’en veulent pas, les Allemands non plus, la France n’en a pas besoin, au contraire. Continuez de vous obstiner, de vous ridiculiser, de vous décrédibiliser, vous allez dans le bon sens, bravo, 20/20 !

  4. CG

    Madame La Ministre,
    j’enseigne en REP+ depuis 15 ans et emmène en fin de semaine 49 de mes 120 élèves « privilégiés », puisque c’est ainsi que vous les nommez, en Bavière. J’ai honte d’être ambassadrice de mon pays qui décide, en toute méconnaissance du terrain mais désormais EN TOUTE CONNAISSANCE DE CAUSE de supprimer l’enseignement de l’allemand dans les écoles publiques. Je vais annoncer la bonne nouvelle aux familles allemandes qui se réjouissent d’accueillir nos petits français:  » La France se détourne de votre nation. »
    515 postes créés!!! Que ne faut-il pas entendre!!Ils ne seront pas pourvus, vous le savez très bien, car les étudiants germanistes ont bien compris avec votre réforme tonitruante et dévastatrice qu’ils devront se détourner définitivement de la profession. Ces postes ne suffiront même pas à compenser les départs à la retraite. Et d’ailleurs DEVANT QUELS ELEVES ces futurs professeurs devraient-ils intervenir? Il ne s’agit pas de créer des postes, Madame La Ministre, mais de laisser nos élèves s’épanouir en Bilangue ou en Euro s’ils le souhaitent.
    Tout a été dit, rien n’est entendu.
    Nous sommes dépités devant une telle arrogance.
    Vous aviez ma voix; vous ne l’avez plus.

  5. Heine

    On a déjà constaté l’inefficacité crasse des TPE qui… ne profitent qu’aux bons élèves (aux ZELITES?? NOS ZENNEMIS!), faisons donc des EPI au collège avec des gamins qui ne maîtrisent déjà pas les fondamentaux et à qui on demande à chaque heure de cours de réinventer la roue. A quand le retour du bon sens à l’école…Madame la Ministre, je n’ai jamais autant douté de mon métier d’enseignante que depuis que vous nuisez dans ce ministère

  6. Heine

    Madame la Ministre,
    1) Les parents ne voudront pas d’une autre langue que l’anglais en primaire.On les comprend.
    2) En Lv2, l’allemand ne fait pas le poids en face de l’espagnol, réalité avérée qui a servi de point de départ au plan de relance de l’allemand en 2004 et à la création des c bilangues
    3) Ces bilangues sont ouvertes à tous (et donc pas DU TOUT ELITISTES)
    4) Ce sont des SECTIONS donc élèves dipersés dans diverses classes; on peut donc avoir de bons élèves partout et cela rend le collège VIVABLE
    4) 2h30 h de LV2 en 5ème : horaire inefficace pour tous, enseignement au rabais, on est loin de la qualité que SAIT offrir le service public quand on lui fournit les structures pour ce faire et ça, c’est VOTRE BOULOT!
    5) Les parents qui le peuvent ont déjà pris la fuite
    6) Les enseignants attachés à la qualité du service public y songent aussi! Si c’est pour faire CA, autant s’investir ailleurs!…

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