Interview à Paris Normandie : « l’école publique respecte et protège la liberté de croire »

Éducation nationale Publié le 2 août 2016

Après l’attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray, le rôle de l’école est à nouveau au centre du débat. Lors de l’hommage au père Hamel jeudi dernier, le maire, Hubert Wulfranc, en a fait un enjeu essentiel appelant chacun à ses responsabilités pour éviter, a-t-il dit, « l’égarement » et « la déshumanisation de quelques enfants ». Que direz-vous aux enseignants à la rentrée ?

Najat Vallaud-Belkacem. « Je leur adresserai d’abord un message de confiance. Si le rôle de l’école doit faire partie du débat, et Hubert Wulfranc a évidemment raison de le souligner, il n’est pas acceptable que cette grande institution républicaine soit si souvent et si arbitrairement mise en cause. Qu’elle ait pu être défaillante par le passé, non pas du fait de ses enseignants, mais de l’incurie des pouvoirs publics à lui donner les moyens de faire réussir les élèves et à assurer en son sein la mixité sociale et la défense des valeurs de la République, c’est une évidence. Mais faire comme s’il ne s’était rien passé de neuf en la matière depuis 2012 est aberrant. Tout ce qui est fait pouvant toujours être défait le lendemain, l’histoire l’a montré, il faut bien avoir conscience de la valeur de cette priorité que l’actuel gouvernement a décidé de redonner à l’éducation depuis 2012. Nous n’avons pas attendu les attentats pour agir : réarmer l’école, c’est y mettre des professeurs et des professeurs formés. C’est refuser la fatalité du décrochage scolaire qui mine les horizons et la confiance républicaine. C’est accepter de soutenir davantage les territoires les plus en difficulté et même de rémunérer mieux les enseignants qu’on y envoie. C’est enfin sortir des débats d’un autre temps sur l’école pour accepter d’adapter ses enseignements aux défis des temps modernes ; oui à côté des fondamentaux, un enseignement moral et civique basé sur l’expérience précoce de la citoyenneté, une éducation aux médias et à l’information capable d’aider l’élève à discerner le vrai du vraisemblable, une éducation au numérique permettant aux élèves d’échapper aux innombrables pièges de la toile sont des nécessités absolues. Chacun de ces points a fait l’objet de réformes de notre système scolaire depuis deux ans. Mais comme toujours, il ne faut pas attendre les résultats dans les mois qui suivent. L’éducation, c’est toujours du temps long ».

Sommes-nous arrivés au bout de la laïcité, selon vous. Mgr Lebrun, archevêque de Rouen, emploie des phrases fortes. Pour lui, dans les écoles publiques, « on n’a pas le droit de croire ». Et il cite des écoles catholiques accueillant jusqu’à 80 % d’enfants musulmans car ils viennent en disant qu’ici, ils ont le droit de croire. L’école publique fournit-elle encore les bons repères aux enfants ?

« C’est un procès injuste et infondé qui est fait à l’école de la République, et à travers elle, aux vertus de la laïcité telle que nous la concevons et nous la pratiquons en France. L’école publique respecte et protège pleinement la liberté de croire. Sa mission est d’enseigner à chacun la différence entre ce qui relève du savoir et ce qui relève du croire, et de permettre à tous les élèves d’accéder à la liberté de conscience, et à la maîtrise des règles fondamentales du vivre-ensemble dans notre pays. Le premier repère, c’est d’abord l’apprentissage des compétences et des savoirs fondamentaux : lire, écrire, compter, mais aussi penser par soi-même. Rien ne peut remplacer la maîtrise de ce socle commun. Ensuite, il y a eu chez un certain nombre d’élèves depuis des années beaucoup d’incompréhensions et de contestations de la laïcité. Le travail engagé notamment depuis le tragique janvier 2015 permet de nouer le dialogue autour de cette question, comme autour de l’enseignement laïque du fait religieux, de façon beaucoup plus régulière et outillée pour les professeurs qui sont désormais aidés de très nombreuses ressources pédagogiques (et de moments comme la Journée de La Laïcité chaque année) pour expliciter ces sujets-là. C’est précieux ».

Faut-il revoir les programmes d’histoire, insister davantage encore sur la citoyenneté, le vivre-ensemble ?

« L’école doit rester en mouvement, être capable d’innover, de s’adapter et d’améliorer sans cesse ce qu’elle enseigne et transmet aux élèves dans la mesure où l’apprentissage des fondamentaux reste la priorité absolue. C’est le sens de ce que nous faisons depuis quatre ans en redonnant la priorité au primaire, en adaptant les programmes tout au long du parcours scolaire. Jamais autant n’avait été fait dans un temps aussi court, je dis bien, jamais. Depuis janvier 2015, l’École s’est mobilisée et a assumé pleinement sa responsabilité de pilier de la République. J’ai fait de la transmission des valeurs de la République une priorité, y compris en créant un « parcours citoyen » qui sera désormais reconnu et évalué dans la scolarité des élèves, ou encore une réserve citoyenne de l’Éducation nationale qui permet à chacun, dans le pays, de prendre sa part de responsabilité dans cette exigence de transmission des valeurs ».

Au début de cette année, vous aviez confié avoir observé « la prégnance du sentiment religieux » chez de nombreux élèves. Comment l’école peut-elle intégrer ce constat dans l’équation de la laïcité ?

« Oui, c’est une réalité de la société française. Les enseignants sont confrontés à davantage de sollicitations qui convoquent la croyance religieuse. Voilà pourquoi il était si important de les outiller avec des ressources pédagogiques adaptées et de ne pas les laisser seuls défendre et promouvoir la laïcité. Le fait que les parents soient désormais invités à signer la Charte de la laïcité en début d’année scolaire peut paraître anecdotique, ça ne l’est pas. Ça veut dire que ces règles du vivre-ensemble, il n’appartient pas aux enseignants seuls, mais bien à l’ensemble de la communauté éducative, de les défendre. Il faut donc continuer à progresser sur le plan pédagogique, tout en restant intransigeants sur le respect des principes républicains, comme nous l’avons fait en décidant il y a quelques mois de réformer le contrôle de l’instruction à domicile et des écoles hors contrat pour éviter que ne se développent des enseignements contraires à nos valeurs hors du regard de la société ».

Après les attentats de janvier 2015, vous aviez annoncé 11 mesures pour une mobilisation de l’école en faveur des valeurs de la République. 1 000 formateurs pour les premier et second degrés devaient être formés avant fin 2015 sur la laïcité et l’enseignement moral et civique « afin qu’ils puissent répondre, dans chaque académie et chaque département, aux besoins de formation et d’accompagnement de leurs pairs ». Où en êtes-vous réellement ?

« Les formations ont bien eu lieu. Et les 1 200 personnels ainsi formés se sont à leur tour déployés sur le terrain tous ces derniers mois pour former les enseignants. Plusieurs dizaines de milliers l’ont été déjà, les autres suivront. Un énorme travail a été réalisé pour apporter aux enseignants des ressources pertinentes pour répondre aux interrogations des élèves. Grâce cette mobilisation de tous les instants, les enseignants sont mieux armés (même si qui peut se targuer d’être vraiment préparé à cela ?) pour trouver les mots justes, qui rassurent et qui éclairent au lendemain des abominations qu’a connu notre pays. On en a fait l’expérience au lendemain des attentats de novembre quand ce travail de recueil de la parole des enfants a pu se faire dans des conditions bien différentes de celles de janvier 2015. C’est un effort qui doit se poursuivre. Beaucoup d’enseignants savent que ce travail qui n’aura pu être fait au lendemain de Nice ou de Saint-Étienne-du-Rouvray sera sans doute à reprendre à la rentrée ».

PROPOS RECUEILLIS PAR STÉPHANE SIRET

5 commentaires sur Interview à Paris Normandie : « l’école publique respecte et protège la liberté de croire »

  1. Kik

    Bonjour à toutes et à tous d’abord et avant de demander une chose je voudrais vous dire la vérité de ce qui est passé a l’époque
    Il était un groupe sur l’Internet qui m’a insulté beaucoup et me faire beaucoup de problèmes avec les gens et je ne sais pas les de ce groupe qui sont et ou ils sont et dans ce temps les caméras sont dans mon appartement sans savoir et chaque fois je parle avec ma sœur ou j’ai dis des mots pas gentilles ces mots concernent ce groupe pas toutes et tous les français
    Et une habitude c’est quand je parle sur une personne je parle par le pluriel meme si je parle sur moi meme au lieu de dire je veux manger je dis on veut manger c’est vrais c’est une habitude qui est pas bien mais je veux essayer de la changer
    Depuis 7 ans je me suis changée car il y a plein de chose que j’ai les compris faux mais heureusement que j’ai découvré ça
    J’aime la France et je suis fière d’être française encore depuis 7 ans mes papiers sont justes
    Maintenant je veux vous demander de me pardonner des petites et des petits avant les adultes de chaque française et chaque français et de chaque personne que je lui dis une chose pas bonne
    Je suis très conforté avec moi meme et je veux que je suis avec vous même j’espère que je trouve la liberté et la sécurité entre vous
    Vous savez que ce n’est pas la première fois que je demande de me pardonner mais cette fois je suis très alaise quand je demande de me pardonné car je sens que vous voulez le bien pour moi et pour mes enfants je sens que la France va me pardonner

  2. Lumen

    Bonjour,
    Je suis heureux que vous défendiez la laïcité, la tolérance et l’idée d’une France unie et aussi dans d’autres articles.
    La tolérance est aussi de ne pas imposer nos choix aux autres et de comprendre qu’ils ne doivent pas non plus perturber les autres. Que notre liberté s’arrête là où commence celle des autres.
    Cela commence, je pense, par ne pas imposer ce choix à notre famille ni même de l’inciter. Ce qui se produit souvent, je pense.
    Ainsi l’école pourrait permettre à chaque individu de faire ce choix sois-même tout en respectant celui des autres notamment grâce à la culture, l’histoire, la philosophie et la réflexion.
    C’est donc surement un juste milieu extrêmement complexe…

  3. Hassan

    Un peu comme une prise si commune à l’électricité, quant il n’y a pas de rôle ou d’ajout en « terre », les sens permutables à l’infini n’apportent aucune évidence sur l’utilité élémentaire et/ou le besoin ordinaire d’une pratique ou d’un usage…

    Tout n’arrive de nulle part et rien ni ne va ni ne vaut sans lieu…

    Les compétences et les performance…, quelle importance et quelle différence lorsqu’elles existent d’équivalence et se promeuvent en tolérance…

    Car peut être le sont-« elles », ou le sont-« ils », indivises et complémentaires, essentielles et renouvelables, perfectibles et souhaitables, à toute faculté, …, en regroupant les « 3 » avant derniers sujets, ou les « mêmes » avant dernières questions, l’Ecole et tou)te)s ses images effectives et temporelles, existentielles et citoyennes, humaines et universelles, sont, ici et ailleurs, dans une Vie, pour les savoirs qu’Elles réunissent et pour l’apprentissage qu’Elles réalisent, un lien à part entière…

    Bonne Rentrée ou Seconde Bonne Année…à Chacun)e…

    Bien à Vous…

    Merci…

  4. David BLUTEL

    C est un article plein de bon sens, ça va être génial coller à ma page google, j’écris et l’honneur de faire ce vous recommandez vivement. Najat « On » vous aime voilà ;).

    Bien à vous,

    David BLUTEL

  5. El hiba

    Le jour où on sera convaincu que l’éducation d’un enfant relève de plusieurs sphères dans lesquelles il évolue on fera un grand pas.
    Le jour où les autorités publiques prennent leur plein rôle de vigie pour ne pas passer les écarts dès la petite enfance on en fera un autre grand pas.
    Le jour où chacun de nous se sente pleinement responsable de ce qui se passe dans notre proche environnement et qu ‘il ne se résigne pas devant la médiocrité du quotidien, nous aurons fait un pas de géant pour l’avenir de la jeunesse.
    C’est une question de génération loin des temps d’un mandat électoral ou de la gestion d’une carrière …
    Courage Madame la Ministre, nous sommes très nombreux à partager vos convictions.

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