Mon interview pour le guide Utopia.

Lyon Presse Publié le 3 mai 2010

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Utopia a rencontré Najat Belkacem, Adjointe au maire de Lyon, déléguée aux Grands Evénements, à la Vie Associative et à la Jeunesse.

Votre délégation est nouvelle à Lyon, quel bilan tirez-vous de ces premières années ?

Cette délégation est inédite, mais je crois que le pari fonctionne : elle répond à un besoin de synergie dans l’action publique. J’ai rapidement institué une logique entre ses trois volets. Mon action est pertinente, satisfaisante et enrichissante lorsqu’elle met en lien un grand événement avec la vie associative et qu’elle attire la jeunesse sur l’espace public.

Les Grands Evénements créent du lien au sein de la population.

L’espace public est le meilleur endroit pour créer du lien entre des personnes qui ne se rencontrent pas naturellement. Il faut l’investir de façon intelligente, donner envie de venir y découvrir des choses. Les événements que nous proposons aspirent à cela. La qualité de la programmation artistique du festival Tout l’Monde Dehors par exemple, permet à des personnes qui ne partent pas en vacances de vivre un réel dépaysement. Tout l’monde dehors donne la possibilité au plus grand nombre de découvrir près de chez soi de nouvelles pratiques artistiques, aussi l’opportunité de faire des rencontres. La Fête des Lumières s’inscrit dans la même logique. Chaque année des millions de personnes descendent dans les rues, découvrent avec des yeux ébahis de somptueuses installations lumineuses. Je suis toujours surprise de la quiétude de cette foule nombreuse et compacte. Mes choix sur les grands événements reposent principalement sur deux éléments, faire en sorte que l’ensemble de la population se sente bien dans l’espace public et la rencontre avec les autres.

De nouvelles expériences ont vu le jour sur la Fête des Lumières, notamment des projets de jeunes créateurs. Vous avez la volonté de donner une place importante à la génération des 16/25 ans.

Nous avons lancé depuis plusieurs années déjà les Expérimentations Etudiantes. La Fête des Lumières doit être à la fois une vitrine pour des artistes et  technologies reconnues à l’international, mais elle doit également être un laboratoire d’expérimentations, donner leurs chances aux étudiants, en art principalement. Les Expérimentations Etudiantes ont fait leurs preuves, elles font désormais partie intégrante de la Fête des Lumières. Jusqu’à présent elles représentaient le off de la Fête. Aujourd’hui, je souhaite passer à une nouvelle étape, je souhaite que les étudiants soient considérés comme des artistes à part entière, qu’ils soient accueillis dans les lieux accessibles au grand public. Plus largement, la politique en direction de la jeunesse est nécessairement transversale : j’y pense pour chaque projet, et j’incite mes collègues à le faire aussi. Ça fait partie de mon rôle.

Vous nous disiez l’année dernière vouloir favoriser l’émergence de projets, le Festival Artischaud est particulièrement novateur.

Il n y aurait rien de pire qu’une ville se contentant de vivre sur ses acquis, dans laquelle les mêmes évènements seraient continuellement reconduits. Nous devons nous adapter, innover et prendre des risques. Un festival comme Artischaud, dont c’était la première édition l’année dernière, est un bon exemple. La culture évolue, celle du virtuel est apparue dans nos vies il y a peu. Nous sommes en permanence confrontés à la question de la culture libre, des logiciels libres etc. Mais finalement peu d’institutions, d’associations ou artistes ne se sont vraiment emparés de ce champ pour en faire un festival. Le collectif Artischaud nous a sollicités en ce sens. Il en avait assez que les internautes soient pris pour des pirates en puissance, enfermés dans leurs chambres d’adolescent, les internautes ne ressemblent pas forcément à ce stéréotype ! Leur philosophie de la culture est souvent basée sur l’ouverture, le don, la gratuité, l’échange… J’ai immédiatement adhéré au projet du collectif, d’autant plus que je suis farouchement opposée à la loi Hadopi. Le festival met en valeur cette culture libre, le fait que chacun est en mesure de créer : c’est une nouvelle d’éducation et culture populaire. D’autres nouveautés ont également vu le jour. La Ville soutient le festival L’Original Hip hop, festival référence pour les cultures urbaines. Depuis plus d’une décennie les cultures urbaines ont fait leurs apparitions dans les villes. On ne peut ignorer ce phénomène, d’autant plus que Lyon est en pointe dans ces domaines. De nombreux champions du monde sont lyonnais, les Pokemon Crew en sont la partie émergée. L’Original Festival est l’une des mes priorités. Nous souhaitons le faire connaître du grand public afin de changer le regard méfiant souvent porté sur les cultures urbaines. La valorisation du festival et la venue des artistes sur l’espace public est la meilleure façon de lutter contre les préjugés et faire adhérer le maximum de personnes. C’est ce qui a été fait il y a quelques années avec Les Nuits Sonores pour la musique électronique. Cette année, nous avons lancé le street day : toute une journée consacrée aux pratiques culturelles et sportives urbaines, avec De La Soul en point d’orgue, devant 10 000 personnes, place des Terreaux. On n’avait jamais vu ça, et je crois que ça a marqué les esprits, libéré certaines appréhensions ou clichés.

Quels sont les axes forts pour les trois prochaines années ?

Je vais bien sûr poursuivre les efforts entrepris depuis deux ans pour mettre la ville en mouvement, multiplier les partenariats pour développer des projets sans compter sur les seules finances publiques, tout en restant le plus réactive possible à ce qui émerge de nouveau. Il faut savoir maintenir des priorités fortes, et dans le même, continuer à respirer l’air du temps, et s’adapter aux besoins, aux envies, aux opportunités. Je souhaite proposer une autre façon de vivre la Fête de la musique, par exemple. A mon arrivée, elle était essentiellement l’occasion pour chacun de descendre en bas de chez soi jouer de la musique de façon improvisée. C’est ce qui fait le charme de la Fête de la Musique et il ne faut surtout pas abandonner cela. Mais j’estime que le 21 juin doit être également l’occasion d’offrir au public lyonnais un ou plusieurs concerts gratuits avec des têtes d’affiche. Permettre à des personnes qui n’en ont pas les moyens d’assister à un concert au moins une fois par an. Nous conservons bien sûr, à côté des grandes scènes, le foisonnement d’artistes en herbe dans les rues de la ville. Il faut savoir surprendre quand on est en charge des évènements, notamment dans le choix des lieux investis. Aujourd’hui, nous avons le sentiment à Lyon d’avoir peu de lieux capables d’accueillir des manifestations importantes. La Place Bellecour, la Place des Terreaux, sont toujours difficiles à utiliser. Le potentiel d’innovation est important du côté du 7ème arrondissement. D’autres lieux de la ville peuvent devenir les carrefours de nombreux évènements : c’est un enjeu majeur. Il faut que ça bouge, et pour cela, il faut des espaces adaptés pour le faire, sans pour autant rendre la vie impossible aux riverains.

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