« La religion n’est pas un service public » d’Henri Pena-Ruiz

J'aime ! Publié le 31 mars 2011

Voici quelques remises au point très utiles et saines d’Henri Pena-Ruiz dans sa tribune dans Libération du 29 mars :

La religion n’est pas un service public

Apparemment notre république serait trop pauvre pour faire vivre des grands services publics communs à tous, croyants, agnostiques et athées. Asphyxie organisée de l’école publique, démantèlement des hôpitaux de proximité, privatisations en tous genres, etc. L’ultra-libéralisme fait son œuvre. La solidarité redistributive n’est plus à l’ordre du jour. En revanche la république serait assez riche pour financer des lieux de culte, qui ne concernent pourtant que les croyants pratiquants, une petite minorité. M. Sarkozy prône le supplément d’âme d’un monde sans âme. La terre vous paraît bien injuste voire invivable ? Réfugiez-vous donc dans le ciel ! Le protecteur des nantis ose dire sans ambages : «La république a besoin de croyants» (discours au palais du Latran).

La religion réduite à une compensation, et reconnue d’utilité publique ? Napoléon, que ne hantait pas une foi très vive, avait expérimenté la recette avec son concordat, qui aujourd’hui encore en Alsace-Moselle fait financer par tous les citoyens, croyants ou non, le culte de certains. Les mauvais coups contre la laïcité n’ont cessé. Voici venir le coup de grâce. Le prétexte en est l’utilisation illégitime d’une rue pour la prière, par des citoyens musulmans instrumentalisés politiquement. Certes la convergence hebdomadaire, vers la même rue, de fidèles de toute la région parisienne est clairement une manifestation en forme de défi. Elle usurpe l’espace public. Mais c’est un cas rarissime. N’importe. C’est une aubaine pour le FN qui se découvre adepte d’une laïcité à géométrie variable, que jamais il n’a invoquée contre les privilèges publics du catholicisme. Une aubaine aussi pour M. Sarkozy, qui s’apprête à détruire la laïcité en raturant la loi de 1905 sous prétexte de faire cesser le trouble. Janus biface, il «libère» la rue… mais accueillera les fidèles dans des mosquées payées par la puissance publique !

Notre sauveur fera ainsi coup double. D’une part il se présentera comme le gardien de la sécurité qui a toujours besoin de s’inventer un ennemi : jeunes des banlieues, immigrés, Roms, et maintenant musulmans des caves ou des rues. Funeste recette de la popularité que celle qui nourrit les peurs collectives ! D’autre part, le rétablissement de l’ordre public sera un prétexte pour faire payer aux contribuables des lieux de culte que ne devraient financer que les croyants.

Il fait ainsi croire que le seul problème réel est celui de l’intégration religieuse alors que la population visée souffre avant tout d’exclusion sociale et économique. Parler de l’islam sans le distinguer de l’islamisme politique, pourtant groupusculaire, est inadmissible. On prétend adapter la laïcité aux religions. N’est-ce pas plutôt à celles-ci de s’adapter à la laïcité, vecteur de liberté et d’égalité ? A-t-on jamais demandé aux droits de l’être humain de s’adapter aux coutumes ? Ce serait supprimer un levier d’émancipation. Les femmes en savent quelque chose, qui souffrent encore des préjugés machistes longtemps sacralisés par les religions du Livre. Ceux qui combattent la laïcité pour restaurer leurs privilèges perdus, et non une spiritualité désintéressée, se frottent les mains. Le scénario actuel les comble.

Premier temps : l’invention de la notion insultante de laïcité ouverte, ou positive. Parle-t-on de justice «ouverte» ? Ceux qui refusent l’égalité de traitement des croyants et des athées militent pour que les religions soient reconnues d’utilité publique. Cela les conduit à affubler la laïcité d’adjectifs polémiques et à la prétendre hostile aux religions.

Deuxième temps : le brouillage de la distinction entre cultuel et culturel. Puisque la loi laïque réserve l’argent public à ce qui est d’intérêt général, comme par exemple la culture, le rapport Machelon propose que le financement direct de la culture assure le financement indirect du culte. La ficelle est grosse. On dira que certains élus le font déjà. Mais l’infraction à la loi n’appelle nullement sa suppression. Qui propose d’abolir les feux rouges sous prétexte que certains les grillent ?

Troisième temps : le paravent du secours aux musulmans des caves. Comment déguiser une restauration de privilèges en bonne action égalitaire ? Par l’invocation d’un mythe : la pénurie supposée des lieux de cultes musulmans. En 1976, on recensait 150 salles de prière. En 1985, 900. Aujourd’hui, 2 147. Deux services de prière par jour suffiraient à accueillir tous les fidèles. La rue comme lieu de culte n’est donc pas une fatalité. Quatrième temps : l’abolition de la séparation laïque. La main sur le cœur on propose de réparer une injustice imaginaire en détruisant la loi de 1905. Quand de l’argent public aura été dépensé pour une mosquée, les tenants des autres religions s’exclameront : «Pourquoi pas nous ?» L’égalité républicaine ne permet pas que l’on donne aux uns ce qu’on refuse aux autres. A ceci près qu’à ce compte-là il faudra financer aussi les libres penseurs, les francs-maçons, les rationalistes, etc. Bref, il faudra communautariser l’argent public.

Jean Jaurès, en 1904, pensait aux retraites ouvrières : supprimer le budget des cultes, c’était transférer à l’Etat des moyens pour mieux assumer son rôle social. Pensons aussi à la santé pour tous. Un citoyen de confession musulmane hospitalisé dix jours, au prix moyen de six cents euros la journée, économise six mille euros si le service public de santé existe. Dans le meilleur des mondes ultralibéraux, il doit les payer, s’il peut, mais l’Etat lui fournit une mosquée. Quand on sait que seulement 18% des citoyens musulmans fréquentent une mosquée, on voit bien qui perd au change !

Il va de soi qu’il faut mettre un terme aux pratiques discriminatoires de certaines municipalités qui empêchent l’acquisition de terrains destinés à des lieux de culte musulmans. La république laïque n’a pas à financer de lieux de culte mais elle doit garantir juridiquement la possibilité d’en construire. Certains agitent l’épouvantail de l’intégrisme et disent : «Payons, ainsi nous contrôlerons.» Où est l’erreur ? Dans la prétention humiliante d’un tel chantage : voici un lieu de culte, mais attention à ce que vous allez y dire. Où est la faute ? Dans l’oubli de ce qu’est l’état de droit. En république, ce sont les lois qui règlent la liberté de parole. Un prêche qui incite à battre une femme est un délit : incitation à la violence. Peu importe alors que le lieu de culte soit privé ou public, la sanction sera la même. La république laïque ne fonde aucune norme sur un particularisme. Seule compte l’autorité de lois qu’inspire le droit (intégrité physique, égalité des sexes).

Marianne ne s’est pas séparée du Dieu qui la dominait pour le dominer à son tour, mais pour faire disparaître toute domination et tout privilège. Ne sacrifions pas l’universel sur l’autel du particulier. Préservons la laïcité.

Henri PENA-RUIZ, philosophe, écrivain, ancien membre de la Commission Stasi.

Voici le lien vers la tribune sur le site de Libération : Tribune Henri Pena-Ruiz Libération

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5 commentaires sur « La religion n’est pas un service public » d’Henri Pena-Ruiz

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  2. Michel Joblot

    Bravo Mme VALLAUD-BELKACEM pour avoir mis en ligne cette mise au point utile d’Henri-Pena Ruiz.

    Mais je voudrai comprendre pourquoi, comme Nicolas Sarkozy, Jean Glavany a déclaré lors du colloque sur la Laïcité que le PS voulait construire massivement des mosquées avec l’argent des contribuables, « pour rattrapper le retard et au nom de l’Egalité »!

    Et pourquoi Daniel Vaillant s’est vanté de financer la construction d’une Mosquée à Paris, sous couvert de financement d’un Institut des Cultures musulmanes à hauteur de 22M€ ?

    Il va jusqu’à donner le mode d’emploi!

    C’est d’ailleurs ce qui m’a pousser à lancer une pétition républicaine pour protester contre ces violations de la loi de 1905, aussi bien par la Droite et la Gauche, ce qui fait le jeu du FN, qui a beau jeu de se poser en défenseur de la laïcité à la française, mais comment le lui reprocher alors que tous les autres partis font fi de notre laïcité, pourtant constitutionnelle.

    Que dit Ségolène Royal a ce sujet ?

    Si vous êtes vraiment décidée à défendre la laïcité, y compris contre votre propre camp, alors signez ma pétition en ligne  » NON AUX MOSQUEES PAYEES PAR LES CONTRIBUABLES!NON AUX MINARETS »

    Cordialement

    M.J.

  3. Ghawthy Hadj Eddine Sari Ali

    Le débat électoraliste sur le « fait religieux » relève de la « Gouvernance », c’est un mode pérenne de « détournement » de l’attention des citoyens (ou des sujets des empires et royaumes), vers « l’au delà » et ses espérances, devant la froide et triste réalité de « l’instant vécu » ; en cela, Marx avait bien raison. Se préoccuper de « sauver son âme », s’identifier en une fraternité spirituelle, chaleureuse, éloignent les citoyens, ou leur font oublier les carences et injustices sociales, les détournent de toute contestation du « Pouvoir », c’est un truisme.

    Bien avant Locke et Voltaire et leurs Lettre et Traité sur la tolérance, bien avant les Déclarations Universelles des droits de l’homme et du citoyen, l’empereur Constantin et Licinius « tribun de la plèbe de Rome », proclamèrent la liberté des cultes –Edit de Milan (IVème siècle). Constantin converti à une religion « minoritaire » de l’époque, le christianisme, voulut ainsi la paix « sociale ». L’originalité ,de l’empereur Napoléon et ses héritiers politiques, réside dans son principe de gouvernance, consistant à considérer la religion comme source d’un « trouble potentiel » de « l’ordre public » et la confie au « ministère de l’intérieur », ce qui perdure encore en France. Dans les années 80, porte-parole de l’Institut Musulman de la Mosquée de Paris, j’avais suggéré au cabinet du ministre Joxe, chargé des « cultes », de confier cela au ministère de la Culture (alors confié à J.Lang), ce qui « dédramatiserait » l’abord du fait religieux, aux yeux de tous. Il me fut répondu : « voudriez-vous, aussi, changer la Constitution ? »…Et pourtant, un état qui se proclame laïc, ne devrait considérer les religions que dans l’aspect culturel ! c’est là aussi un truisme.

    L’on oublie toujours que la « séparation de l’Eglise et de l’Etat » ne concernait que la représentation de l’Eglise catholique, au sein du parlement, abolissant les « privilèges » des nobles et clergé, au bénéfice du peuple, le « tiers état », désormais « souverain » (ce qui n’empêcha pas les révolutionnaires de 1789-1792 de faire des Déclarations « sous les Auspices de l’Etre Suprême », tenant compte de la spiritualité vécue par le peuple).Par ailleurs, notons que Napoléon, comme HenryVIII d’Angleterre, voulait soustraire à l’autorité du Vatican, le clergé français. Mais, aussi, gouvernance oblige, la seconde originalité de l’héritage politique de gouvernance napoléonienne, en la matière, est le véritable « formatage » des religions : judaïsme et islam doivent se conformer aux structures catholiques : diocèses= consistoires=conseils du culte musulman ; curé=rabbin= imâm ; église= synagogue= mosquée, sans prendre en compte les spécificités de chaque religion, au nom de la laïcité, interdisant, par la suite, les « signes ostentatoires » (le clergé catholique, prudent et prévoyant, a même abandonné la bure et la voilette )…

    Je viens d’un pays, l’Algérie, y ayant vécu la période coloniale. A Tlemcen, ma ville natale, Juifs et Musulmans durent se conformer à cette vision de la gouvernance du religieux : des consistoires furent créés et des « imams indigènes » (ne bénéficiant pas du Décret Crémieux), furent soumis au contrôle des préfets et sous-préfets (obligation de leur soumettre les prêches). L’administration coloniale a, ainsi, créé des « Grands Rabbins », des « Grands Imâms », pendants des Archvêques et Evêques, dont l’autorité était largement contestée par la masse « silencieuse » (les sous-citoyens musulmans allaient prier dans les « humbles » mosquées de quartier, sans imâm fonctionnarisé, imâm pris en charge par les pratiquants).Si des rabbins obéissaient à l’ordre établi, faisant des « prières de reconnaissance à l’Etat français », mes voisins de quartier, humbles rabbins qui refusaient l’amalgame du politique et religieux, ne reconnaissaient pas « l’autorité, supposée, du consistoire »…

    L’ignorance, ou l’occultation laïque des spécificités doctrinales du judaïsme et de l’islam continue, actuellement. Le Sacré =Quddùs (en langues sémites, arabe, hébraïque, araméenne)
    Est Dieu Seul et Unique. En islam il ne peut y avoir de clergé, puisqu’il n’y a aucun sacrement. L’unique temple sacré –beït ALLAH El Haràm est la Kaaba (ce qui n’a pas empêché des CALI FS d’en créer d’autres, pour des raisons politico-économiques). Djàmà’ (en toute rigueur, signifie, université, tel Djàma’ El Azhar du Caire, ou La Zitouna de Tunis, le mesdjid ou mosquée, n’étant qu’une partie congrue) et Synagogue, sont, avant tout, des lieux d’enseignement : un rabbi est un maître d’école, son équivalent en islam est le faqyh(maître versé en sciences religieuse et profane ; il y a des rabbis et des faqyh, médecins, juristes, commerçants…), et non l’imâm qui guide les pratiques rituelles (n’importe quel pratiquant peut guider une prière, s’il en connaît les textes rituels). Le Shabbat ou la çalàt el djumu’a (traduite par prière du vendredi) sont des moments de retrouvailles hebdomadaires, des familles et amis, pour une éthique du « vivre ensemble »,éducatives par les enseignements qui doivent avoir lieu ; sait-on, par exemple, que la prière de midi du vendredi, a été « raccourcie » par le Prophète de l’islam, deux ruk’at=génuflexions, au lieu de quatre, des autres jours, rapidement faites pour permettre à l’imâm-faqyh d’enseigner aux participants : « ceux qui viennent à ma mosquée pour apprendre ou transmettre des connaissances, sont dans la bonne voie, ceux qui viennent pour autre chose, ne sont que des voyeurs-radjul yendzur ilà matà’a gheyrih ; allez quérir la science, voire en Chine ; quérir la science du berceau au tombeau est un devoir pour tout homme de foi», enseigna le Prophète, utilisant le concept de « voyeur » (homme qui regarde les plaisirs d’autrui), enseignement qui fit sortir les peuples de l’ignorance, et développer les sciences et connaissances du monde islamique. Mais les religions sont ce que les hommes en font, la tentation du pouvoir « temporel », génère des « autorités religieuses », réductrices, « ethnécisant » la religion, pour le plus grand bonheur des gouvernants « communautaristes », c’est plus simple de diviser pour régnier.

    Il faudrait arrêter de faire croire aux citoyens que l’Etat français financerait des mosquées sur le « denier public ». Il faut lire et relire les dispositions du « Concordat » et « Loi 1905 ». L’on y verrait, en premier lieu, que les seules religions minoritaires » de la République, qui en bénéficient sont le judaïsme et le protestantisme, concernant le Concordat napoléonien dans l’Est de la France , uniquement, où les citoyens français musulmans payent des impôts, sans « bénéficier » des dispositions du concordat :

    · Les ministres (prêtres, pasteurs, rabbins…) des quatre cultes reconnus sous le concordat (à savoir les confessions chrétiennes catholique, luthérienne, calviniste et le judaïsme) sont indemnisés par l’État (Ministère de l’Intérieur). Une négociation récente vient d’aligner leur rémunération sur celle de la Catégorie A de la fonction publique. Il est également à noter qu’ils peuvent bénéficier des indemnités chômage (Assedic).
    · Les évêques de Metz et Strasbourg sont nommés par décret du Président de la République après accord du Saint-Siège. Les grands rabbins et présidents et membres des consistoires protestant et israélite sont eux nommés par le Premier ministre, et les ministres des trois cultes sont nommés par le ministre de l’Intérieur.
    · Dans le cas des protestants, seuls les pasteurs des églises protestantes reconnues sont fonctionnaires. De même, seuls les rabbins du judaïsme consistorial majoritaire sont fonctionnaires, la communauté juive libérale devant assumer les indemnités de son rabbin.
    Le culte musulman (aujourd’hui plus de 109 000 personnes en Alsace-Moselle) n’a pas le statut de culte reconnu. Mais le droit local permet la constitution de communautés musulmanes sous le régime juridique d’associations de droit local, globalement plus favorable que celui des associations cultuelles prévues dans le reste de la France. La mosquée Eyup Sultan de Strasbourg appartenant à la communauté Milli Görüs est indiquée par des panneaux posés par les pouvoirs publics compétents. Cette mosquée a en outre bénéficié de fonds publics pour sa construction ce qui aurait été impossible dans le reste de la France. Aucune mosquée ne fut construite et entretenue par l’Etat : toutes le sont par les quêtes des associations culturelles, auprès des pratiquants. Notons que la loi 1905 a permis à la Moquée de Paris, construite sur un terrain cédé, certes, par l’Etat( en reconnaissances des sacrifices des tirailleurs algériens durant la première guerre, tout comme le fut la construction de la mosquée de Fréjus, pour les tirailleurs africains) à l’association (française, créée à Alger, financée par les « indigènes » au moyen d’une taxe spécifique…), gérant le lieu, de bénéficier, au même titre que les monuments historiques (L’Eglise de la Madeleine, Le Sacré Cœur et autres Panthéon…), d’une subvention de 400.000frs annuelle (1980) pour « l’entretien » (Le recteur contesté par le gouvernement de Mitterrand, en fut privé , ce qui emmena l’association à solliciter l’Algérie, qui accepta de financer l’entretien et le fonctionnement de cet Institut, par des subventions de l’ordre de 20 millions de francs ). D’autres mosquées furent construites, sans aucune aide de l’Etat, à ce jour.
    Il est parfois question d’intégrer l’Islam dans le concordat. Ainsi, le député de Moselle François Grosdidier a proposé un texte dans ce sens à l’Assemblée nationale en 2006. Les responsables juifs, catholiques et protestants ne sont, a priori, pas opposés à cette intégration, qui leur permettrait de garder ce statut privilégié par rapport au reste de la métropole
    En 2004, à la veille de la célébration du centenaire de la loi fondant la laïcité républicaine, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Économie, et sortant de son poste de ministre de l’Intérieur et des Cultes, s’interroge, dans un livre intitulé La République, les religions, l’espérance, sur une possible modification de la loi, sans toutefois remettre en cause ses fondements.Il propose de donner à l’État les moyens de pouvoir contrôler efficacement le financement des cultes, en particulier le culte musulman, financé actuellement en grande partie par des puissances islamistes proche et moyen-orientales. Ce contrôle permettrait, d’après lui, de libérer le culte musulman français de la tutelle extrémiste et ainsi de pouvoir limiter les dérives extrémistes et terroristes au sein des mosquées françaises. Ce contrôle impliquerait comme effet secondaire des facilités accordées par l’État en matière de formation des agents des cultes, en mettant par exemple à disposition des enseignants pour les matières non religieuses pour la formation des prêtres, pasteurs ou imams. Tel est le problème politique actuel…

  4. Ghawthy Hadj Eddine Sari Ali

    En dehors de la manipulation électoraliste notoire, le sujet reste dans le domaine de la « Gouvernance ». Au Vième siècle, Constantin, par son célèbre « Edit de Milan », s’étant converti au christianisme (religion « minoritaire » de son Empire), décrétait la « tolérance »envers toutes les religions pratiquées par ses « sujets » (bien avant le « Traité  » de Voltaire et les déclarations des Constitutions françaises de 1789à1958).Mais la « manipulation politique du sentiment religieux demeure un moyen populiste « l’au delà » faisant occulter les vrais problèmes des sujets ou des citoyens (Machiavel-Le Prince).
    Il faut lire et relire les dispositions stipulées par la Loi 1905, pour voir que les seules « religions minoritaires » qui en bénéficient sont le « Protestantisme » et le « Judaïsme ». C’est aussi, un moyen de gouvernance, de « formater » toutes les religions sur le modèle catholique : Diocèse= Consistoire= controle étatique des prêches, du fait que Curé= Rabbin. Je viens d’un pays, l’Algérie, où des rabbins ont refusé cet « amalgame » et n’ont pas reconnu l’aurorité supposée et imposée,des « consistoires ». La France coloniale, bien avant les créations de Corif et autres Conseils du Culte, « fonctionarisait » des « imams indigènes » (sans statut de citoyen, vu le Code de l’indigénat) et leurs prêches du vendredi devait être soumis à l’approbation des préfets et sous-préfets, de m^me que les rabbins des consistoires instituaient des prières pour l’Etat français dans les Synagogues…
    Le respect de la diversité religieuse est le vrai problème: les cultes chrétiens nécessitent des « sacrements », d’où le clergé; les cultes Juifs et Musulmans ne reconnaissent aucune « sacralité » aux rabbins et imàms, qui ne sont, en fait, que des enseignants!Cette dernière spécificité fait que le rôle des rabbins et imàms reposent sur leurs connaissnces des « sens » des pratiques, éducatifs: les pratiques des Shabbat et « prières du vendredi » sont avant tout des réunions sociales, de familles et amis, pour l’éducation au « vivre ensemble ».L’importance de l’enseignement, dans le judaisme et l’islam fait que le pratiquant se doit d’aller à la synagogue ou la mosquée (partie congrue du Djamà’=université) pour y quérir ou transmettre un enseignement (« Sans cela, dit le prophète de l’Islam, on n’est qu’un voyeur- radjul yendzur mata’à gheyrih), Djamà’ et Synagogue ne sont pas un lieu de « méditation personnelle », « d’isolement »,mais un lieu d’enseignement et « partage ».
    A ma connaissance, aucune synagogue ou « mosquée » n’a été financée par le denier public: elles furent crées et construites par des associations (sauf, peut-être, les synagogues et temples protestants de la région bénéficiant du « Concordat »…La Mosquée de Paris, comme tous les « édifices publics », recevait des allocations annueles pour « l’entretien des lieux publics »Il faut arréter de faire croire aux citoyens que l’Etat finance les « cultes »!
    J’avais proposé au ministre de l’intérieur des années 80, de faire dépendre la cellule des cultes du ministère de la culture (Alors, J.Lang), il me fut répondu : vous ne voulez pas changer, aussi, la Constitution? Pourtant, tant que les cultes relèvent du ministère de l’intérieur, ils sont désignés comme « troubles potentiels de l’ordre public »… Le vrai débat laïc serait là!Les croyants, juifs, chrétiens et musulmans n’ont aucune prétention à « rejeter » les non-croyants, ils sont « dévôts » pour eux-mêmes, dévoués à leurs concitoyens, sans distinction d’ethnie ou de croyance ou non, l’amour d’autrui est le fondement du monothéisme Abrahamique, altérité qu’ils partagent avec tous.

  5. Gérard Eloi

    Bravo, Najat, pour la qualité et la quantité de tes actions et interventions, dont on mesure l’importance et la claivoyance en lisant ton blog.

    Quatre billets se suivent, en ne se ressemblant pas :

    – » La religion n’est pas un service public ». Très belle mise au point, qui présente les arguments pour clore le débat que Sarkozy…n’arrive pas à entamer.

    -Sidaction. Voilà en effet une lutte dans laquelle il faut s’engager.

    – Et juste avant,  » Fête de la musique » et  » Quais du polar ». Musique et littérature, culture et divertissement.

    Quatre billets qui ne se ressemblent pas, mais qui se complètent et montrent toute l’attention que tu portes à la vie et à la société.

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