Faire bloc pour notre école

Éditos Porte-parolat Publié le 3 décembre 2013

Nous savions que 10 ans de droite au pouvoir avaient abimé notre école. Ce que montre le classement PISA dévoilé aujourd’hui, c’est que l’ampleur des dégâts est considérable.

Déjà, l’enquête Pisa de 2009 révélait une France mal classée : 21e (compréhension de l’écrit), 22e (mathématiques) et 27e (sciences), loin derrière le trio de tête du classement (Shanghai, Corée du Sud et Finlande).

Le nouveau classement réalisé en mai 2012 montre que la tendance à l’œuvre depuis des années s’est accentuée. Les résultats continuent de s’aggraver : ils sont en baisse en maths, matière sur laquelle l’enquête mettait l’accent cette année. La France perd 5 places au classement PISA, passant de la 13ème à la 18ème sur 34 pays OCDE – à la 25ème sur 65 pays.

Non seulement la France a décroché en terme de niveau, mais elle a plongé en terme d’équité. C’est notre préoccupation essentielle. Contre toutes les images d’Epinal, parmi tous les pays de l’OCDE, c’est la France qui s’est installée en tête du déterminisme social. La différence record entre les résultats des enfants issus des milieux les moins favorisés et ceux issus des milieux qui le sont le plus s’est encore accrue. Ces inégalités se sont creusées dans toutes les matières. « Lorsqu’on appartient à un milieu défavorisé, on a aujourd’hui moins de chance réussir en France qu’en 2003 », dit l’OCDE. En 10 ans, une droite qui prétendait défendre la valeur travail a mis à terre la promesse méritocratique, cette promesse de la République à laquelle nous devons redonner tout son sens.

Les causes de ce déclin sont aussi évidentes que massives : la baisse des moyens et la suppression de 80 000 postes dans l’enseignement entre 2007 et 2012, la suppression des RASED pour les enfants en difficulté, la remise en cause de la formation des enseignants, l’assouplissement excessif de la carte scolaire qui a réduit la mixité sociale, l’échec de la réforme du lycée…Pendant 10 ans, notre politique d’éducation a marché au fil de l’eau, au gré des arbitrages budgétaires. 10 ans de renoncement.

Au moment où l’UMP poursuit sa campagne électoraliste sur la réforme des rythmes scolaires, une certaine pudeur serait de mise. Luc Chatel a reconnu il y a quelques semaines qu’il avait soutenu cette réforme. « Il y avait consensus sur la nécessité de réformer les rythmes scolaires. Je l’ai obtenu après un an et demi de travail. ». Mais que son gouvernement n’était pas « prêt pour sa mise en œuvre ». Lorsqu’on est ministre et qu’on adhère à l’idée d’une réforme, mais qu’on considère que les conditions ne sont pas réunies pour sa mise en œuvre, on a le devoir de préparer les choses. Ce que nous dit Monsieur Chatel, c’est qu’il était Ministre comme on lit un roman, en étant spectateur de la dégradation de notre école, une dégradation organisée par son Ministre du budget, son Premier Ministre et son Président. Il faut une certaine honnêteté pour le reconnaître et peut être même un peu de courage. Aller au bout de ce courage ce serait rattraper le temps perdu en travaillant avec toutes les personnes de bonne volonté à poursuivre la réussite de la refondation de notre école.

Deux types de sociétés peuvent s’offrir à nous. Une société dérégulée, qui comprime l’école du poids de ses contraintes, où l’organisation de la journée de nos enfants est conçue comme une variable d’ajustement. Cette société c’est la France du déclin. C’est celle qui a fait de notre école une des principales variables d’ajustement de tous les budgets depuis 10 ans. Cette société c’est celle qui laisse de côté tant d’enfants.

Nous avons fait le choix d’un autre projet de société. Nous avons fait le choix d’une société exigeante, où le bloc de l’école est un bloc indivisible et construit en fonction des seuls intérêts de l’enfant. Nous avons fait le choix de préparer l’avenir.

Dans la quasi-totalité des communes ayant mis en place la réforme des rythmes scolaires, les choses se passent bien.L’enquête que l’Association des maires de France (AMF) a récemment rendue publique le montre de façon criante. Cette enquête, menée auprès des 4 000 communes ayant changé de rythmes à la rentrée, révèle notamment que 83 % des maires sont satisfaits de la mise en place de la réforme. Les difficultés existent, mais elles ne sont pas insurmontables – et pas là où les attendait.

La réforme des rythmes est un élément parmi d’autres de notre projet pour l’école. Au-delà, c’est tout l’école primaire qui est notre priorité. Pour la traduire concrètement, plusieurs milliers de postes y ont été créés, notamment pour mettre en œuvre le dispositif « plus de maîtres que de classes », renforcer la scolarisation des moins de 3 ans, tout particulièrement dans les quartiers défavorisés, où seront ciblés 25% des moyens affectés à cette politique. La lutte contre le décrochage a été renforcée, avec l’objectif de « raccrocher » 20 000 jeunes sortis de l’école sans diplôme d’ici la fin de l’année. La formation des enseignants a été remise sur pieds, avec la création des ESPE et le développement de la formation continue. La refondation de l’école se poursuivra en 2014, avec le renforcement de l’éducation prioritaire, la rénovation des programmes, les discussions sur le métier d’enseignant.

Et si l’on faisait bloc pour notre école ?

Photo Commons Wikimedia

Tags : , , ,

5 commentaires sur Faire bloc pour notre école

  1. Myriam BAUDIC

    Je vous adressais un message en ce sens,par l’intermédiaire du formulaire de contact sur votre site au début de ce mois.
    Il est resté sans réponse…
    De quelle manière encouragez-vous les initiatives contribuant à « faire bloc pour notre école »?
    Merci de votre réponse.
    Myriam BAUDIC

  2. ROBERT

    bonjour
    le problème de l’école se trouve en partie dans le management du personnel;
    le harcèlement moral dont sont victimes les professeur des écoles motivées travailleuses et compétentes de la part de directices perverses est un aspect de la démotivation des premières;
    quand aux inspecteurs(inspectrices)on se demande que contient leur cursus de formation-méconnaissance du fonctionnement d’une école par exemple une coopérative-ayant eu en un instant T un solde négatif dans ma coop- la directrice est inspectée elle nous a demandé de remplir chaque trimestre un cahier coop de l’école-illégal puisque uniquement l’OCCE est l’organisme responsable; l’IEN est venu me faire un scandale ( elle m’a dit plus tard : je parle des collègues comme ça on parle pas de moi durant l’inspection et puis je mets une petite jupette)
    bref tout le monde a cru que j’avais ‘piqué dans la caisse’une rumeur qui m’ a poursuivie jusqu’à la fin de ma carrière-alors que j’ai mis souvent de ma poche pour travailler correctement-notez que la directrice a eu les palmes académiques plus tard!!et l’inspectrice suivante a noté dans mon dossier que j’avais des problèmes avec ma coop! sans préciser quoi;

  3. ramain charles

    il est évident que l’école laïque est un pilier de la république et qu’il y a besoin de réforme ….Cependant j’ai du mal a comprendre l’attitude des parents d’élèves qui manifestent contre que les enseignants réclament plus de moyens on peu le comprendre .Mais les parents d’élèves qui 2 mois après (là ou elle a été mise en place) manifestent je me pose des questions est ce que cela dérange leurs habitudes? Comment peuvent il voir si c’est bénéfique ou pas pour leurs enfants ? Il faut attendre au moins une année pour pouvoir faire un bilan…..alors si c’est mieux pour les enfants tant pis pour les habitudes des parents!!!!!!

  4. ramain charles

    il est évident que l’école laïque est un pilier de la république et qu’il y a besoins de réformes ….il y a une chose que j’ai de la peine a

  5. IZABEL

    Je confirme les propos de Mme Vallaud-Belkacem
    PISA révèle mais…. Pour redonner goût et réussite aux sciences, arrêtons de nous mettre 29 élèves dans des classes de collège qui ne peuvent en contenir que 24 !! (la commission sécurité constate chaque année… sans suite)
    Comment proposer du matériel et des expériences à autant d’élèves ? Matériel de plus en plus cher avec des budgets divisés par 3 en 15 ans ? (sans parler des expérimentations assistées par ordinateurs, faudrait-il encore avoir DES ordinateurs…)
    Notre manière d’enseigner et d’évaluer change et j’en suis heureuse, le principe est intéressant, autonomiser les élèves dans leurs apprentissages, individualiser les enseignements, évaluer par compétences mais comment être satisfaite d’une mission que nous ne pouvons tenir que « globalement » ? Je suis cette année en charge de 273 élèves… Il est (pas si) loin le temps où nous bénéficiions de groupes restreints en sciences où chaque élève pouvait bénéficier de quelques minutes d’attention supplémentaires sur nos 50 min de cours (bi)hebdomadaires, où chaque élève pouvait manipuler. Or chaque année, au moment de la répartition de la DHG (dotation horaire de l’établissement qui tend à ressembler à une peau de chagrin depuis quelques années), une bataille intestine émerge : « Comprenez Mme, si j’accorde des groupes en sciences, ils seront 32 en LV2 ! je n’ai pas les moyens horaires pour satisfaire tout le monde… ». Sans commentaires. Habillons Paul pour déshabiller jacques !
    Je sors, ce soir, d’un conseil de classe et les délégués-élèves déploraient à juste titre qu’en Sciences Physiques, où la manipulation est quasi nécessaire à chaque cours, qu’ils devenaient davantage spectateurs qu’acteurs…. « Et oui on ne peut pas faire autrement… » résignation ! frustration !
    Et pour moi qui enseigne le « vivant » comment ne pas dériver vers le tout virtuel vidéo-projeté par mon seul ordinateur ?
    Résignée, je ne le suis pas ! Frustrée pas encore car je me bats ! Fatiguée, oui ! car cela fait trop d’années que nous voyons les conditions de travail de nos élèves, nos enfants se dégrader….
    Cela ne fait que 15 ans j’enseigne… combien d’élèves entasserais-je dans mon « hall de sciences » avant de partir en retraite ?

    Merci de nous aider à accompagner TOUS-TES nos élèves vers la réussite scolaire et l’épanouissement personnel.

    Une enseignante d’un collège péri-urbain
    (où nos actions sur l’égalité filles / garçons participe à l’épanouissement de nos élèves)

Commentaires fermés.