Interview à la Provence : « On ne sera sereins que quand l’ensemble des écoles marseillaises sera concerné par le périscolaire »

Éducation nationale Publié le 31 octobre 2014

En déplacement à Marseille à l’occasion du sommet 5+5 consacré à la formation professionnelle des jeunes en Méditerranée, j’ai répondu aux questions de La Provence sur l’application de la réforme des rythmes scolaires dans la cité phocéenne.

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Comment expliquez-vous que, près de deux mois après la rentrée, la ville de Marseille ait tant de mal à appliquer la réforme des rythmes scolaires ?
N.V-B. : « Je crois qu’à l’origine il y a eu de leur part une réticence très forte à mettre en oeuvre cette réforme, et sans doute, les élus marseillais ont-ils pensé jusqu’au dernier moment qu’ils pourraient s’en dispenser… C’est la raison pour laquelle ils n’ont pas suffisamment anticipé et préparé cette rentrée 2014, en terme d’organisation et de recrutements ».

Le maire de Marseille a annoncé qu’au retour des vacances de la Toussaint la situation sera régularisée dans 250 écoles sur les 444 que compte la ville. Vous y voyez une avancée ?
N.V-B. : « On ne sera sereins que quand l’ensemble des écoles marseillaises sera concerné par le périscolaire ! Et que les parents auront une solution à ce qui est devenue une épine dans leurs pieds. Ce vendredi après-midi sans réponse pour leurs enfants… J’ai eu l’occasion d’en discuter à nouveau avec quelques-uns aujourd’hui, je sais les difficultés très importantes que ça leur crée. Y compris pour leurs emplois. Je crois que les élus marseillais ont compris qu’il fallait accélérer la cadence. Nous sommes à leurs côtés pour les aider à trouver des solutions rapidement. Et d’ailleurs, le tribunal administratif a enjoint la commune de mettre en place ces activités dans toutes les écoles. »

La justice a en effet sommé la municipalité de mettre en place des garderies dès le 7 novembre et les activités à partir du 21. On en semble loin… Comment comptez-vous veiller à l’application de cette décision ?
N.V-B. : « Ce que je souhaite, c’est que Marseille s’engage avec l’État dans un plan éducatif territorial. C’est l’instrument idéal pour pouvoir mutualiser les efforts des communes et de l’État dans l’intérêt des enfants et organiser au mieux les activités avec des engagements réciproques. Ce plan éducatif local garantirait du périscolaire qui ne soit pas que de la garderie, en identifiant en commun des animateurs. Ceux que la ville dit avoir du mal à trouver… C’est une vraie proposition faite à Marseille. »

Mais à court terme, quid de l’application de la décision de justice ?
N.V-B. : « Je sais que la mairie à décidé de faire appel. Ceci dit, une décision de justice s’applique et la Ville est tenue de la respecter. Je vous renvoie d’ailleurs aux conclusions du tribunal, qui, en réalité, exige une application de la loi sous astreinte. Aux dates concernées, sinon, elle devra payer des pénalités. »

La municipalité affirme qu’à ce jour aucune aide n’a été débloquée. Qu’en est-il ?
N.V-B. : « J’ai fait en sorte que la première partie des financements soit versée avant la fin du mois d’octobre. Nous sommes le 28, donc elle arrivera dans les deux jours. Marseille va ainsi percevoir 2,2 millions d’euros sur les 6,7 millions que nous lui verserons sur toute l’année scolaire. Nous parlons de 90 euros par enfants et par an. »

Jean-Claude Gaudin estime pour sa part que la réforme coûtera entre 22 et 25 millions d’euros à une ville déjà gravement endettée…
N.V-B. : « Le coût moyen de trois heures périscolaires est estimé entre 10 et 11 millions d’euros pour l’ensemble des enfants concernés. De plus, de notre côté, quand on parle des 6,7 millions d’euros alloués, nous n’évoquons que le fond d’amorçage des rythmes scolaires. À cette somme, il faut ajouter la possibilité offerte à Marseille, comme à toutes les communes, de bénéficier d’une aide offerte par la Caisse d’Allocation Familiale dès lors que la Ville ouvre des centres de loisir agréés pour mettre en place le périscolaire , d’autant que nous avons veillé à simplifier ces agréments ces derniers temps. Ce faisant, elle pourrait obtenir près de 4 millions supplémentaires. Or, quand on met tout ça bout à bout, on est à plus de 10 millions d’euros ! Après, tout dépend des activités en question. On n’a jamais demandé aux communes d’être dans des loisirs luxueux. Il a des villes où ça se passe très bien et où pendant le temps périscolaire on fait pratiquer la poterie aux enfants… Ce qui n’est pas excessivement coûteux et pourtant plébiscitée. »

Si la ville ne parvenait pas à mettre en oeuvre cette réforme, ou seulement partiellement, demanderez-vous le remboursement des aides ? D’autant plus que Manuel Valls vient d’annoncer que les aides seront maintenues à leur niveau actuel en 2015 et 2016…
N.V-B. : « Écoutez, cette année nous sommes partis sur un mécanisme de fond d’amorçage sans condition. On partait du principe qu’on faisait confiance aux communes. Mais à partir de l’année prochaine, si nous avons décidé, et le Premier ministre l’a confirmé tout à l’heure, (NDLR : hier soir) prolonger l’aide pour les villes qui jouent le jeu, en revanche, elle sera conditionnée aux applications concrètes du périscolaire. Donc on ne versera plus aveuglément plus aveuglément et on demandera aux communes de s’inscrire dans le cadre d’un plan éducatif territorial pour y veiller… »

Comprenez-vous le ras-le-bol des familles qui se sentent piégée par le bras de fer qui oppose l’État à la ville ?
N.V-B. : « Ce n’est pas un bras de fer. Ça l’a longtemps été mais nous sommes passés à autre chose. Désormais, je crois sincèrement que la mairie a compris qu’elle devrait mettre en oeuvre la réforme. Elle est sans doute dépassée par les événements pour ne pas s’y être préparée. Mais elle a saisi qu’il fallait qu’elle s’y mette. De mon côté, j’ai demandé au recteur de mettre en place un comité de suivi qui réunira à la fois l’État, la mairie mais aussi les associations de parents d’élèves. Ce dernier point est très important. Pour que les progrès soient évalués au fur et à mesure. Et qu’on ne laisse par la municipalité seule décider du rythme auquel on installe ces activités… »

C’est un peu tardif…
N.V-B. : « Bien sûr ! De fait, c’est beaucoup de temps perdu pour les Marseillais et pour leurs enfants. Je le déplore. Pour le reste, je crois que c’est aussi aux parents d’exiger que la municipalité Gaudin, respecte une réforme qui est désormais généralisée et qui s’applique à tous les élèves de France. Et de le faire dans les meilleures conditions. »

Propos recueillis par Laurent D’Ancona

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