Discours d’Inauguration de la Bibliothèque Nationale Universitaire de Strasbourg

Enseignement supérieur et recherche Publié le 24 juin 2016

Ce vendredi 24 juin 2016, Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a inauguré la Bibliothèque Nationale Universitaire de Strasbourg. La ministre a annoncé, à cette occasion, les projets retenus dans le cadre du plan « Bibliothèques ouvertes » destiné à améliorer l’accueil des étudiants en élargissant les horaires d’ouverture.

« Très beau succès de notre plan BU ouvertes : à la rentrée la moitié des grandes métropoles régionales disposeront d’une grande bibliothèque universitaire ouverte en soirée et le week end. D’autres encore s’y préparent pour janvier prochain. » a ainsi déclaré Najat Vallaud-Belkacem.

Retrouvez ici le discours prononcé par la ministre :

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Monsieur le Préfet,
Madame la Rectrice,
Monsieur le Président de la région Alsace Champagne-Ardenne Lorraine,
Monsieur le président du conseil départemental,
Monsieur le Président de la communauté urbaine de Strasbourg,
Monsieur le Maire de Strasbourg, cher Roland Ries,
Monsieur l’administrateur de la Bibliothèque Nationale et universitaire de Strasbourg,
Monsieur le Président de l’Université de Strasbourg, cher Alain Beretz,

Mesdames et messieurs,
Chers amis,

Inaugurer une bibliothèque est toujours, pour une ministre de l’Éducation Nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, un moment particulier.

Descartes disait, je cite : « La lecture des bons livres est comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés qui en ont été les auteurs, et même une conversation étudiée, en laquelle ils ne nous découvrent que les meilleures de leurs pensées. »

Eh bien, quand vous rentrez dans une bibliothèque universitaire, même si le silence y est de rigueur, vous vous trouvez dans un lieu empli de ces conversations.

Entre les pages des ouvrages, du savoir se communique, une pensée se déploie, des connaissances s’échangent.

Combien de destins, de vocations, d’échanges sont nés au sein de nos bibliothèques universitaires ? Combien de livres dont la lecture a constitué, pour un chercheur, un moment décisif dans sa carrière ?

Oui, c’est un lieu précieux qu’une bibliothèque. Et si l’on nous répète souvent que ce qui est précieux est forcément rare, les bibliothèques nous rappellent que l’on peut aussi être précieux, et ouverte, à toutes et à tous.

J’évoquais, mercredi dernier, à l’occasion de la finale des petits champions de la lecture, à quel point l’existence pouvait être marquée par des rencontres livresques.

J’insistais sur le rôle central de la lecture, qui forme le socle des apprentissages futurs, la clef de voûte des savoirs qui seront ensuite acquis au fil des années.

Eh bien, dans la vie d’un campus, dans l’existence des enseignants, des chercheurs et des étudiants, la bibliothèque occupe, elle aussi, une place centrale.

Une place qui ne cessera de s’accroître, dans une société où la formation tout au long de la vie devient de plus en plus importante.

Dans les bibliothèques universitaires se poursuit aussi, jour après jour, cette grande aventure de l’humanité que sont la recherche, les études, et la pensée.

Inaugurer cette Bibliothèque Nationale et Universitaire de Strasbourg, qui a une longue histoire, et qui a été rénovée, c’est donc rappeler l’importance accordée par ce gouvernement, et, au-delà, par la République tout entière, à ces lieux de savoirs et de culture.

Et c’est d’autant plus fort, que cette bibliothèque est née d’un désastre : l’incendie et la destruction, dans la nuit du 24 au 25 août 1870, du Temple Neuf, qui abritait les bibliothèques de la ville et du séminaire protestant à cette époque.

Un appel avait alors été lancé aux savants et aux universitaires, qui permis de recréer une bibliothèque.

Bâtir une bibliothèque, ou, comme ce fut le cas ces dernières années, la rénover, c’est faire un choix : le choix de la paix, le choix de la civilisation, le choix de la culture et du savoir.

Et ce choix se traduit, pour l’Etat, par un engagement concret, aux côtés des collectivités dont je veux saluer l’engagement pour cette bibliothèque, qui voit, grâce à la rénovation, son magnifique dôme retrouver une place centrale.

La visite que je viens d’en faire, m’a, très sincèrement, impressionnée.

C’est donc à la fois au nom de mes fonctions, mais aussi à titre personnel, que je tiens à saluer le travail qui a été conduit.

Il a permis de faire de cette BNU une bibliothèque ouverte à la fois sur l’époque contemporaine, et en même temps, comme toute bibliothèque, l’héritière d’un passé auquel nous devons beaucoup, et qui ne doit cesser de nous inspirer.

Oui, la BNU de Strasbourg, est, à bien des égards, une bibliothèque remarquable.

Remarquable, par son architecture et son extension.

Remarquable, par ses collections. Avec plus de trois millions de documents, elle est la seconde bibliothèque de France, et la première bibliothèque universitaire, et elle dispose de l’un des plus beaux fonds patrimoniaux de France.

Remarquable aussi pour ces efforts de numérisation de près de 160 000 documents, représentant 1,2 million de pages, en partenariat avec la Bibliothèque Nationale de France.

Remarquable, enfin, par son ouverture et la qualité de ses services. En effet, la BNU est une des bibliothèques les plus ouvertes, non seulement de France, mais d’Europe.

Quand notre moyenne nationale d’ouverture est de 61h par semaine, la BNU est ouverte 80 heures, et 320 jours par an ! Et  le soutien de l’État a été à la hauteur de ces efforts, grâce notamment à un abondement du budget de fonctionnement de 1,2 M€ et la création de 12 emplois.

Et lorsque vous ouvrez une bibliothèque universitaire, vous vous rendez compte que cette ouverture répond à un besoin réel.

Avec près de 350 000 entrées dès la première année de réouverture, la fréquentation a retrouvé son niveau d’avant le chantier de rénovation, et elle est particulièrement forte le dimanche.

Les publics étudiants et universitaires représentent 74% de son public, contre 65% avant la rénovation.

Ces chiffres nous rappellent, au fond, à quel point la question des horaires et des jours d’ouverture est un enjeu essentiel pour nos universités.

D’ailleurs, votre public se montre reconnaissant. Avec 84% de taux de satisfaction concernant les horaires, et 86% pour l’accueil et le professionnalisme des équipes, votre popularité auprès de vos usagers a de quoi rendre jaloux bien des femmes et des hommes politiques.

Je tiens, sur ce point, à saluer l’engagement du personnel, qui a grandement contribué à ces réussites.

Car nous savons bien qu’il ne suffit pas d’ouvrir davantage les portes des BU pour changer les choses. Cela nécessite une mobilisation collective admirable. Merci donc à vous toutes et à vous tous.

En effet, une fois que les portes des BU s’ouvrent devant vous, encore faut-il travailler à améliorer ce qui peut l’être à l’intérieur de celle-ci. Et quand je dis à l’intérieur, je pense qu’il faut en réalité commencer par le seuil.

Cela vous est certainement déjà arrivé. Vous vous levez un matin avec une détermination incroyable. Devant vous s’étend une journée entière de bibliothèque, au cours de laquelle vous allez enfin pouvoir terminer la rédaction de votre mémoire. Plus que quelques références à vérifier, un numéro de page de citation à retrouver, et c’est joué.

Mais voilà : pas de places.

Et, parfois, une file d’attente dans laquelle on hésite à s’insérer, faute de savoir pour combien de temps on en a.

Ce souci nous avons, aujourd’hui, avec le développement du numérique, le moyen de le résoudre, et la BNU l’a fait.

En effet, il est possible, sur le site strasbourgeois de l’université, de suivre, en temps réel, les places disponibles, grâce à l’application « Affluences », partagée avec l’université.

Je remercie ses développeurs de nous avoir fait tout à l’heure une démonstration de son utilité, car nous souhaitons que toujours plus de bibliothèques s’engagent à rendre, demain, ce service attendu par les usagers.

Il y a, bien sûr, encore d’autres traits à souligner. Mais je crois que le plus bel hommage que l’on puisse rendre à cette BNU, c’est finalement de dire qu’à elle seule, elle résume tous les enjeux liés aux bibliothèques universitaires, et leur importance.

Oui, cette BNU, vaut mieux que tous les discours.

Néanmoins, elle ne suffira pas à aborder tous les enjeux du plan pluriannuel que nous avons lancé en février dernier avec le Secrétaire d’Etat chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Je vais donc continuer mon discours.

Ce plan en faveur des bibliothèques répond d’abord à un constat simple : les bibliothèques sont des lieux qui comptent, dans la vie d’un étudiant, et dans la vie d’un enseignant-chercheur.

Et au moment d’évoquer nos années d’études, nous sommes nombreux à avoir gardé, de la bibliothèque universitaire, un souvenir particulièrement marquant. A juste titre.

Une bibliothèque universitaire n’est jamais un luxe. Ce n’est pas un supplément d’âme que l’on ne prend la peine d’édifier que si vraiment on a de l’argent à dépenser. C’est, au contraire, une nécessité.

Pour nos étudiants, pour nos enseignants et nos chercheurs, mais aussi pour notre pays dans son ensemble. Car des bibliothèques ouvertes plus longtemps, ce sont des bibliothèques auxquels davantage d’étudiants ont accès, et donc davantage d’opportunités pour eux de réussir.

Le plan que nous avons lancé, en février dernier, ne répond pas seulement à des besoins, ce qui est déjà beaucoup : c’est surtout un moyen très concret d’œuvrer pour la réussite de tous les étudiants.

Car la bibliothèque universitaire est éminemment démocratique.

Quand on sait les situations de précarité de certains étudiants, quand l’on connaît les conditions dans lesquelles ils vivent parfois, on mesure mieux l’importance d’avoir un lieu où travailler sereinement. Parce que le travail intellectuel a aussi besoin de conditions décentes.

Entre un studio de 8m2, avec une mini-douche, dans lequel on fait en outre sécher son linge et où le  bureau est aussi une table pour manger et un endroit où entreposer la vaisselle, et une place en bibliothèque, il n’y a pas une différence minime, mais un fossé !

Je songe aussi, à la situation des étudiants, nombreux, qui travaillent pour payer leurs études, pour lesquels des horaires d’ouverture des BU étendues ne sont pas un luxe.

Ils doivent déjà souvent se livrer à des acrobaties impressionnantes ne serait-ce que pour élaborer leur emploi du temps. Mais une fois que cette question-là est réglée, ils se rendent compte qu’ils n’ont plus, entre les cours et le travail, de possibilité d’accéder à la BU, faute d’une amplitude horaire suffisante.

Or, je le répète, la BU est essentielle. Non seulement parce qu’elle offre accès à des ouvrages. Non seulement parce qu’elle offre un cadre de travail idéal. Mais aussi parce qu’elle est l’occasion de rencontres intellectuelles.

C’est, par exemple, un livre que vous ne connaissiez pas, mais que vous découvrez au détour d’un rayon, et qui va vous éclaircir une bonne fois pour toute La Phénoménologie de l’Esprit de Hegel ! Ou vous apporter un éclairage sur des périodes historiques que vous n’aviez pas eu le temps d’approfondir.

Car, à l’heure d’internet et du numérique, il est bon aussi de pouvoir flâner entre les rayons, sans toujours savoir ce que l’on cherche, sans forcément passer par un moteur de recherche.

Laisser la place au hasard, c’est aussi cela la force irremplaçable d’une bibliothèque.

Comme le disait Umberto Eco : “ La fonction essentielle d’une bibliothèque est de favoriser la découverte de livres dont le lecteur ne soupçonnait pas l’existence et qui s’avèrent d’une importance capitale pour lui.”

Le plan que nous avons lancé nous permet de franchir véritablement un cap. Car il n’est pas normal que notre pays ait des amplitudes horaires encore très limitées par rapport à d’autres pays voisins.

Il n’est pas normal que des étudiants allant passer un séjour à l’étranger reviennent raconter, à leurs camarades ébahis, les fabuleux horaires d’une BU berlinoise.

Et heureusement, la situation est en train d’évoluer. Je salue l’engagement de tous les acteurs des bibliothèques en ce sens, depuis plusieurs années.

Et c’est en réponse à leur mobilisation que nous avons souhaité relancer une démarche d’accompagnement de ces efforts par le ministère, qui faisait cruellement défaut.

Je me réjouis du succès rencontré par l’appel à projets que nous avons lancé auprès des universités et des regroupements d’établissements.

Les 21 projets que nous avons retenus couvrent 35 villes universitaires, et concernent près de 80 bibliothèques.

Le résultat de leur mise en œuvre est très clair : la moitié des grandes métropoles régionales disposeront désormais d’une grande bibliothèque universitaire ouverte en soirée et le week-end.

Et le nombre de bibliothèques universitaires ouvertes le dimanche sera également doublé à la rentrée prochaine.

Oui, à Lyon, et à Lille, comme à Nantes, Nice et bien sûr Strasbourg, il y aura bien une grande bibliothèque ouverte le soir et le week-end. Et, en 2017, nous pourrons y ajouter Bordeaux.

Cette évolution, vous le voyez, est en marche. Mais, comme tout changement d’envergure, nous savons qu’il demande du temps.

Car, me direz-vous, où sont des villes avec de grandes universités, comme Aix-Marseille, Toulouse, Clermont Ferrand et Grenoble ?

Les établissements de sites universitaires ont marqué leur intérêt pour cette démarche, mais ils ont souhaité pouvoir disposer d’un délai supplémentaire pour déposer leur projet.

Nous avons donc décidé de leur offrir ce qui est si essentiel dans la recherche comme dans les études : du temps.

Il aurait été pour le moins paradoxal qu’au moment où nous demandons, pour nos bibliothèques universitaires, davantage d’amplitude horaire, nous ne soyons pas capables de faire preuve, nous aussi, de souplesse !

Nous avons donc décidé de prolonger le succès rencontré par ce premier appel à projet, en offrant à l’ensemble des universités la possibilité de se mobiliser à nouveau.

Un nouvel appel à projet sera donc lancé à la rentrée 2016 pour afin de mettre en œuvre une seconde vague de projets d’extension des horaires dans de nouveaux établissements en janvier 2017.

Et dans cette mobilisation, nous sommes, aujourd’hui, et nous le serons à l’avenir, à vos côtés.

Car, sans revenir sur  le contenu de l’ensemble de ce plan, je tiens cependant à souligner qu’il s’accompagne d’un investissement financier conséquent de la part de l’État.

Le ministère a prévu de consacrer 12,7M€ de 2016 à 2019 aux projets d’amélioration de l’accueil des étudiants en bibliothèques universitaires, et nous consacrerons 4 millions d’euros sur les quatre années à venir pour les premiers projets retenus, avec, progressivement, un relais de la prise en charge des coûts par les établissements.

Car nous ne pouvons pas nous contenter de dire « Il faut mieux faire », et ne pas accompagner les établissements. L’inverse serait irresponsable.

Dans ce domaine, comme dans d’autres, nous tenons à prendre nos responsabilités. Car, je tiens à le redire, agir en faveur des bibliothèques universitaires, c’est aussi, à une plus large échelle, agir pour l’ensemble de notre pays.

D’ailleurs, le projet de l’université de Haute Alsace, a été salué par le jury de cet appel d’offre, car il envisage un « Learning centre » qui sera non seulement accessible à toute la communauté universitaire, mais à l’ensemble des habitants de l’agglomération mulhousienne.

Dans la société de la connaissance qui est la nôtre, au centre du village, des villes, des régions, nous devons avoir des campus universitaires et des bibliothèques ouvertes au plus grand nombre.

Un nouvel élan a donc été donné aux bibliothèques universitaires avec le plan « Bibliothèques ouvertes  + », et nous le prolongeons encore dans les mois à venir, pour lui donner encore davantage d’ampleur.

Albert Einstein déclarait « La seule chose que vous devez absolument savoir, est l’emplacement d’une bibliothèque ».

J’ajouterai volontiers que connaître ses horaires est tout aussi important.

Car dans cette amplitude horaire, dans ces ouvertures prolongées, comme dans l’amélioration du service, c’est non seulement le présent, mais le futur que nous préparons.

Comme l’écrivait le poète T.S Eliot : « L‘existence des bibliothèques, est la meilleure preuve qu’il peut y avoir de l’espoir pour l’avenir de l’humanité ».

Je vous remercie.

 

Najat Vallaud-Belkacem
Ministre de l’Éducation nationale,
de l’Enseignement supérieur et de la recherche

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Photos © Philippe Devernay / MENESR

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