« Quatre jours dans son sillage » – Portrait dans Sud Ouest

Presse Publié le 26 décembre 2016

Huit journalistes de la rédaction du journal Sud Ouest ont été « primés » et ont pu rencontrer le personnage qu’ils souhaitent faire découvrir aux lecteurs de leur quotidien. Retrouvez ici le deuxième volet du portrait de Najat Vallaud-Belkacem publié le 20 décembre 2016 et réalisé par Nicolas Espitalier.

Courir, sourire
Pendant les quatre jours où nous l’avons suivie, du lundi 14 au jeudi 17 novembre, Najat Vallaud-Belkacem a enchaîné – prenez votre respiration, c’est un emploi du temps de ministre – une matinale à la télévision, un petit déjeuner avec des chercheurs, un colloque sur le décrochage scolaire, des entretiens avec des chefs d’entreprise et des représentants syndicaux, quatre déjeuners de travail, un déplacement à Cergy avec le Premier ministre d’alors, Manuel Valls, une visite au Salon de l’éducation, la remise du Goncourt des lycéens. Entre autres.

Partout précédée de son sourire et escortée de membres de son cabinet, elle semble générer dans la « vie réelle » plus de sympathie que sur les réseaux sociaux (lire le paragraphe « Se carapacer »). Lorsque trop de personnes lui demandent des selfies et qu’il faut hâter le pas, sa « cheffe de cabinet » propose de collecter les téléphones et de prendre elle-même des photos de groupe. La ministre a aussi défendu son action à l’Assemblée nationale et son budget au Sénat. Elle a pris part au Conseil des ministres, passé du temps avec son mari et ses enfants et… enregistré des vidéos pour des événements auxquels elle ne pouvait pas participer.

Faire savoir
« Najat, elle est forte pour la langue de bois », a glissé François Hollande aux auteurs du livre « Un président ne devrait pas dire ça… », nos confrères Fabrice Lhomme et Gérard Davet. Mais de quelque matière que soit faite la langue, la parole reste, pour un ministre, un moyen d’action.

« Prendre des décisions et communiquer sur ces décisions », ça fait partie du job. Cette semaine-là, partout où elle passe, Najat Vallaud-Belkacem essaie de faire passer ce message : le nombre de décrocheurs, ces élèves qui sortent du système scolaire sans qualification, est passé de 140 000 à 100 000 depuis son arrivée à l’Éducation nationale.

« Vous allez voir, nous glisse-t-elle, on va en parler dix minutes, le lendemain on va passer à autre chose, et le surlendemain vous aurez des tribunes pour expliquer : “C’est terrible, ces 140 000 jeunes qui décrochent.” Mais, oh ! on est passé sous 100 000, vous entendez ? Cette légèreté avec laquelle les gens parlent de l’école, c’est insupportable. » C’est un paradoxe pour quelqu’un qui ne manque pas d’occasions de s’exprimer dans les médias : elle dit ressentir « un sentiment d’injustice à l’égard du traitement médiatique ».

Se battre
Mercredi, 18 heures, accompagnée de sept personnes de son cabinet, la ministre se présente devant la salle 245 du palais du Luxembourg pour son audition par la commission culture, éducation et communication du Sénat. Il y a là une vingtaine de sénateurs dont certains regrettent « l’horaire tardif » du rendez-vous et le lui reprochent vertement.

Devant les parlementaires de la chambre haute, elle doit défendre bec et ongles « son » budget 2017, en hausse à 68,4 milliards d’euros pour la seule Éducation nationale, 92,4 milliards avec l’Enseignement supérieur et la Recherche. « Avec vous, tout augmente, y compris l’insatisfaction des acteurs de terrain », lance un sénateur LR. L’échange, tendu, technique, dure plus de deux heures. La ministre et les sénateurs en sortent à la nuit tombée.

La politique, sport de combat. « Regardez la réforme énorme qu’on vient d’adopter sur la carrière des enseignants. Les rares fois où il en est question, c’est pour dire : “Cadeau électoral”. Pardon, mais il y a des enseignants qui attendaient depuis près de trente ans d’avoir un salaire revalorisé à sa juste valeur ! Je me suis battue comme un chien, vous n’imaginez pas. Les gens croient que ça tombe du ciel, que c’est François Hollande qui fait un cadeau… Mais non ! Les arbitrages budgétaires, c’est une tannée. »

« Se carapacer »
Chacun des messages postés sur les réseaux sociaux par Najat Vallaud-Belkacem, cible favorite de la droite et de l’extrême droite depuis le départ de Christiane Taubira, objet de détestation de la « fachosphère », soulève une vague de commentaires, parfois très agressifs. Parmi les réponses aux tweets du compte @najatvb, que la ministre suit de près mais dont elle ne rédige pas tous les messages, relevons-en deux, assez explicites : « Sainte Najat, retourne à tes ménages, oublie tes méninges » et « Occupez-vous plutôt de votre couscoussière ». Bien sûr, il y en a des pires, impubliables ici. « Face à cela, je suis tiraillée, parce que je suis un peu geek, mais, en même temps, c’est insupportable de lire ces horreurs. Je passe par des phases où je décide de ne plus regarder mes comptes, mais ça ne dure jamais plus d’une journée et demie. »

Elle nous raconte alors cette anecdote qu’elle tient du musicien et homme de télévision André Manoukian : « Il y a quelques années, il s’occupait de la chanteuse Jil Caplan [NDLR : interprète de tubes des années 1990, comme « Natalie Wood » et « Tout c’qui nous sépare »]. Un jour, elle donnait un concert, la salle était pleine et, devant elle, dans la fosse, une dizaine d’individus passablement éméchés se sont mis à l’injurier. À un moment donné, ça lui a été tellement insupportable qu’elle a jeté son micro par terre et dit à la salle entière : “Allez tous vous faire f…” Or le reste de la salle n’entendait pas les injures. Elle seule les entendait. Pour dix personnes qui l’embêtaient, il y a donc des centaines de spectateurs qui n’ont pas compris sa réaction et se sont sentis blessés. C’est exactement comme ça en politique… Il faut donc se carapacer. »

Laisser une trace
L’hôtel de Rochechouart, sis au 110, rue de Grenelle, dans le 7e arrondissement de Paris, héberge le ministère de « l’Instruction publique » depuis 1829. Dans l’escalier principal sont accrochés les portraits des ministres qui s’y sont succédé. D’Antoine de Vatimesnil à Benoît Hamon, 126 visages d’hommes. Tous en noir et blanc. Comme c’est l’usage, Najat Vallaud-Belkacem ne posera sa photo qu’au moment de son départ. Et ce sera une photo couleur.

Najat Vallaud-Belkacem est l’épouse du secrétaire général adjoint de l’Élysée, Boris Vallaud, énarque de la promotion Léopold Sédar Senghor (celle de 2004, la même qu’Emmanuel Macron) et passé par la préfecture des Landes, dont il a été le secrétaire général de 2006 à 2008.
Les époux Vallaud sont issus de la même promotion de Sciences Po Paris mais n’ont vraiment fait connaissance qu’un an après leur sortie de l’école, le 4 octobre 2001, jour des 24 ans de la jeune femme, à la bibliothèque de l’Institut d’études politiques.
Marié depuis 2005, le couple a eu deux enfants en 2008, des faux jumeaux prénommés Louis-Adel et Nour-Chloé, et passe régulièrement des vacances dans l’est des Landes, près de Hontanx, d’où est originaire la famille de Boris Vallaud.
L’ancien lycéen palois est le candidat du Parti socialiste dans la 3e circonscription des Landes pour les élections législatives des 11 et 18 juin 2017, avec le soutien du sortant, Henri Emmanuelli.


Retrouvez ici les premier et troisième volets de ce portrait réalisé par Nicolas Espitalier pour Sud Ouest.

 

Un commentaire sur « Quatre jours dans son sillage » – Portrait dans Sud Ouest

  1. Janin yves, co-fondateur de la Main à la pâte et de la salle de découvertes scientifiques Ebulliscience de Vaulx-en-Velin ; president-Fondateur de la Péniche de l'environnement "Peniche du Val de Rhône" et du clubs informatique "ADEMIR"

    Bravo Najat, bravo madame la ministre, pour le travail harassant que vous accomplissez. Après 10 ans de coopération comme instituteur à partir de février 1963. J’ai ouvert une école dans le bled au dessus de Meurad ( à côté de Hadjout, anciennement Marengo) et j’ai partagé la fin du jeûne du ramadan pendant quelques jours avec un chef de la redoutée wilaya 4. J’en garde un souvenir inoubliable. J’ai développé avec conviction cette école primaire en travaillant dans une salle de classe à côté d’une autre salle occupée par un maître d’enseignement coranique en attendant que l’académie d’Alger m’envoie des collègues d’abord un instituteur d’Alger puis un autre coopérant. Nous avons fonctionné avec 3 classes. Le maître d’enseignement coranique est parti normalement car l’éducation nationale se devait de former les jeunes enfants qui, parfois, parcouraient plusieurs kilomètres pour arriver à mon école du « bout du monde ». Quelle ne fut pas ma joie, mon plaisir de retrouver cette école de plus de 14 classes à l’occasion d’un échange avec la municipalité de Cheraga jumelée avec celle de Vaulx-en-Velin….
    Oui Vaulx-en-Velin où j’ai faite le choix d’enseigner tout le reste de ma carrière, où, en équipe nous avons développé une pédagogie adaptée à nos élèves, ou nous avons partagé l’éducation des enfants avec les familles. Chacun de nous en est ressorti grandi et nous avons innover en interne entre pedagos et en externe avec les famille. C’est dans mon école de Vaulx-en-Velin que j’ai eu l’honneur d’initier la Main à la pâte avec Georges Charpak, Prix Nobel de physique, immigré polonais issu de notre école républicaine… Une académicien avait repéré mon engagement pédagogique actif opérationnel et m’avait demandé de venir travailler avec eux sur ce travail. C’est comme cela qu’une école de Vaulx-en-Velin à initié ce courant pédagogique de grande qualité qui s’est développé partout en France et dans de nombreux pays dans le monde et ce, grâce à l’académie des sciences. ..
    Merci chère Madame pour le combat que vous menez pour faire évoluer notre École. Je sais que cela demande du courage, de la pugnacité comme le travail que les enseignants mènent sur le terrain. ..
    Je vous présente mes respectueuses, sincères, modestes mais enthousiastes salutations.

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