Débat sur la loi : quelques réflexions sur les lois du débat

Questions de société Publié le 16 juin 2010

Je profite de quelques moments de répit pour revenir en quelques mots sur ma participation au débat organisé lundi 7 juin par la LICRA, dont le sujet était l’interdiction du port du voile intégral sur le territoire national, aux côtés de responsables politiques de l’UMP, des Verts, et du Parti Communiste.

En dépit de mes réserves sur la manière dont l’UMP et le gouvernement ont imposé ce débat, j’ai accepté l’invitation de la LICRA d’abord pour l’estime et le respect que je porte à leurs combats contre le racisme et l’antisémitisme. Ensuite, parce que j’ai pensé que c’était une occasion d’expliquer une nouvelle fois ces réserves, tout en défendant la position adoptée par le Parti Socialiste, et en rappelant à quelles valeurs et à quelles convictions je me réfère.

Première chose, le port du voile intégral, que ce soit par choix personnel ou par soumission, va totalement à l’encontre de toutes mes convictions, qu’elles concernent ma vision de la société, de la laïcité, de l’émancipation de la femme ou de l’égalité homme-femme.

Tout mon engagement politique en témoigne, et je serai toujours la première à soutenir les mesures qui aideront les femmes à sortir de ce type de pratique et à s’émanciper.

Deuxième chose, je ne pense pas que cette loi sera efficace. Bien au contraire, je considère que les conséquences de son application (et même de sa non-application) risquent d’être très graves : on ajoutera de l’exclusion à l’exclusion, en doublant l’oppression privée d’une oppression publique.

Troisième point : l’attitude idéologique du gouvernement dans ce qui relève moins d’un processus législatif normal que d’une campagne d’opinion. Le Conseil d’Etat avait en effet proposé d’étendre l’interdiction du visage caché à l’ensemble des lieux du service public, et ce serait à mon sens la meilleure loi s’il fallait en envisager une. Les juristes savent par ailleurs que la loi voulue par le gouvernement ne tiendra pas longtemps devant des tribunaux comme la Cour Européenne des Droits de l’Homme. La droite a tout de suite balayé ces arguments, illustrant une nouvelle fois le mépris avec lequel la majorité traite les institutions qui fondent notre Etat de droit. C’est une dérive qui m’inquiète profondément.

Enfin, et c’est peut-être le plus important : ce n’est pas la priorité.

Au-delà de la crise économique, sociale et écologique que nous vivons et qui devrait tous nous mobiliser, les questions de société sont également importantes mais se doivent d’être affrontées à la racine et non aux stigmates.

Il y a beaucoup trop de choses à faire (ou à refaire) concernant l’éducation, la culture, l’égalité des chances, la jeunesse, l’accueil et l’intégration des étrangers, le vivre-ensemble et surtout l’attention qui est portée aux femmes isolées dans des quartiers dont le gouvernement ne se préoccupent plus. En tant qu’élue locale chargée de la vie associative, le constat est amer: les associations de terrain qui permettaient de ne pas abandonner ces femmes et qui faisaient un travail admirable de cohésion sociale et d’émancipation ont tout simplement vu l’Etat remettre en cause toutes les aides et les subventions.

Une fois de plus, le débat politique a été confisqué par quelques dangereux stratèges de l’UMP qui gangrènent le climat politique depuis la dernière élection présidentielle : moutons dans la baignoire, racaille, karcher, tests ADN, « auvergnats », débat sur l’identité nationale… et maintenant la burqa. Quand en plus les membres de la majorité mettent en avant leur attachement à l’égalité homme-femme avec grands tremolos, ça en devient presque insultant quand on voit l’absence de femmes dans le renouvellement des grandes institutions par le Chef de l’Etat ou que la proposition de loi sur la violence faite aux femmes reste inerte depuis plus d’un an au Sénat.

Car, au-delà des 367 femmes en France portant la burqa, n’oublions pas que sur le territoire national une femme meurt sous les coups de son conjoint tous les 2 jours et demi, et qu’il y a 75.000 femmes violées chaque année.

Je pense que la République et la cohésion sociale qui en fait le ciment souffrent énormément de toutes ces lois qui excluent, interdisent et stigmatisent. Un véritable « prurit législatif » axé sur le fait divers qui divise quand la crise mondiale que nous connaissons appellerait à réfléchir, doser et rassembler. Nous ferions bien mieux de réfléchir à des lois qui encouragent la tolérance, l’ouverture, le lien entre les citoyens, la possibilité de s’émanciper individuellement et collectivement par la culture et la connaissance.

Pour faire court, notre devise républicaine : liberté, égalité, fraternité.

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13 commentaires sur Débat sur la loi : quelques réflexions sur les lois du débat

  1. fromageplus

    Gérard,
    Je renonce à discuter avec vous, je n’arrive à vous suivre dans vos improbables digressions. Sans rancune ; je vais aller chercher ailleurs des gens avec qui on peut pratiquer le VRAI dialogue, celui qui ne laisse pas s’échapper les problématiques vers les petits hommes verts et l’anthropologie sub-saharienne.
    Bonne soirée.

  2. Gérard Eloi

    @ Fromage +,

    Mais je ne glisse pas d’un problème à l’autre.
    Je signalais simplement que je trouvais très cohérente la réflexion de Najat indiquant que par rapport à la crise, la burqa est un problème nettement secondaire.

    Vous me semblez, vous, glisser d’un problème à l’autre, en mettant en parallèle burqa et attentat dans le métro. Je n’avais jamais lu que les terroristes auxquels vous faites allusion portaient la burqa ?

    Vous parlez d’un « problème de l’islam » ? Logiquement, l’islam ne doit pas être un problème plus que d’autres religions. L’intégrisme islamique, comme les intégrismes chrétiens, judaïques ou autres, sera par contre toujours un problème.

    Des musulmans vivent en France. Et alors ? Ils ont comme chacun le droit de respirer.

    La France…Vous vous imaginez  » Français de souche » ?
    Mais qu’est-ce que ça voudrait dire ?

    A ma connaissance, un jour l’ Homme, la Femme aussi d’ailleurs, se sont levés en terre africaine. Ils ont marché, lentement, jusqu’à découvrir tout le monde…

    La France a subi des invasions de l’Est ( Celtes et pré-celtiques), du Sud ( Romains et Méditerranéens), du Nord ( Vikings) et peut-être de l’Ouest ( Allez savoir si la « légende » de l’Atlantide ne contient pas un fond de vérité.)
    Certains auteurs parlent aussi d’ancêtres extra-terrestres, « ces dieux venus sur Terre féconder les mortels ».
    Alors, Français ou Martien « de souche », qu’est-ce-que ça veut dire ?

    Vous allez me dire que je mélange le « problème de l’islam » avec celui de l’Atlantide !
    Mais il ne doit pas y avoir de « problème de l’islam ». C’est du préfabriqué : toutes les guerres ont été (Croisades…) dites hypocritement  » de religion ».
    Afin d’inciter le troupeau rassemblé à massacrer  » au nom du Père ». En réalité, on n’a jamais massacré qu’au  » Nom du Pèze ».

    Je ne réponds pas à vos questions ? Je pense y avoir plus répondu que vous aux miennes.
    Mais chacun pense encore ce qu’il veut.

  3. fromageplus

    Gérard,
    D’autre part, le milieu des traders, aussi pourri soit-il, n’a jamais posé de bombes à boulons dans les trains ou les métros, et n’a jamais tabassé personne pour un « mauvais regard ».

  4. fromageplus

    Gérard,
    Nous n’avons pas gardé les cochons ensemble, restons-en, si vous le volez bien, au vouvoiement cordial et civilisé.

    Bien, ceci dit, il faudra que vous m’expliquiez comment vous arrivez à glisser du problème de l’islam au problème des moyens financiers de l’Éducation Nationale. Plus il y a de profs, de magnétoscopes dans les classes et de photocopieuses dans les salles des profs, moins il y a de burqas, c’est ça ? Bigre, c’est tordu.

  5. Gérard Eloi

    @ Fromage +,

    Education : l’état de l’école. De la maternelle à l’université. Le fondement de la vie sociale. Que l’on continue d’assassiner. Avec, dans le cadre de la suppression d’un fonctionnaire sur deux, 15 OOO profs en moins pour la rentrée de septembre. Si on voulait créer une génération de déficients mentaux, on ne s’y prendrait pas autrement. Est-ce prémédité ? Tant qu’on ne nous a pas montré le contraire, on peut le supposer.

    « Port de la soutane » : il s’agit d’une loi de 1792, qui fut appliquée jusqu’à 1852, je crois. L’imputer à la gauche actuelle est un raccourci téméraire et hors sujet.

    Je ne suis évidemment pas adepte de la burqa. Surtout en plein été : c’est dingue !
    Mais le « problème » existe depuis…je ne sais quand ? En revanche, le problème de la crise causée par les banques renflouées par les con tribuables ne date que de l’automne 2008, et n’a toujours pas trouvé de solution légale mettant hors la loi ces escroqueries et dérapages.

    Une femme en burqa est moins dangereuse qu’un trader en délire.
    Personnellement, je ne compte prendre aucune « mesure » au sujet de la burqa, qui est le cadet de mes soucis. Je voudrais qu’on prenne d’abord des mesures contre les véritables prédateurs :

    http://centpenseespourvous.blogspot.com/2010/06/500-50-000-oucent-mille-milliards.html

    http://centpenseespourvous.blogspot.com/2010/04/burquoi.html

    Dans ta réponse, tu n’as pas répondu à deux éléments que je trouvais essentiels :

    – Comment tenir compte d’une « double oppression » ?
    Si tu trouves qu’il ne faut pas en tenir compte, dis-le franchement : avec la canicule qui s’annoncerait, elles crèveront plus vite grâce à leur burqa !

    -La crise n’est-elle pas le problème N° 1 ?
    (Et les ventes à découvert, toujours légales en France, ne sont-elles pas plus dangereuses que la burqua ?)

  6. fromageplus

    « Ajouter de l’exclusion à l’exclusion » ? Pardon ? Quelles sont les communautés les mieux intégrées, celles qui se font le moins exclure ? Celles qui choisissent d’adopter les us et coutumes français. Porter le voile, intégral ou pas, c’est une exclusion délibérée, et qui signifie clairement : « la sexualisation et la socialisation de mon corps ne sont pas les vôtres, je ne suis pas et je ne pense pas comme vous. » Et ça se plaint de se sentir « exclu » ou « discriminé ». Il faut arrêter avec les bons sentiments et les causes sociales. Le débat est civilisationnel !

  7. fromageplus

    Gérard Éloi,

    À problèmes graves, conséquences graves. Si vous croyez qu’on peut résoudre ces problèmes à coups de câlins et de bisous citoyens, dans la concertation qui chante et le dialogue qui fait youpi, vous vous préparez des réveils difficiles. On fait de la politique, là. Pas de l’animation de colonie de vacances. Il fut un temps où la gauche interdisait le port de la soutane ; je vous prie de croire que ça filait doux, et qu’on se foutait pas mal de savoir si on aller « froisser des sensibilités » ou « se heurter à l’incompréhension ».

    « Il y a beaucoup trop de choses à faire (ou à refaire) concernant l’éducation, la culture ». Fort bien. Vous me donnez des exemples concrets ? Des objectifs matériels clairs ? Quelles mesures comptez-vous prendre ? Pour quels résultats ? Causer des valeurs-euh-de-la-république-euh qu’il faut enseigner aux petits nenfants, c’est se masturber la bonne conscience à coups de nounours citoyens.

  8. fromageplus

    Gérard Éloi,

    À problèmes graves, conséquences graves. Si vous croyez qu’on peut résoudre ces problèmes à coups de câlins et de bisous citoyens, dans la concertation qui chante et le dialogue qui fait youpi, vous vous préparez des réveils difficiles. On fait de la politique, là. Pas de l’animation de colonie de vacances. Il fut un temps où la gauche interdisait le port de la soutane ; je vous prie de croire que ça filait doux, et qu’on se foutait pas mal de savoir si on aller « froisser des sensibilités » ou « se heurter à l’incompréhension ».

    « Il y a beaucoup trop de choses à faire (ou à refaire) concernant l’éducation, la culture ». Fort bien. Vous me donnez des exemples concrets ? Des objectifs matériels clairs ? Quelles mesures comptez-vous prendre ? Pour quels résultats ? Causer des valeurs-euh-de-la-république-euh qu’il faut enseigner aux petits nenfants, c’est se masturber la bonne conscience à coups de nounours citoyens.

    « Ajouter de l’exclusion à l’exclusion » ? Pardon ? Quelles sont les communautés les mieux intégrées, celles qui se font le moins exclure ? Celles qui choisissent d’adopter les us et coutumes français. Porter le voile, intégral ou pas, c’est une exclusion délibérée, et qui signifie clairement : « la sexualisation et la socialisation de mon corps ne sont pas les vôtres, je ne suis pas et je ne pense pas comme vous. » Et ça se plaint de se sentir « exclu » ou « discriminé ». Il faut arrêter avec les bons sentiments et les causes sociales. Le débat est civilisationnel !

  9. fromageplus

    Gérard Éloi,

    À problème grave, conséquences graves ; je ne vois pas où est le problème. Si vous croyez que des mesures fortes et volontaires se prennent dans la douceur, les câlins et les bisous, vous vous préparez de violents réveils.

    Ajouter de l’exclusion à l’exclusion ? Je vous demande pardon ? Porter un voile islamique, intégral ou pas, est la première des exclusions volontaires : cela signifie très clairement « La sexualisation et la socialisation de mon corps ne sont pas les vôtres, mon voile est un retrait de mon corps face au monde, donc à vous ». Cela signifie accessoirement « les us et coutumes français, je m’en cogne, je veux vivre à MA façon, au mépris de la société qui daigne m’accueillir. »

    Il fut un temps où la gauche placardait des affiches interdisant de se promener dans les rues en soutane. Et je vous prie de croire qu’elle ne cherchait pas à faire appliquer la loi à coup de « concertations », de « dialogues », et autres gentillesses pour ne froisser personne.

    « Il y a beaucoup trop de choses à faire (ou à refaire) concernant l’éducation, la culture ». Fort bien. Vous avez des exemples concrets ? Des objectifs précis ? Si c’est pour me répondre qu’il faut sensibiliser-les-gens-aux-valeurs-euh-de-la-république-euh-qui-sont-la-tolérance-et-le-droit-de-vivre-hors-du-carcan-de-la-religion-euh », ce n’est pas la peine. Allez, dites-moi.

    À propos de Sarkozy, laissez-moi rigoler. RIEN n’a changé depuis des années. Au contraire, tout a empiré. Je n’ai pas vu les chiffres de l’immigration, légale ou illégale, diminuer. Je n’ai pas vu baisser la délinquance. Au contraire, je vois pousser des mosquées financées par le contribuable [silence assourdissant de la gauche pourtant tellement attachée à la laïcité, 1905 et compagnie], je vois se multiplier les burqas,…]. Sarkozy parle beaucoup, mais ne fait RIEN. Vous aimez vraiment vous faire peur.

  10. Gérard Eloi

    @ JP Faure et Fromage +,

    Il y a dans l’argumentation de Najat un élément (au moins) de grande importance dont vous ne tenez aucun compte :

    « .. les conséquences de son application (et même de sa non-application) risquent d’être très graves : on ajoutera de l’exclusion à l’exclusion, en doublant l’oppression privée d’une oppression publique… »

    Un peu plus loin, elle remet en évidence l’importance essentielle de l’éducation :

    « …Il y a beaucoup trop de choses à faire (ou à refaire) concernant l’éducation, la culture,… »

    Il y a un lien essentiel entre cette dénonciation du danger de la double exclusion et le rappel du fait que éducation et culture sont les bases (sapées par le sarkozysme inféodé aux marchés qui font la loi) de tout l’édifice social.

    Enfin,  » …prendre les problèmes de front… », c’est ce que font la plupart des personnalités de gauche.
    Relire nos prises de position quant à la crise, la dette publique, les retraites,…

    Les périodes de crise aigüe sont celles de montée de l’extrême droite. Nous vivons hélas l’une de ces époques. Et le gouvernement, au lieu de prendre ce problème de la crise « à bras le corps » ( avoir le culot d’aller rechercher le fric là où les financiers véreux l’ont planqué,…) crée une diversion avec sa burqa !

    On peut en conclure que pour ce gouvernement il est plus important de détourner l’attention sur la burqa plutôt que d’interdire aux banques (renflouées par les con tribuables) de jouer au casino de la bourse l’argent des déposants.
    Avant d’être président, Sarkozy sévissait au ministère de l’intérieur. Si la burqa présentait un réel problème, et s’il avait été compétent, il avait le devoir d’empoigner ce problème « à bras le corps » quand il était aux premières loges. Voilà encore un indice qui permet de soupçonner qu’il gardait une burqa dans sa manche pour une des nombreuses occasions de diversion dont il allait avoir besoin en cas d’élection.

  11. Jean - Pierre FAURE

    Il conviendrait d’interdir le port de la burqua pour parvenir à une solution sociale acceptable.
    Pour ma part je ne comprends pas ce type acharnement extrémiste au nom d’une liberté religieuse. Laquelle se transforme vite en oppression par les louvoiements successifs. Interdire c’est ne pas permettre.

  12. fromageplus

    C’est génial, dès qu’on pointe un problème gênant, voire très inquiétant, on se garde de le résoudre et de prendre des partis francs en pointant d’autres problèmes pour faire diversion. Le voile intégral ? Alors que tant de femmes sont battues ? Interdire la burqa ? Alors que tant de gens meurent du Sida ? Lutter contre l’islamisme radical ? On ferait mieux de lutter contre le chômage !

    Est-ce qu’il est possible, un jour, de prendre des problèmes à bras le corps dans ce pays ? La France est-elle encore capable de dire « oui » ou de dire « non » au lieu de louvoyer entre des « peut-être » et des fanfarons « liberté-égalité-fraternité » qui donnent des airs d’âme pure et engagée pour mieux dissimuler le baissage de froc d’une non-décision consternante pour tout le monde ?

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