Ma tribune d’opinion dans Le Monde: « Faire payer la crise aux pauvres n’est pas une fatalité. »

Éditos Publié le 27 octobre 2011

Hier, les Députés socialistes condamnaient vigoureusement la véritable guerre que le gouvernement et l’UMP ont décidé de mener contre les pauvres en France, rappelant la réduction des indemnités journalières des salariés malades, la restriction de l’accès au RSA et aux prestations sociales pour les parents isolés en caviardant un rapport de l’Assemblée sur la fraude sociale, la menace que le Ministre de l’Intérieur fait peser sur les familles dont un enfant serait trouvé dans la rue la nuit, ou encore la proposition de réserver les logements sociaux à ceux qui ont un travail ». Toutes ces mesures et annonces pour le seul début de cette semaine !

C’est dans ce contexte que Le Monde, dans son édition datée du 28 octobre, publie ma tribune d’opinion initulée « Faire payer la crise aux pauvres n’est pas une fatalité ». A retrouver dans les kiosques bien sûr, mais je vous la donne à lire ici, aussi:

« Encore un cri d’alarme : celui du Secours populaire, des Restos du coeur, de la Croix-Rouge française et de tout le réseau des banques alimentaires face au risque de réduction drastique du programme européen d’aide aux plus démunis, envisagée par les gouvernements (conservateurs) de l’Union européenne.

Faire payer la crise aux pauvres : tel semble être désormais le mot d’ordre, et notamment en France. La pauvreté n’est pourtant plus une affaire de marge, elle s’installe au coeur de notre société : selon l’Insee, 8,2 millions de personnes, 13 % de la population, vivent avec moins de 954 euros par mois. Si l’on comptabilise les emplois précaires, les travailleurs pauvres, les chômeurs, les exclus qui ont même renoncé à chercher un travail, ce sont 12 millions d’actifs qui vivent en situation de fragilité économique : 40 % de la population active ! C’est là le plus implacable des réquisitoires contre la politique de Nicolas Sarkozy, qui continue pourtant à enfoncer le clou avec la taxation des mutuelles santé, ou l’augmentation de la CSG.

Les pauvres ont le visage des ouvriers au chômage depuis que leur usine a été délocalisée. Des jeunes qui galèrent de stages en petits boulots avec la promesse de vivre moins bien que leurs parents. Des mères célibataires qui travaillent dans les services à temps partiel fragmenté, des femmes de Ouistreham et d’ailleurs, appelées loin de chez elles, avec des horaires décalés. Des Français issus des quartiers populaires victimes de la ségrégation territoriale et de la discrimination.

Le sarkozysme violente ces Français fragilisés qui ne demandent qu’à travailler, qui ne craignent pas de faire des efforts (ils en font tous les jours pour survivre), qui souffrent de se voir désignés comme des assistés et des profiteurs, eux qui savent trop bien la valeur du travail tant ils en manquent.

Contrairement à une légende entretenue par la droite, les minima sociaux en France ne sont pas généreux. Autant les assurances sociales françaises sont parmi les plus protectrices du monde – mais il faut y avoir cotisé, et donc avoir un parcours d’emploi stable, être « dans » le système -, autant les prestations de solidarité sont parmi les plus faibles d’Europe. Les minima sociaux atteignent 60 % du salaire médian en moyenne en Europe. Ils montent jusqu’à 75 % dans les pays les plus solidaires comme en Allemagne, mais sur ce sujet le gouvernement ne parle plus de convergence entre nos deux pays… En France, ils sont tombés de 50 % à 30 % du revenu médian entre 2000 et 2010. Le sarkozysme paupérise les plus pauvres.

La chasse aux « assistés »

Deuxième idée reçue : celle selon laquelle des Français ne seraient que bénéficiaires de la solidarité nationale sans être jamais contributeurs, c’est en son nom que la chasse aux « assistés » fait fortune. Faut-il le rappeler ? Tout le monde paie des impôts à travers la TVA, qui touche davantage les plus pauvres, en proportion : les vrais assistés sont en réalité les plus riches, bénéficiaires ces dernières années de plus de 20 milliards d’euros de cadeaux fiscaux, pendant qu’on démantelait l’école publique, l’hôpital ou les retraites. La lutte contre les inégalités est au coeur de l’ADN de la gauche. Hier, cela passait par le soutien au pouvoir d’achat des salariés modestes. Aujourd’hui, cela ne suffit plus, car une masse croissante de citoyens n’est plus en emploi stable. Combattre la société précaire : telle doit être la priorité de la gauche.

Cela passera d’abord par une nouvelle répartition des efforts fiscaux : l’équité et la progressivité plutôt que les niches et les cadeaux fiscaux inutiles et injustes, le travail plutôt que la rente. Mais cela passera aussi par des politiques de lutte contre la pauvreté ambitieuses et assumées : accès aux biens publics essentiels (eau, gaz, électricité), à des logements dignes construits en nombre suffisant, sécurisation des parcours professionnels, autonomie des jeunes… c’est à forger ces outils bien plus complexes que la simple stigmatisation de quelques-uns que la gauche s’attellera. »

« C’est Mme (Valérie) Pécresse qui réduit les indemnités journalières des salariés malades. C’est M. (Xavier) Bertrand qui restreint l’accès au RSA et aux prestations sociales pour les +parents isolés+ en caviardant un rapport de l’Assemblée sur la fraude sociale. C’est M. (Claude) Guéant qui propose de mettre à l’amende les familles dont en enfant est dans la rue la nuit ».
« Mais le summum de l’indignité est atteint par M. (Laurent) Wauquiez qui propose de réserver les logements sociaux à ceux qui

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10 commentaires sur Ma tribune d’opinion dans Le Monde: « Faire payer la crise aux pauvres n’est pas une fatalité. »

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  2. Leroy

    De bien belles « idées »…mais il faut un programme et non pas qq réformettes à la Sarkozy !
    C’est un vaste chantier, tout est à revoir à partir des fondements de notre sociéte sur lesquels il faudra reconstruire un monde nouveau et adapté à notre époque !
    Personne hélas parmi les leaders actuels du PS n’en est capable. En ont-ils vraiment envie d’ailleurs ????

  3. jean louis prime

    Je suis issu moi meme de la campagne et l’observation de Yves est vrai. Je peux en témoigner, la ruralité offre peu d’oportunité à l’épanouissement culturel. Néanmoins je ne saurais me considérer comme une victime au regard de la qualité de vie que me procure mon environnement.
    Après tout si Yves trouve la vie dans les banlieues enviable, libre à lui d’y déménager pour profiter de toutes ces infrastructures sportives et culturelles dont il rève.
    Je pense pour ma part qu’elles ne suffisent malheureusement pas à rendre à la banlieue la part de bonheur qu’elle mérite.

  4. isa

    et pourqoi pas baisser les salaires de nos chers hommes politiques et diminue leur note de frais prenez l’argent ou il est pas chez nous les pauvres

  5. Yves

    « Des Français issus des quartiers populaires victimes de la ségrégation territoriale et de la discrimination. »

    Si par « quartiers populaires » vous vous référez aux banlieues, ils bénéficient souvent de structures culturelles et sportives enviables, au contraire des campagnes. Lire à cet égard « Fractures françaises » du géographe Christophe Guilluy. http://www.marianne2.fr/Exclusif-les-banlieues-masquent-les-vraies-fractures-francaises_a198742.html

  6. Imbert Josette

    Et Sarko, hier, critiquait les 35 h!S’il ne les a pas supprimées, il les a vidées de leur substance en augmentant les heures supplémentaires défiscalisées : ainsi, ce travail aurait permis aux chômeurs d’avoir un peu de travail au lieu d’en donner plus à ceux qui en ont déjà. Et je comprends bien que les salariés essaient d’augmenter leur salaire si faible en  » travaillant plus » . Mais ne vaudrait-il pas mieux répartir le travail entre tous , en particulier les jeunes qui galèrent , même s’ils ont des bac +++ et aussi les séniors à qui on refuse la retraite ET le travail car ils ne sont plus employables!!!

  7. evah5

    Votre tribune déjà lue dans Le Monde, que j’ai plaisir à relire tant elle est signe d’un souci permanent chez vous de politique lucide, pose bien des questions à traiter urgemment. J’espère que nous entendrons un peu plus les équipes du « candidat », qui pour l’instant à part P. Moscovici, et une mini-interview de FH dans le Monde ne sont guère audibles quant à la gesticulation européenne du couple France-Allemagne! j’espère, j’espère et… j’attends. (billet à venir sur mon blog).

  8. Jean Louis PRIME

    Je partage votre avis sur cette question et vous remercie d’aborder cette question. Avec vous le Ps retrouve son coeur de metier : Défendre les plus faibles la mission première de la gauche

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