Entretien aux Echos : développer l’emploi des femmes, une question de justice & de performance

Najat Valalud-Belkacem aux Echos.
Droits des femmes Publié le 12 décembre 2013

La ministre des Droits des femmes a accordé un entretien au journal Les Echos à l'occasion de la remise du rapport de Séverine Lemière sur l'accès à l'emploi des femmes.

Télécharger le rapport Lemière sur l’accès à l’emploi des femmes ici.
Retrouvez ici cet entretien paru ce jeudi 11 décembre 2013 :

Les Échos : Le rapport Lemière souligne que le taux d’emploi des femmes reste inférieur de 9 points à celui des hommes. Comment y remédier ?

L’égalité professionnelle a beaucoup été abordée sous l’angle de la lutte contre les discriminations dans l’emploi, au risque d’oublier la question, cruciale, de l’accès à l’emploi toujours bien moindre pour les femmes que pour les hommes. C’est une question de justice mais aussi un enjeu économique majeur. En résorbant cet écart, on peut gagner 0,5 point de croissance par an pendant 10 ans. C’est la conclusion de l’OCDE. Mon objectif est d’y parvenir d’ici à 10 ans. L’année 2014 doit être un déclic pour cela.

Quels moyens d’action préconisez-vous ?

De nombreuses réformes sont déjà lancées en ce sens : développement des places en crèches, refonte du congé parental, lutte contre les temps partiels trop réduits… Nous allons par ailleurs faire de l’année 2014, l’année de la mixité des métiers. Une plateforme d’action associera tous les acteurs économiques sur ce chantier.

Parmi les leviers à mobiliser, il faut revaloriser les emplois les plus féminisés dans le cadre des classifications de branches. Ces classifications sont anciennes, avec une approche très sexuée désormais obsolète. Il faut donc les réviser. Plus en amont, la création d’un grand service public de l’orientation a notamment pour ambition de se fixer des objectifs de mixité dans les études supérieures.

Les employeurs publics ne montrent pas toujours l’exemple. Le gouvernement pourrait par exemple revaloriser le salaire des institutrices ou des infirmières…

C’est vrai, la mixité des métiers est aussi une responsabilité pour les métiers publics. Un gros travail est engagé avec les ministères concernés pour développer des plans d’action mixité, dans les métiers de la petite enfance, du grand âge, la fonction publique hospitalière, mais aussi, en sens inverse, les métiers de l’équipement… Nous présenterons ces plans pour la mixité à l’occasion du second comité interministériel des droits des femmes au mois de janvier.

L’Etat doit aussi peser en tant que donneur d’ordre. Dans le cadre des plans d’investissement d’avenir, nous contractualiserons avec les entreprises qui en seront bénéficiaires pour qu’elles se fixent des objectifs de mixité.

Comment mieux intégrer cet objectif de mixité professionnelle dans les politiques de l’emploi ?

Nous avons veillé aux objectifs sexués pour les emplois d’avenir et irons dans ce sens pour les autres contrats aidés. Nous devons aussi faciliter la reprise de carrière pour les femmes après les interruptions liées à l’arrivée d’un enfant. Aujourd’hui, une femme qui veut reprendre un emploi, se réorienter ou créer son entreprise rencontre beaucoup de difficultés. Il y a pourtant une forte demande. C’est l’un des enjeux du compte personnel de formation et de la négociation en cours sur la formation professionnelle et c’est un enjeu de la réforme de l’apprentissage que nous préparons.

Le rapport préconise de développer les actions de groupe pour lutter contre les discriminations. Y êtes-vous favorable ?

Les actions collectives sont une piste à creuser. Il est très difficile pour une femme seule de monter au créneau pour dénoncer des pratiques discriminatoires, avec le risque d’être ensuite « blacklistée ». Mais il faut prendre soin de respecter certaines spécificités françaises comme la place de la juridiction prud’hommale ou le monopole des syndicats pour représenter les salariés.

Avec Michel Sapin et Christiane Taubira, nous avons commandé un rapport sur ce sujet à Laurence Pecaut Rivolier, magistrate à la Cour de cassation. Il sera rendu mardi et des mesures pourront être introduites dans le projet de loi sur l’égalité femmes-hommes, après concertation avec les partenaires sociaux.

L’une des préconisations porte aussi sur la fiscalité, jugée dissuasive pour l’emploi des femmes…

C’est une dimension essentielle en effet et un enjeu à part entière de la remise à plat de la fiscalité. L’emploi des femmes est encore vécu comme un travail et un salaire d’appoint, et le système fiscal renforce cet état de fait car il repose sur le principe de la conjugalisation. Il est donc très coûteux de travailler pour le deuxième apporteur de ressources du ménage qui est souvent la femme. Seuls trois pays dans l’OCDE pratiquent la familialisation obligatoire de l’impôt sur le revenu : la France, le Portugal et le Luxembourg… L’individualisation de l’impôt favorise, à l’inverse, l’emploi des femmes.

Cela revient-il à augmenter les impôts pour les couples mono-actifs ?

La pression fiscale doit rester stable ce qui n’exclut pas des incitations positives à la bi-activité. Il faut avoir à l’esprit les gains considérables en termes d’activité économique et de cotisations sociales d’un taux d’emploi des femmes plus élevé. Une telle réflexion se justifie donc au plan macroéconomique. Mais aussi au niveau des individus : aujourd’hui près de 50% des couples finissent par se séparer. Ces séparations sont le révélateur des vulnérabilités induites pour les femmes et pour les hommes par une répartition trop sexuée des rôles. Les femmes en particulier se retrouvent précarisées car elles ont moins investi le champ du travail. Tout ce qui peut donc favoriser la bi-activité au sein des couples évite aux individus de tomber dans la précarité une fois le couple défait.

Faut-il aussi réformer les aides aux travailleurs pauvres ?

Du fait de sa forte dimension familiale, le barème du RSA peut avoir un effet désincitatif à la reprise d’emploi pour les conjoints, généralement des femmes. Une réflexion a été engagée par le député Christophe Sirugue pour un rapprochement avec la prime pour l’emploi. Dans le cadre de ce rapprochement, les propositions qui sont sur la table vont vers davantage d’individualisation.

Propos recueillis par Derek Perrotte et Elsa Conesa, Les Echos.

7 commentaires sur Entretien aux Echos : développer l’emploi des femmes, une question de justice & de performance

  1. HASTA LA VICTORIA SIEMPRE LA VICTORIA OU LA MUERTE

    CE QU’IL VEULENT C’EST NOUS ENLEVER LE ROLE DE PARENT POUR LOBOTOMISER NOS ENFANTS ENFIN QUE LES NOUVELLE GENERATION DEVIENNENT DES GENS SANS VALEURS. MARRE DE CES SIONISTES PEDOPHILES

  2. Jean-Pierre

    Il y a quelque chose qui m’étonne.

    On veut imposer la MIXITÉ partout. Soit.
    Dès lors si la mixité (50/50) est si importante, pourquoi a t-on autorisé l’adoption par les couples de même sexe?

    N’est-ce pas un paradoxe?

  3. Lepez Céline

    Quelque chose ne tourne pas rond: les emplois sont tout de même beaucoup moins sexués qu’il y a cinquante ans (j’ai été ingénieur travaux sur chantier), le taux de divorce a augmenté, très nettement, mais d’après vous c’est le manque de mixité au travail qui fragilise les couples?!?
    D’autre part, pénaliser fiscalement les femmes au foyer parce qu’elles représentent un manque à gagner en cotisations sociales n’est-ce pas une analyse de myope? Les enfants qui grandissent en voyant peu leurs parents présentent des fragilités qui coûtent cher, par la suite, à la société. Mais ça, ce sera à un gouvernement ultérieur de gérer, n’est-ce pas?

  4. FLEURY

    Et si on a envie d’élever nos enfants nous mêmes ? Et si nos enfants avaient besoin de la présence de leur mère pour leur équilibre au lieu d’être trimballés de crèche en nourrice qui bien que compétente ne s’investira jamais autant qu’une mère ? Et si ça jouait sur la délinquance et les dépressions etc… ? Mais en effet, les bureaucrates, ce n’est pas leur problème… Et si les couples étaient fragilisés par cette courses effrennée contre la montre justement ?…

  5. Mag

    Il faut favoriser la bi-activité pour tenir compte du taux de couple qui se sépare … quel raisonnement de bureaucrate … comment peut-on être aussi éloignée de la réalité?

  6. LANCIEN Dominique

    Trés bonne « Dynamique » Najat !!! Surtout ne lâchez rien.Nous vous suivons pleinement!

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