Questions au gouvernement : « Je mobilise la communauté éducative pour répondre par des actes forts »

Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, répond à Claude Goasguen, député de Paris.

Voir la question de Claude Goasguen

Merci Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Députés, Monsieur le Député GOASGUEN. Le 7 janvier dernier, sitôt la stupeur et l’horreur passées, les enseignants de toute la France ont très vite compris que l’école serait en première ligne pour réagir face à ces attentats, pour expliquer aux élèves l’inexplicable, et pour gérer leurs émotions et leurs réactions. Et dans la foulée je leur ai en effet adressé une lettre leur demandant non seulement de faire respecter la minute de silence le lendemain, mais aussi de créer des espaces d’échanges et de dialogue. Ils l’ont fait, je les en remercie. Ca ne s’est pas toujours bien passé. Des incidents ont eu lieu, ils sont même nombreux et ils sont graves et aucun d’entre eux ne doit être traité à la légère. Et aucun d’entre eux ne sera traité à la légère. Vous me demandez combien nous sont remontés ? Je vais vous répondre. S’agissant de la minute de silence elle-même c’est une centaine d’incidents qui nous ont été remontés. Les jours qui ont suivi nous avons demandé la meme vigilance, et c’est une nouvelle centaine d’évènements et d’incidents qui nous ont été remontés. Parmi eux une quarantaine ont d’ailleurs été transmis aux services de police, de gendarmerie, de justice, parce que pour certains il s’agissait même d’apologie du terrorisme. Nous ne pouvons pas laisser passer cela. Oui, l’école est en première ligne. L’école est en première ligne, elle sera ferme pour sanctionner, pour créer du dialogue éducatif, y compris avec les parents car les parents sont des acteurs de la coéducation. L’école est en première ligne aussi pour répondre à une autre question car même là où il n’y a pas eu d’incidents il y a eu de trop nombreux questionnements de la part des élèves, et nous avons tous entendu les « oui je soutiens Charlie, mais… », Les deux poids deux mesures. Pourquoi défendre la liberté d’expression ici et pas là ? Ces questions nous sont insupportables, surtout lorsqu’on les entend à l’école qui est chargée de transmettre des valeurs. Et il nous faut nous interroger sur notre capacité à le faire, c’est ce que le Premier ministre a fait devant les recteurs hier, c’est la raison pour laquelle je mobilise l’ensemble de la communauté éducative pour que nous ne répondions pas que par des discours mais par des actes forts. Merci.

À la une Éducation nationale Publié le 14 janvier 2015

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9 commentaires sur Questions au gouvernement : « Je mobilise la communauté éducative pour répondre par des actes forts »

  1. Olivier CHARLES

    Madame la Ministre,

    Ne comprenez-vous pas que c’est avec ce genre de déclaration que vous entretenez, vous-même, la méfiance de ceux que vous ciblez, et donc de manière indirecte, les théories du complot. Se poser des questions sur des attentats et ses répercussions sur la société est un droit, que dis-je, un devoir ! Le gouvernement doit répondre à la question suivante : pourquoi tant de jeunes sont-ils dans le doute permanent de tout ? Car là est bien le problème : votre gouvernement de gauche confond théorie malsaine du complot avec le doute profond d’une génération de plus en plus malmenée qui ressent tous les jours que la devise Liberté, Egalité, Fraternité est de moins en moins respectée dans notre république.

    Ce discours est-il mûrement pensé ? La directive de fermeté dans le discours ne vient-elle pas de Monsieur le Premier Ministre ? Il me semble impératif que vous vous expliquiez sur ces propos et que, le cas échéant, vous vous en excusiez.

    Sincèrement.

    O.C

  2. Napo Leon

    « nous avons tous entendu les « oui je soutiens Charlie, mais… », Les deux poids deux mesures. Pourquoi défendre la liberté d’expression ici et pas là ? Ces questions nous sont insupportables, surtout lorsqu’on les entend à l’école qui est chargée de transmettre des valeurs. »

    Je laisse aux gens a qui il reste un peu de cerveau le soin d’analyser cette phrase et d’en tirer les conclusions sur ce que sera la France de demain.

    Interdiction de la liberté de penser
    interdiction de la liberté de parler
    Interdiction de (se) poser des questions
    Interdiction de ne pas être d’accord avec le courant dominant

    Un programme humble, digne, fier, humain…. Le progrès.

  3. Monfort Magali

    L’école maternelle où j’enseigne se trouve à 200m des bureaux de Charlie Hebdo. Voilà ce que je trouve inexplicable :
    comment se fait-il que nous nous soyons trouvés seuls pour expliquer l’inexplicable à nos élèves âgés de 3 à 6 ans ?
    Comment se fait-il que le seul discours porté par l’institution le mercredi soir ait été une circulaire annulant les sorties scolaires ?
    Comment se fait-il que la psychologue scolaire affectée à notre groupe scolaire ait été réquisitionnée pour les écoles plus proches des tueries, n’aurait-il pas été plus humain de réquisitionner des psychologues de l’Ouest parisien ?

    L’Education nationale n’est pas encore capable de produire un discours professionnel comme a pu le faire une émission comme Les Maternelles, demander à un psychologue (en l’occurrence l’excellent Serge Tisseron) d’aider les adultes à trouver les mots pour permettre aux enfants de penser le présent et le futur proche.

    Je vous laisse un questionnement d’enfant de 5 ans auquel j’ai dû répondre le jeudi matin : « est-ce que lorsqu’ils étaient bébés ils étaient déjà méchants ?
    Ça mérite aussi réflexion, non ?

  4. LE MORVAN Maryse

    Madame la Ministre, en écoutant la réponse que vous avez faite à Monsieur Goasguen à l’Assemblée Nationale, j’ai été plus qu’étonnée par une partie de celle ci.
    Je pense vous citer sans erreur:
     » même là où il n’y a pas eu d’incident, il y a eu de trop nombreux questionnements de la part des élèves….. des phrases telles que « je soutiens Charlie, mais… »  »
    Ces questions nous sont insupportables surtout lorsqu’on les entend à l’école qui est chargée de transmettre des valeurs. »

    Les questionnements des élèves sont la preuve de la confiance en leurs enseignants, la preuve qu’ils attendent de l’adulte des éléments de réflexion, des éléments qui les aident à avancer dans leur positionnement. Je pense que la répression de ces « comportements » aboutira au mutisme et à la recherche de réponses en d’autre lieux. J’aurais aimé que vous puissiez qualifier ces questionnements positivement.
    Le second exemple est tout aussi parlant, le deux poids deux mesures dont ces enfants parle . Je l’ai entendu d’une enfant qui s’interrogeait sur le pourquoi d’une mesure de silence pour 17 morts( hommage à eux du plus profond de ma pensée) alors qu’il n’y avait eu aucune réaction quand « ailleurs » plus de 100 enfants avaient été assassinés.
    Justesse de pensée à 14 ans n’est ce pas, interrogation respectable. Seule la parole et l’échange sont de mises.

    Non, ces questions, ne sont pas insupportables.
    Elles sont le support, le vecteur de ce que vous appelez de vos vœux: la transmission de nos valeurs de respect, notre dialogue est l’exemple que nous donnons de la considération de l’autre, de la tolérance que l’on peut partager, et induire comme une finalité de notre mission.

    Pitié, ne mettons une barrière répressive entre ces enfants et nous, le résultat ira dans le sens du repli et du non vivre ensemble.
    Sincères salutations

  5. ryo

    Apprenez aux enfants la liberté d’expression en sanctionnant tout questionnement ou tout opinion que vous aimez pas … La dictature de la pensée unique.
    La France est certainement sur le bon chemin.

  6. ferey

    pourquoi est il tjrs politiquement incorrect de parler des devoirs que donnent le droit aux allocations familiales, sans être de droite ou de gauche je ne pense pas que les élèves soient responsables et les enseignants encore moins, la racine: ce sont ce que véhiculent leurs parents qui doivent éduquer leurs enfants,puisque ces parents ne font pas leurs devoirs
    en prenant (malheureusement difficile à admettre intellectuellement) les allocations comme moyen de pression vous verrez que cela ne résoudra pas tout mais cela fera certainement avancer les choses et puisque cela n a jamais été essayé peut être pour cause » électoralisme » il faut une personne comme vous qui semblez avoir assez de personnalité pour oser le faire

  7. Cassini

    Bonjour
    Ne pas se précipiter à prendre des mesures qui n’auraient pas l’adhésion des enseignants …..car ce sont eux qui sont en première ligne
    Peut être faut il avancer à petits pas mais sur un sol ferme
    Ne faudrait il pas dès l’inscription en classe dans le cadre du règlement intérieur de l’établissement inclure un paragraphe qui serait commun à tous les établissements scolaires et donc identiques ( dans lequel tous les mots auraient du sens et de la légitimité) qui préciserait tout ce que la république et l’école attendent de l’élève :respect de l’institution et des personnels respect d’assiduité ,respect des contenus de l’enseignement …tout ce que l’on attend d’un jeune qui s’inscrit à l’école et qui veut et doit réussir
    Ne pas oublier de prévoir (et le notifier )ce qui se passera en cas de grave manquement …..au collège les pyramides à Evry il y a eu même convocation de la famille devant un édile de la ville
    Il faut être très prudent sur ce qui risque de se faire trop vite ,sans consulter les gens de terrain
    On doit avoir de l’ambition pour l’école mais prudence ….le chef d’établissement reste hélas souvent seul face à sa conscience pour gérer les manquements qui deviennent des habitudes ….comment accepter qu’un élève soit tjrs en retard ? comment accepter qu’il choisisse ses cours ?comment accepter qu’il vienne en classe sans son matériel de travail ? comment accepter qu’il dorme en classe car il a passé sa nuit sur internet ?
    C’est vrai que tout le monde finit par lâcher ces élèves certes qui ne rentrent pas dans la norme (il faut s’occuper des autres )mais qui se coupent de l’école et qui sont pris par la rue
    Bon courage à tous cela ne sera pas impossible mais très difficile

  8. Florence Croix

    Chère Najat,

    Quelques commentaires éparpillés car depuis la semaine dernière, j’ai été « electro-choquée ».
    Un grand oui sur le rôle qu’ont les parents à jouer au sein des écoles (et peut-être aussi au sein des mairies) ! Pourquoi ne pas faire intervenir ensemble des parents de toutes confessions, laïcs, qui pourraient être des amabassadeurs du « vivre ensemble » ?

    Florence

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