Débat sur l’École : halte aux (im)postures ! – Tribune publiée dans Le Monde

Éducation nationale Publié le 18 février 2016

 Au cours de ces derniers jours, pas moins de trois anciens Ministres de l’Éducation Nationale et un ancien Ministre de l’Enseignement Supérieur ont créé et alimenté une polémique absurde à propos d’une réforme de l’orthographe qui n’existe pas. Plus grave, ils ont sciemment induit en erreur les médias et l’opinion publique en assimilant cette réforme imaginaire à la réforme, bien réelle celle-ci, qui concerne le collège et plus largement, toute l’École de la République. Ce malheureux épisode de la vie politique, énième tartufferie comme nous en connaissons beaucoup trop ces temps-ci, ne serait d’aucune importance s’il n’occultait pas, une fois de plus, un débat essentiel pour l’avenir de notre pays, mais aussi pour la défense de nos valeurs républicaines: l’éducation de nos enfants.

Un tel débat devrait être sérieux, responsable et constructif car c’est un débat auquel tous les Français ont droit. Un débat honnête, aussi, car chacun a le droit en démocratie d’avoir accès aux véritables enjeux d’une réforme aussi importante, et de pouvoir juger sereinement, et librement, de ce que leurs gouvernements successifs ont fait, ou n’ont pas fait.

Parce qu’ils ont été Ministres de l’Éducation Nationale ou de l’Enseignement Supérieur, François Fillon, Luc Chatel, François Bayrou ou Laurent Wauquiez ont trahi ces exigences élémentaires du débat public dans une démocratie telle que je la conçois. Une trahison d’autant plus regrettable pour la qualité du débat politique qu’ils portent, avec quelques autres, une très lourde responsabilité dans les difficultés que traverse l’École aujourd’hui, et que nous nous attachons à refonder depuis 3 ans en tenant, les uns après les autres, les engagements du Président de la République sur la priorité à la jeunesse. C’est parce que j’ai toujours considéré que l’École ne devait pas être l’otage de combats partisans que j’appelle celles et ceux qui, de bonne volonté, veulent faire avancer notre pays, à accepter enfin la responsabilité du débat. Conviction contre conviction, bilan contre bilan, projet contre projet.

Je m’adresse, en l’occurrence, à celles et ceux qui sont en train d’instruire un procès contre une École de la République qu’ils ont saccagée avec un acharnement consternant durant plus d’une décennie: halte à l’imposture !

Vous qui, entre 2002 et 2012, avez choisi de démolir les dispositifs d’aide aux élèves les plus fragiles, de ne plus recruter d’enseignants y compris de lettres classiques ou d’allemand, de ne plus former les professeurs, de concentrer tous les moyens en direction de ceux qui en avaient le moins besoin, de renoncer à toute modernisation pédagogique dans l’acquisition des connaissances fondamentales, dont la maîtrise de la langue française, n’avez-vous rien de mieux à dire au pays que votre soudaine et opportune indignation contre une évolution orthographique décidée il y a plus de 25 ans, sans jamais l’avoir contestée lorsque vous étiez aux responsabilités ? De qui vous moquez-vous ?

Parlons plutôt, Messieurs, de la priorité que ce gouvernement accorde à l’éducation avec 60 000 postes d’enseignants, parlons des 9 000 postes en primaire déjà créés, des 25 000 places pour scolariser les enfants de moins de 3 ans, des nouveaux programmes de la maternelle au collège afin d’assurer à tous l’acquisition des fondamentaux, quelque soit le milieu social d’origine. Parlons de la formation des enseignants, de l’évaluation des savoirs et des compétences en CE2, de la nouvelle organisation du collège avec plus d’autonomie et d’accompagnement personnalisé des élèves. Parlons du plan numérique de plus d’un milliard d’euros pour faire entrer l’École dans la modernité, et préparer les jeunes Français aux emplois de demain. Parlons de la nouvelle éducation prioritaire pour une école plus juste qui réhabilite enfin le mérite républicain et l’excellence pour tous, partout sur le territoire national. Parlons de la réalité des réformes que nous menons, qui concernent des millions d’élèves, de professeurs et de parents, mais aussi de la société tout entière qui attend de la nouvelle génération qu’elle soit bien formée, intelligente, diverse, adaptée au monde de demain.

Parlons, aussi, de ce que vous faites, aujourd’hui, dans les Mairies, les Départements et les Régions dont vous avez la responsabilité pour les Écoles, les Collèges et les Lycées. Car sur le terrain, il n’est plus question d’accents circonflexes et de tirets, mais d’écoles délabrées, d’argent public gaspillé dans quelques portiques de sécurité imprudemment promis en campagne électorale, de disparition des bourses départementales aux collégiens ou de l’aide aux transports scolaires pour les familles… Auriez-vous peur d’en débattre ? Alors, parlons de nos réformes, parlons des vôtres, et d’un vrai projet d’avenir pour l’École de la République. J’y suis prête.

Najat Vallaud-Belkacem,
Ministre de l’Éducation Nationale,
de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.

20160217-NajatVB-Tribune-LeMonde

Tags : , , , ,

8 commentaires sur Débat sur l’École : halte aux (im)postures ! – Tribune publiée dans Le Monde

  1. GONTHIER Valérie

    Madame la Ministre,

    A quoi bon des nouveaux programmes de la maternelle au collège afin d’assurer à tous l’acquisition des fondamentaux lorsque nous n’avons plus d’enseignants pour les délivrer aux élèves.

    Bien à vous, je vous souhaite du courage …
    Les absences des enseignants qui sont non remplacés se multiplient dans les collèges. Le droit à l’Education n’est pas le même pour tous…Il y a urgence pour ne pas appauvrir nos enfants davantage.

  2. Aurélie

    Madame,
    Une fois encore, sous couvert de défendre l’égalité des enfants dans l’école de la République, vous distinguez pourtant ceux dont vous dites qu’ils « en ont le moins besoin ». A vous écouter, il apparaît ainsi qu’être un bon élève, lorsqu’on est issu d’un milieu social et familial stable, n’a rien de méritant et doit même être sanctionné (plus de classes bilangues, euro, plus de latin, au bénéfice d’élèves pourtant suffisamment motivés et matures pour choisir de suivre des heures en plus…).
    Vous perdez trop souvent de vue Madame, que vous êtes sensée défendre TOUS les élèves, y compris ceux issus des classes CSP +, et leur permettre d’accéder à un enseignement qui les tire vers le haut, en toute objectivité et selon leurs capacités plutôt que d’adopter un discours égalitariste et méprisant à l’égard de ceux qui feront demain, à l’instar de leurs parents, des citoyens insérés socialement et qui s’acquitteront de leurs impôts.
    On pourrait presque vous soupçonner de vouloir saper l’attractivité de l’école publique pour les bons élèves et de déconstruire ainsi lentement mais sûrement l’école de la République que vous prétendez pourtant défendre.
    Salutations.

  3. de angelis martine

    bonjour Madame,

    la réforme de l’orthographe intox ? pas de fumée sans feux mais bon admettons
    que ce soit une réforme montée en épingle par vos adversaires. La réforme existe déjà ce sont les jeunes qui l’on inventée. Il n’y a qu’à aller sur les
    pages facebook truffées la plupart du temps de fautes d’orthographe au point que c’en est risible. Nous étions la lanterne rouge des langues étrangères (anglais, allemand, Espagnol). Maintenant nous allons être incapables de nous
    exprimer dans un français correct. Il fut un temps où on interdisait aux petits alsaciens et aux petits bretons de parler leur patois ou leur langue régionale. L’arabe a été introduit dans les collèges alors que pour le portugais il faut des cours par correspondance et l’italien n’est enseigné que dans très peu d’établissements. Et désormais quand je vais faire mes courses j’entends des grand mère parler arabe avec leurs petits enfants et des dames papoter arabe entre elles alors que mes copines beurettes ne parlent que le français. C’est pas très équitable mais revenons au Français. Il va falloir que la jeunesse fasse un choix républicain ce qui est plutôt mal parti. Il y a un bug dans l’intégration d’autant qu’à la 4e génération on ne devrait plus utiliser le mot intégration puisqu’ils sont français à part entière. Alors laissons tomber l’orthographe puisque le carnage est déjà entamé. Mais sauvez la langue française et surtout sauvez la France en faisant comprendre que la « langue d’origine » est une option dont il ne faut pas abuser. On est un pays de tolérance et globalement entendre une autre langue comme si on était à l’étranger c’est pas méchant, juste un peu agaçant. Mais ce n’est pas la peine de donner aux autres des bâtons pour se faire battre. Sinon et bien que je ne sois pas de gauche je pense que vous faites un assez bon travail……avec les moyens qu’on veut bien vous accorder ! Salutations.

  4. Madeleine

    Madame…
    Éducation civique doit revenir dans nos école!!!
    L histoire de notre pay aussi…
    Il est triste notre gouvernement …arrête de renié …voir essayé de détruire son appartenance au christianisme!!!
    Ce sont bien eux qui se sont battu pour créé la France et ses valeur que le monde nous envie…
    Peut être qu’ un référendum serais utile à ce gouvernement

  5. Paquet

    Parlons de la formation des enseignants : oui, il n’y a plus de formation continue hormis les 18 h par circonscription.
    Parlons du plan numérique de plus d’un milliard d’euros pour faire entrer l’École dans la modernité : oui pas de matériel informatique dans les écoles hormis des postes d’occasion récupérés grâce aux parents d’élèves !
    Il y a encore beaucoup à faire !

  6. Bilangues privilège des Parisiens!

    …et parlons aussi des bilangues qui sont désormais un privilège des Parisiens. Comment expliquer cela « au nom de l’égalité »?

  7. Hassan

    Peu de maux suffisent à qui ne plaît commun…

    Le bien officiel et assuré de certains contraires effectifs manque à l’appel, et la priorité inévitable et temporelle de tant d’autres destitue l’inconditionnel…

    De tous temps, les façades de l’Ecole, ou les couloirs et les cours de la Même, ne peuvent dans leurs communs, ni déplorer dans leurs ensembles ni justifier par leurs usages toutes sortes de perspectives alors et souvent annoncées pour être « améliorées », les matières sont les matières, et donc jamais suffisamment bavardes à leur exact « salut ».

    Les espaces fondamentaux des valeurs se méritent d’avantages, et non pas d’éparpillements hors d’usages, sans doute « hors circuits » pour les plus jeunes, mais, s’agit-il bien des dialogues pléniers ou des regards portés sur des lieux obligatoires et des correspondances accueillantes de l’enfance et de la scolarité d’une société fondée, entre autres,…d’apprentissage)s!!!

    Bien à Vous…

    Merci…

Commentaires fermés.