Billet edito

« La vie qu’on veut »

7 commentaires 24 août 2010

Militants et sympathisants socialistes,  j’aurai grand plaisir à vous retrouver ce week-end aux Universités d’été de la Rochelle.

 En ma qualité de Secrétaire Nationale aux questions de société, j’y interviendrai pour ma part à deux reprises :

 Le samedi 28 août à 9 h à l’espace Encan, dans un atelier organisé par le MJS et animé par Jocelyn Defawe,  intitulé « Droits des LGBT : comment faire l’égalité, dans la loi comme dans les têtes ? ». J’y serai aux cotés de Vincent Loiseau, porte parole de l’Inter LGBT. Amelioration du PACS, ouverture du mariage et de l’adoption pour les couples de même sexe, lutte contre les discriminations, défense de l’identité de genre…autant de sujets qui interrogent notre conception des libertés individuelles et de l’égalité.

 Et le même jour à 14h45, à l’Auditorium, dans une conférence animée par Bertrand Monthubert et consacrée au « rapport des socialistes à la science et au progrès ». Avec Axel Kahn, Valérie Masson-Delmotte, André Brahic et Marie Noelle Lienemann, nous nous interrogerons sur les voies d’un progrés maitrisé, au service de l’émancipation,  entre un scientisme aujourd’hui dépassé, une foi aveugle dans la traduction mécanique des progrès scientifiques en progrès humains, et une idéologie rétrograde et obscurantiste qui fait preuve d’un scepticisme permanent vis-à-vis de la science.

 Venez nombreux !

 Retrouvez l’intégralité du programme : http://www.parti-socialiste.fr/static/8087/programme-universite-d-ete-ps_0.pdf?issuusl=ignore

Billet edito

Une societé toujours aussi inégalitaire

13 commentaires 22 juillet 2010

Le huis clos en politique permet de faire beaucoup de choses à ceux qui n’ont pas la conscience tranquille. La réforme des retraites est la preuve on ne peut plus symptomatique de cette volonté de passer en force et en silence un ensemble de mesures injustes, bien souvent absentes du discours habituel et médiatique des tribuns du 20 heures.

Ainsi l’UMP vient de refuser à nouveau l’extension de la pension de réversion aux couples pacsés. Peu importe donc que le candidat Sarkozy de 2007 affirmait le contraire, le temps des promesses de campagne est bien loin à présent. C’est scandaleux et empreint de préjugés comme la droite en a bien souvent le secret. Mais ce n’est pas seulement scandaleux, c’est aussi tout à fait ridicule. Ridicule quand au même moment la Présidente de l’Argentine Cristina Kirchner signe et promulgue une loi votée au parlement ouvrant le mariage aux couples du même sexe. Nous avons un train de retard dans la construction d’une société égalitaire et ils luttent contre des moulins à vent par pur dogmatisme et électoralisme.

Nous perdons du temps face à une société qui ne ressemble plus aux vieux modèles et 2012 sera aussi un rendez-vous essentiel pour cet enjeu. Les socialistes sont au clair sur cette question.

« En réalité nous n’avons pas seulement promulgué une loi : nous avons promulgué une construction sociale. Et comme toute bonne construction sociale, elle est transversale, elle est diverse, elle est plurielle, elle est vaste et elle n’appartient à personne, sinon à celle qui l’a construite  […] Nous sommes aujourd’hui une société plus égalitaire que la semaine dernière. »

La droite française serait bien inspirée d’écouter ces mots de Cristina Kirchner.

En attendant aujourd’hui la France est une société tout aussi inégalitaire que la semaine dernière.

On ne renonce pas au 14 juillet !

Billet edito

On ne renonce pas au 14 juillet !

13 commentaires 14 juillet 2010


Quelques réflexions sur la Fête Nationale.

« Elles ont passé trop vite, ces heures où tous les coeurs français ont battu d’un seul élan ; mais les terribles années qui ont suivi n’ont pu effacer cet immortel souvenir, cette prophétie d’un avenir qu’il appartient à nous et à nos fils de réaliser. » C’est avec ces mots que, le 29 juin 1880, le sénateur Henri Martin donnait un sens au projet de loi établissant la fête nationale française, le 14 juillet. « La révolution a donné à la France la conscience d’elle-même », ajoutait-il, avant de rappeler que le 14 juilllet célébrait un double événement d’égale valeur pour la nation, et que chacun pouvait se choisir comme référence selon sa sensibilité : la prise de la Bastille en 1789, et l’unité du pays, l’année d’après, le 14 juillet 1790.

Mais aujourd’hui, qu’avons-nous fait de cette mémoire de la Révolution que nos aînés avaient ainsi choisi de mettre au cœur de notre identité nationale ; qu’avons-nous fait de cette promesse de nous unir pour réaliser ensemble cet idéal maginifique de liberté, d’égalité et de fraternité ?

Lorsque je repense aux mois qui viennent de s’écouler, et que je constate à quel point l’image que nous nous faisons de notre pays et de nos valeurs républicaines s’est profondément dégradée, je ressens beaucoup de tristesse et d’amertume. Rien n’est irrémédiable, bien sûr, mais que de temps perdu, que d’espoirs déçus, et que d’efforts pour réparer les dégâts !

Je repense, par exemple, à la violence et l’hypocrisie du débat sur l’identité nationale qui s’est soldé, en tout et pour tout, par un long défoulement collectif exprimant la peur et le rejet de l’autre, ainsi que par une loi d’interdiction générale du voile intégral, et par le plus sombre des 14 juillet que nous ayons connu depuis des décennies.

Je repense à toutes ces enquêtes d’opinion qui, semaine après semaine, nous disent que les Français n’ont plus confiance en rien : il n’y a plus aucune institution de la République, plus aucun responsable politique qui semble pouvoir échapper au désastre annoncé, si rien ne venait à changer.

Je repense à l’incroyable enchaînement des révélations de ces derniers jours qui, bien que démenties avec une brutalité inouïe par celles et ceux qu’elles concernent, viennent de provoquer la démission en chaîne de deux Ministres pour mauvais usage de l’argent public, de l’épouse d’un troisième pour conflit majeur d’intérêt, ce dernier venant lui aussi de démissionner à son tour de l’un de ses postes pour les mêmes raisons… et encore, sur les « conseils » du Président de la République lui-même.

Je repense à toutes ces mesures prises en trois années de mandat qui, les unes après les autres, ont tant aggravé les injustices sociales, brisé la cohésion nationale, exacerbé les rancoeurs, empéché espoir de la jeunesse et tout élan vers l’avenir.

Je repense, aussi, à cette vision du monde, de l’histoire et des valeurs nationales que les hommes actuellement au pouvoir s’échinent à promouvoir pêle-mêle, et qui finissent par dessiner une forme d’éthique et de morale: la haine de mai 68, le caractère « positif » de la colonisation, la France qu’on aime ou qu’on quitte, la jeunesse racaille des banlieues, les insultes lancées aux gêneurs, le goût décomplexé, affiché, assumé de l’argent et des apparences, le mépris et le dénigrement systématique des gouvernements socialistes du passé, les privilèges accordés aux amis, les lois qui ne servent à rien et qui décridibilisent les intitutions démocratiques, l’exercice solitaire et autoritaire du pouvoir, les réformes électorales pensées pour le seul avantage de son camp, etc.

En repensant à tout cela, je me dis que le Président de la République, en effet, ne doit pas se sentir très à l’aise avec cette date du 14 juillet, ce qu’elle dit de la France, de la République, du peuple, de ses aspirations et de ses rêves.

Je repense donc à l’intervention de Nicolas Sarkozy lundi soir à la télévision, qui a tenu lieu de traditionnelle allocution présidentielle du 14 juillet, et je me dis qu’il n’y a rien de plus triste et de plus inquiétant pour notre avenir que d’entendre des propos aussi fatalistes et résignés devant les exigences et les ambitions républicaines qu’il est censé incarner.

Le Président de la République peut sans doute renoncer à tout pour lui-même, mais pas aux promesses du 14 juillet qui n’auront décidément jamais été les siennes, mais qui resteront bel et bien celles du peuple français !

Tout l’espoir est là, et c’est pour cela que je tiens tant à la célébration de cette journée de Fête Nationale. J’en reviens aux mots historiques d’Henri Martin sur cette date du 14 juillet dans son rapport devant le Sénat : « Un peuple trouve toujours moyen d’exprimer ce qu’il a dans le cœur et dans la pensée ! Oui, cette journée a été la plus belle de notre histoire. C’est alors qu’a été consacrée cette unité nationale qui ne consiste pas dans les rapports matériels des hommes, qui est bien loin d’être uniquement une question de territoire, de langue et d’habitudes, comme on l’a trop souvent prétendu. Cette question de nationalité, qui a soulevé tant de débats, elle est plus simple qu’on ne l’a faite. Elle se résume dans la libre volonté humaine, dans le droit des peuples à disposer de leur propre sort, quelles que soient leur origine, leur langue ou leurs moeurs. Si des hommes associés de sentiments et d’idées veulent être frères, ils sont frères. Contre cette volonté, la violence ne peut rien, la fatalité ne peut rien, la volonté humaine y peut tout. Ce qu’une force fatale a fait, la libre volonté le défait. Je crois être plus religieux que personne en proclamant cette puissance et ce droit de la volonté humaine contre la prétendue force des choses qui n’est que la faiblesse des hommes. »

Dans le fond, c’est ça que j’attendais d’un Président de la République : qu’il ne renonce pas à placer la volonté humaine au-dessus de la force des choses, et qu’il ne renonce pas à ce que les cœurs des Français battent à nouveau d’un seul élan.

Malgré la tristesse, l’inquiétude et l’amertume du temps présent, c’est donc l’espoir qui doit l’emporter en ce 14 juillet : sa célébration par tous a précisément été voulue pour rappeller à chacun que le peuple français, lui, ne renoncera jamais.

Bon été à toutes et à tous.

D’une fausse bonne idée à une vraie mauvaise loi

Billet edito

D’une fausse bonne idée à une vraie mauvaise loi

3 commentaires 01 juillet 2010

Les députés de la majorité ont validé cette semaine la proposition de loi du député UMP Éric Ciotti visant à suspendre les allocations familiales en cas d’absentéisme scolaire.

La fausse bonne idée par excellence, comme la droite en a souvent le secret.

Retour aux fondamentaux pour une formation politique qui essaie depuis plus de 30 ans, et par tous les moyens, de se désengager sur le plan politique, financier, mais aussi philosophique, de sa place dans la société.  Même la crise sans précédent que nous connaissons aujourd’hui, qui appellerait au contraire à renforcer son rôle, n’y changera rien.

Mais qu’en pensent les institutions et organismes concernés ? « Un triste retour en arrière » pour l’Union nationale des associations familiales et une mesure « socialement injuste » pour la Fédération de parents d’élèves pour n’en citer que quelques-uns. Peu importe donc que l’ensemble des organismes officiels, les associations ou les syndicats concernés, de gauche comme de droite, aient clairement et publiquement tous désavoués cette idée, Xavier Bertrand a été clair : la majorité a décidé de sanctionner les parents qui oublient que « leur première responsabilité, c’est l’éducation de leurs enfants ». Les parents qui travaillent tous les jours, y compris le dimanche, et pourquoi pas bientôt jusqu’à 63 ans pour nourrir leur famille apprécieront sûrement.

Cette idée est non seulement mauvaise, elle est aussi vieille. Les politiques de responsabilisation parentale sont nées à la fin des années 1980. Elles sont fondées sur l’idée, simpliste, que la famille étant le premier lieu de socialisation, ses défaillances doivent être corrigées y compris sous la contrainte pour éviter les désordres de la société. États-Unis, Angleterre, Canada ou Belgique : tous les pays qui ont expérimenté cette politique en sont revenus après des bilans catastrophiques.

Malgré ces « antécédents », le principe de responsabilité parentale a été introduit en droit français en 2006 par le Ministre de l’Intérieur de l’époque, un certain… Nicolas Sarkozy. Depuis cette date, les conseils généraux peuvent déjà suspendre les allocations familiales des familles dites « démissionnaires ». En quatre ans, aucune suspension n’a été appliquée. Même les 43 conseils généraux de droite ont estimé cette mesure injuste et inutile.

Si la droite (une certaine droite) et la gauche se sont mis d’accord dans les conseils généraux pour ne pas appliquer cette mesure, c’est d’abord parce qu’elle rajoute de la misère à la misère. Suspendre les allocations familiales pénalisera brutalement les familles déjà fragilisées par la crise, dont beaucoup sont  dépassées elles-mêmes par le comportement de leur enfant.

C’est aussi parce qu’une telle  mesure est dans la droite ligne d’une stigmatisation permanente à laquelle beaucoup refusent de prêter main forte. Se servir des allocations pour lutter contre l’absentéisme revient clairement à suggérer que seules les familles bénéficiaires de prestations sociales ont des enfants qui ne vont pas en cours. C’est non seulement écœurant mais aussi absolument faux : le rapport Machard remis en 2003 au gouvernement constatait certes un absentéisme élevé chez les jeunes dont les parents connaissent une situation sociale précaire mais montrait également que « les jeunes des classes moyennes et aisées sont eux aussi absents, même si leurs absences ne donnent pas lieu aux mêmes repérages et au même traitement ».

Au delà, le plus inquiétant dans cette affaire, ce sont sans doute les petites avancées idéologiques sur fond de faits divers que fait ainsi passer l’UMP. Lesquelles ? D’abord que les parents des absents ont toujours tort. Non, la plupart des parents ne sont pas complices de l’absentéisme scolaire de leurs enfants. Ensuite, que les allocations familiales sont réservées aux « bons parents ». Non, les allocations familiales qui ont été instaurés en 1938, ne sont pas un gadget de rééducation mais une vraie mesure de politique familiale : elles ne sont pas destinées à récompenser les parents que les autorités jugent bons mais à alléger les charges financières liées aux enfants. Cette suppression d’allocation ne touche ainsi, par définition,  que les familles d’au moins deux enfants, fondant une sévère  punition collective comme si frères et sœurs pouvaient être sanctionnés des comportements d’un seul des enfants.

M. Ciotti aurait bien été inspiré de s’interroger sur les causes de l’absentéisme : faibles liens des parents avec l’institution scolaire, difficultés personnelles des enfants, conflits avec les enseignants, ratés de l’orientation plus ou moins choisie, temps de transports plus élevé, souffrance médicale, ruptures familiales… Autant de pistes de réflexions plus complexes à apprehender que de démagogiques sondages.

École publique, associations de terrain, sécurité au sein de la famille : c’est tout cela que la droite est en train de casser et qu’il nous faudra réparer et reconstruire.

Billet edito

Chronique du racisme ordinaire

17 commentaires 23 juin 2010

dom Je m’étais promis de ne pas vous parler foot, je ne suis sans doute pas la mieux placée pour le faire. Mais je me retrouve tant dans ce commentaire des sociologues Marwan Mohammed et Laurent Mucchielli que je ne peux que vous inciter a le lire et a y réfléchir. L’air est trop lourd en ce moment.
« Contre le Brésil en finale de la Coupe du monde 1998, les deux coups de tête victorieux de Zidane étaient français, marseillais et populaires, des buts « black-blanc-beur ». Le Pen était alors bien ridicule et bien raciste à dire qu’il n’y avait pas assez de Blancs dans cette équipe.

Contre l’Italie en finale en 2006, c’était un coup de tête kabyle, un coup de tête des cités, pour l’honneur. Mais on excusait le moment de faiblesse du héros national. En 2010 en revanche, aucune pitié : c’est l’hallali et ce sont des analyses qui, finalement, se rapprochent de celles de Le Pen.

Alain Finkielkraut, figure de l’intelligentsia néoconservatrice parisienne, voit dans la déroute morale et humaine de l’équipe de France de football le résultat d’une « division ethnique » et « religieuse », la conséquence de la présence et de l’action négative d’ « une équipe de voyous qui ne connaît qu’une seule morale : celle de la mafia », d’une « génération caillera », « de gens qui se foutent de la France ».

Et ses propos ne sont pas isolés. Sous des formes plus « soft », ces questions font en réalité le tour des rédactions de presse ces derniers jours.

Nous-mêmes avons été sollicités à plusieurs reprises pour nous prononcer sur la dimension raciale et sur le côté « racaille de banlieues » des problèmes de l’équipe de France. Et nous sommes proprement scandalisés par ce pseudo-débat, qui menace de nous ridiculiser bien plus que le comportement des joueurs sur le terrain.

Les Bleus sont réduits à leurs origines

D’abord, ce défoulement relève du café du commerce, il ne repose sur aucune analyse sérieuse. Dans leurs clubs européens, les Bleus sont des grands joueurs au palmarès impressionnant et au professionnalisme reconnu. On se les arrache à prix d’or.

Mais tout d’un coup, dans la déconfiture hexagonale actuelle, ils sont réduits à leur couleur de peau et à leur milieu social d’appartenance réel ou fantasmé. Il y a actuellement dix Blancs en équipe de France et treize Noirs. Parmi les treize Noirs, sept sont originaires des DOM-TOM et six sont d’origine africaine. Sur les 23 joueurs, seuls cinq sont nés en région parisienne. Enfin, d’un point de vue religieux, la plupart ne se sont pas prononcés sur leur appartenance ou non.

Impossible donc de conclure sur cette dimension qui serait centrale dans le naufrage des Bleus selon monsieur Finkielkraut, expert bien connu en banlieues et en football. Et encore heureux qu’il n’y ait pas d’Arabe dans cette équipe de « génération caillera » ! Nasri, Benzema et Ben Arfa n’ont pas été sélectionnés. C’est que les Arabes, comme a dit un ministre de la République française, « Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes »… Ouf, on l’a échappé belle !

Une forme de racisme en train de se banaliser

Ensuite, cette obsession raciale nous semble révélatrice d’une très inquiétante évolution dans le débat politico-médiatique. Cette façon de réduire les personnes et leurs actes à leurs origines est extrêmement dangereuse et totalement odieuse. Cette façon d’identifier une « racaille de cités qui sommeille » derrière tout jeune homme à la couleur de peau non blanche est extrêmement dangereuse et totalement odieuse.

Ces procédés nient les personnalités et leur pluralité, ils traduisent un profond mépris pour les milieux populaires et une forme de racisme en train de se banaliser.

Enfin et surtout, ces commentaires conduisent à occulter ce que les observateurs avertis voyaient venir depuis au moins quatre ans, à savoir les dysfonctionnements nombreux et cumulés dans la gestion sportive et humaine de cette sélection.

Là où, du fond de leur canapé, certains fantasment du racial, du religieux et de la cité mafieuse, le moindre entraineur de foot amateur verrait une incapacité à gérer ce qui constitue n’importe quelle équipe de foot : des sous-groupes, des égos, des différences, de nombreux antagonismes qu’il appartient à un staff, de la fédération jusqu’à l’entraîneur, de transcender pour faire exister une dynamique de groupe. »

La goutte d’or qui fait déborder le vase

Billet edito

La goutte d’or qui fait déborder le vase

10 commentaires 16 juin 2010

C’est la goutte d’or qui fait déborder le vase, on avait déjà eu la très douteuse soupe au cochon, voilà désormais l’apéro géant « pinard et saucisson », initiative d’une extrême droite radicale qui a retrouvé, à la faveur des élections régionales, des couleurs. Interdite à Paris, l’initiative nauséabonde se répand à Renne, à Lille et même à Lyon où l’invitation à un rassemblement à La Guillotière a été lancée sur Facebook. La Guillotière, c’est le creuset lyonnais, la ville dans toute sa diversité et sa richesse, cosmopolite et chaleureuse, un quartier d’une grande mixité sociale où la rosette le dispute au tajine dans les parfums délicieux de l’épicerie Bahadourian, un quartier où l’on vit ensemble et qui nous rappelle que Lyon est une capitale européenne, tolérante et ouverte sur le monde.

Cet apéro là, porteur de haine et de xénophobie, est « une idée qui pue » pour reprendre la campagne que vient de lancer SOS racisme. Une de plus devrait-on dire tant le climat est à la libération de la parole raciste, tant est facile la stigmatisation y compris dans le discours public d’un gouvernement qui s’est enfermé dans un communautarisme très barressien dont le débat sur l’identité nationale a été l’apothéose tragicomique.

La droite nouvelle a ressortie la panoplie électoraliste pour gagner (en vain) les voix d’extrême droite, en reprenant les slogans du Front national, en multipliant les dérapages verbaux, en stigmatisant les « Français subis », un discours à rebours du discours d’une droite sociale et humaniste qui ne se fait guère entendre…

Et puisqu’il est d’actualité de citer le général de Gaulle, terminons pas ses mots : « il y a deux catégories de Français : ceux qui pensent qu’il y a deux catégories de Français, et les autres ».

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Le Ministre et les sauvageons

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Le Ministre et les sauvageons

7 commentaires 07 juin 2010

Sale temps pour les mouches, sale temps pour le ministre de l’Intérieur ! Condamné pour injure raciale, ça fait quand même désordre pour un ministre de la République. Alors bien sûr, il fait appel et il sera bien temps de demander sa démission une fois la condamnation définitive si d’aventure la première instance est confirmée… mais quand même, ça fait tâche au moment même où le gouvernement, par les voix mêlées de ses ministres de l’Education, de l’Intérieur et de la Justice, nous rabat les oreilles avec la délinquance des jeunes au point de remettre sur le tapis la réforme de l’Ordonnance de 1945.

Une réforme idéologique qui revient régulièrement, comme une obsession, dans le discours sécuritaire de la droite et n’en finit plus d’attaquer le primat de l’éducatif sur le répressif et l’autonomie du droit pénal des mineurs. Educatif = laxisme, c’est bon pour la gauche qui a la faiblesse d’y croire encore et qui, oui, se désole des propositions de Chatel consistant à augmenter le nombre d’enfants par classe quand on sait qu’un ciblage de moyens supplémentaires améliore la réussite scolaire, qui s’agace aussi de l’abandon de la petite enfance et des reculs sur la scolarisation précoce alors que la différentiation sociale commence avant l’entrée en CP. Le gouvernement ne prépare pas l’avenir, il le démantèle avant de le construire…

Pour la droite, qui veut supprimer le juge des enfants et abaisser l’âge de la responsabilité pénale, l’affaire est entendue : l’enfant est un adulte comme les autres !

Alors pourquoi d’ailleurs conserver un défenseur des enfants ? C’est la question posée ce week end par le Président de la République qui y a apporté sa propre réponse, reprenant en main les sénateurs UMP qui avaient eu l’outrecuidance d’une opinion autonome et dissidente : le défenseur des enfants sera supprimé et ses missions confiées au futur Défenseur des droits. Une autorité administrative indépendante plutôt que quatre (le Médiateur de la République, le Défenseur des enfants, la Commission nationale de déontologie de la sécurité  et la HALDE vont disparaître), pas vraiment ce qu’on pourrait appeler un progrès ! Mais c’est tellement plus confortable pour le pouvoir que de supporter une instance qui s’est attachée depuis sa création à défendre les droits des enfants en prison, ou ceux des enfants étrangers enfermés en centre de rétention ou encore victimes de violences…

Après avoir engagé une réflexion sur la remise en question de l’irresponsabilité pénale des malades mentaux, la Chancellerie réfléchirait maintenant à la suppression des jurés populaires On n’arrête pas le progrès !

Billet edito

Dieu a dit, Fillon a fait…

26 commentaires 15 mai 2010

Dieu a dit : « je partage en deux, les riches auront de la nourriture, les pauvres de l’appétit ». Quand le gouvernement Fillon annonce qu’il met en œuvre le programme de Coluche, on a plus du tout envie de rire, c’est pourtant ce qu’il vient d’annoncer sans nez rouge ni salopette !

Une politique de rigueur et d’injustice sociale sur fond de crise économique européenne pour renflouer les caisses d’un État impécunieux. Depuis des mois, le parti socialiste s’est inquiété de la dérive des comptes publics, creusés par le gouvernement Fillon à coup de mesures inconsidérées et de cadeaux fiscaux extravagants !

Il n’y a plus d’argent nous dit-on, mais c’est un peu court ! Il y en a pour le paquet fiscal à 12 milliards d’euros, pour la suppression des droits de succession ou pour le bouclier fiscal, il y en a encore pour les entreprises du CAC 40 qui siphonnent la méga niche fiscale de Copé, dénoncée par Didier Migaud (http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=2751), qui a coûté 22 milliards de pertes de recettes fiscales en trois ans ! Il y en a évidemment pour sauver les banques qui veulent aujourd’hui la peau des États. Ah, il faut se réjouir  bien sûr des 750 milliards d’euros débloqués par les États Européens, pour sauver la zone euro, car la crise aura ainsi au moins permis, dos au mur et en une nuit, plus d’intégration européenne, que vingt ans de négociations. Mais il faudra aller au delà dans le gouvernement économique de la zone euro et surtout beaucoup plus loin dans la régulation des marchés, sauf à prendre le risque de transformer les États, qui n’en finissent pas de jouer leur rôle « d’assureur en dernier ressort » comme disent les économistes, en marionnettes de la finance mondiale.

Pas d’argent alors ? Il serait plus juste de dire pas d’argent pour les millions de Français qui ne bouclent pas leur fin de mois et auxquels ont va supprimer plusieurs aides.

Le coup de semonce avait été tiré, il y a trois semaines déjà, par Gilles Carrez, député UMP et rapporteur général du budget, qui avait déclaré que l’État n’avait plus les moyens des lois sociales qu’il avait voté suggérant qu’il fallait diminuer le montant des allocations universelles, c’est à dire le RSA pour les personnes en difficulté d’insertion, l’APA pour les personnes âgées dépendantes et la prestation de compensation du handicap (PCH). Plus les moyens des lois sociales votées, mais des moyens quand même pour le bouclier fiscal !

L’annonce du Premier ministre est, aujourd’hui, sans ambiguïté : une baisse de 10 % sur trois ans des dépenses d’intervention et dans le collimateur du gouvernement les emplois aidées, l’allocation personnalisée logement, l’Allocation adulte handicapé et le RSA…

Dans le budget 2010, les dépenses d’intervention de l’État s’élèvent à 67 milliards d’euros, il faut donc trouver 6,7 milliards… un demi paquet fiscal… Bouclier fiscal contre bouclier social, voilà le choix fait par le gouvernement.

Conclusion provisoire : Là où la meilleure andouillette recueille  un quintuple A (AAAAA), la France ne s’en sort qu’avec un triste triple A (AAA) : encore un effort monsieur le Premier ministre !

Billet edito

Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement.

79 commentaires 10 mai 2010

Bonjour,

J’avais décidé de ne pas m’exprimer sur les récents échanges de « mots » entre Ségolène Royal et Gérard Collomb : c’était un choix délibéré et une liberté revendiquée de ma part, jugeant que ces quelques paroles de travers n’appelaient pas de commentaire, encore moins de surenchère.

Non seulement je n’avais rien de nouveau à dire, mais personne ne m’a demandé de le faire : il n’est quand même pas question, après tout, des droits de garde d’une petite fille dont les parents divorceraient.

Mais voici qu’on s’inquiète beaucoup pour moi… le plus souvent avec une bienveillance sincère de la part des militants qui me soutiennent, avec humour et malice pour certains bloggeurs politiques qui alimentent le « buzz », mais aussi, pour quelques autres, avec un brin de suspicion, feinte ou réelle, sur mes intentions.

Voyons-donc si je peux mettre fin à ces spéculations en suivant le vieux principe rhétorique de Nicolas Boileau plutôt que la silencieuse réserve, méthode bizarrement moins efficace que la déclaration lorsqu’il s’agit de ne rien dire.

Je soutiens Ségolène Royal depuis la « primaire » socialiste à la dernière élection présidentielle : c’était en 2006. Depuis, je suis à ses côtés à chaque fois que cela peut avoir un sens: la campagne présidentielle, bien sûr, mais aussi l’association Désirs d’Avenir; le Congrès de Reims; son inlassable travail d’opposante de fond à Nicolas Sarkozy et à l’UMP; sa contribution à la rénovation du Parti Socialiste, et au renouvellement des idées à gauche avec des initiatives formidables comme les Universités Populaires Participatives qui se multiplient aujourd’hui partout en France.

Souvent attaquée, je l’ai souvent défendue, et je continuerai à le faire à chaque fois que je le jugerai nécessaire, sans d’ailleurs pour autant devenir un chien de garde dont elle n’a pas besoin. Nous nous faisons, elle comme moi, une autre idée de la politique. Rien, ni personne n’a changé : je continuerai donc d’agir ainsi dans mes engagements politiques, au sein du Parti Socialiste comme à Désirs d’Avenir.

Je pense, de la même façon, que Gérard Collomb est un homme politique de tout premier plan dont l’expérience et les qualités personnelles le destinent à peser sur l’avenir de la gauche française, ce qui est une excellente chose. Je continuerai d’agir en conséquence dans mes engagements politiques à ses côtés, sans aucune réserve.

J’ai de l’admiration, de la reconnaissance et de l’amitié pour les deux personnes. Je continuerai d’agir en conséquence dans mes relations avec eux deux.

Je ne partage aucun des avis et jugements qu’ils ont récemment exprimé l’un sur l’autre par voie de presse et de sites Internet. Je continuerai d’agir en conséquence dans mes déclarations publiques et privées à ce sujet.

Je pense enfin que la fidélité, la solidarité et la loyauté en politique ne constituent pas une servitude volontaire, mais une condition de la liberté de penser et d’agir en responsabilité devant les électeurs, les militants et les citoyens.

C’est pour cela aussi, sans doute, que j’ai accepté d’être Secrétaire Nationale au sein du Parti Socialiste dirigé par Martine Aubry : je suis heureuse de constater que cet engagement-là, au moins, met tout le monde d’accord.

J’y vois le signe qu’on attend de moi autre chose en politique qu’un simple arbitrage des élégances entre camarades.

Merci à toutes celles et à tous ceux qui, à travers leur soutien, m’accompagnent dans cette direction.

Najat.

Solidarité avec la Grèce

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Solidarité avec la Grèce

9 commentaires 03 mai 2010

« Solidarité avec la Grèce », le slogan était dans toutes les manifestations du 1er mai, en France comme en Europe. Les risques de contagions existent car telle est la volonté des agences de notation qui ont également dégradé les notes du Portugal, de l’Espagne et de l’Irlande qui ont des dettes remboursables… Hallucinant et insupportable de constater que ce sont les banques et les agences de notation, notoirement impliquées dans la crise économique et financière qui jouent aujourd’hui les parangons de vertu en distribuant bons et mauvais points aux différents États qui leur sont venus en aide. Elles prennent la responsabilité d’une surréaction et d’un approfondissement de la crise économique. Que les fonctionnaires grecs, irlandais, portugais ou espagnols soient obligés de consentir des baisses de salaire pendant que des primes mirobolantes continuent d’être distribuées à d’irresponsables traders jonglant avec des fonds spéculatifs est un comble. J’en viens à me dire qu’il y aurait eu quelques vertus à laisser tomber certaines banques et à en nationaliser d’autres ! Il faut remettre de l’ordre, les marchés financiers ne peuvent rester une zone de non droit qui commandent aux Etats et in fine à la démocratie. La régulation des marchés ne peut pas rester un slogan de pub mensongère et le G20 rester le G vain qu’il est aujourd’hui ! Nous ne pouvons pas accepter la défaite de la décision politique face aux marchés et aux banques qui font monter les taux d’intérêt de façon inconsidérée.

« Solidarité avec la Grèce »… Athènes a finalement activé ce week-end le plan d’aide de l’Union européenne et du FMI après 3 mois d’âpres négociations en particulier avec une Allemagne intransigeante, trop peu solidaire et qui a cherché à s’imposer, en dehors de toute institution, comme le gouvernement de fait de la zone euro ; une Allemagne qui ne nous avait pas habitués à un tel euroscepticisme. Des voix s’élèvent en Allemagne pour critiquer la Chancelière. Cette crise met l’Europe à l’épreuve en même temps qu’elle montre sans fard qu’il n’y a pas d’avenir pour les pays de l’Union sans Europe, sans plus et mieux d’Europe. Cette crise traduit aussi la nécessité d’un gouvernement économique européen, d’un fonds monétaire européen et d’un marché obligataire commun pour gérer ce genre de crise.

60 ans après la déclaration Schuman, la crédibilité de l’Europe est aujourd’hui engagée. Sa solidarité est mise à l’épreuve, elle doit être sans faille vis-à-vis de nos concitoyens européens, mais l’Europe est aussi attendue sur sa capacité à proposer un modèle de croissance durable, or rien dans les propositions de la commission européenne n’en prend le chemin. Ironie de l’histoire, 2010 est déclarée « année européenne de lutte contre la pauvreté »…

© 2010 Najat Vallaud-Belkacem.